‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 89 sur 170 · DESLANDES · texte numérisé non relu

DESLANDES

appris sur le siège du croup ; mais que nous a-t-elle enseignée sur le mode de formation de la pseudomembrane ? » La coexistence du croup et de l’angine maligne, leur fusion dans une même entité morbide lui paraît du reste certaine. « Quant à son opinion (celle de Bretonneau) sur l’identité, elle me paraît désormais hors de toute contestation ; il suffit pour l’établir, de faits nombreux et bien observés; or Bretonneau est un excellent observateur et il a eu l’occasion d'en faire une abondante récolte ».

Ce modeste exposé « des progrès et de l’état actuel delà science sur la question de l’angine maligne et du croup» a rendu un grand service, en convainquant beaucoup des hésitants par une critique très serrée et très lucide des nombreux matériaux que l’on possédait déjà dans la littérature médicale. Il explique fort bien, l’erreur en quelque sorte forcée, dans laquelle était tombée Home, le créateur de la théorie dualiste, cc Je ne crains pas d’affirmer que l’esprit le plus judicieux de nos jours, placé à la même époque et dans les mêmes circonstances que lui, en eut fait tout autant. Quelle analogie, en effet, pouvait-on trouver dans un temps où toutes les distinctions entre les affections morbides étaient basées sur leurs symptômes, où l’anatomie pathologique n’avait encore fourni aucun renseignement sur les altérations de la gorge dans l’angine gangreneuse, entre une maladie telle que le croup et une esquinancie, dans laquelle on voyait l’arrièrebouche et la bouche ulcérées, gangrenées, sphacélées, tombant en pourriture. Home est donc bien excusable de n’avoir pas aperçu des rapports que tout tendait à cacher, mais certes il ne l’eût pas été, si au lieu d’avoir devant lui quelques exemples de croup sporadique, se montrant à de longs intervalles, dans la ville d’Edimbourg, il se fut

ANGINE DIPHTÉRIQUE

trouvé en présence d’une épidémie pareille à celle de Tours ou.de Chenusson ».

L’auteur donne les raisons suivantes, pour expliquer pourquoi les lésions pharyngées sont restées, pour ain'si dire, inaperçuesdansle croup. « Seuls parmi les médecins qui écrivirent depuis F. Home, Samuel Bard et Bretonneau, cherchèrent à réunir ce qu’on avait si unanime* ment séparé. Tous les autres considèrent les deux maladies non seulement comme différentes, mais encore comme opposées dans leur essence. Le croup simple fut exclusivement l’objet de l’attention des médecins. On eût pu croire, en consultant la presque totalité de leurs ouvrages, que cette funeste angine, que nos aïeux redoutaient tant, nous avait fait grâce, nous avait quittés. Le croup auraitil donc été, pendant ce long espace de temps, tout aussi simple, même quand il se montre sporadiquement, qu’il se montre dans certains écrits ?

« Le pharynx aurait-il toujours été exempt du mal dont les voies aériennes étaient attaquées ? Je ne le pense pas; et, pour garant de ce que j'avance, j’ai les fruits recueillis, pendant ces dernières années, par ma propre observation. La lecture de cette multitude d’exemples de croup simple qui ont été publiés, m’a laissé l’entière conviction que, si les plaques couenneuses de l’arrière-bouche ont rarement frappé les regards, c’est que, le plus souvent, les regards ne les cherchaient pas.

« En exprimant ce fait, mon intention n’ést pas de déverser le blâme sur d’excellents observateurs ou de leur adresser un reproche ; s’ils ont si souvent omis l’examen du pharynx, c’est que, dans un grand nombre de cas^ rien n’attiré l’attention sur lui. Quels sont les symptômes qui peuvent, en effet, la diriger sur cet organe ?

Deslandes

La Couleur ? Mais, le plus souvent, cette douleur est faible ou nulle, et les progrès du mal, loin d’en accroître l’intensité, la font ordinairement disparaître ; la fétidité de V haleine ? Mais, je l’ai déjà dit, ce symptôme est loin d’être constant; on ne l’observe que lorsque la suffocation, la raucité de la voix et les autres symptômes du croup se manifestent.

« Joignez à ce qui précède l’idée généralement admise que le croup est une affection spéciale des voies aériennes, qu’il est tout à fait indépendant et rarement accompagné de toute autre espèce d’angine, et vous aurez la raison d’un oubli qui ne pourrait être taxé de négligence que s’il était commis maintenant. »

Deslandes affirme que la gangrène n’est qu’une illusion dans l’angine maligne vraie- elle n’existerait que dans les pharyngites plus ou moins scarlatineuses, dont Fothergill et Huxham se sont fait les historiens, et il termine son mémoire de la façon suivante : « En conséquence de ce que nous venons d’exposer, nous regardons comme prouvé que les maladies désignées sous le nom d’angine gangreneuse et de croup sont identiques sous le rapport de l’état local qui les constitue. Les preuves de cette idendité sont les suivantes :

ce 1° Les symptômes les plus caractéristiques du croup sont le résultat de l’extension de l’angine maligne dans les voies aériennes.

« 2° Lorsque cette extension a lieu, on voit souvent le malades expectorez des tuyaux membraniformes, semblables à ceux qui sont rejetés dans le croup.

« 3° L’autopsie démontre que les altérations résultant de l’extension du mal dans les conduits aérifères sont, en tout, semblables à celles qu’on rencontre dans le croup.

ANGINE DIPHTÉRIQUE

« 4° Les plaques membraniformes de l’arrière bouche, examinées anatomiquement, chimiquement et de toute autre manière, ne présentent aucune différence essentielle avec celles qui se développent dans le larynx et la trachée; seulement elles ont, en général, plus de tendance que ces dernières à se décomposer, ce qui a été la principale cause de l'état de séparation dans lequel les deux angines1 ont été, pendant près de soixante ans.

«Du reste, le mode d’adhérence de ces plaques est le même, le tissu qu’elles recouvrent ne paraît pas plus altéré dans un cas que dans l’autre; enfin, ce qui est une preuve à l’abri de toute contestation, la continuité de substance a été reconnue entre les concrétions du larynx et les escarres de l’arrière-bouche. »

Mais, c’est Guersant qui contribua le plus à vulgariser et à faire accepter les opinions en quelque sorte subversives émises par le médecin de Tours sur une question où il avait déjà été tant écrit dans un sens complètement différent. Peu de temps après la publication du traité de Bretonneau, il faisait paraître dans le dictionnaire en trente volumes, sur l’angine pseudomembraneuse, un excellent article, où se trouvaient exposées, avec beaucoup plus d’ordre que dans les mémoires de son modèle, les idées nouvelles. Ses talents bien connus de clinicien, sa valeur scientifique incontestable, sa situation officielle ne furent pas inutiles, du reste, au succès de la théorie uniciste. D’ailleurs,. bien qu’il suive scrupuleusement, en général, les doctrines de Bretonneau, dont il avait vérifié la justesse, il les a complétées, çà et là, par ses observations personnelles ; ce n’est donc point un simple vulgarisateur ou un critique plus ou moins avisé, ainsi que Deslandes et Bricheteau.

Page 1