‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 91 sur 170 · Roche en conclura que la pathogénie est hémorragique · texte numérisé non relu

Roche en conclura que la pathogénie est hémorragique

2. Les badigeonnages avec la toxine diphtérique concentrée produirait cet effet.

ANGINE DIPHTÉRIQUE

pathologiques sans prévention. J’ai vu seulement, dans quelques cas, la membrane muqueuse un peu plus molle et comme èrodèe à sa surface, mais jamais de véritables escarres b Dans la seconde période de l’angine gangreneuse, les ganglions cervicaux et sous-maxillaires sont très développés, rouges violacés, ou déjà ramollis dans leur centre, et même quelquefois transformés en entier en un liquide sanieux couleur lie de vin.» L’auteur admet qu’il y aurait ratatinement des parties , qui pourrait faire supposer faussement l’existence antérieure d’un processus cicatriciel, bien que ce ne soit qu’une illusion. « Les amygdales sont un peu rétractées sur elles-mêmes, à moins qu’elles ne renferment quelque foyer purulent; on ne trouve aucune trace de cicatrice ou de perte de substance à la surface des membranes muqueuses qui tapissent les fosses gutturales; mais sur les parties où les fausses membranes ont été plus adhérentes, plus épaisses et ont résisté plus longtemps, on serait porté à croire qu’il y a eu érosion ; le bord du voile du palais, la luette, paraissent, dans quelques cas, comme échancrés, et semblent avoir perdu une portion de leur tissu. Ce n’est pourtant qu’une illusion qui a souvent donné lieu à plus d’une erreur. Quand on observe, en effet, avec une grande attention, on reconnaît que ces parties ne présentent aucune apparence de cicatrice, mais que leur tissu plus dense est rétracté sur lui-même. Si la luette , a été enveloppée en entier par la fausse membrane, elle est uniformément rapetissée, et son volume quelquefois diminué des trois quarts ; lorsque, au contraire, elle n’a été recouverte que d’un seul côté par une plaque mem-

1. En général, le processus sptiacélique interstitiel, plus fréquent que e l'a dit l’école de Tours, est en effet superficiel.

GUERSANT

hraneuse, elle est alors recourbée en forme de crochet de ce même côté ; l’échancrure du voile du palais est due à la même cause1. Lorsqu’une amygdale a été recouverte immédiatement en entier par une plaque très épaisse, et qui a adhéré longtemps, elle est, après la guérison, tellement resserrée, qu’on l’aperçoit à peine entre les piliers du voile du palais. J’ai été plusieurs fois surpris de voir ainsi la rétraction d’amygdales qui étaient si volumineuses avant l’invasion de la maladie qu’elles gênaient la prononciation et qu’il avait été question de les extraire. Ces déformations des parties qui ne s’effacent que très lentement après la guérison de l’angine pseudomembraneuse ont dû contribuer beaucoup à accréditer l’opinion des anciens, qui regardaient les plaques comme des escarres auxquels succédaient nécessairement des suppurations, et des pertes de substance. » La gangrène ne se verrait que dans la maladie de Fothergiü (angine maligne de la scarlatine, diphtérie secondaire scarlatineuse), à propos de celle-ci, mais de celle-ci seulement. « "Je n’ai jamais vu de véritables escarres gangreneuses dans le pharynx; mais j’ai observé plusieurs fois sur la peau, à la face et ailleurs, des plaques psêudomembraneuses et gangreneuses, de sorte que je suis très porté à admettre que la même altération peut se rencontrer dans lë pharynx comme ailleurs.. » Deslandes avait, déjà conclu pareillement. Le caractère épidémique est bien mis en lumière, ainsi que la nature sporadique de l’affection dans les grandes villes, où elle ne disparaîtrait jamais complètement; du reste, même dans les centres importants, elle présente-

1. Ce rapetissement est dû, bien entendu, à la rétraction fibreuse des éléments conjonctifs qui ont envahi le derme à l’état embi-yonnaire et se sont organisés ensuite, le processus diphtérique étant souvent instertitiel à un assez haut degré avec ou sans ulcération consécutive.

ANGINE DIPHTÉRIQUE

rait des poussées parfois très in cpiié tantes. « L’angine pseudomembraneuse, maligne ou diphtérique qui nous sert toujours ici de type, se rencontre dans toutes les saisons, sous tous les climats, principalement dans les pays humides. On l’observe, soit à l’état épidémique, soit sous forme sporadique ; elle est presque endémique dans quelques contrées, comme en Picardie et en Touraine. On la rencontre presque toujours dans les grandes villes, qui sont de vastes foyers de toutes les maladies. A Paris, par exemple, nous en trouvons quelques cas dans toutes les saisons, par toutes les températures. Mais indépendamment de ces exemples sporadiques, cette maladie tend souvent à surgir sous la forme de petites épidémies partielles, dans des pensionnats ou des maisons particulières ; ainsi il n’est pas rare de voir quatre, cinq, six ou sept personnes prises quelquefois en même temps de l’angine maligne, et l’explosion de cette maladie se borner à une seule famille, à une seule maison, comme autrefois au couvent de la visitation, du temps de Chomel. Dans d’autres cas, cependant, l’invasion épidémique de l’angine pseudomembraneuse n’est pas aussi circonscrite, et, comme dans les épidémies dont nous ont parlé Baillou et Malouin, la maladie se répand dans plusieurs quartiers différents et envahit plusieurs familles. Ainsi, par exemple, à Saint-Denis, pendant l’épidémie de 1827 à 1828, tandis que cinquante-sept personnes étaient affectées de l’angine pseudomembraneuse dans la maison de la Légion d’Iionneur, on en observait aussi quelques cas isolés dans d’autres pensionnats et dans d’autres maisons particulières de la ville. » Guersant insiste avec Deslandes sur le caractère plus sérieux, plus putride que d’habitude, de certaines êpidé-

GUERSaNT

mies ; c’est dans ces cas, toujours compliqués de scarlatine1, ainsi qu’il a été dit plus haut, que la gangrène pharyngée pourrait faire son apparition. Cette malignité serait due h la présence simultanée de la diphtérie et de la scarlatine. « Tout ce que nous venons de dire relativement à l’identité de la maladie dans les différentes épidémies d’angine gangreneuse se rapporte uniquement à l'angine diphtérique. Dans ces sortes d’épidémies, le mal de gorge est la maladie principale, et la gravité de l’affection ne dépend que de l’extension de la pseudomembrane dans les voies aériennes, comme le prouvent les caractères divers indiqués par les auteurs, et le petit nombre d’histoires particulières rapportées dans leurs écrits. Mais nous trouvons un groupe d’épidémies de maux de gorge gangreneux, dans lesquels l’affection locale des fosses gutturales, vers lesquelles s’est d’abord dirigée toute l’attention, n’est qu’un accessoire de la maladie' principale, qui est une affection générale de toute l'économie, très différente par sa nature des épidémies diphtériques simples Dans ces épidémies qui ont un caractère plus putride , comme le dit avec raison Deslandes dans son excellent mémoire historique, l’angine, quoique offrant les caractères d’une pseùdomembrane, présentait cependant quelquefois de véritables escarres gangreneuses, ou dans le pharynx ou ailleurs; cette tendance à' la véritable gangrène dépend d’un état général typhoïde qui caractérise spécialement ces épidé-

1. Guersant s'inspire de Fothergill. V. le 2“ volume de cet ouvrage, où l’ou constatera la confusion que fait cet auteur de l’angine maligne avec l’angine-scarlatineuse.

2. Bretonneau avait vu surtout, dans l’envahissement mécanique de l’arbre aérien, la gravité de la diphtérie, n’ayant pas observé les formes malignes de l’afifection. Guersant, se rappelant trop la doctrine de Home, qu’il se contente d’élargir, y voit surtout une maladie locale.

angine diphtérique

mies graves, toujours , d'ailleurs, accompagnées de la scarlatine. Dans ces maux de gorge, qu’on avait regardés comme le type de l’angine gangreneuse, Taffection des fosses gutturales est-, au contraire, purement secondaire, et n’est qu’une simple complication de la scarlatine , qui est la maladie principale. C’est donc à l’article de la scarlatine qu’il faut renvoyer l’histoire de ces espèces d’épidémies. »

La question si importante de la transmission identique , qui choquait si nettement les idées alors en honneur et qui, tout naturellement, donnait lieu â de vives controverses, n’est pas résolue très affirmativement par Guersant. Etaitce timidité, crainte de heurter trop violemment les opinions reçues, ou doute véritable en présence de faits peu concluants, il faut le dire, il ne'se résigne qu’après avoir exposé, dans un long préambule, le pour et le contre. Il commence par faire remarquer qu’une prédisposition individuelle est pour ainsi dire nécessaire pour contracter le mal. « Je l’ai vu, dit-il, atteindre deux fois les mêmes individus dans l’intervalle de quelques années. Si donc, elle se manifeste à la fois sur plusieurs enfants d’une même famille ce qu’on observe assez fréquemment, ne nous hâtons pas d’en conclure que cette invasion coïncidente est une preuve de la nature contagieuse de la maladie, car elle est plus souvent alors le résultat d’une simple analogie dans l’organisation des enfants nés des mêmes parents et placés dans des circonstances semblables Quand l’angine pseudomembraneuse atteint

1. Ce sont les arguments invoqués contre la contagion par Bourgeois et plusieurs autres.

2. Il s’agirait donc, suivant ces auteurs, de tendance analogue. à celle qui fait contracter des dartres par les membres d’une même famille. Cette nécessité d’une prédisposition spéciale avait été fortement exagérée par les disciples de Home.

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