ROCHE, ANDRAL
tions. Les taches brunâtres, dont le centre est plus foncé que la circonférence, les petits points noirs disposés en lignes longitudinales, le sang noir qui gorge tous les tissus malades, tout atteste qu’il s’est fait là une véritable hémorragie. » Les pseudomembranes ne sont-elles pas constituées, dit-il, par delà fibrine simplement décolorée, ainsi que le démontre l’action des réactifs chimiques ? « Pourquoi se forment-elles par plaques, qui s’étendent autour d’elles, si ce n’est parce qu’elles sont autant de petites exsudations circonscrites de sang privé de sa matière»colorante. Pourquoi la rougeur inflammatoire estelle en général si peu vive au-dessous et autour d’elles, si ce n’est parce que l’exsudation de fibrine décolorée qui les constitue, diminue d’autant les qualités du sang qui injecte les tissus. » Et il conclut : « Tout porte à croire que l’angine couenneuse est une inflammation hémorrhagique. »
Cette spécificité qui répugne à Roche, Andral1 l’admet volontiers dans son Traité d’ anatomie pathologique. « Ce n’est certainement ni par l’intensité ni par la durée de la congestion sanguine qui la précède et qui coïncide avec elle, qu’on peut expliquer les phénomènes observés. Ici, comme dans mille autres circonstances, l’hÿpérémie est un des éléments de la maladie, mais cet élément ne la constitue pas tout entière ; aussi d’après Bretonneau, la diphtérie ne cède-t-elle pas aux émissions sanguines et malgré le cortège inflammatoire qui l’accompagne, des substances stimulantes telles que l’acide hydrochlorique, 1 alun, le chlorure de chaux en arrêtent les progrès. »
Bouillaud accepte volontiers que le croup et l’angine
1. Andral, comme Chomel, admettait beaucoup de traditions de la vieille médecine.
ANGINE DIPHTÉIÎIQUE
maligne ne forment qu’une seule et même entité morbide ; mais il ne veut pas que la maladie soit d’une nature spécifique et dirige, contre les idées professées sur ce point par l’École de Tours, une critique, où la trace des doctrines simplistes émise par Broussais est facilement reconnaissable. « L’angine diphtéritique ou pseudomembraneuse est un des points les plus litigieux de son histoire. Quelques auteurs, en tête desquels il faut placer Bretonneau, professent que cette maladie doit son origine à une cause spécifique et qu’elle se transmet par voie de contagion. Roche, qui, sous plusieurs autres rapports, est loin d’adopter la doctrine du célèbre médecin de Tours, dit aussi qu’il paraît démontré qu’elle peut se transmettre par contagion, caractère qui la différencie de l’angine ordinaire. » Or, quant à cet argument très démonstratif, sil’exactitudeen était prouvée, «J’avance, ditil, que je la regarde comme un peu suspecte, attendu que cet observateur (Bretonneau) me paraît un peu trop enclin à reconnaître un caractère de contagion dans d’autres maladies où elle n’existe réellement pas, telles que la dothiénenterie ou Tentéromésentéritè typhoïde par exemple. Quiconque étudiera sans prévention toutes les assertions émises sur la spécificité de nature et la contagion de la pharyngite pseudo-membraneuse, ce véritable croup du pharynx, sera forcé de convenir qu’elles manquent de preuves claires, directes, incontestables. Il est des observateurs qui nient formellement l’existence de la spécificité et de la contagion dans la maladie qui nous occupe. À l’appui de leur doctrine, ils signalent surtout ce fait puissant, que cette forme de pharyngite prend naissance au milieu de circonstances qui donnent lieu aux autres formes et que la présence ou