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fois elles aboutiraient parfaitement à la production de fausses membranes, ainsi que le prouvent les autopsies oùles lésions se montrent parfois exactement limitées à cet organe et à la trachée.
Avec les disciples de Broussais, la lutte, bien entendu, s’envenime encore. Emangard, médecin de campagne distingué, érudit, s’efforça de combattre les idées de Bretonneau dans un ouvrage qui fit un certain bruit et qui méritait d’être lu. On ytrouve'en effet beaucoup desavoir-, des vues cliniques souvent ingénieuses, une argumentation captieuse, bien que d’allure tranchante, et par cela même bien propre à impressionner les esprits superficiels qui, faute de vues personnelles, s’en tiennentauxidées des autres. La faute principale de cet écrivain est d’avoir pris, comme Fothergill son modèle, les angines pultacées scarlatineuses , qu’il observa le plus souvent, pour delà diphtérie idiopathique, ainsi que le lui reproche Trousseau, et d’être resté ainsi cliniquement tout a fait en dehors de la question. Il est facile de s’en apercevoir, quand on le Voit insister sur la violence de la réaction locale et générale. Au milieu du tumulte des symptômes observés, il ne lui était point difficile de retrouver la gastro-entérite de Broussais, cette source de tous les maux; et en effet il n’y manque pas. Il cite l’épidémie de Moulins-la- Marche, en 1828, où le médecin delà localité, un certain docteur Martin, avait noté que, chez tousles malades, «l’invasion a été marquée par des symptômes de gastro-entérite ». A ce sujet il fait la remarque suivante :« En effet, ici comme dans les pustules de la variole, l’inflammation pelliculaire est toujours consécutive aux signes de gastro-entérite ; c’est en traitant celle-ci au début, qu’on enraye, qu’on maîtrise une angine presque constamment
ANGINE DIPHTÉRIQUE
mortelle»; et plus loin : « Les premiers symptômes observés sont ceux d’une gastro-entérite plus ou moins grave. Les malades éprouvent des frissons et un malaise indéfinissable. Il survient des nausées, des vomissements avec douleur épigastrique. La langue est rouge sur les bords et à la pointe... » Dans son mémoire additionnel, il dit que, si la phlogose stomacale a été jusque là méconnue, « c’est que les auteurs n’ont fait attention qu’aux troubles asphyxiques qui à un moment donné dominent la scène morbide ». Ceci du reste ne saurait étonner, car il en est de même dans les grandes pyrexies. « La scarlatine a évidemment sa cause ou son début dans l’estomac; c’est là que commence l’inflammation. Elle se propage vers les tonsilles, vers la muqueuse des yeux et quelquefois de l’oreille interne, et aussi vers le canal nasal ; elle peut envahir le larynx, la trachée et les bronches, et s’accompagner du croup par exemple, comme quelques auteurs en citent des exemples. Où donc est la différence essentielle? La même chose peut être dite delà rougeole et delà petite vérole. J’ai vu plusieurs fois la gastro-entérite aiguë, mal combattue à son début produire la stomacace par son extension et l’angine Couenneuse ou diphtérique. Quelque chose de semblable se passerâit-il dans les épidémies d’angines malignes ou gangréneuses, décrites par les auteurs ? Dans l’épidémie de Peruvelz, la maladie s’annoncait par de l’accablement, des frissons, une fièvre des plus fortes, des envies de vomir, quelquefois des vomissements ; ce n’était souvent qu’au bout de deux ou trois jours que les amygdales et toute l’arrière-bouche se gonflaient insensiblement, ét qu’on y découvrait cette crasse blanche, muqueuse, tenace et fétide, qui commençait à une amygdale, s élargissait, gagnait l’autre, le
EMANGARD
voile du palais, etc. Cette maladie n’arrivait point à son état sans que la plupart délirassent à mesure que la fièvre augmentait, d’autres tombaient dans des affections comateuses. Beaucoup de malades étaient constipés, quelquesuns avaient une diarrhée séreuse et fétide ». Dans l’épidémie de Plymouth, observée par Huxham en 1752, les choses se seraient passées de la même façon. Emangard refuse d’autre part d’exclure la laryngite striduleuse du -croup véritable1. « Diviser le croup en nerveux, catarrhal, inflammatoire, sec ou humide est dangereux, mais admettre un pseudo-croup dont les symptômes principaux ressemblent à ceux d’une maladie presque toujours mortelle, quand on n’agit pas au début, est bien autrement téméraire. Ayant été souvent témoin du danger d’une semblable temporisation, j’avoue que je n’oserais , pas attendre le mal que peut faire un ennemi si redoutable, lorsqu’il est en ma puissance de l’empêcher en l’attaquant promptement ». Et il conclut que Bretonneau a commis une faute énorme et extrêmement préjudiciable, en n’adoptant pas le traitement antiphlogistique, sous prétexte que l’affection est spécifique et que, comme telle, elle réclame une thérapeutique spéciale. «Suit-il de cette disposition que Finflammation dont parle l’auteur soit s ai generis et réclame un traitement différent de celui des autres phlegmasies? Je ne le pense pas. Que même l’inflammation commence sous la peau, près des ganglions, que ceux-ci y participent, que la muqueuse soit
1. Supprimer du cadre de l’affection croupale la laryngite striduleuse, c’était d’ailleurs faire disparaître la plupart des soi-disants croups d’emblée, c était justifier la fusion de l’angine et de la laryngite dans un seul type morbide ; aussi instinctivement les adversaires de Broussais y répugnaient d une façon plus oumoins déclarée, tout en affectant de regarder la chose comme secondaire.
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envahie la dernière, et que les signes qui caractérisent le croup se manifestent quand déjà les autres parties sont tuméfiées et phlogosées, cela ne change rien à la nature de la maladie et autraitement qui lui convient. Comment se ferait-il au reste, que, suivant les auteurs qui ont le mieux observé le croup sporadique et même épidémique, la méthode antiphlogistique eût obtenu le plus d’avantagès? Et puisque dans le croup primitif surtout, la toux croupale, l’anxiété, quand elles sont négligées ont une issue funeste, que la cause matérielle de la mort est la membrane trouvée dans le canal aérien; que ces symptômes attaqués, dès qu’ils apparaissent, par une saignée locale abondante, cèdent presque instantanément, avonsnous besoin, pour prendre une détermination, d’admettre une phlegrriasie spécifique? Certes, l’érysipèle, la scarlatine, la rougeole, la petite vérole, toutes les phlegmasies cutanées n’ont pas le même aspect, le même mode physique de développement; et pourtant ces maladies affectent une marche plus régulière, moins orageuse, ont une terminaison le plus souvent favorable, si, au début, on les attaque par une application de sangsues à l’épigastre. Elles ont des signes communs qui annoncent la lésion primitive des organes de la digestion et des muqueuses en général ; ce sont ces signes qui doivent diriger le praticien. Ainsi quels que soient les phénomènes propres au mode inflammatoire diphtérique, phénomènes décrits avec un soin qui fait honneur à l’esprit d investigation de Bretonneau, je crois qu’il est dangereux de conclure qu’un traitement spécifique doive être adopté ».
La réponse ne se fit pas attendre. Trousseau montra qu’Emangard n’avait observé que des cas d’angines
TROUSSEAU
scarlatineuses, et que par conséquent il n’avait pu se faire une idée juste de la pharyngite pseudomembraneuse. Puis, faisant face à d’autres adversairés, il répond aussi vertement à leurs attaques d’un caractère moins scientifique et qui montrent à quel degré d’acrimonie on en était arrivé. « Je ne sais vraiment si c’est une des maximes de l’ancienne école du Val-de-Grâce de guerroyer toujours avec des armes peu courtoises ; mais j’ai * eu pour mon compte personnel quelques coups de boutoir à essuyer et notamment d’un M. Vialle de Mencey qui m’a, dit-on, traité d’ontologiste, à propos d’angine scarlatineuse ; voici presque de suite ce qui a dû prouver à tout le monde que l’angine scarlatineuse était identique à la diphtérite. » Et, il continue à se défendre contre certaines insinuations déplaisantes (on se rappelle qu’on était au lendemain d’une révolution faite au nom des principes de 89). « Il me semble que M. Vialle, dont je n’ai jamais entendu parler et qui certes ne me connaît pas, aurait dû avant d’imprimer dans le Journal du Val-de-Grâce que j’étais un émissaire de parti t, s’informer de mes mœurs, de moncaractère et de mes antécédents. Je défie hautement M. Vialle de citer une circonstance de ma vie passée qui autorise l'homme le plus malveillant à me donner une aussi injurieuse qualification. Je le défie de me prouver que j’aie jamais voulu exploiter à mon profit ou la dévotion, ou le royalisme, ou l’ontologisme, je le défie, en un mot, de trouver dans ma conduite un seul acte qui ne puisse être avoué par un honnête homme. M. Vialle en pourrait-il dire autant, lui qui, sans connaître un contrère, ne craint pas de le flétrir d’une épithète calomnieuse. » Puis, rendant un juste et émouvant hommage’ 1. Des Jésuites.
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a iix qualités éminentes de Broussais : « Je n’ai jamais fait grand cas dés opinions du Val-de-Gràce, et j’ai résisté fermement au torrent qui nous a tous débordés ; voilà mon crime, mais je l’ai fait à une époque où il y avait peut-être quelque courage à le faire. Aujourd’hui que Broussais a survécu à ses doctrines médicales, et qu’il appartient à la postérité, je rends à l’homme de génie l’honneur que je refusais et que je refuse encore au praticien».
C’est Trousseau l, en définitive, l’illustre disciple et continuateur de Bretonneau, dont il précisa les doctrines et leur donna une ampleur qu’elles n’avaient point primitivement, qui eut l’honneur de clore cette période et.de rallier définitivement aux nouvelles idées presque tout le corps médical français, en publiant, sur la diphtérie, deux remarquables articles dans les Archives , puis dans le Dictionnaire en trente volumes. « Je n’ai jamais vu, dit-il, la diphtérite se développer àla peau- sans que cette membrane ne fût préalablement privée de son épiderme, ou ulcérée, sans que, par conséquent, elle ne fût plus ou moins voisine de l’organisation du tissu muqueux. Ainsi, dans le cours d’une épidémie (celle de Sologne), j?ai vu des piqûres de sangsues, de légères coupures, des herpès survenant à la suite de fièvre, des vésicatoires, des gerçures du sein, des excoriations du scrotum, des oreilles, du cuir chevelu, du nez, de l’anus, des plaies diverses, devenir l’oc-
-• 'Avant de faire paraître ses cliniques, qui lui ont assuré un renom si durable, Trousseau a publié des articles de journaux importants quoique peu nombreux. Il a pris part à un grand nombre de discussions académiques, rédigé beaucoup de rapports d’épidémiologie, où il était souvent question de la diphtérie. Son rôle commence, en réalité, dès 1828; mais d’abord, il se montre surtout un disciple de Bretonneau, dont il élargit l’œuvre sur des points de détails tels que la diphtérie cutanée, la question de climat. Ce n’est qu’un peu plus tard, qu’il dégagera sesvues personnelles.
2. C est Trousseau qui fit connaître la localisation cutanée.
TROUSSEAU
casion du développement de la diphtérie cutanée, et cela, non chez un petit nombre d’individus isolés, mais chez quelques-uns des membres de presque toutes les familles d’un même village, de sorte qu’on ne saurait être trop étonné qu’une maladie si commune et si grave ait pu passer inaperçue. Dès que la diphtérite envahit une plaie, celle-ci devient douloureuse1, laisse écouler une grande quantité de sérosité incolore et fétide et se recouvre bientôt d’une couenne grisâtre, mollasse et d’une épaisseur variable. Les bords de la plaie se gonflent, prennent une teinte d’un rouge violet et s’élèvent beaucoup audessus du fond de l’ulcère. Cependant le mal ne s’étend ordinairement pas, mais il reste stationnaire pendant des mois entiers. » Cette persistance se voit aussi autre part (nez, anus) ; les remarques de Trousseau à ce sujet ont une grande importance prophylactique, « L’observation de la fille de Joséphine Pressoir atteinte de diphtérite pharyngienne, au Hameau des Rois, et âgée de huit ans, est caractéristique pour les phénomènes qui succèdent à une invasion épidémique. On lui avait posé un vésicatoire sur la nuque. La partie actuellement dénudée d’épiderme paraît déprimée, et l’est réellement eu égard à la tuméfaction environnante. Elle est recouverte de couches fibrineuses superposées, d’un blanc jaunâtre, qui, plus épaisses au centre, vont s’amincissant vers la circonférence. Au milieu, leur épaisseur est de deux, trois et jusqu’à quatre lignes, et elles ressemblent exactement aux concrétions pleurétiques; sèches, que l’on trouve dans la cavité de la poitrine lorsque la résolution A déjà commencé et que la partie sereuse, qui s’était épanchée, s’est presque entièrement
1. Robert décrira plus complètement la diphtérie des plaies, vers 1850.
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résorbée. Nous soulevâmes quelques-unes de ces concrétions avec une feuille de métal très mince, et nous vîmes qu’elles adhéraient assez fortement au tissu de la peau et qu’elles ne s’enlevaient qu’avec une certaine difficulté.
« A la Blettière, ferme située dans la commune de Marcilly-en-Villette, département du Loiret, cinq personnes meurent de la diphtérite pharyngo-trachéale; Huré, Pierre, âgé de dix ans, couche dans la même chambre, dans le même lit que ceux qui avaient succombé ; bientôt, une inflammation légère qu’il avait derrière les oreilles s’exaspère, la peau se recouvre de fausses membranes, la phlegmasie pelliculaire s’étend à tout le dos, et il meurt en peu de jours épuisé par d’atroces douleurs et par une suppuration excessivement abondante.
« A Graçay (Indre), un petit enfant qui tétait encore contracta l’angine diphtérique qui régnait épidémique-; ment. La mère continua de l’allaiter jusqu’à sa mort et le mamelon ne tarda pas à être envahi par l’inflammation spéciale et se couvrit de fausses membranes dont une médication convenable arrêta l’extension.
« Les filles du nommé Adam, qui habitait la cour du château de Mézières, contractent la diphtérie et meurent. L’une d’elles, âgée de sept ans, eut, en même temps, la main , le pied et la vulve envahis par l’inflammation pelliculaire. Elle ne mourut pas de suffocation, mais elle tomba dans un état d' adynamie profonde qui la fit promptement périr (paralysie diphtérique?).
« Un homme, appelé Montigny, qui vit successivement périr six enfants de sa famille, dans l’espace d’un mois, sur sept qui avaient été atteints de l’angine maligne, éprouva lui-même les premiers symptômes de l’angine
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diphtérique et, en même temps, le prépuce se recouvrit de fausses membranes ».
Trousseau rappelle que, dans l’épidémie de La Flèche rapportée par le docteur Les pin e, « la Sœur Marie offrit, dès les premiers jours, les symptômes les plus graves de l’angine maligne. Le mal, après avoir fait de grands progrès sur les tonsilles, s’est montré à la partie voisine du rectum. L’anus excessivement tuméfié, douloureux et d’un rouge livide s’est couvert de pellicules diphtériques qui ne se sont détachées que par parties et très lentement. » Et Trousseau ajoute : « Tout le monde connaît l’histoire de M. le Docteur Bourgeoise qui, lui-même a éprouvé des accidents absolument semblables et qui ne s’est guéri qu’avec beaucoup de peine ».
Une sorte d’érysipèle se développerait sur les points atteints b. « A la surface de l’érysipèle, l’épiderme, dans une multitude de points, est soulevé par de petites masses de sérosité lactescente, de sorte que la peau est revêtue de vésicules confluentes au voisinage de la plaie et de moins en moins nombreuses à mesure que l’on se rapproche des téguments encore sains.» En avant, ces vésicules laisseraient apparaître une couenne blanchâtre, qui, d’abord mince, va en s’agrandissant, en s’épaississant et en se superposant de façon à former une sorte de feuillet. En s’altérant et se putréfiant, ces dépôts fibrineux, prennent une teinte grisâtre, ainsi qu’il a été dit plus haut. Trousseau ne nie pas tout à fait la gangrène. « Je l’ai observée deux fois seulement et encore le sphacèle fut-il borné à une petite portion du voile dans un cas et de la peau du bras dans un autre. » La fièvre pourrait être vive dans certains cas, principalement