VIII. — ANGINE CHRONIQUE
Parmi les angines chroniques décrites dans les deux premiers tiers du xix® siècle, les unes étaient connues depuis longtemps (hypertrophie des aniygdales palatines), les autres ont été des créations nouvelles ; mais toutes n’ont pas été conservées. Ainsi, l’une d’entre elles tend de plus à être rejetée (angine scrofuleuse). D’autre part, l’angine catarrhale chronique (dans sa variété la plus importante : catarrhe du cavum) a été entrevue très tard. Seule l’angine granuleuse, une des entités morbides créées à cette époque, fut étudiée d’une façon assez complète et vraiment clinique.
A. — Angine scrofuleuse
Lorsque la diathèse scrofuleuse eut été constituée, ses partisans ne tardèrent pas a rechercher quelles pouvaient être ses manifestations du côté de la gorge L On lui rattacha le catarrhe chronique, l’hypertrophie des amygdales palatines, un certain nombre d’états granuleux du pharynx (Bazin, Guéneau de Mussy) ; mais, comme le fait remarquer Lasègue saul l’allure traînassante et la fréquence des récidives, rien ne vient déceler cette origine. Hamilton ^ sembla faire accomplir un progrès décisif en distinguant des lésions anatomiques un peu plus nettes que les précédentes et permettant, suivantlui, d’admettre deux formes d’angine scrofuleuse, l’une bénigne, l’autre grave. La première serait l’angine granuleuse compliquée de catarrhe chronique et d’hypertrophie tonsillaire,
1. Voir volume IY, p. 654. — 2. Voir volume IV, p. 740, Lasègue rejette l’origine scrofuleuse. — 3. Voir volume IV, p. 655.
la seconde, primitive ou succédant à l’autre variété, serait caractérisée par des ulcères plus ou moins étendus, à bords irréguliers, peu profonds, à fond inégal et granuleux, tapissé par une matière muco-purulente d’un jaune verdâtre. Dans d’autres cas, un peu plus rares que les précédents, efqui sont en quelque sorte l’accentuation delà variété que nous venons d’exposer, il existerait, en outre de l’ulcère, des saillies et des parties labourées par un travail cicatriciel. En 1872, Isambert rappelant les travaux d’Hamilton, admit une forme scléreuse à allure insidieuse et chronique, caractérisée par une teinte cireuse et violacée des lésions et aussi par des petits ulcères résultant de la fonte des granulations. Au niveau des. pettes de substance, la muqueuse se montrerait enflammée et bourgeonnante. Les ganglions du cou paraîtraient assez souvent engorgés. On noterait de la dysphagie légère, du rejet des aliments par le nez, du nasonnement.
Il est évident que, sauf les formes légères qui peuvent manifestement être engendrées par des causes très diverses, les altérations morbides signalées par Hamilton ét Isambert relèvent soit du lupus, soit peut-être de la syphilis héréditaire, comme on le soutint à la Société médicale de Vienne, en février 1871. 11 semble cependant que les organes, lorsqu’ils sont viciés par une mauvaise hérédité ou de déplorables conditions hygiéniques, épuisés souvent aussi par de graves maladies antérieures, ont des réactions caractéristiques sinon au point de vue symptomatique du moins du côté de la marche. Tout n’est donc pas inutilisable parmi les matériaux que nous ont laissé quelques-uns de nos prédécesseurs. Il s’agit en