C. — Amygdalite chronique
Bien étudiée déjà aux époques précédentes-, l’amygdalite chronique a fait néanmoins, au cours des deux premiers tiers du xix® siècle, l’objet de travaux importants.
Tout d’abord V étiologie a suscité des querelles assez ardentes. Lasègue a considéré l’hypertrophie des tonsilles comme innée^, c’est-à-dire comme une sorte de malformation congénitale, du moins chez les enfants; car, chez les
1. Voir Tolume IV, p. 692. — 2. V^oir Hypertrophie des amygdales, ■volume II. — 3. Voir volume IV, p. 733.
EXPOSÉ SYNTHÉTIQUE
adultes, il accepte, bien entendu, l’influence évidente des inflammations répétées. Suivant les protagonistes de la diathèse scrofuleuse, celle-ci serait la cause véritable, le terrain indispensable sans lequel les irritations banales resteraient sans effet ^.^D’autres, moins partisans de ces patliogénies plus ou moins mystérieuses, évoquaient, danè le jeune âge, des stomatites, des angines souvent très légères et surtout des troubles d’ordre dentaire (Robert, Guersant).
Les lésions, l’on pouvait facilement étudier sur des tonsilles hypertrophiques, enlevées sur le vivant, furent l’objet de descriptions minutieuses, notamment de la part de Chassaignac^. On nota les altérations morbides dont les cryptes étaient souvent atteintes et on distingua des inflammations lacunaires, catarrhales, purulentes ou calculeuses. A côté des cavités, assez vastes d’habitude, constituées par les cryptes malades, on constata l’existence de gros trousseaux fibreux s’entrecroisant dans toutes les directions ; mais la transformation scléreuse ne parut pas toujours aussi accentuée, et l’on distingua des variétés molles à côté des variétés dures.
L’aspect spécial des glandes augmentées de volume, l’existence d’orifices béants correspondants aux cryptes et pouvant être confondus avec des ulcères, la pédiculisation ou l’état sessile, les troubles réactionnels ayant été fort bien dépeints antérieurement, notamment au XVIII® siècle, il restait peu à faire sur ce sujet ; mais il n’en était pas de même des perturbations auditives"^, un
1. Bazin note l’hypertrophie des amygdales parmi les manifestations précoces de la scrofule. Guersant, Follin et Duplay (volume IV, p. 745) acceptèrent, ainsi que beaucoup d’autres, celte opinion. — 2. Voir volume IV, p. 725. Voir aussi l’Anatomie pathologique de Cruveilhier. — 3. Signalées de bonne heure par Itard, Ménière, Kramer, etc., et par nombre de nosologistes de l’époque (Grisolle, Andral, etc.).
AMYGDALITE CHRONIQUE
peu négligées autrefois. Généralement on attribuait les symptômes de surdité, signalés par un très grand nombre! de médecins et d’auristes, dès le début du xix® siècle, à une obstruction mécanique de l’orifice tubaire, produite par la glande hypertrophiée, qui débordait en arrière, pour se porter du côté du cavum ; mais quelques auteurs, surtout Lasègue, firent bientôt jouer un rôle important aux manifestations catarrhales que l’on constate souvent chez les sujets atteints d’hypertrophie tonsillaire. Suivant ce dernier auteur, en effet, l’amygdale malade et anormalement volumineuse serait une sorte d^épine inflammatoire, provoquant des poussées inflammantes du côté du nez, des trompes et même du larynx, et dont le sort et la durée seraient variables.
Mais le principal mérite de cette époque a été de bien mettre en lumière l' obstruction nasale, ainsi que les déformations squelettiques, {ncmles et thoraciques, qui en résultent. On peut dire que la symptomatologie et les plus graves conséquences de l’adénoïdisme avaient donc été décrites sans qu’on connût les végétations. Qu’on transporte à celles-ci le tableau morbide attribué aux hypertrophies des tonsilles palatines et* la description, même à l’heure actuelle, ne manquera pas d’exactitude.
C’est Dupuytren^ qui vit la corrélation entre certaines malformations de la poitrine et la saillie exagérée des amygdales. On dirait, dit-il, que le thorax en question a été comprimé, encore mou, de façon à rapprocher les deux faces latérales, comme on le fait pour étouffer des pigeons. Il cite les troubles respiratoires et circulatoires qui résultaient de ce rétrécissement. Coulson et Warren '^ firent, après Dupuytren, quelques remarques intéressantes