‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. VChapitre 110 sur 137 · Voir volume V, p. 75 et suivantes · texte numérisé non relu

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qa’aucune éruption exanthématique se montre à la surface de la peau. Tout le monde connaît les opinions émises à cet égard par Trousseau. Disons enfin que Taupin, Noirot et surtout Dance mirent l’angine scarlatineuse sans éruption tout à fait hors de doute, grâce aux très nombreuses observations cliniques recueillies par eux au cours de diverses épidémies.

D’autre part, si le mal peut se localiser exclusivement parfois dans la gorge, ne lui arrive-t-il pas, dans d’autres cas, de délaisser entièrement le gosier pour ne se manifester exclusivement que sur le revêtement cutané? La chose est restée en conteste pendant toute la période que nous étudions, surtout parce que la majorité des auteurs se faisaient de la scarlatine une conception purement angineuse L La pharyngite leur paraissait constituer un élément tout à fait primordial. Cependant quelques écrivains admirent que, dans des cas exceptionnels, où la scarlatine se montre tout à fait légère, elle pouvait respecter complètement la cavité bucco-pharyngienne^.

Les troubles angineux de la scarlatine ont successivement été classifiés suivant leur intensité, suivant la nature de leurs lésions et enfin suivant leur ordre d’apparition. En se basant sur le premier ordre de considération, on eut des angines bénignes, de moyenne intensité, malignes. En s’appuyant sur l’élément anatomique, on admit des angines rouges, des angines blanches, pultacées ou pseudo-membraneuses, des angines phlegmoneuses, ulcéreuses, gangreneuses. Une conception plus clinique

1. Actuellement, on sait que la scarlatine puerpérale et la scarlatine chirurgicale, se montrant chez des sujets ayant subi divers traumatismes, n affectent pas le pharynx. Est-ce parce que l’infection ne s’est pas faite par la gorge ? — 2. C’est l’opinion de Sydenham, de Rilliet et Barthez, etc.

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fut tirée de la marche même de l’afiection, suivaut que l’angine appartient à une forme normale ou anormale. Cette manière de voir a longuement été développée par Trousseau, q ui avait eu des prédécesseurs dans cette façon d’exposer les faits. Rilliet et Barthez puis Jaccoud 2 firent ressortir une notion bien plus importante encore, celle de l’ordre d’apparition des différentes manifestations gutturales que l’on peut observer au cours de la scarlatine. En effet, l’angine du début est bénigne, la tardive est maligne; la première est primitive, la deuxième secondaire et due à des infections secondaires streptococciques, staphylocciques, pneumoc.occiques, diphtériques, etc... Disons maintenant comment les auteurs se sont exprimés à propos des différentes variétés de pharyngites scarlatineuses. Il est assez remarquable de voir certains écrivains du commencement du xix® siècle pressentir que, si la scarlatine, du côté de la gorge par exemple, prend une allure maligne, elle le fait non pas par des raisons tirées de sa propre essence, mais parce qu’il se mêle à celle-ci un élément étranger, communiquant au mal un aspect adynamique, ataxique, hémorragique, etc. Ceci est du reste une hypothèse déjà ancienne, car Avicenne 3, par exemple, décrivant les diverses fièvres, pense que la malignité de beaucoup de celles-ci résulte de leur fusion avec un élément pyrétogène, putride, etc. Hufeland, Nysten et quelques autres se sont fait l’écho de ces doctrines. Thomas de Salisbury se borne à répéter l’enseignement de ses illustres compatriotes Morton, Huxham et Fothergill. Notons

1. Voir volume V, p. 53, la description qu’ils donnent de la diphtérie scarlatineuse. — 2. Traité de pathologie interne, 1” éd., article Scarlatine. — 3. L’auteur arabe déduit cette conception géniale, tant elle est justifiée actuellement par les notions bactériologiques (ex infections

EXPOSÉ SYNTHÉTIQUE

cependant qu’il signale non seulement le gonflement ganglionnaire , mais encore la surdité.

Transie Dictionnaire ensoixante volumes, Jouin de Saint- Just^ distingue une forme normale de scarlatine et une forme anormale, idée heureuse, mais qu’il ne sait , pas développer ; car sa dernière variété est constituée surtout par la scarlatina sine scarlatinis des anciens auteurs. Cependant, il a fait assez bien ressortir que, dans les variétés irrégulières, le mal prenait une allure qui pouvait être non seulement asthénique, mais encore ataxique ou adynamique. L’éruption manquerait ou serait tardive et parfois récidivante (Morton, Huxham).

Rilliet et Barthez ~ non seulement ont insisté sur l’intensité variable de l’angine scarlatineuse, dont ils ont signalé avec beaucoup de talent les principales particularités, mais ils ont fait ressortir, comme nous l’avons dit plus haut, l’allure récidivante des troubles pharyngés, qui, chez certains sujets, prendraient subitement, vers le déclin, une gravité désastreuse (angines tardives ou deutéropathiques). La forme pultacée, sur laquelle Bretonneau et Rayer avaient déjà fourni des notions importantes, est dépeinte par eux de mains de maître et soigneusement distinguée de la diphtérie scarlatineuse, à propos de laquelle Guersant^, Guéretin^ et Giraudeau^ avaient fait déjà du reste des remarques du plus haut intérêt.

Dans ses cliniques de rHôtel-Dieu, Trousseau® a tracé un tableau inoubliable de l’angine scarlatineuse, dont il

diphtériques mixtes compliquées, de streptococcie, etc.) de l’humorisme antique, qui admettait très bien non seulement la perversion des humeurs, mais le mélange de deux humeurs peccantes, ce qui aggravait singulièrement le pronostic. — 1. Voir volume V, p. 32. — 2. Voir volume V, p. 48. — 3. Voir volume IV, p. 395. — 4. Voir volume V, p. 35. — 5. Voir volume V, p. 139. — 6. Voir volume V, p. 64.

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étudie, avec un rare bonheur d’expression, les allures si diverses. Revenant sur des affirmations un peu trop catégoriques émises autrefois, il reconnaît que le mal ne se cantonne pas toujours du côté de la cavité pharyngée, que parfois il aime le larynx et que certaines angines, ressemblant à s’y méprendre à la diphtérie septique, sont en effet de la pharyngite pseudomembraneuse vraie.

Lasègue 1 s’est montré, dans son Traité des angines, le digne rival de Trousseau, lorsqu’il décrit l’angine scarlatineuse, dont il montre avec un soin minutieux les localisations, l’évolution, l’allure. Il insiste sur les différences qui existent entre elle et Tangine morbilleuse. Suivant lui, le mal s’annoncerait, pour la scarlatine comme pour la rougeole, par une rougeur gutturale décelant en quelque sorte les phases les plus récentes de l’envahissement de l’organisme.

Cet exanthème ne provoquant pas de douleur attirerait par cela même fort peu l’attention. Les choses pourraient en rester là, mais d’ordinaire, ici,rallure deviendrait plus franchement angineuse. L’évolution se ferait avec une remarquable rapidité et accomplirait son cycle complet en quatre ou cinq jours. On aurait en somme une éruption et non du catarrhe, comme l’ont faussement affirmé beaucoup d’auteurs. La rougeur staphylienne existerait parfois unilatéralement, par exemple, ou bien elle n’occuperait que le centre du voile, laissant libres les côtés de celui-ci. La teinte se foncerait en même temps que l’exanthème vieillit. D’autres fois, on noterait une sorte de congestion passive à tendance œdémateuse. La muqueuse serait recouverte d’un enduit très abondant. La douleur

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