I. — Déterminations pharyngées par propagation locale
La rhinoscopie postérieure étant relativement de date toute récente, il ne peut être question ici que d’une propagation des affections buccales. Nous devons faire remarquer cependant que les auteurs du xix® siècle et même ceux des époques précédentes savaient déjà parfaitement bien qu’un rhume de cerveau précède souvent une angine catarhale, à laquelle succède une laryngite et une bronchite. Ces faits étaient surtout signalés dans les épidémies de grippe 1, mais aussi en dehors de l’influenza. On ne doutait pas que le processus phlegmasique dépassant dans ces cas les choanes, envahissait la partie supérieure du pharynx, puis se généralisait à toute la cavité de celui-ci.
Bretonneau ~ pensait même que le virus diphtérique pouvait se dissimuler longtemps dans les fosses nasales et envahir ensuite à l’improviste les régions du voisinage; mais, faute de pouvoir explorer à son aise le cavum, ces notions déjà assez importantes ne reçurent
1. Voir volume II, article Grippe. — 2. Voir mémoire de 1855, volume IV.
EXPOSÉ SYNTHÉTIQUE
que tout à fait vers la fin de la période que nous étudions les développements nécessaires.
1) Déterminations pharyngées du muguet.
Elles furent longtemps attribuées à une éruption aphteuse ^ , ou à une sorte de gourme interne (Levret) une miliaire pharyngée (Devilliers) Lelut puis à sa suite Guersant, Trousseau et Valleix pensèrent qu’il s’agissait d’une afiection couenneuse vulgaire de forme particulière. Ce dernier fit même du muguet une maladie générale infantile excessivement grave et dans laquelle il englobait tous les accidents qui constitueront plus tard l’athrepsie de Parrot; mais Guersant, Trousseau et Delpech, s’appuyant sur lés recherches de Blache, démontrèrent que le muguet n’était qu’une complication secondaire et ultime d’un grand nombre de mauvais états généraux des adultes et des vieillards et non pas seulement des jeunes sujets, celui-ci devant seul être considéré comme idiopathique. Cette dernière variété était évidemment une concession aux idées si brillamment développées par Valleix. En 1842, Berg^ démontra que le mal était dû à un champignon, c’est-à-dire à un contage animé, notion d’une portée immense et qui devait familiariser les médecins, pour ainsi dire, avec les vues émises plus tard par Pasteur. Gruby, mais surtout Robin firent mieux connaître le parasite qui reçut le nom d’oïdium albicans. Gubler^ facilita beaucoup la compréhension du mode de l’infection, en démontrant que le champignon ne
1. Voir les idées de Raulin, volume Y, p. 158. — 2. Voir volume V p. 161. — 3. Voir volume V, p. 164. — 4. Voir volume V, p. 168. — 5. Voir volume V, p. 174. — 6. Voir volume V, p. 197. — 7. Voir volume V, p. 198. — 8. Voir p. 202.
DÉTERMINATIONS PHARYNGÉES Dü MUGUET 841
pouvait se développer que dans un milieu acide. Mais des contestations assez vives s’élevèrent alors entre ceux qui considéraient le muguet comme survenant toujours dans des états généraux graves et ceux qui admettaient à la rigueur un muguet bénin survenant chez des nourrissons bien portants, mais atteints de troubles buccaux pharyngés peu graves; du reste, bien que capables d’acidifier la salive, c^’est-à-dire de permettre à l’oïdium albicans de se greffer sur la muqueuse buccale (Jules Simon ^).
La propagation à\x muguet dans le reste du tube digestif est, comme on le sait, assez rare. D’habitude, il se cantonne dans la bouche ou envahit tout au plus le voile; mais il n’en est pas toujours ainsi.
Les prédécesseurs de Lelut et Lelut lui-même^ soutenaient que le mal peut contagionner non seulement le pharynx, mais encore l’œsophage, l’estomac et l’intestin. Valleix, Lediberder, Billard acceptèrent cette assertion qui fut formellement contredite par Trousseau et Delpech 3. Cependant, bien que l’opinion de ces derniers ait longtemps prévalu, Parrot ^ démontra que dans quelques cas exceptionnels, l’estomac et même les poumons sont atteints.
Les lésions anatomiques, très complètement et très exactement décrites par Robin et quelques autres, furent étudiées à nouveau par Parrot et Quinquaud. Il fut démontré finalement que la fibrine faisant défaut, les dépôts blanchâtres n’étaient pas de nature inflammatoire et résultaient d’un amas de cellules épithéliales dégénérées.
1. Voir article a Muguet » du Dictionnaire pratique de médecine et de chirurgie, et aussi volume V, p. 211. — 2. Voir volume V, p. 171. Lelut nie cependant que le mal puisse envahir l’arbre respiratoire. — 3. Voir volume V, p. 182. — 4. Voir volume V, p. 209.
EXPOSÉ SYNTHÉTIQUE
La symptomatologie, déjà esquissée par Lelut, par Valleix, qui en avait exagéré l’importance, comme on l’a vu plus haut, par Trousseau et Delpech, fut très complètement étudiée par Seux, qui a laissé peu à faire à ses successeurs pour tout ce qui concerne la clinique. L’importance réactionnelle attribuée à la présence de ce parasite est allée du reste sans cesse en diminuant. Le seul fait qui lui a prêté véritablement de l’intérêt est la constatation faite par Blache, puis par Guersant, Trousseau et Delpech, que le muguet survenait d’habitude à la période ultime de graves états généraux et qu’il était par conséquent d’un mauvais pronostic,
L’allure bénigne des symptômes buccaux, le cantonnement habituel du mal dans la grande majorité des cas, la blancheur crémeuse des dépôts suspects, les circonstances spéciales dans lesquelles l’affection se développe, mais surtout l’examen microcospique, en cas de doute, permirent, dès 1840, aux praticiens de distinguer nettement le muguet de la diphtérie, même quand celui-ci a envahi la gorge, ce qui est exceptionnel.
2) Déterminations, pharyngées de la stomatite ulcéromembraneuse.
En 1829, Payen et Guesdon i signalèrent la propagation au pharynx de la stomatite ulcéromembraneuse, qui venait d'être séparée par Cafïord de la diphtérie, contrairement à l’opinion de Bretonneau. Taupin 2 cite également les lésions tonsillaires ; mais c’est Bergeron ^ qui, en 18o9, a tait connaître l’angine ulcéromembra-
1. Voir volume V. p. 214. - 2. Voir volume V, p. 215. - 3. Voir volume V. p. 215 .
neuse ; non seulement il a signalé les cas où le mal envahit secondairement la gorge, mais il signale un fait où l’affection siégeait uniquement dans le pharynx- Suivant lui, les lésions et les symptômes seraient ceux qu’on observe à la bouche. Comme dans cette cavité, les lésions morbides sembleraient unilatérales ; à un stade inflammatoire préalable et d’apparence vraisemblablement vulgaire, succéderait le stade d’ulcération bien connu.
Dans les observations auxquelles il fait allusion, l’isthme était rouge, gonflé, douloureux, les, amygdales ulcérées; les bords de l’ulcère se montraient remarquablement saillants, boursouflés, ce qui tromperait sur la profondeur exacte des lésions. Les tonsilles avaient, d’autre part, une consistance spongieuse. Elles étaient recouvertes de lambeaux mortifiés, multiples et non uniques, comme dans la bouche, probablement, dit-il, à cause des cavités cryptaires de l’amygdale. Malgré la fétidité de l’haleine et l’importances des désordres anatomiques, la réaction symptomatique paraissait peu accusée. Peter s’est contenté d’adopter les idées de Bergeron^ dans le court paragraphe qu’il consacre au sujet.
3) Déterminations pharyngées de la stomatite aphteuse.
Ij’importance des déterminations aphteuses de la gorge est allée sans cesse en diminuant. On leur a retranché successivement les manifestations syphilitiques secondaires, le muguet, la stomatite ulcéromembraneuse, la diphtérie... Ceterme desplusvagues semble désigner, chez Hippocrate, Galien, etc., des éruptions de caractère