‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. VChapitre 17 sur 137 · Voir à ce sujet Ulrich de Hutlen · texte numérisé non relu

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2. Voir l’article Syphilis d u présent volume de cet ouvrage.

3. L’histoire de Basile Valentin semble entièrement apocryphe. Le Cursus triomphalis antimonii, ouvrage qui fit beaucoup pour la vulgarisation du médicament, n'estdoncpas de lui.

ANGINES TOXIQUES

action désagréable. Delà, des phénomènes angineux plus ou moins accentués qui attirèrent bientôt l’attention des médecins. Voici ce que dit Rayer sur ce sujet : « L’émétique, administré à hautes doses, donne quelquefois aussi lieu à une angine simple, érythémateuse, et plus rarement à une angine pustuleuse, analogue à l’inflammation qu6 les frictions faites avec la pommade stibiée produisent sur la peau. Lorsque cet accident s’est développé, les malades ont ordinairement montré de la répugncince à prendre ce remède, surtout lorsqu’il était associé au sirop diaeode. Quelques auteurs ont vu aussi le tartre stibié produire des aphtes dans la bouche et la salivation. Le docteur James assure avoir observé six fois ce dernier phénomène après l’emploi des préparations antimoniales ». De là, à assimiler l’action de l’antimoine à celle du mereure, sur la cavité bucco-pharyngée, il n’y avait qu’un pas. Mais, cette opinion fut vivement combattue par des observateurs très habiles, notamment par Trousseau, qui se prononce pour une action locale, dans l’article antimoine du Dictionnaire en quarante volumes el sovlonl dans son Traité de thérapeutique (volume 1, P . 571, édition de 1839). « Il nous reste à parler d’un phénomène que quelques personnes ont désigné sous le nom de saturation antimoniale. En général, lorsque l’on a soutenu pendant plusieurs jours la médication par le tartre stibié, le malade éprouve dans toute la gorge, dans la bouche et sur la langue, un sentiment de tension qui s’accompagne de quelques douleurs et d’un goût métallique bien prononcé. Ce goût a été comparé à celui que l’on éprouve lorsque l’on fait usage de mercuriaux. Nous nous étonnons que l’on ait cherché à assimiler complètement l’aetion de l’émétique sur la mein-

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brane muqueuse buccale à celle du mercure sur la même partie. Il y a en effet cette grande différence que le mercure n’agit qu’indirectement sur la bouche, tandis que l’antimoine excerce une action purement locale, exactement semblable à celle des lotions stibiées sur la peau. En effet, le passage répété d’une solution de tartre émétique sur la langue et sur les amygdales détermine une inflammation aphteuse, qui cause de vives douleurs et ne se guérit qu’après plusieurs jours. Ce phénomène ne doit pas être attribué à une véritable saturation et il ne faut pas attendre pour cesser l’administration du régime lorsque la membrane muqueuse buccale s’enflamme, car on voit immédiatement se développer, du côté des organes abdominaux, des accidents qui peuvent être mortels ».

Angine iodifjue. — Découvert par Courtois, étudié par Gay-Lussac, introduit dans la thérapeutique du goitre par Coindet, de Genève, dans celle de la syphilis par Biett, puis contre une foule d’autres maladies, l’iode, de plus en plus largement employé par les médecins, ne tarda pas à déterminer des accidents qui démontrèrent qu’il fallait en surveiller l’emploi. Rilliet, de Genève, les étudia sous le nom d’iodisme qui estresté. Parmi les perturbations observées, il en est de légères qui surviennent de bonne heure et à des doses assez faibles, surtout quand il existe une certaine idiosyncrasie, c’est le coryza et l angine. Voici ce que disent Trousseau et Pidoux sur ce sujet dans leur Traité de thérapeutique \ « Dans quelques circonstances aussi, il survient un mal de gorge continu que certains malades supportent avec peine et qui est le prélude de troubles divers du côté du- tube digestif ; cette douleur de gorge est, jusqu’à un certain point, le thermomètre de la saturation indique».

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L’angine produite par le cuivre est de cause plus nettement prolessionnelle. Il s’agit presque toujours des ouvriers produisant le verdet. « Dans les fabriques de verdet, dit Barralier^, ce sel, répandu dans l’atmosphère, à l’état purulent, provoque des irritations des muqueuses oculaires et respiratoires, et occasionne des ophtalmies, des coryzas, des angines, de la toux, etc. Ces accidents, peu graves chez les individus forts et bien constitués, qui, par une longue accoutumance, sont devenus réfractaires à l’action nocive de la respiration de ces poussières; peuvent être sérieux pour ceux dont les muqueuses bronchiques sont susceptibles de déterminer diverses maladies des voies aériennes ». D'autre part, Bailly, médecin d’usine, a noté sur plus de cinq cents ouvriers employés à travailler le cuivre, en outre du liseré dit gingival, de Burton, analogue à celui de l’intoxication saturnine et qui serait dû, suivant Bucquoy, à une altération du tartre et de l’émail des dents, des phénomènes d’irritation du côté de la bouche et du pharynx.

Les faits suivants que nous allons rapporter prouvent que d’autres métaux peuvent, comme le cuivre, amener, du côté de la gorge et des autres voies aériennes supérieures,- des phénomènes d’intolérance. Il s’agit du zinc. Ses mauvais effets sur la cavité pharyngée furent pour la première fois signalés par Landouzy père et Maumené, en 1850,, dans une communication à l’Académie de médecine. Ils observèrent ces troubles pharyngiens chez des ouvriers employés à tordre des fils galvanisés pour le foulage des vins de champagne. Ces ouvriers, comme on le sait, grâce à une machine-outil spéciale, coupent et tordent à la fois dix à vingt brins de fil de fer. Ces fils

1. Article cuivre du Dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques.

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sont mis ensuite en paquets de un kilo et battus avec un morceau de bois pour être redressés et serrés en faisceau. Chaque ouvrier confectionne ainsi quarante à cinquante paquets par jour. Ces accidents apparurent, quand, au fil de fer ordinaire, on substitua le fil de fer galvanisé, c^està-dire recouvert d’une couche de zinc. Les mêmes individus, qui travaillaient depuis longtemps dans cette fatigante profession sans en ressentir d’inconvénients sérieux, se plaignirent dès lors d’un goût de poussière sucrée à la gorge, « d’un besoin incessant de tousser et de cracher, de frissons, de malaise général, etc. En effet ces fils galvanisés, fabriqués précipitamment et sans tous les soins nécessaires, étaient recouverts d’une couche assez épaisse de poussière de zinc, d’oxyde et de carbonate de zinc, qui s’échappait abondamment pendant la manutention des couronnes, pendant le tordage des fils, et surtout pendant le battage des paquets.

« Sur six ouvriers employés à cette fabrication, trois éprouvèrent une angine et une stomatite violentes’, avec ulcérations des amygdales, pellicules blanchâtres sur les gencives, salivation, fétidité de l’haleine, coliques et diarrhée. Trois présentèrent ces symptômes à un très faible degré. Chez l’un, les coliques et la diarrhée furent les seuls accidents observés; chez un autre, les coliques furent accompagnées de nausées, de ténesme et d’une constipation opiniâtre. Chez trois d’entre eux, les accidents débutèrent au bout de six à huit jours de travail; chez un autre, au bout de quinze jours; chez deux autres, au bout de trois semaines ou un mois.^

« A l’exception de l’ouvrière qui travaillait dans l’atelier n° 1, et chez laquelle les accidents fébriles durèrent plus de quinze jours, les autres ne furent pas plus de trois à six jours sans reprendre leurs occupations.

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« Ajoutons enfin qu’un petit garçon de trois ans qui couchait dans l’atelier n° 1 fut atteint d’angine avec toux, salivation, etc., tandis que son père, âgé de trenteneuf ans, qui se bornait à y prendre ses repas, n’eut aucune indisposition.

« Quinze jours après ces accidents, les mêmes ouvriers, dans les mêmes conditons hygiéniques, recommençaient le même travail, avec le même fil galvanisé exempt de toute poussière, et il ne se manifesta aucun des phénomènes qu’ils avaient observés la première fois ».

L’influence nocive des acides, des bases alcalines puissantes telles que l’ammoniaque, la potasse, la soude, la chaux, que ces substances agissent sous la forme de gaz ou sous la forme de poussière, est si évidente et les lésions qu’elles déterminent sont d’un mécanisme si simple qu’il est inutile d’insister. Il faut dire cependant quelques mots des désordres produits par une inhalation médicamenteuse intempestive de l’ammoniaque. Dans la Gazette de santé de 1816, Nysten rapporte l’observation d’un épileptique auquel, pèndantun accès, on fit respirer longtemps de l’ammoniaque. Il survint bientôt une violente inflammation de la bouche, de la gorge, de la membi’ane pituitaire, des bronches et la mort survint quarante-huit heures après. Le Journal médico-chirurgical d’ Édimbourg, tome XIV, p. 641, contient un fait absolument semblable. Enfin la Revue médicale, tome XVII, p. 205, a publié le cas d’un empoisonnement par l’acide prussique qui fut combattu en faisant respirer au patient une grande quantité de vapeurs ammoniacales. Les symptômes d’intoxication disparurent, le malade éprouva consécutivement tous les phénomènes d’une violente inflammation de la bouche, du pharynx, du

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larynx et des bronches. Il guérit néanmoins dans l’espace de quinze jours.

Les troubles pharyngés déterminés par' les solanées vireuses sont connus depuis la période græco-romaine. Us ont été signalés par un grand nombre d’auteurs des siècles précédents et attribués à des spasmes, à de la sécheresse de la gorge, mais surtout à de l’angine. La réalité des accidents inflammatoires fut admise longtemps. Certaines lésions spéciales avaient même été signalées, ainsi que le démontre le passage suivant de l’excellent article que Trousseau a consacré à la belladone dans le Dictionnaire en quarante volumes. « Les autres phénomènes observés dans les empoisonnements par la belladone sont moins importants et n’existent pas tous d’une manière constante ; telles sont la sécheresse et la chaleur du gosier qui s’observent presque toujours et qui quelquefois semblent s’étendre à tout le conduit digestif, la difficulté et même l’impossibilité d’àvaler, la soif, les sueurs abondantes, la chaleur de la peau ; chez l’individu dont Jolly a rapporté l’observation il y eut un érythème générale Dans quelques cas aussi, on a observé des éruptions aphteuses au gosier., qui succédèrent au narcotisme (observation de Sage) et au délire (observation de Munnicks). Mais l’expérimentation sur les animaux et les investigations cadavériques chez les individus ayant succombé à l’empoisonnement par la belladone vinrent bientôt démontrer que la phlogose pharyngée n’existait pas plus que celle de l’estomac et

1. L’existence assez fréquente de cet érythème scai-latiniforme dans l’intoxication belladonée poussa les médecins allemands, principalement les homéopathes (en vertu de l’axiome similia similibus), à administrer la belladone non seulement pour guérir mais pour prévenir la scarlatine. Par extension, on prescrivit ensuite ce médicament dans d’autres angines.

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de rintestin et que les lésions constatables à l’œil nu se réduisaient en réalité à fort peu de chose. » On attribua donc désormais à des perturbations nerveuses les phénomènes gutturaux observés. Gubler soutient même, dans son article Belladone du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, que le resserrement des capillaires ^ détermine au début une véritable anémie, cc La muqueuse de l’entrée des voies digestives se montre aussi plus pâle au début de l’atropisme, alors même que la sécheresse est assez grande pour que le voile palatin et la paroi postérieure du pharynx soient comme vernissés. Si le contraire est généralement admis, cela tient en partie à ce qu’on recherche le phénomène à une époque avancée, en partie à ce que l’état normal de ces régions n’est pas suffisamment connu. Quand on examine la gorge d’un sujet qui se plaint de douleurs dans cette région, on est toujours tenté de croire à l’existence d’une phlogose, tant la muqueuse est naturellement rouge et vasculaire. La même illusion se reproduit nécessairement à l’occasion des symptômes de l’atropisme, mais on l’évitera si l’on prend la peine d’établir une comparaison avec la gorge des sujets à l’état normal. »

Hirtz décrit ainsi, dans son article Belladone, -du Dictionnaire Jaccoud, les phénomènes pharyngiens de l’intoxication belladonée. « Quant à nous, le phénomène initial, celui que nous avons constaté avec les plus petites doses de belladone ou d’atropine, c’est la sécheresse

1. Le resserrement des capillaires a été mis en lumière en 1853 par Warthon Jones, puis un peu plus tard par Brown-Séquard. En 1868, Arthur Bordier, se servant du sphygmographe de Marey, montra que la tension vasculaire subissait une augmentation très sensible. Voir pour plus de détail Meuriot, De la méthode physiologique et thérapeutique et de ses applications à l'étude de la belladone, Thèse de Paris, 1868.

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de la gorge. Ce fait est noté par tous les observateurs, et son intensité est proportionnelle à la dose du médicament. Du pharynx, la siccité s’étend bientôt vers l’œsophage, vers la bouche, vers le larynx. Non seulement la déglutition devient difficile, mais elle peut devenir impossible. La voix elle-même devient rauque et disparaît et les individus intoxiqués présentent un état qui rappelle l’hydrophobie. Cette sécheresse n’est point seulement subjective, mais elle est visible à l’œil ». Mais nulle part aussi, pas plus que Gubler, il ne fait allusion à l’existence d’une inflammation véritable du pharynx.

Toutes les notions de l’époque sur les angines toxiques ont été exposées et résumées dans les excellents articles sur l’Angine du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales et du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique. Voici ce que dit Desnos sur ce sujet :

Il est d’observation quotidienne que l’absorption du mercure administré par le tube digestif ou par le tégument externe ou introduit dans' l’organisme sous forme de vapeurs inhalées, comme chez les doreurs et les ouvriers des mines de mercure, produit assez souvent, vers la muqueuse buccale et les gencives, des accidents phlegmasiques d’une physionomie particulière, accompagnée de ptyalisme.

cc Lorsque, par exception, l’inflammation de la bouche avec ces divers symptômes et lésions se propage aux régions gutturales, ou quand, ce qui est plus rare encore, la phlegmasie s’y localise d’emblée, on dit c[u’il y a angine mercurielle, caractérisée par de la dysphagie, de la rougeur du pharynx, des ulcérations recouvertes d’une couche grisâtre. Comme on le voit, l’angine mercurielle ne représente qu’un épiphénomène, un accident de la sto-

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matité, dont elle suit les phases, disparaissant avec elle et à l’aide du meme traitement.

« Il est exceptionnel que l’angine prenne une assez grande intensité pour constituer par elle-même un danger pressant et nécessiter une intervention thérapeutique très énergique.

« Les faits que nous venons de noter, véritables phénomènes d’hydrargyrose aiguë, sont acceptés par tous et ne peuvent soulever de discussion. Il n’en serait pas de même d’une angine d’hydrargyrose chronique, se développant chez des sujets en puissance de syphilis et traité par le mercure L

« L’existence des angines dues à une intoxication mercurielle chronique n’est qu’une des faces d’une question plus vaste.

« Certains pathologistes inclinent à attribuer au mercure les déterminations morbides de la syphilis, dont ce médicament a été seulement impuissant à enrayer la marche. Réfuter cette erreur, traiter^ici delà valeur du traitement mercuriel dans la syphilis serait sortir de notre sujet. La d.istinction de ces prétendues angines mercurielles chroniques d’avec les manifestations de la syphilis a été inutilement tentée.

« Sans nous arrêter aux opinions de Colson qui niait le virus syphilitique et admettait que le mercure peut déterminer des accidents dix ou douze ans après la cessation d.e son usage, nous dirons que Dietrich a vainement cherché dans une coloration violacée particulière, dans des points jaunâtres pisiformes un peu élevés, dus à la saillie des follicules, parsemés sur les parties malades, des signes distinctifs entre l’angine hydrargyrique et les

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