I. — PHLEGMASIES PHARYNGÉES VULGAIRES D’ORIGINE GÉNÉRALE
a) Déterminations pharyngées de la rougeole
Signalons d’abord rapidement les travaux des devanciers.
Les déterminations pharyngées de la rougeole n’avaient point échappé aux grands épidémiologistes anglais des XVII® et XVIII® siècles. Ils ont mentionné non seulement l’énanthème, mais encore l’existence d’une véritable gêne de la déglutition avec tuméfaction des amygdales. Il en est de même pour Borsieri, qui a de plus laissé quelques lignes sur les accidents gangreneux buccopharyngés déjà entrevus par Sydenham. Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir Lieuteaud [Précis de médecine, p. 604) insister sur ce qu’il appelle la rougeole interne et citer expressément les manifestations de celle-ci du côté de la gorge et de la bouche.
Utilisant les travaux déjà assez complets de ses prédécesseurs, Monfalcon a consacré, en 1814, un paragraphe de son article Rougeole, du Dictionnaire en soixante volumes, ÿi la question qui nous occupe. « Toutes les membranes muqueuses ne sont pas irritées au même degré. Tel individu dont la conjonctive est médiocrement irritée a une véritable angine. La muqueuse de la gorge est enflammée ; il avale avec peine ; les amygdales sonttuméfiées. » Néanmoins, la rareté des pharyngites tant
LÉSIONS INFLAMMATOlItES VÜLGAIKES
soit peu intenses au cours de la rougeole frappa tellement les observateurs de la première moitié duxix® siècle qu’ils exagèrent en ce sens et opposent, beaucoup plus qu’il ne le /fallait à ce point de vue, ce qui se passe dans la rougeole avec ce qui survient dans la scarlatine. Aussi, la plupart d’entre eux n’ajoutent pas beaucoup aux travaux de leurs devanciers ; la quantité de matériaux utilisables que l’on peut tirer de la lecture des nosologistes de l’époque est assez maigre. Ainsi Grisolle [Traité élémentaire et pratique de pathologie interne^ 1 vol., p. 105, 1844) signale les perturbations pharyngées de la rougeole, mais sans y insister. « A ces symptômes, dont l’intensité varie, se joignent, le deuxième jour, des signes d’inflammation du côté de plusieurs membranes muqueuses. Ainsi les conjonctives sont injectées, rouges et il y a du larmoiement, les fosses nasales laissent échapper un fluide séreux; elles sont le siège d’un prurit incommode qui excite l’éternuement. Quelques malades accusent un léger mal de gorge, et presque tous se plaignent d’oppression, de douleur sternale, etc.» 11 mentionne l’énanthème guttural, mais non sa précocité. « Dans les cas où il existe de la douleur et de la sécheresse à la gorge, rinspection de cette partie fait souvent constater, ainsi que sur toute la membrane muqueuse du palais, une éruption absolument semblable à celle des téguments. » Ainsi que la plupart des auteurs contemporains, il admet une forme du mal sans détermination catarrhale du côté des muqueuses. « Il est des rougeoles dans le cours desquelles on n’observe point d’afifection catarrhale des muqueuses, c’est-à-dire l’ophtalmie, le coryza, l' angine et surtout la bronchite. » Les complications auriculaires ne sont signalées ni au cours de la maladie, ni pendant la convalescènce.
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Rilliet et Barthez sont un peu plus explicites sur les accidents pharyngés. Non seulement ils ont vu la dysphagie prendre un certain degré d’intensité sous l’influence d’amygdalites parfois assez marquées, mais ils ont rencontré dans un cas des lésions diffuses du pharynx. A l'autopsie, on constata une vaste inflammation de eette cavité, s’étendant à peine au larynx , et consistant ■dans une rougeur vive avec ramollissement et formation de plusieurs ulcéi’ations.
Valleix a observé une réaction exagérée de la gorge dans la période d’invasion de la rougeole. « Parfois le pharynx est aussi enflammé et il en résulte de la chaleur, de la sécheresse de la gorge, une constitution du pharynx qui incommode beaucoup les malades. Ce n’est que dans les cas particuliers, dont il sera fait mention plus loin, que les ganglions maxillaires se tuméfient sous l’influence d’une pharyngite violente. " Le description de l’énanthème comme de l’exanthème est empruntée à Guersaiit et Blache. Cependant il signale, à propos de l’éruption au niveau des muqueuses, l’intéressant travail de Helft sur la desquamation de l’épithélium au cours de la rougeole (/. für Kinderkrankheiten, 1843). 11 conclut, comme ce dernier, que l’énanthème accompagne et même précède l’exanthème ; il émet le désir que « ces recherches intéressantes soient reprises par d’autres observateurs » Les gangrènes de la bouche et du pharynx sont décrites brièvement, d’après Rilliet et Barthez. Puis, parlant des stomatites intenses qui viennent parfois compliquer cette maladie, il ajoute : « Une inflammation semblable se montre parfois dans le larynx et le pharynx, et, dans une épidémie de rougeole des Enfants Trouvés, j’ai vu un nombre considérable
LÉSIONS INFLAMMATOIRES VULGAIRES
des enfants affectés succomber par suite du croup. Le& mêmes remarques ont été faites dans d autres épidémies, et l’on a vu les productions pseudomembraneuses rester quelquefois bornées au larynx et aux bronches, mais plus souvent se montrer aussi dans le pharynx. »
Ces manifestations de la diphtérie secondaire avaient déjà du reste été signalées par quelques-uns de ses devanciers, notamment par Guersant (article Croup du Dictionnaire en quarante volumes) et par Rilliet et Barthez. Nous nous en sommes déjà occupé précédemmenth Voici . ce qu’en dit Trousseau, dans ses cliniques de l’Hôtel-Dieu. « Dans quelques cas aussi, la rougeole peut être le point de départ de la di[)htérite. Celle-ci prend généralement alors un- caractère de malignité, soit qu’elle se développe sur les membranes muqueuses du vagin, dans les plis de la peau, là où l’enveloppe cutanée présente, chez les jeunes sujets, une si grande analogie avec les membranes muqueuses, soit qu’elle apparaisse, ce qui est le cas le plus fréquent, sur les membranes buccale, pharyngienne, nasale. »
Si les auteurs des traités de pathologie interne ne nous disent le plus souvent rien de bien intéressant sur notre sujet, il n’en est pas de même des épidémiologistes qui, comme ceux ' des époques antérieures, ont vu assez souvent, au moins au cours de certaines épidémies et principalement dans ce qu’on appela longtemps la forme sthénique de la rougeole, des amygdalites d’une certaine intensité. Ainsi Charrier, qui s’est fait historien de l’épidémie qui sévit à Montpellier pendant l’hiver de 1858-1859, nous apprend que, « d’une manière générale, l’invasion de ces rougeoles était prompte et les