C’était l’opinion des antimercurialistes
LÉSIONS INFLAMMATOIRES NODULAIRES
chez celles qui avaient abusé des frictions mercurielles. L’observation démontre qu’elles ne sont presque jamais accompagnées de maladies de la peau, si ce n’est de quelques pustules qu’on observe à la face. Chose remarquable, lorsqu’à la suite des traitements mercuriels abusifs, des ulcères serpigineux, des adénites largement ulcérées ont été les funestes résultats, jamais on n’observe les désorganisations du gosier dont nous nous occupons ici. Elles coïncident au contraire avec des douleurs, des affections des os et des maladies graves de l’anus i. »
Gibert déclare que « le voile du palais et les amygdales sont le siège, le plus ordinaire des ulcères vénériens consécutifs. » Il note l’envahissement habituel de l’isthme (amygdales, piliers, voile), parfois du pharynx, l’aspect bien connu de ces ulcères (ronds, à pic, grisâtres, etc.) qui auraient dans certains cas de la tendance à ronger très profondément, et détruisent alors complètement le voile, gênant ainsi d’une façon définitive la déglutition et la phonation, l’élocution restant parfois « inintelligible pour les gens qui n’ont pas l’habitude de converser avec ce genre de malade. La voix est empâtée, nasonnée, la parole peu distincte. »
Citons encore la statistique de Lée, analysée par Diday dans la Gazette médicale 1830. Dans cent soixante-six cas de syphilis recueillis par lui, il y eut soixante-trois ulcères du gosier, dont trente et un observés chez les hommes. Il divise ses sujets en individus ayant eu ou non un chancre induré, répartition qui rend la lecture de son mémoire d’une utilité assez aléatoire et y met certaine-
1. Le tertiarisme interne respecte souvent, en effet, la superficie de 1 organisme : mais il n’y a pas balancement précis. C’est une affaireindividuelle.
SYPHILIS
ment de la confusion. Dans trente-six cas où les malades ne furent pas traités par le mercure, il y eut ulcère du gosier.
Période de Ricord, de Baumésetde Cazenave. — Ricord, bien qu’il se soit, à un certain moment, donné exclusivement à des questions théoriques un peu hasardées, et qu’il ait, par exemple, nié la contagion des plaques muqueuses, regardées par lui comme des chancres modifiés, a su insister sur un point primordial, l’ordre d’apparition des lésions syphilitiques.
Admirable observateur, il avait de bonne heure montré, du moins oralement, à ses élèves, l’aspect des difîérentes syphilides du gosier. Ainsi, dans la thèse deRATTiER [Considérations sur les syphilides, Paris, 1840), on trouve les lignes suivantes: « La forme érythémateuse est une des plus communes sur les muqueuses et paraît correspondre aux macules du début sur la peau. Comme elle, elle peut s’effacer rapidement sans avoir été aperçue ou bien il se forme de véritables plaques plus ou moins étendues, dans certaines conditions offrant un état comparable aux plaques muqueuses; quelquefois enfin dans certaines période delà maladie, l’éruption prend assez de développement pour être rapportée à une véritable affection tuberculeuse( tubercule plat de Cazenave). C’est à l’occasion des maladies de la gorge surtout, que les syphilides des muqueuses ont été décrites sous différents noms ; .mais avant Ricord leur ordre de corrélation avec les syphilides cutanées n’âvait jamais été bien saisi, surtout par rapport à ces éruptions qui, à la face interne des lèvres et des joues, à la voûte palatine, offrent des formes annulaires ou figurées si ressemblantes à celles que nous avons décrites à l’occasion de la lèpre (psoriasis) syphi-
LÉSIONS INFLAMMATOIHES NODULAIRES
litique (des mains), formes auxquelles peut aussi succéder un état tout à fait comparable aux tubercules herpétiformes. » Rappelons que, parmi ces dénominations empruntées à Willan, Bateman et Biett, leurs disciples en France, le grand fait de l’ordre chronologique apparaît clairement et d’une façon bien plus nette que dans Hunter.
Herbert Mayo, en Angleterre, bien que son ouvrage date de 1840, est moins novateur que les contemporains qui vont suivre, il se rapproche plus de Hunter et de Bell, ses grands compatriotes ; mais néanmoins son ouvrage sur la syphilis (Londres, 1840) contient beaucoup de remarques intéressantes.
Il range les syphilides secondaires de la gorge dans ce qu’il appelle le psoriasis syphilitique : ce serait une extension du psoriasis. Des portions de cette membrane muqueuse s’enflamment et sont revêtues d’une couche assez épaisse d’épithélium blanchâtre. Quand les écailles épidermiques humides tombent, on voit à découvert la muqueuse rougeâtre. Les variations d’aspect se voient bien surtout au niveau des amygdales qui sont, dit-il, le siège le plus habituel des ijianifestations gutturales vénériennes. « Ces glandes sont en même temps plus ou moins tuméfiées. Sur les piliers, les plaques restent plus constamment blanches. Sur les côtés et la pointe de la langue l’aspect
excorié prédomine au contraire . Les lésions du palais
et des amygdales le sont moins que celles de la bouche. Souvent ces altérations morbides sont les seuls syrnptômes qui démontrent l’existence de la syphilis, on les rencontre presque toujours en même temps que le psoriasis syphilitique. » A des périodes plus avancées du mal, on retrouverait aussi des taches sur les piliers, le pharynx, les amygdales. Les tonsilles sont nettement
hypertrophiées et leur saillie présenterait des fissures profondes qu’on pourrait prendre à tort pour des ulcères. Herbert Mayo cite Hunter à propos des ulcérations serpigineuses de la voûte palatine et du voile dont celui-ci mettait en doute l’origine vénérienne et il ajoute : « Cependantj’aivu pour ma part des faits de ce genre dans des cas de syphilis indiscutable ayant les caractères des ulcérations phagédéniques superficielles, c’est-à-dire ayant une surlace couverte de granulations et à bords jaunâtres, les parties avoisinantes étaient d’un rouge vif. » A propos des ulcères gommeux des amygdales et du voile, l’ulcère, dit-il, forme un trou assez profond, à bords taillés à pic, à fond jaunâtre ou grisâtre ou parfois d’un brun sale. Après avoir signalé les graves destructions que l’on peut voir survenir du côté du palais et du voile, il fait remarquer qu’il peut en résulter consécutivement des déformations bizarres.
« Le reste du voile, en se cicatrisant, se soude au pharynx et reste adhérent d’une façon permanente à la paroi postérieure de cette cavité ; cependant la respiration nasale n’est généralement pas supprimée pour cela ; un ou deux trous ovalaires persistent, qui livrent passage à l’air. Le caractère nasal de la voix devient ainsi permanent. » Les ulcères syphilitiques excavés de la gorge prendraient assez souvent naissance sur la paroi postérieure du pharynx. « Carmichael a noté leur blancheur remarquable, ce qui, suivant moi, serait dû à ce qu’ils seraient recouverts de glaires s’échappant de la portion supérieure de l’organe (cavum). » L’auteur décrit des ulcères syphilitiques serpigineux, se montrant sur une muqueuse très rouge et très gonflée ; le fond serait grisâtre par suite des dépôts qui s’y effectuent et les bords livides. Ils rongeraient,
raient tout ce qu’ils rencontrent et, en ulcérant des vaisseaux, pourraient déterminer des hémorragies fort graves. Dans un cas de ce genre, il dut lier la carotide ; le point de départ était l’artère linguale, comme il le reconnut à l’autopsie. Les quatre variétés admises de manifestations syphilitiques seraient plus ou moins nettement d’aspect vénérien. L’ulcère excavé semble être le plus^ typique. A ce sujet, il revient sur l’ulcère excorié, dont il s’eflforce de démontrer l’origine spécifique ; cette forme ne serait jamais grave, contrairement à l’ulcère serpigineux et à l’ulcère excavé. Deux observations intéressantes en illustrent en quelque sorte la description clinique.
L’école lyonnaise, dont les maîtres de l’Antiquaille rivalisèrent si heureusement avec les maîtres parisiens de l’école du Midi (Ricord) et de l’école de Saint-Louis, peut se glorifier ajuste titre d’avoir possédé dans Baumes un des syphiliographes qui contribuèrent le plus, vers le milieu du XIX® siècle, aux progrès de la vénéréologie. L’article qu’il a consacré notamment aux déterminations delà vérole sur la gorge est si remarquable qu’il futlongtemps cité, reproduit ou imité par beaucoup d’écrivains de l’époque. C’est un Willaniste décidé, qui s’efforce d’établir une concordance parfaite de date et de forme entre les syphilides i de la peau et des muqueuses ; il admet six variétés ^ de celles-ci au niveau de la cavité
1. On a appliqué le mot syphilide aux déterminations des muqueusesassez tard, quand on assimila les manifestations du tégument interne à celles du tégument externe.
2. Baumès a un peu trop multiplié ses divisions et subdivisions, probablement pour plus de clarté et pour serrer de plus près les faits.
^ Rappelons que c’est la première fois que les plaques muqueuses sont si nettement dépeintes ; les syphiliographes antérieurs les avaient certai-
bucco-pharyngienne. La première représente l’érythème guttural syphilitique, mentionné déjà à plusieurs reprises par les auteurs précédents et sur lequel La Martellières s’étendra un peu plus tard avec plus de détails. « Il est une forme qui correspond à la syphilis exanthématique de la peau^), ce sont des plaques plus ou moins irrégulières^ d’un rouge plus ou moins vif, quelquefois blanchâtres au centre, sans gonflement ou avec un gonflement très léger de la muqueuse, se confondant insensiblement avec le reste de la membrane. Ces plaques apparaissent sur le palais, le voile, la partie interne des lèvres et des joues. Elles durent peu de temps et disparaissent en même temps ou plus tôt que l’éruption cutanée correspondante. Si cette forme paraît peu fréquente, c’est, d’un côté, parce que la syphilide exanthématique est peu commune elle-même et, de l’autre côté, parce qu’étant peu grave et ne gênant presque pas, elle échappe à l’attention.
« La forme correspondante à la syphilide papuleuse ou tuberculeuse consiste : 1“ en véritables tubercules plats (plaques muqueuses), c’est-à-dire en élévations plates, annulaires ou ovalaires, mais moins élevées et moins nettement circonscrites qu’à la peau, offrant parfois à leur surface un aspect légèrement granulé, de couleur plus foncée que la muqueuse environnante, ne s’enflammant que passagèrement, et pas plus opiniâtres, pas plus difficiles à détruire que les tubercules plats de la peau ; siégeant dans les commissures des lèvres, en
nement entrevues (ulcères non excavés), mais très mal décrites et confondues avec les ulcérations véritables, tandis qu’ici le processus ulcéreux est tout à fait secondaire et accidentel (irritation).