Triquet avait insisté sur ces lésions osseuses
tOUGEOLE
muniqué était affreusement douloureux. Il y avait une fièvre véhémente, cent-soixante pulsations à la minute, de la dyspnée, des râles fins dissérhinés dans la poitrine, un subdélire continuel. Mais de plus, il y avait de rictère, dont on ne s’était pas préoccupé et dont on ne pouvait pas préciser la date. La percussion du foie, pratiquée alors, permit de reconnaître deux choses, à savoir, qu’il était notablement augmenté de volume e;t très douloureux en certains points.
« Rapprochant cet ictère de cet état du foie, cet état du foie des lésions articulaires, ces lésions articulaires des douleurs qui les avaient précédées et des frissons répétés qui les- accompagnaient, Peter conclut à une infection purulente avec abcès métastatiques dans le foie, peutêtre dans les poumons, certainement avec suppuration dans les articles. Quant au point de départ de cette infection, il n’hésita pas à le rapporter à l’otite profonde, à la carie du rocher ou des cellules mastoïdiennes. Tout motivait une pareille induction : la nature de la suppuration, son abondance, son excessive fétidité, sa brusque supression au moment où apparurent les frissons et les douleurs articulaires.
«Blache, appelé par les parents, fit le même diagnostic que Peter. Le petit malade succomba ce même jour.
(c Je me rallie complètement à l’opinion de Peter; je crois dans ce cas à une infection purulente, et je m’explique ainsi rétrospectivement certains accidents analogues que j’avais autrefois observés sans trop exactement m’en rendre compte. Soyez réservés dans votre pronostic quand vous verrez, à la suite de la rougeole ou de la scarlatine, une otite profonde se produire, et songez que l’inflammation, dans ce cas, n’est pas simple,
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qu’elle doit à la fièvre éruptive une gravité exceptionnelle , et qu’elle apparaît dans un organisme altéré quelquefois profondément par cette maladie infectieuse. »
Moynier^ étudiant dans un très intéressant travailles accidents de la rougeole, déclare nettement que les inflammations otiques sont loin d'être exceptionnelles, comme le ferait supposer le silence des auteurs.
« Nous avons vu que les pharyngites et les amygdalites étaient fréquentes et reconnues fréquentes par tous les auteurs dans la rougeole; aussi ne comprenons-nous pas pourquoi quelques auteurs regardent V otite comme une complication très rare (Rilliet et Barthez) et pourquoi d’autres ne la mentionnent pas du tout.
« Nous avons vu un assez grand nombre d’otites simples ou suppurées survenir pendant la rougeole à la suite du coryza ou de la pharyngite. M. Gubler nous a communiqué l’observation suivante dont le sujet est un enfant de dix-septans qui, pendant une rougeole, eut un coryza.
« Pendant l’épidémie de rougeole qui a régné à Paris en 1857, les otites furent très fréquentes ; dans la clientèle de mon père et dans celle de plusieurs médecins que j’ai interrogés a ce sujet, il était très fréquent de voir le début de la rougeole se marquer par des douleurs d’nreilles qui n’étaient souvent que de l’otalgie, mais qui souvent, dépendaient d’une véritable otite. Voici, entre autres, un exemple pris chez les trois enfants de
M“®deC...
« Le second fils de M”® de G . . . âgé de sept ans, fut pris, au mois de février 1857, d’ophtalmie, de toux, de coryza. Dès le surlendemain, l’éruption de la rougeole
1. Voir plus haut ce qu’il dit sur la précocité de l'énanthème qu’il nie.
ROUGEOLE
se fit presque sur tout le corps. L’enfant était guéri, l’appétit se maintenait. Vers le huitième jour, l’éruption avait disparu en temps normal, lorsqu’on s’aperçut qu’il entendait moins bien de l’oreille gauche. L’amygdale de ce côté n’était pas gonflée, elle était un peu rouge. La surdité dura trois semaines.
« Quelque temps après, la sœur aînée, âgée de neuf ans, devint mal a son aise pendant plusieurs jours; toux sèche, gorge rouge, déglutition cependant facile. Cet état dura dix jours, alors elle fut prise de coryza, d’ophtalmie, et l’éruption morbilleuse se développa lentement; elle eut en rhême temps une douleur à l’oreille droite, douleur qui persista pendant quelques jours avec surdité et suintement puriforme. M. le D'' Ménière fut consulté et il conseilla des injections dans le conduit auditif externe et l’application d’un vésicatoire derrière l’oreille. Guérison en trois semaines.
« Le troisième enfant de M™® de C..., âgé de quatre ans, fut atteint de la rougeole comme ses aînés étaient convalescents, il eut également une surdité qui guérit en trois semaines.
« Jeanne B..., âgée de neuf ans, fut prise, en mars 1857, d’une rougeole en récidive ; elle l’avait eue l’année précédente, bénigne, régulière, sans complication.
« En 1857, sa mère avait réuni à dîner M.Ferrus, mon père et moi, l’enfant se plaignait d’être souffrante, n’avait pas d’appétit, toussait, et les yeux étaient larmoyants.
c( L’idée de la rougeole se présenta à notre esprit, mais elle fut écartée par le souvenir de la maladie de l’année précédente. Cependant les symptômes persistèrent et une rougeole très bien développée se déclara, pendant laquelle les oreilles furent le siège de douleur et de suintement
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puriforme ; les douleurs et le suintement ont disparu au bout de peu de temps, mais la surdité a persisté pendant plus d’une année. Ainsi donc, l’otite n’esi pas une complication rare de la rougeole, et nous pensons que si on y apportait plus d’attention, on en trouverait plus souvent. L’otite débute du troisième au huitième jour de l’éruption.
« Les symptômes sont faciles à reconnaître ; cependant lorsqu’elle se développe chez de jeunes enfants qui ne peuvent pas s’expliquer sur le siège de la douleur, la maladie peut être méconnue ; et les accidents marchent et deviennent des complications sérieuses. L’èxcès de la douleur produit le délire, de l’agitation, des convulsions même, la fièvre augmente, sans que cet appareil formidable de symptônàes semble avoir une raison d’être, lorsqu’on n’en est pas prévenu. Aussi lorsque l’enfant est libre du travail de la dentition, et lorsqu’on ne constate aucune fluxion du côté de la bouche, lorsqu’on examinant le malade avec soin, on ne trouve ni hernie, ni aucune cause apparente capable d’expliquer les cris continuels , on peut croire à une otite et presque toujours, trente-six ou quarante-huit heures après, ces prévisions sont confirmées par la suppuration qui se fait jour à l’orifice extérieur de l’oreille.
« L’otite est caractérisée par une rougeur assez vive de la membrane qui tapisse le conduit externe de l’oreille ; cette rougeur est accompagnée d’une tuméfaction médiocre, par des bourdonnements d’oreillé et de la surdité. Après un certain temps qui varie de quelques heures à deux ou quatre jours, il survient un écoulement par le conduit auditif externe, séreux ou plus souvent jaunâtre ou verdâtre, épais, exhalant une odeur fétide. L’otorrhée
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persiste pendant un temps variable, environ six semaines. L’otite s’accompagjne de céphalalgie, et quelquefois des abcès se développent. Les deux oreilles peuvent être malades, ou une seule, ou l’une d’abord, puis l’autre.
« Dans l’otite de l’oreille moyenne, la douleur est extrêmement vive, les cris sont violents, les enfants n’ont pas un moment de tranquillité, tous les mouvements paraissent exaspérer la douleur.
« L’enfant semble soulagé lorsqu’il est couché du côté malade, la tête appuyée sur un coussin, et toutes les fois qu’on veut lui faire changer de position, il pousse des cris. La mastication exaspère la douleur.
(c Lorsque l’inflammation se termine par suppuration, la douleur persiste aiguë, jusqu’à ce que la membrane du tynipan ait été rompue par la suppuration qui s’écoule, ce qui soulage les malades. On reconnaît cette rupture parce qu’en faisant souffler les malades, l’air passe par l’oreille. Quelquefois le pus s’échappe par la trompe d’Eustache et tombe dans l’arrière-gorge. Il peut dans quelques cas se développer une phlegmasie des méninges du cerveau. Il reste souvent, mais pas nécessairement, de la surdité et nous avons cité un exemple d’ouïe conservée malgré la perforation de la membrane du tympan ; les auteurs en ont cité plusieurs. La surdité, cependant, peut persister pendant un temps assez long, nous l’avons vue durer près d’une année.
« MM. Rilliet et Barthez ont recueilli une observation d’otite aiguë, accompagnée de symptômes cérébraux, chez un enfant de treize mois. L’état cérébral était caractérisé par des mouvements saccadés des extrémités supérieures, une légère convulsion des globes oculaires, des cris aigus, l’enfant paraissait éprouver un è vive souffrance.
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Ces crises douloureuses se répétaient plusieurs fois par jour, elles duraient quatre à cinq minutes. Elles disparurent au moment où l’écoulement purulent se manifesta, La suppuration établie, le pus continue à s’écouler plusieurs jours, puis de moins en moins, puis la suppuration se tarit et il y a guérison.
« Quelquefois l’otite passe à l’état chronique ; il faut alors soupçvinner une otite profonde résultant d’une affection des os ; l’écoulement est fétide, il dure plusieurs semaines, disparaît pour reparaître, et ainsi pendant des mois et des années. Dans ce cas, il y a surdité plus ou moins complète.
« On voit que le pronostic est sérieux. D’abord la douleur amène de la fièvre, de l’insomnie, de l’agitation, du délire, des convulsions ; les méninges peuvent se prendre, la rupture du tympan aggrave le pronostic à cause de la surdité qu’elle peut entraîner; enfin les écoulements purulents sont souvent un signe d’ulcération de la muqueuse, dé carie, de nécrose des os, etc. »
A côté de cette otite, Moynier décrit l’otalgie. Au i)oint de vue de la pathogénie de ces souffrances d’^oreille qui seraient parfois fort vives, il écrit: « S’aglt-il d’une simple douleur ? N’est-il pas quelquefois au moins un état d’irritation ou de congestion des membranes qui recouvrent les cavités auriculaires ? » Voici l’allure du Symptôme. « Quoi qu’il en soit, la maladie est caractérisée par une douleur presque toujours très vive, qui se déclare tout à coup, atteint au maximum d’intensité et après avoir duré une heure ou deux heures cesse brusquement, soit pour disparaître définitivement, soit pour se manifester de nouveau. » Il a vu des enfants, qui en étaient atteints le soir, en guérir complètement le lendemain.
b) Déterminations pharyngées de la scarlatine
Lorsqu’on lit les admirables descriptions que nous ont laissées Morton, Huxham, Fothergill, Borsieri, qu’on les voit décrire si fidèlement par exemple l’aspect divers des phénomènes angi/neux, qu’on remarque qu’ils ont parlaitement entrevu les formes légères, pultacées, sans érythème, diphtériques, septiques etgangreneuses, il semble qu’il faille ici encore redire que leurs successeurs n’avaient plus qu’à glaner dans un domaine où ils avaient su récolter^ de si riches moissons. Cependant, si cette pensée décourageante est justifiée jusqu’à un certain point pour la rougeole et surtout pour la variole, elle est loin d’être aussi vraie pour la scarlatine. A un examen plus attentif, on voit que souvent ils n’ont fait qu’effleurer le sujet, et que, d’autre part, ils n’ont pas su se garer d’une grave erreur, c’est-à-dire de la confusion de l’angine scarlatineuse maligne avec l’angine gangreneuse des auteurs espagnols et italiens du xvii® sièclé ; faute considérable, il est vrai, mais qui a des excuses telles que la disparition apparente de la “diphtérie maligne à leur époque, la gravité extrême des symptômes scarlatineu.x pharyngés donnant aux malades l’aspect de typhiques comme du temps du garotillo de funeste mémoire, la coïncidence positive des deux affections diphtérie et scarlatine dans certaines épidémies, comme celle de Plymouth, l’absence de toute éruption cutanée dans bon nombre des angines scarlatineuses hypertoxiques, particularité qui avait vivement frappé les contemporains et qui tendait à donner à l’exanthème une valeur en quelque sorte secondaire sinon accidentelle.
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Les auteurs du xix® siècle auront donc à séparer l’angine pultacée scarlatineuse de la diphtérie secondaire, à étudier les caractères qui séparent celle-ci de la diphtérie gutturale primitive, à décrire d’une façon plus complète les accidents gangreneux septiques et les complications auriculaires qui résultent de la propagation à la caisse du processus phlegmasique pharyngé.
Ce qui frappe chez les premiers écrivains à étudier, ceux qui sont les plus rapprochés de la période précédente, c’est qu’ils considèrent les différences d’aspect sous lesquels petit se présenter la scarlatine comme le résultat d’une fusion avec un autre élément morbide, en quelque sorte surajouté, élément sté’nique, adynamique ou putride, suivant les cas. Cette conception, dont on voit des traces dans la médecine grecque, qui a été plus développée par les Arabes i, qui a survécu chez certains auteurs de la Renaissance et des temps modernes, se retrouve non seulement dans Stoll^, mais encore dans Broussais, sous des transformations et des déguisements divers.
Hufeland, dans son Manuel de médecine pratique, est précieux à consulter a ce point de vue. « La scarlatine peut se compliquer de chacune des différentes espèces de fièvres, et devenir ainsi anormale. La complication inflammatoire est indiquée par l’intensité de la fièvre et de la chaleur, par des taches scarlatineuses proéminentes, une éruption générale, une angine violente et l’inflammation locale d’autres viscères internes; la nerveuse^ la pâleur, une peau froide, l’apparition incomplète et la
1. Notamment Avicennes. Aujourd’hui, on parle de virulence exagérée ou d’infections secondaires.