‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. VChapitre 42 sur 137 · De lepra caspica. Virchows Arch · texte numérisé non relu

De lepra caspica. Virchows Arch

3. En 1783, Osiander, dans son Traité du Cow-pox, signale le premier un eas de contagion du cheval à l’homme. En 1810, Waldinger, professeur à l’école vétérinaire de Vienne, observa des accidents graves et parfois mortels chez ceux qui avaient opéré des chevaux morveux. En 1817, Sindon rapporta des faits analogues. Un peu avant lui, Lorrain avait formellement affirmé en France que l’homme peut contracter le farcin [Journal de méd. chir. et pharm.^ 1812). En 1821. Stilherg, chirurgien militaire prussien, publia dans le Rûstniagazine une observation fort intéressante et très complète de morve aiguë chez l’homme. 11 y eut éruption pustuleuse sur le nez, puis gangrène de cet organe. Peu après

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demander si certaines lésions gangreneuses du pharynx, citées par des anciens auteurs, ne relevaient pas peut-être en réalité de cette affection Les déterminations pharyngées sont donc de connaissance toute récente. De bonne heure cependant, on avait observé que, chez les animaux et aussi chez l’homme, le coryza morveux jouait dans la symptomatologie un rôle des plus importants (jetage nasal). Or, il n’y a pas loin des fosses nasales au pharynx, et il était à prévoir que la cavité voisine devait être fréquemment envahie par le mal, et ceci d’une façon plus ou moins sérieuse.

C’est ce qu’on vérifia en effet. Rayer mentionne, dans un mémoire important lu à l’Académie de médecine en 1837, qu’un certain nombre de malades crachaient du pus par la bouche ; d’autre part, Ollivier, dans le Dictionnaireen quarante volumes^ à l’article Morve (1837), signale formellement l’existence de stomatites et de pharyngites : « l’angine qui se développe alors est ordinairement circonscrite à quelquespointsdela bouche. Dans un cas, il y avait gangrène à la voûte palatine ; dans un autre, rougeur et bouffissure des gencives ; d’autres fois, on a observé des aphteSj une tuméfaction douloureuse des joues et du plancher buccal; dans un cas^il y avait une inflammation phlegmoneuse des glandes parotides et sous-maxillaires». Mais, comme les lésions buccales sont assez rares en somme, tandis que celles des fosses nasales sont pour ainsi dire constantes, il était à prévoir, ainsi que

Weiss, chirurgien de New Market, faisait connaître un autre cas, où il existait un jetage nasal intense. Vinrent peu après les communications de Müscrofl, Tarozzi, Travers, la thèse de Gruh, de Berlin, etc.

1. Ex. Tangine regardée comme charbonneuse par Gubler, comme morveuse par d’autres et qualifiée finalement de gangreneuse {V. l’article Gangrène du Pharynx, IV» volume).

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nous l’avons dit plus haut, que ce sont elles qui se propagent à la cavité pharyngée. C’est ce que dit l’auteur précédent.

« Les angines qui accompagnent la morve sont presque toujours déterminées par la propagation de l’affection des fosses nasales au pharynx, au voile du palais, aux amygdales et surtout au larynx. Non seulement ces diverses parties présentent de la rougeur et du gonflement, mais encore des lésions identiques à celles des fosses nasales. Quant aux symptômes par lesquels ces angines révèlent leur existence, ils ne diffèrent pas de ceux des inflammations ordinaires ». Et plus loin, à propos des lésions pharyngées; « On a trouvé la base de la langue et les piliers des amygdales rouges et injectes, le voile du palais, la luette, les amygdales elles-mêmes enflammés, quelquefois même gangreneux, ou recouverts de pustules isolées. La partie supérieure du pharynx, la face postérieure du voile palatin offrent plus souvent des lésions semblables à celles des fosses nasales, c’est-à-dire, la même éruption, les mêmes plaques ulcérées et gangrenées et quelquefois même les altérations ont une analogie frappante avec la lésion intestinale de la fièvre typhoïde ».

Comme on le voit, la morve aiguë du pharynx était désormais assez bien décrite. Un peu plus tard, Tardieu signala les déterminations gutturales de la morve chronique. « Dans la cavité buccale, dit-il, le même examen peut faire reconnaître l’existence soit à la voûte palatine, soit au fond du pharynx, d’ulcères qu’on peut seulement soupçonner dans le larynx et la trachée L » Jusqu’ici les manifestations pharyngées de la morve men-

1. De la morve et du farcin chronique chez l’homme, Paris, 1843.

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tionnées par les auteurs avaient un caractère secondaire et si effacé, en somme, que leur importance clinique était minime. Mais il n’en est pas de même quand le mal semble s’annoncer par une angine, comme dans le ca& célèbre de Graves, que nous croyons devoir rapporter intégralement à cause de son intérêt considérable.

cc Patrick Wallace, jeune homme de vingt ans, d’une constitution saine et robuste, est entré à l’hôpital chirurgical de Richmond, le 6 octobre 1836. Il avait été appelé à soigner un cheval morveux, il le conduisait et l’étrillait ; on sait en outre qu’il avait l’habitude de boire dans le même vase que le cheval, et qu’il portait une légère écorchure sur l’une des oreilles. A son arrivée dans le service, il avait tout à fait l’aspect d’un malade qui est atteint d’une angine tonsillaire ; il ne pouvait écarter les mâchoires de plus d’un demi-pouee (douze millimètres) ; c’était, là du reste, la seule infirmité dont il se plaignait. L’amygdale gauche était très volumineuse, rouge, dure et projetée vers la ligne médiane ; on n’y découvrit pas de fluctuation ; à l’angle de la mâchoire existait un empâtement général qui remontait jusqu’à l’arcade zygomatique. La glande sous-maxillaire du même côté était augmentée de volume et indurée. L’apparition de ces divers symptômes avait été précédée de fièvre^ peu de jours avant l’entrée du malade à l’hôpital (huit sangsues au cou ; purgation composée de calomel et de jalap).

« Le lendemain, le gonflement extérieur a encore augmenté. Patrick a plus de difficulté que jamais pour ouvrir la bouche, on peut constater cependant que l’amygdale est toujours dure et tuméfiée. (Douze sangsues au niveau des tonsilles. Le malade prend la solution

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stibiée additionnée de sulfate de magnésie, dont on se sert habituellement dans cet hôpital).

« 15 octobre. — Tous les accidents sont aggravés, l’amygdale est toujours dure, sans fluctuation, le côté gauche de la face est considérablement tuméfié ; les paupières gauches sont tellement enflées, que l’œil est complètement clos ; les joues paraissent enflammées ; à l’angle gauche de la mâchoire, les tissus sont tout à fait indurés, et cette induration s’étend vers le menton ; quelques taches rouges, à bords irréguliers, d’une grosseur qui varie depuis celle d’un demi penny jusqu’à celle d’une pièce de six pences, sont éparses sur la surface du corps ; deux pustules sur la jambe gauche.

« 16 octobre. — On ouvre sur Tamygdale gauche une vésicule remplie de sérosité jaunâtre. Le malade a toujours les mêmes difficultés pour ouvrir la bouche ; la tuméfaction du côté gauche de la face est plus considérable ; il s’est formé un petit abcès sur le côté postérieur de l’avant-bras gauche. Il y a eu un peu de délire pendant la nuit et trois selles abondantes. (Cautérisation de l’amygdale avec le nitrate d’argent. Vésicatoire sur le cou, au niveau de l’amygdale. Sol. stibiée).

« 17 octobre. — Le malade a un peu doz-mi, mais son sommeil a été interrompu par le délire ; c’est un délire doux, caractérisé surtout par de la mussitation. Patrick est parfois très désireux de répondre aux questions qu’on lui adresse, mais il ne peut y parvenir à cause de l’occlusion de la bouche. Ce retour de la raison ne dure d’ailleurs qu’un instant, et le malade se met à divaguer. L’ouverture de la bouche atteint à peine un demi-pouce (12millim.) ; l’œil gauche est complètement fermé ; le côté gauche de la face est énormément tuméfié ; il est, en outre, dur.

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chaud, tendu et luisant ; des deux côtés de la mâchoire mais surtout à gauche, toutes les glandes sont gonflées et dures ; l’amygdale est dans le même état qu’auparavant. Les narines sont dilatées. La respiration, stertoreuse, un peu précipitée, est à 28 ; elle est entrecoupée par de fréquents soupirs. Le pouls rapide, intermittent, très petit, ne peut être compté ; la peau est brûlante. La langue est sale, les dents sont fuligineuses. Le malade se plaint d’une soif ardente, mais il dit ne ressentir aucune douleur ; il est évident, cependant, qu’il souffre beaucoup dans les articulations et dans les membres, lorsqu’il fait quelques mouvements. Il n’y a ni gonflement, ni rougeur au niveau des jointures ; il n’existe pas de jetage ; on rie peut découvrir aucune ulcération sur la muqueuse nasale. A l’exception de la face et du cou, les ganglions lymphatiques ne paraissent point affectés.

« Cependant des vésicules et des pustules de différentes grosseurs avaient paru sur la surface du, corps, mais surtout sur le dos. Le volume de ces boutons variait depuis celui d’une tête d’égingle jusqu’à celui de la moitié d’une amande. Pendant leur première période, ces boutons représentaient de très petites vésicules remplies d’une sérosité limpide avec une aréole inflammatoire à peine appréciable. Au second degré de leur développement, la sérosité était remplacée par du pus ; un cercle roüge très considérable entourait chaque pustule, qui augmentait alors notablement de volume. Lorsqu’on ponctionnait une vésicule, le liquide paraissait s’échapper d’une cavité unique, située' sous l’épiderme ; cette évacuation n’amenait pas l’affaissement de la petite tumeur; il restait dans le derme ou au-dessous de lui une induration considérable, qui présentait à son centre la cavité

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dans laquelle la sérosité était contenue. Il existait sur différents points un grand nombre d’achores réunis ensemble et qui n’étaient pas beaucoup plus gros qu’une tête d’épingle. Ces groupes étaient entourés de bords élevés et blanchâtres, qui présentaient une largeur d’une ligne et demie à deux lignes (trois à quatre millimètres) ; entre ces bords et les achores, il y avait une ligne rouge. Le tout ensemble avait une forme un peu oyale. Il existait en outre de nombreuses taches inflammatoires sur l’épaule droite, le bras gauche et quelques autres parties du corps. Ces taches avaient une couleifr d’un brun foncé, presque livide ; sous l’influence de la pression, cette coloration s’efiFaçait, mais elle reparaissait dès qu’on cessait de comprimer. Le doigt percevait au centre une petite tumeur dure ; ces taches avaient des bords irréguliers.

. Les caractères de la maladie sont de plus en

plus accusés; à trois heures de l’après-midi, un écoulenient purulent très abondant a eu lieu par les deux fosses nasales. On a prescrit alors la solution de chlorure de soude à l’intérieur à la dose d’une drachme (quatre grammes) trois fois par jour et une potion composée de carbonate d’ammoniaque, de liqueur éthérée huileuse et de mixture camphrée. A cinq heures du soir, on trouve le malade à peu près hors de son lit ; sa tête est restée sur l’oreiller ; il est encore en état de demander ce qu’il désire. Le pouls est incomptable. Les jambes et les pieds sont froids, la respiration est stertoreuse, le corps est couvert de taches ; le jetage nasal a cessé, mais il se fait un écoulement purulent par la bouche et l’haleine est d’une horrible fétidité.

«8 heures du soir. — Des sueurs profuses sont sur-

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venues ; la face est rouge, tendue, luisante, et très enflée ; la tumiéfaction s’étend maintenant du côté droit ; l’œil est presque fermé ; le gauche s’ouvre un peu plus facilement; quelques pustules ont apparu à l’angle interne. Le délire et la mussitation continuent.

« Mort le 18, à 4 heures du matin.

Ainsi huit jours s’écoulèrent après ce début tonsillaire pendant lesquels les phénomènes amygdaliens restèrent stationnaires, tandis que l’engorgement du tissu cellulaire, du cou et de la face présentait un développement considérable, et pendant lesquels l’état général ne fît que s’aggraver. Aucune fluctuation ne se produisit du côté de latonsille. Ce n’est qu’au bout du dixième jour qu’on vit apparaître sur celle-ci une vésicule pleine d’une sérosité jaunâtre, en même temps qu’une éruption morveuse caractéristique s’effectuait du côté de la peau. » A l’autopsie on trouva dés lésions morveuses générales très importantes. ,

Desnos ne consacre qu’un paragraphe très court à l’angine morveuse, où il ne parle guère que du cas de Graves, qui avait eu beaucoup de retentissement sur les contemporains. Peter, tout en étant plus complet, n’est pas plus original. Cependant, il fait ressortir assez bien la rougeur du pharynx, les petites pustules qui, dit-il, existent parfois, les ulcères, les escarres et il montre que si le diagnostic est facile quand les déterminations pharyngées sont tardives, à allure secondaire, il n’en est pas de même quand le mal semble siéger positivement dans la gorge. Du reste, dit-il, ce diagnostic n’a qu’un intéi êt théorique ; car malheureusement il n’amène à aucune conclusion thérapeutique efficace.

Dans son article Morve, du Ziemssen Handbuch von

MALADIES DE LA PEAU

specielle Pathologie, Bollinger se borne à dire qu’au jetage nasal du début s’ajoutent plus tard des éruptions diverses sur les muqueuses qui avoisinent le nez, telles que la conjonctive, la muqueuse buccale, celle du voile, de la gorge, des voies respiratoires. Si le pharynx se prend, il se produit une dysphagie plus ou moins accentuée. Quant à la morve chronique, « comme phénomènes ultérieurs de l’affection, signalons, dit l’auteur, des inflammations des muqueuses, de la tuméfaction de la langue, de la salivation, des ulcères du palais et de la gorge, des angines. Les organes respiratoires sont souvent profondément atteints. »

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