Rayer, Bazin, Gubler, etc
2. Gubler par exemple expliquait que, les muqueuses de la gorge étant continuellement humides et balayées incessamment par la déglutition de la salive, les croûtes étaient forcément absentes. Tout au plus poûvaiton s’attendre à la présence de fausses ■ membranes. La situation i-eculée des lésions expliquerait pourquoi le stade vésiculeux échappait le plus souvent, à cause de l’insignifiance du malaise. En somme, on n’admettait guère, ici, parmi les lésions élémentaires de Bateman, que l’érythème et Tulcère.
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élémentaires sur lesquelles étaient basées les classifications de Willan et de ses successeurs pouvaient, à un examen attentif, se rencontrer dans le pharynx. C’est ainsique pour la vérole, par exemple, Baumès admettait dans cette cavité l’existence de la plupart des syphilides cutanées. Il est intéressant de constater que les dermatologistes, notamment ceux de l’école de Saint- Louis, se tinrent sur une grande réserve sur ce terrain qu’ils ne regardaient pas comme assez sûr L Ce sont des médecins non spécialisés qui aiîcomplirent les premiers progrès sur ce point encore si discuté.
Ce fut sur le pemphigus, dermatose à allure de fièvre éruptive, qu’eurent lieu les premières affirmations un peu précises, prouvant que les dartres pouvaient non seulementdéterminer des aphtes équivalentes, mais identiques en tout point aux manifestations cutanées. Voici ce que disent Gilibert et Monfalcon, dans l’article Pemphigus du Dictionnaire en 60 volumes. Après avoir montré que cette affection, qui procède à la façon des fièvres exanthématiques, pouvait déterminer de la congestion , et du catarrhe du côté des muqueuses, ils soutiennent que ces membranes sont même parfois le siège d’éruptions vésiculeuses, caractérisées par les mêmes symptômes que du côté de la peau, « vésicules séreuses de diverses grandeurs, reposant sur une base rouge, tuméfiée, chaude et douloureuse,, se rompant au bout de deux ou trois jours, en répandant la sérosité qu’elles contiennent, et en laissant des excoriations très vives. Cçtte phlegmasie vésiculaire a été observée dans l’intérieur de la bouche, du gosier, du nez, de l’estomac et des intestins,
1. Comme on le verra Lasègue leur reproche assez amèrement cette attitude.
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sur toute le surface des premières voies. L’afîection muqueuse se développe, dans le plus grand nombre des cas, en même temps que l’affection cutanée, et se termine presque toujours avec elle. Quelquefois celle-ci est très peu considérable, tandis que l’afifection muqueuse s’élève jusqu’au degré de la phlogose vésiculaire. Légère dans plusieurs cas, elle paraît ne pas exister dans d’autres, ou du moins alors ces signes ne sont pas également évidents. » Les maîtres de l’école de Saint- Louis, ainsi que nous l’avons dit plus haut, se montrèrent plus réservés et voici ce que dit Cazenave à ce sujet : « Chez un malade qui mourut à l’hôpital Saint-Louis, et qui était affecté d’un pemphigus dont la première éruption remontait à dix-sept ans, nous avons vu les lèvres flasques et pendantes, la muqueuse qui les doublait et celle qui tapissait les parois buccales et la surlace de la langue, se recouvrir sur les derniers temps de la vie de bulles volumineuses, transparentes, contenant un liquide sangüinolent. Quand l’épithélium se déchirait, ce qui arrivait très rapidement, la surface mise à nu restait pendant longtemps le siège d’une exsudation sanguine abondante ; les gencives de ce malade étaient gonflées, fongueuses saignantes. Cet état des gencives existe assez souvent chez les individus aflectés -de pemphigus depuis longtemps. La muqueuse buccale et pharyngienne participe à l’atonie générale de tout le système muqueux ; cependant il est extrêmement rare dy rencontrer les bulles dont les auteurs parlent si souvent, et regardent comme très fréquentes. Pour ma part, je n’ai été à même de les constater qu’une seule fois; c’était sur le malade dont je viens de parler. »
En France, c’est Lasègue qui s’est exprimé le pluscaté-
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goriquement sur la propagation du pemphigus à la cavité gutturale, bien qu’il reconnaisse que la participation du pharynx à l’éruption vésiculeuse est en somme exceptionnelle. 11 soutient que si, dans la forme aiguë, le fait est un peu plus fréquent, les phénomènes observés du côté du gosier ont un caractère toujours -secondaire et disparaissent en quelque sorte dans l’ensemble général des symptômes. Par contre, dans le pemphigus chronique, la localisation du mal pourrait se faire pour ainsi dire exclusivement dans le pharynx, entraînant par cela même des dilïicultés de diagnostic toutes spéciales.
« Aucun médecin n’ignore que, quand la bulle extrêmement amincie se rompt peu de temps après son apparition, le pemphigus ne laisse plus d’un doute sur sa nature. Le jugement est encore plus délicat si la lésion affecte de préférence la membrane muqueuse.
« J’ai observé un malade qui peut servir de type, pour lequel j’ai consulté les hommes les plus compétents et qui résume à lui seul presque toute la série des possibles.
«M. R., soixante ans, robuste, sujet à de fréquentes migraines et à des troubles digestifs, va, il yaseptou huit ans, aux eaux de Kissingen. Il revient, après la cure, complètement guéri des accidents incommodes qu’il éprouvait.
« Un an plustard, il se plaint d’une gingivite localisée, limitée aux dents incisives de la mâchoire inférieure et simulant, à s’y méprendre, la diphtérie gingivale. On essaye inutilement les moyens classiques avec une persévérance que l’insuccès ne décourage pas. Le pronostic est fâcheux, le malade est menacé de la perte des dents qui doivent se déchausser. Cette prévision n’est
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pas justifiée par révénement, et la lésion se maintient depuis son début sans variation, mais aussi sans entraîner les conséquences qu’il était raisonnable de prévoir.
(c Peu de temps après, M. R. accuse une sensation douloureuse sur l’aile du nez ; l’épiderme se détache sur un espace de la grandeur d’une pièce de cinquante centimes ; il s’exfolie sans qu’il ait été possible, à aucune période, de découvrir une bulle remplie de liquide.
« Un peu plus tard, la paupière gauche devient le siège du mal. Il s’établit lentement dès adhérences entre la paupière inférieure et la conjonctivite oculaire. Le mal qui envahit graduellement, ou plutôt par soubresauts, la cornée, est désigné sous le nom de xérose palpébrale, en tenant plus compte de ses conséquences que de sa nature ; aujourd’hui l’œil gauche est perdu pour la vision L
« Presque à la même période, le malade, que je ne connaissais pas, vint me consulter pour une angine dont il souâre depuis près d’un mois et qui gêne la déglutition ; je constate, sur le pilier antérieur gauche, une plaque blanche de moins d’un centimètre de diamètre et sur le pharynx une plaque de même aspect et de même dimension; pas de rougeur vive au pourtour ou au voisinage ; plus de gène que de douleur ; les ganglionssont indemnes.
« J’avouerai qu’avec les renseignements très incomplets qui m’étaient fournis, j’hésitais et dus me référer à un plus long examen. Au bout de quelques semaines, les deux plaques avaient disparu sans autre traitement que quelques gargarismes au ratanhia.
1. Ces troubles oculaires graves ont été signalés depuis par de nombreux auteurs.
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«^Depuis lors, des accidents analogues se sont reproduits à diverses reprises, et il ne s’est pas écoulé moins de quatre ans, à dater des premières manifestations. Le malade n’a jamais eu d’éruption semblable sur les joues ou sur la voûte palatine.
« Pendant un des intervalles de repos que lui laissaient les angines, il éprouva une difficulté dans la déglutition qu’il attribuait à un spasme de l’œsophage. S’il avalait, en mangeant, une gorgée de boisson froide, il était pris de suffocation et obligé de quitter la table. Le malaise cédait assez rapidement. Un jour cependant l’angoisse prit de pires proportions ; je fus mandé en toute hâte, et, en présence de symptômes si menaçants, je fis appel au conseil de Follin. Celui-ci pratiqua séance tenante le cathétérisme de l’œsophage et mit fin à ce grave incident. L’opération fut répétée à plusieurs reprises, et, après deux ou trois semaines de traitement, le malade put reprendre ses habitudes de nourriture, non sans des précautions soigneuses qu’il a continué depuis.
« Une nouvelle plaque de pemphigus s’est produite sur la paupière inférieure droite, avec des lésions jusqufici moins inquiétantes. L’angine reparaît, à de rares intervalles, avec ses caractères accoutumés. Si, au lieu de tenir compte de l’ensemble des phénomènes morbides, on voulait encore actuellement décider 'd’emblée de la nature de l’éruption angineuse, on serait dans un grand embarras.
« J’ajouterai que le malade est indemne de tout antécédent syphilitique, que l’éruption ne s’est, dans aucun J;emps, propagée au delà du nez, de la bouche, des yeux et des narines, qu’une seule fois j’ai été à même de
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constater l’existence d’une bulle remplie de sérosité opaline sur le pharynx, et qu’enfin toutes les médications générales ou topiques ont été également impuissantes.
« Dans des cas plus fréquents, l’éruption bulleuse, dispersée sur la surface de la peau, se porte incidemment sur la membrane muqueuse- Là encore elle obéit aux lois qui régissent les exanthèmes, et la guérison est plus prompte que celle du pemphigus qui occupe l’enveloppe cutanée. »
En Allemagne, la question ne remonte qu’à l’intéressante communication de BœrensprungL Ses malades étaient atteints de pemphigus sur le revêtement cutané. Du côté de la gorge, il y avait des plaques où la muqueuse paraissait tuméfiée et où l’épithélium semblait se soulever sous la forme de bulle. Hébra a signalé des faits semblables dans la Specielle Pathologie de Virchow en 1865.
II. — U urticaire gutturale a suscité beaucoup moins de travaux et son existence est restée problématique. Cependant Bazin a décrit sous ce nom un gonflement œdémateux aigu de la gorge qui ne tardait pas à disparaître et dont l’allure clinique serait celle de l’affection décrite un peu plus tard par Courtois-Sufïit. Sous ce nom d’urticaire gutturale, Lasègue comprend une détermination pharyngée toute autre, caractérisée par son extrême sécheresse et par de la rougeur. Celle-ci Surviendrait lorsque l’afifection est due à l’ingestion de substances alimentaires nocives. Il rappelle que la première sensation éprouvée par les malades « est celle d’une chaleur brûlante de la gorge qui devient chaude au toucher.