‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. VChapitre 49 sur 137 · I. — TUMEURS DU VOILE · texte numérisé non relu

I. — TUMEURS DU VOILE

Coup d'œil général. — Jusqu’en 1837 on ne connaissait dans cette région que des cancers ^ ou des lésions syphi- . litiques dont parfois on avait observé le stade tumeur bien que, le plus souvent, on ne fut témoin que du stade ulcéreux. Mais, à cette date,Nélaton rencontre, chez une religieuse qui lui estamenée par Récamier, le premier exemple de ces néoplasmes mixtes du voile, à structure si polymorphe et si décevante, sur la véritablé signification desquels on discute encore, et qui constituent en somme les plus fréquentes des tumeurs staphyliennes. En l’absence

1. Boyer passe pour avoir entrevu le premier les tumeurs mixtes dii voile; mais le passage suivant montre qu’il n’a en vue que des tumeurs cancéreuses à marche lente. «Il se développe quelquefois dans la luette une tumeur dure, squirrheuse, qui, abandonnée à elle-même prend un accroissement considérable et dégénère en cancer. Lorsque cette tumeur est récente, peu volumineuse,’ et que ses limites sont bien tracées, on doit l’emporter ou avec des ciseaux, ou avec le bistouri dont on se sert pour retrancher une portion des amygdales. Mais lorsqu’elle est ancienne, très grosse, inégale, livide, contournée de veines variqueuses et que ses limites sont indéterminées, on doit imiter la circonspection de Fabrice de Hilden, qui, dans deux cas de cette espèce, refusa de toucher à la maladie et se contenta de prescrire un régime convenable et des remèdes palliatifs ». Ajoutons qu’avant Boyer, Ansclin avait consacré un chapitre de son Traité des maladies de la bouche aux tumeurs palatostaphyliennes.

TUMEURS DU VOILE

de tout document surle sujet, ce grand chirurgien conclut d’abord au cancer, bien qu’il fût frappé par les caractères insolites du mal. Devant la facilité d’énucléation, il réforma son diagnostic et conclut à une production bénigne. Aucun type clinique ne se dégageait de ces observations restées, il faut bien le dire, presque inconnues, de telle sorte que, lorsque Vidal de Cassis fit, en 1844, connaître 'a la Société de chirurgie * un nouveau cas de tumeur mixte de la voûte palatine, aucun des membres n’osa se prononcer sur la nature du dit néoplasme, bien que, dans le doute, ils en conseillèrent tous l’ablation. La tumeur fut enlevée et leur fut soumise à nouveau sans qu’ils se montrassent plus affirmatifs. Ce fut Nélaton en somme qui arriva à résoudre le problème, grâce à un second fait qui se présenta peu après à son observation et qui fut la répétitionexacte de celui mentionné plus haut. Aussi se crutil autorisé à réclamer la priorité?, quand Michon, en 1851,

1. Il s’agissait d’un marchand de bois, âgé de quarante-quatre ans, qui, en 1832, constata dans sa bouche l’existence d’une tumeur grosse comme une noisette située primitivement au niveau de la voûte palatine, mais qui ne tarda pas à envahir le voile. Plusieurs incisions pratiquées par un médecin ne mirent nullement obstacle au développement du néoplasme.

Quatre ans après, il occupait la voûte palatiiie directement dans toute son éténdue. En avant, il avait même tendance à déjeter les dents molaires. Pour la forme, il ressemblait à un cœur à pointe dirigée en avant et à base regardant la luette. Le côté droit de la tumeur était plus développé que le gauche. Un peu plus consistante qu'une loupe, elle n’était pas fluctuante. Alimentation difficile. Fosses nasales libres. Pas de souffrances, bonne santé générale. Vidal présente le malade à la Société de chirurgie en 184i. On considéra la tumeur comme fibreuse et on conseilla l’opération. Vidal exécuta celle-ci le 27 j uillet de la même année . Il commença l’énucléation avec le bistouri, mais une forte hémorrhagpe le força d’adopter un procédé moins régulier mais plus expéditif ; il énucléa la masse morbide avec le doigt et pour arrêter la perte de sang cautérisa avec un fer rougpe. Cicatrisation des plus promptes. Il n’y avait aucune récidive huit ans après l’intervention.

2. La discussion fut assez vive, parce que Michon taisait le nom de soa devancier. Or Nélaton lui fit remarquer qu’il l’avait entendu lui-même

communiqua à la Société de chirurgie un cas qui est resté célèbre ; il fixa pour la première fois sur le sujet l’attention des contemporains. 11 faut dire que le moment était en quelque sorte bien choisi pour une publication de ce genre ; l’illustre anatomo-pathologiste Lebert, fixé alors enFrance, venait défaire connaître les adénomes mammaires. La tumeur de Michon, examinée par Robin et Denucé, cadrait exactement par sa structure avec les descriptions de la nouvelle variété de néoplasme. Velpeau, Laugier, Letenneur, Félizet, etc. firent connaître bientôt de nouveaux cas, et ces tumeurs mixtes furent bientôt d’autant mieux connues que, sans compter une clinique importante de Nélaton, elles furent' l’objet de deux monographies importantes, celle de Fano et de Python ; plus tard, en 1880, Ott revint surlesujet.

Les papillomes eux aussi commencèrent à fixer Fat- ' tention. Des tumeurs d’origine syphilitique (plaques muqueuses hypertrophiées, gommes) furent publiées de temps à autre .; nous nous en sommes déjà occupés dans un autre paragraphe de cet ouvrage. Quant aux néoplasmes plus rares et aux kystes, ils ne furent l’objet que de très rares communications, dont nous nous bornerons à analyser la teneur.

a) Tumeurs mixtes du voile

Router, dans un mémoire auquel nous ferons allusion plus tard, trace un assez bon historique du sujet, et rend

parler de ce genre de tumeur et en signaler les particularités les pins remarquables. D’ailleurs, il lui rappela qu’il avait été témoin de sa première opération \^cas de la religieuse d’Orbee) avec Récamier. ,

TUMEURS MIXTES DU VOILE

pleine justice à Nélaton. Nous lui empruntons le passage suivant :

« Ces tumeurs n’ont été signalées que depuis quelques années. Il n’en est fait mention dans aucun ouvrage classique ; à peine trouve-t-on dans les auteurs anciens quelques indications vagues qui peuvent se rapporter à des afFeetions différentes de celles dont nous entreprenons l’histoire. Ce n’est pas cependant que ces tumeurs soient rares ; mais souvent elles ont été con^ fondues avec des tumeurs d’une autre nature, erreur que nous avons vu commettre plusieurs fois au sujet de malades dont suit l'observation. Le premier cas, dans lequel la véritable nature a été reconnue, date seulement de 1837 et fut observé par M. Nélaton. Boyer en effet est extrêmement vague ainsi qu’Ancelin, son prédécesseur, et Velpeau, après avoir fait remarquer que la voûte palatine pouvait être le siège de tumeurs fibreuses ou cancéreuses, se contente de dire qu’il a vu deux exemplesde ces néoplasmes mais sans donner aucun détail. Nous avons rappelé aussi que Blandin avaitpublié un cas de soi-disant cancer du voile {Gazette des hôpitaux, 1844), que sa marche, son énucléation facile, rapproche des tumeurs mixtes, bien que celle-ci examinée au miscroscope présentât des globules cancéreux très marqués. Nous avons signalé le cas de Vidal de Cassis. Rappelons ici que les pièces de la tumeur soumise aux membres de la Société de chirurgie souleva de grands doutes et qu’oiv n’osa se prononcer.»

Nélaton, en 1837, ayant eu affaire à une tumeur mixte bien caractérisée du voile, leva toutes les incertitudes en déclarant qu’il s’agissait dans ces cas d’un néoplasme bénin et non d’un cancer à marche lente. Comme nous l’avons dit plus haut, il avait été éclairé par un fait pré-

TUMEURS DU PHARYNX

cèdent, ce La malade qui portait cette tumeur était une religieuse, de la petite ville d’Orbec, âgée d’environ vingt-rsix ans, qui me fut amenée par Récamier. f/apparition de sa tumeur remontait à une époque fort reculée ; elle s’était développée peu à peu très lentement, sans déterminer de douleur, d’où provient probablement la négligence qu’avait mise la malade à se faire traiter; Lorsque je vis cette femme, la tumeur avait graduellement acquis un volume tel, qu’elle remplissait l’arrière-bouche, déprimait la base de la langue, appuyait sur l’épiglotte, au point de produire parfois des accès de suffocation très inquiétants. D’un autre côté, le voile du palais était porté en haut et en arrière presque au contact de la paroi supérieure du pharynx. Il en résultait une gêne extrême de la déglutition et de la phonation. Cette malade était donc menacée de périr par inanition, sinon par asphyxie ; le danger prochain, joint aux accès de suffocation et à la difficulté habituelle de la respiration, rendait fort grave l’état de la malade et me faisait un devoir de tenter toute opération possible pour lui procurer au moins un peu de soulagement. Du reste, l’état général était excellent. La lésion toute locale ne présentait point l’aspect propre aux tumeurs malignes. Ainsi, en aucun point, il n’y avait de ramollissement ni aucune menace d’ulcération, mais au contraire les limites de la tumeur étaient très nettes. Les téguments muqueux qui la recouvraient étaient distendus, amincis, mais nullement adhérents ; de plus les ganglions voisins ne présentaient aucune altération. » L’opération eut lieu en présence de Récamier et de MichonL « Croyant cette

1. Voir, à propos de la présence de ce dernier, la discussion de priorité entre MicBon et Nélaton. >

TUMEURS MIXTES DU VOILE

tumeur adhérente, de mauvaise nature et difficile à enlever, je fendis le voile sur la ligne médiane et je fis de suite une incision transversale au niveau de l’adhérence du voile aux os palatins J’avais peur que cesincisions fussent insuffisantes, et j’étais décidé au besoin à fendre la joue pour me donner le jour nécessaire, pour accomplir une ablation partielle. Par bonheur la tumeur n’était pas adhérente et je fus surpris de voir que la tumeur, que je venais de mettre à nu par une incision, se détachait avec une grande facilité. Je la saisis avec une érigne et aux mayens de quelques débridements à droite et à gauche, je pus l’extraire, mais pas sans quelques difficultés. Il existait, à la place de la tumeur, une vaste perforation du voile du palais. On conçoit qu’elle nous ait peu préoccupé pendant l’opération. Les jours suivants, nous pûmes voir qu’il restait quelques lambeaux assez irréguliers, dont un entreautresassez mince, placé transversalementau-dessous d’une large perforation, représentant en quelque sorte le bord inférieur du voile. Quelques points de suture furent placés pour tenter la réunion de ces lambeaux, mais inutilement. Enfin, je cessais tout moyen chirurgical. La malade fut donc abandonnée aux ressources de la nature. Peu à peu, je vis remonter ver.s les autres lambeaux ce petit dont j’ai parlé. Enfin la perforation se réduisit graduellement, au point de n’admettre que le bout d’une sonde n“ 8. La tumeur, examinée avec soin (macroscopiquement bien entendu, étant donné l’époque) au moment de l’opération, présentait une ressemblance parfaite avec une glande salivaire. Cette femme retourna guérie à Qrbec où elle se trouve encore actuellement. Elle a été revue par Notta, en 1855. Elle jouissait alors d’une bonne santé et ne se ressentait plus de son ancienne affection ».

TUMEURS DU PHARYNX

Le cas, à propos duquel Nélatori fit une intéressante clinique sur ces néoplasmes staphyliens, se rapporte à une femme âgée de trente-quatre ans, robuste, entrée en 1851 à l’hôpital des cliniques, dans son service. Dès l’âge de quatorze ans, elle se serait aperçu de la présence d’une tumeur buccale. Elle avait la grosseur d’une noisette, se trouvait un peu à gauche de la ligne médiane et paraissait avoir débuté à la face supérieure du voile. Ayant augmenté de volume récemment, elle refoulait en avant le ;pilier antérieur. Elle faisait corps avec le voile, dont elle suivait les mouvements. A la palpation, sa consistance paraissait solide et dure ; la muqueuse, lisse et normale, avec quelques, veines variqueuses à sa surface. Nélaton reconnut que la tumeur était de même nature que celle de la religieuse d’Orbec et en pratiqua Eablation d’une façon beaucoup plus simple que précédemment^, sans intéresser notamment toute l’épaisseur du voile.

11 pratiqua une incision suivant le grand diamètre de l’organe, et les deux lèvres de la plaie furent décollées à droite et à gauche à l’aide d’une spatule. Une fois la tumeur mise à nue, Nélaton, abandonnant la spatule et le bistouri, introduisit son index gauche dans la bouche du malade, la' face palmaire vers la voûte palatine, et le poussa recourbé en crochet derrière la tumeur afin de soutenir celle-ci. Enfin, avec l’indicateur de la main droite, il finit l’énucléation et amena non sans difficulté le néoplasme au dehors. La malade rendit à peine, pendant toute la durée de l’opération, deux ou trois gorgées de sang. La tumeur mesurait dix centimètres

1. En effet ces néoplasmes sont en général renfermés dans une capsule fibreuse bien nette et par conséquent faciles à énucléer.

TUMEURS MIXTES DU VOILE

sur neuf et avait quatre centimètres et demi d’épaisseur. Elle était constituée, suivant l’examen histologique de Robin, par un tissu glandulaire. La guérison se fit rapide et sans incidents.

Bien que Nélaton eut ainsi entretenu ses élèves de ces tumeurs si spéciales, le public médical les ignorait encore. Et il ne fut pas autrement frappé d’une communication de Gosselin que nous rapporterons en entier, ainsi que la discussion à laquelle elle donna lieu, parce qu’elle révèle bien les hésitations des grands chirurgiens de l’époque devant ces faits d’apparence anormale.

Gosselin soumit à l’examen de la Société de chirurgie une malade âgée de soixante-neuf ans, qui présentait une tumeur du voile du palais et de l’amygdale gauche. Cette tumeur, qui datait de dix-huit mois environ, avait le volume d’un petit œuf de poule ; elle était mollasse, élastique, ne donnait au toucher ni battement, ni fluctuation . D’après les explorations auxquelles il s’était livré, et tous les signes qu’il avait constatés, Gosselin ne douta pas qu’il s’agissait d’une tumeur encéphaloïdè, occupant la moitié gauche du voile du palais, les deux piliers correspondants et l’amygdale ; son intention, en présentant la malade, était de consulter les membres de la Société sur la question de savoir si l’on doit pratiquer une opération et à laquelle on doit donner la préférence. « Pour mol, dit-il, je trouve cette tumeur assez nettement circonscrite par en bas et en dehors pour qu’il soit possible de la faire disparaître en entier ; d’un autre côté, la malade est forte, bien constituée, et cette affection abandonnée à elle-même ne pourra que faire desprogrès et gêner déplus en plus les fonctions digestives et respiratoires.

« Je crois donc que l’opération est indiquée ; il est vrai

TUMEURS DU PHARYNX

que j’ai senti près de l’angle de la mâchoire un ganglion induré, mais il est très peu volumineux ; on pourrait Tenlever aisément, et, à supposer qu’il reste, les progrès de son altération n’exposeraient que bien plus tard à des accidents sérieux.

. « L’opération une fois admise, fera-t-on une ligature ou une excision ? Chacun se rappelle une opération ingénieuse de ligature exécutée il y a quelques années par le professeur Blandin ^ ; ce procédé serait applicable ici, mais j’avoue que je suis peu partisan des ligatures dans cette région à cause des dangers qui peuvent résulter de la déglutition des matières sanieuses et purulentes.

«Je donnerais donc la préférence à une extirpation faite avec le bistouri ; sans doute elle exposerait à une hémoragie ; mais on pourrait y remédier au besoin par la cautérisation avec le fer rouge, et les gros vaisseaux me paraissent trop éloignés de la tumeur pour qu’il y ait crainte de les diviser.

« M. Hugüier. — Je crois aussi qubl s’agit, dans ce cas, d’une tumeur carcinomateuse ; mais cependant je me demande si le point de départ de la maladie n’a pas été un ganglion lymphatique. H y a dans la région de l’amygdale un ganglion qui reçoit les vaisseaux lymphatiques profonds du crâne. J’ai déjà eu l’occasion de voir une tumeur de cette région formée par le ganglion dont il s’agit, épaissi et induré. Peut-être en serait-il de même dans le cas actuel. D’un autre côté, si la malade n’a pas encore pris d’iodure de potassium, il serait prudent de lui en administrer.

« M. Ghassaignac. — -Je partage l’opinion de M. Gosselin

1. Il s’agit du cas de prétendu cancer, auquel nous avons fait allusion plus haut.

TUMEURS MIXTES DU VOILE

relativement au diagnostic, seulement il me semble que l’amygdale n’est pas gonflée, et seulement repoussée par le développement de la tumeur. Je rejette entièrement l’idée d’une tumeur ganglionnaire. Cependant, pour ne négliger aucune précaution, je serais d’avis de faire avant tout une ponction exploratrice. Le diagnostic une fois confirmé par ce moyen, je crois aussi qu’une opération doit être tentée, et j’accorde à l’instrument tranchant une grande supériorité sur la ligature. On pourrait bien, après cette dernière, empêcher la déglutition des matières' sanieuses pendant la veille ; mais il serait impossible de s’y opposer pendant le sornmeil. Je craindrais seulement, en faisant l’ablation, qu’une hémorragie eût lieu par les grosses artères, et je me tiendrais prêt à faire, au besoin, la ligature de la carotide primitive.

« M. Maisonneuve. — La première chose à faire est de donner l’iodure de potassium. Toutes les apparences sont favorables à l’idée d’une tumeur cancéreuse ; mais on s’y est trompé assez de fois pour se tenir en garde. Si l’iodure ne donne aucun résultat, il faut opérer avec le bistouri. Je conseillerais d’inciser d’abord sur le côté externe, et d’isoler la tumeur de ce côté, ce qui faciliterait beaucoup le reste de l’opération. Il serait bien aussi d’énucléer le plus près possible avec les doigts. Enfinje terminerais par l’ablation de la petite tumeur.

« M. Vidal. — J’ai présenté à la Société, ily a quelques semaines, un malade qui présentait une tumeur analogue à celle-ci L Tout le monde a pensé qu’il s’agissait d’une tumeur maligne solide ; M. Guersant a même décrit le procédé qu’il convenait d’employer. Au premier coup de bistouri, il s’est échappé un Üot de sang. J’ai néan-

1. Le cas dont nous avons donné, en note, le résumé dans l’avant-propos.

TUMEURS DU PHARYNX

moins continué, et j’ai amené une tumeur qui avait un aspect pancréatique. Il n’y a pas eu de récidive jusqu’à présent ; la mère de cette malade avait cependant eu un cancer du sein. Je rappelle ce fait pour qu’on se tienne en garde contre l’écoulement de sang, si l’on se décide à l’opération. ,

«M. Monod. — On n’attaclie pas assez d’importance au ganglion sous-maxillaire ; il faudra l’enlever de toute nécessité ; peut-être est-il plus gros qu’on ne le suppose^ peut-être y a-t-il d’autres ganglions plus profonds et qu’on ne pourrait atteindre.

« Pour ces raisons, et a6n de ne pas faire subir à cette malade les chances d’une opération qui serait inutile si les ganglions restaient, je commencerais par la tumeur ganglionnaire.

« M. Chassaignac. — Je ne serais pas d’avis de faire le traitement explorateur par l’ioduré dé potassium ; je craindrais de perdre un temps précieux. Vidal est d'avis contraire.

« M. Larrey. — M. Gosselin, qui a mieux examiné 1» malade, peut dire sur quelles raisons il se fonde, pour rejeter l’idée ou d’une affection syphilitique, ou d’un abcès enkysté.

cc M. Gosselin. — Je répondrai que j’ai fait à la malade toutes les questions propres à me faire savoir si elle avait eu des symptômes primitifs ou consécutifs de syphilis. J’ai examiné les os ; je n’ai rien trouvé qui pût me faire croire à des antécédents syphilitiques. Je rejette surtout l’idée parce qu’il y a un ganglion malade. Or j’admets, avec Ricord, que l’un des meilleurs moyens de diagnostic, entre les affections tertiaires et les tumeurs cancéreuses, est l’absence de ganglions engorgés dans le premier cas, eur existence fréquente dans le second.

TDMEüBS MIXTES 0U VOILE

« D’un autre côté, je ne crois pas qu’il s’agisse là d^un abcès enkysté, parce que la maladie est trop ancienne, et que je n’ai pu sentir de fluctuation. »

Après l’opération, on constata qu’il s’agissait d’une tumeur douteuse. Quoi qu’il en soit, l’attention ne fut décidément éveillée, il faut le reconnaître, que par l’observation de Michon, surtout parce que celle-ci fut accompagnée d’un examen histologique concluant pratiqué par Denucé. Il s’agissait d’un homme de trente-six ans, qui, depuis dix ans environ, était atteint d’une tumeur ayant commencé à apparaître à la face antérieure du voile. Elle était située à gauche et' faisait relativement peu de saillie. Début insidieux. Evolution très lente et sans douleur. Elle avait finalement acquis le volume d’un petit œuf et constituait une telle grosseur dans la bouche qu’elle la remplissait presque, gênant beaucoup la phonation, la respiration et la déglutition. Elle amenait parfois de la suffocation, surtout la nuit. Muqueuse tendre et amincie, mais nullement altérée. Consistance résistante, pas de fluctuation; la palpation donnait la sensation d’une tumeur bilobée. Elle est fixée à l’angle droit du palais, vers le pilier gauche. Énucléation facile, car il n’y avait que des adhérences celluleuses. A l’examen histologique, culs-de-sac glandulaires très hypertophiés, reconnaissables à leur forme et à l’épithélium spécial qui les tapissait. Beaucoup de noyaux libres. Çà et là, quelques éléments fibroplastiques sous forme de faisceaux conjonctifs disséminés. Denucé compara ces lésions à celles de l’hypertrophie de la glande mammaire, fort bien étudiée déjà par Robin et par Lebert, ou à l’hypertrophie de la parotide et de la glande sous-maxillaire, décrite par ce dernier auteur.

TUMEURS DU PHARYNX

Comme cela arrive souvent en pareille occurrence, les faits de ce genre, Tattention une fois éveillée sur le sujet, allèrent en se multipliant. Citons par exemple le fait de Velpeau, recueilli par Bouchet et publié dans \e Moniteur des hôpitaux, de 1853,' qui concerne un homme de cinquante-un ans. Tumeur datant de douze, ans; Début près de la ligne médiane, à l’union du voile à la voûte. Volume d’une grosse noix. Elle occupait la moitié droite du voile et empiétait sur la voûte palatine. Dysphagie, salivation; ablation facile. A l’examen microscopique. Robin reconnut qu’il s’agissait d’une hypertrophie glandulaire.

Dans le cas de Marjolin, il s’agissait d’une femme entrée dans' un service de médecine pour y être soignée d’une angine et d’une bronchite chronique.: Elle portait, dans la voûte palatine, une tumeur grosse comme une noix muscade. Béhier, après avoir guéri cette femme des affections pour lesquelles elle était entrée dans son service, l’adressa à Marjoliü ; celui-ci, craignant d'avoir affaire à une affection syphilitique ancienne, sous l’influence de laquelle se serait développée la tumeur, soumit la; malade à l’iodure de potassiuïti.

Ce médicament n’amenant aucune modification dans le volume de la tumeur, Marjolin se décida à pratiquer l’ablation. Il fit une incision de bas en haut, comprenant l’épaisseur de la muqueuse; un doigt porté derrière le voile du palais et ramené en avant, fit saillir la tumeur et en favorisa l’énucléation.

> «11 faut ajouter que cette dernière n’avait contracté^ aucune adhérence avec les parties voisines. La partie fibreuse du voile du palais n’a point été intéressée.

« La tumeur est dure, inégale et présente tOutà faitl’aspect d’une tumeur cancéreuse.

TÜMEURS MIXTES DU VOILE

« La malade est complètement guérie. »

[>’observation de Laugier, recueillie par Nadaud, cmtcernant un adénome du voile du palais, qui fut comnmniquée à la Société anatomique ea 1856, est très semblable à la précédente.

cc B. âgé de cinquante-et-un ans, fondeur en cuivre. Cet homme de forte constitution fut, jusqu’à l’âge de quaranfeeciiiq ans, sujet à de violents et fréquents maux de gorge. Depuis une dizaine d’années, des accès d’asthme. .

- a II y a six mois, se développa dans le voile dn palais, une petite tumeur déterminant de la. gêne pour parier. Celle-ci est' de la grosseur d’une noix.

« En ville, un médecin pratiqua une' incision croyant à un abcès, mais sans effusion, de sang. Sa consistance est dure, ferme, comme fibreuse. La membrane muqueuse qui la revêt glisse sur elle. On constate avec le doigt qu’elle fait une saillie moins prononcée en arrière du voile près des orifices postérieurs des fosses nasales, q.u’en avant. Malgré son volume, le timbre de la voix n’est pas altéré, l’articulation du son est seul modifiée, la déglutition n’est pas gênée. Elle ne fut jamais douloureuse.' Cet homme sort pour affaire une huitaine de jours de l’hôpital et y- rentre atteint de pneumonie à laquelle il succombe avant l’extirrpation de sa tumeur ».

Laugier fait l’énucléation de celle-ci sur le cadavre, à l’aide d’une incision longitudinale, mettant à nu la tumeur qu’il saisit avec une érigne et l’extrait au dehors sans difficulté. A; l’examen par Robin, elle présentait les caractères suivants : «culs-de-sac tglanduleux tapis^.s; par de l’épithélium pavimenteux et reliés entre eux par du tissu fibro-graisseux. »

En décembre 1856, la Gazette des hôpitaux publiaitde

TUMEURS DU PHARYNX

résumé d’une leçon clinique de Nélaton, faite à propos d’un nouveau cas de tumeur mixte du voile et la faisait précéder du préambule suivant; « Nous avons à plusieurs reprises appelé l’attention de noslecteurs sur ces tumeurs du voile du palais, que l’on a prises pendant longtemps pour des tumeurs fibro-plastiques ou cancéreuses, etquinesont en réalité que des hypertrophies des glandules salivaires du voile du palais, comme l’ont démontré depuis bientôt une dizaine d’ahnéés cliniquement Nélaton et histologiment. Ch. Robin. Bien que l’existence de ces tumeurs et la détermination de leur nature glanduleuse repose déjà sur un certain nombre d’observations, nous n’en croyons pas moins utile de faire connaître les exemples qui viennent leur donner une nouvelle confirmation, d’autant quecette affection n’est encore décrite dans aucun traité didactique.

«LeprofesseurNélatonayant eu à enlever, ces jours derniers, une de ces tumeurs sur un malade de son service, nous saisirons cette occasion, pour en rappeler les caractères.

« Voici d’abord en peu de mots l’histoire de ce malade.

« Observation, — H y a environ dix mois, il a commencé à s’apercevoir de l’existence d’une grosseur dans l’isthme du gosier; c’est la gêne qu’il éprouvait en parlant et en respirant, surtout la nuit, qui attira son attention sur ce point.

« En se regardant à la glace, il constata l’existence d’une tumeur. Il eut des angines à diverses reprises ; lors de son, entrée à l’hôpital, il éprouvait une recrudescence de dyspnée ; une nouvelle angine s’était produite et c’est cette dyspnée qui l’a décidé à demander des soins.

« Vers le fond delà bouche, dans la moitié latérale droite

TUMEURS MIXTES DU VOILE

de l’isthme du gosier, on voyait une tumeur dont il importait de bien déterminer les limites pour l’opération qu’elle allait nécessiter.

« Elle occupait toute la moitié droite du voile du palais, et envahissait même à gauche, où elle refoulait la luette. A droite, elle s’étendait jusqu’aux piliers et à la paroi latérale, du pharynx.

ccEnbas,elle dépassait le niveau de la base de la langue au-dessous de laquelle elle se prolongeait. En haut, elle se prolongeait un peu plus que ne le faisait croire la vue; elle allait jusqu’à la voûte palatine. Cette tumeur était située dans l’épaisseur du voile du palais ; elle formait un relief assez régulier ; la muqueuse qui la recouvrait était d'un rouge violacé dans sa partie inférieure, plus blanche dans sa partie la plus élevée. Elle avaitune certaine mobilité. Autrefois, en présence d’une semblable tumeur, on eût été assez embarrassé pour en établir le diagnostic. « La première fois que j’ai vu une tumeur de cette nature, dit à ce sujet Nélaton, je suis tombé dans une erreur de diagnostic complète. Je crus à une tumeur encéphaloïde du voile du palais. »

«Nous passons sous silence l’histoire de cette tumeur, en tout semblable à celle dont nous venons d’écrire la relation L Nélaton eut bientôt l’occasion d’observer quelques autres cas semblables, ainsi que d’autres chirurgiens, si bien que c’est maintenant chose généralement admise, que l’existence de ces tumeurs formées par les glandes salivaires du voile du palais.

Caractères de ces tumeurs. — Ce point établi, Nélaton a cherché à établir les caractères de ces tumeurs. Elles sont constituées par une masse généralement mobile

Page 1