IL — TUMEURS DE L’AMYGDALE
Coup d'œil général. — Jusqu’en 1875, les nosologistes ne connaissent, pour ainsi dire, que les tumeur malignes de l’amygdale. Celles-ci constituent, en elfet, non-seulement les néoplasmes tonsillaires les plus graves, les plus facilement reconnaissables, mais encore les plus fréquents. Il est intéressant de constater que ce sont justement les néoformations dont la nature infectieuse paraît actuellement la plus vraisemblable qui se retrouvent le plus souvent dans cetorgane, véritable terrain de prédilection pour les différents germes pathogènes. Remarquons aussi que le lymphome et le lymphosarcome s’y rencontrent comme dans n’importe quel ganglion lymphatique ; ce qui établit une analogie de plus parmi celles assez nombreuses que l’on peut apercevoir entre ces glandes et les amygdales. Pendant très longtemps, les néoplasmes tonsillaires ne furènt guère considérés que comme de simples curiosités, bien que Jourdan, Velpeau et quelques autres les eussent signalés d’assez bonne heure; et ce n’est qu’à
1. Même avec la théorie qui fait des cellules cancéreuses, soit des éléments atypiques, soit des éléments presque génésiques, celles-ci se comportent sensiblement comme des microbes.
TUMEURS DU PHARYNX
partir de 1870, que le mémoire de Rolland et la thèse de Passaquay vinrent en quelque sorte les tirer de l’oubli. Nous répartirons les matériaux recueillis dans la littérature médicale de l’époque en trois sections : cancers, lymphomes et lymphosarcomes, tumeurs bénignes. L’analyse détaillée de la thèse de Passaquay, si complète et si intéressante à tant d’égards, nous permettra d’établir, pour ainsi dire, le bilan des connaissances de l’époque. Quant aux observations, elles seront mentionnées, comme pour le voile, dans le cours du paragraphe.
a) Tumeurs malignes
Dans son Traité des maladies de la bouche, Jourdain affirme la fréquence relative des néoplasmes malins des tonsilles. « Le squirrhe (hypertrophie simple des amygdales), dit-il, dégénère fort souvent en cancer, soit que cela dépende de la cause efficiente qui a donné lieu à la maladie, soit qu’un traitement inconsidéré y ait contribué. Beaucoup de gens (peu instruits à la vérité) n’hésitent pas à promettre la guérison. Les exemples suivants montreront ce qu’on peut espérer des malades qui se trouvent dans ces tristes circonstances. »
Il semble bien que cet auteur ait confondu ensemble des ulcérations d’origines diverses ; mais on a le droit de s’étonner néanmoins de voir Montfalcon n’en dire que quelques mots assez insignifiants. Boyer n’en parle même pas, et Cheluis en niait l’existence.
Velpeau est un peu plus explicite.
«De ce que le cancer des tonsilles est rare, il ne faudrait
TUMEURS MALIGNES DE l’aMYGDALE
pas, dit-il, en conclure qu’il ne s’observe jamais. J’en ai déjà rencontré cinq exemples, appartenant tous à la classe des cancers encéphaloïdes. Leur situation, leurs rapports avec les gros vaisseaux du cou ont empêché d’y toucher et ont arrêté les chirurgiens jusqu’ici. J’en ai cependant pratiqué une fois l’extirpation, en 1836, à l’hôpital de la Charité et je n'ai pas trouvé l’opération très difficile. Le malade, homme de la campagne, âgé de soixante-huit ans, souffrait de l’amygdale gauche depuis deux ans ; la tumeur saignante, déjàulcérée, putrilagineuse, remplissait presque complètement le pharynx, occupait une partie des fosses nasales et refoulait le voile du palais en avant ; la suffocation était imminente. Ayant découvert la carotide primitivé et passé un fil au-dessous comme ligature d’attente, j’accrochai profondément la tumeur avec une érigne double et l’attirai fortement en avant vers la ligne médiane. Un petit couteau courbe sur le plat, à manche fixe, me servit ensuite à fendre le côté gauche du voile du palais et à déraciner toute la tumeur de bas en haut et de dedans en dehors. Voyant que l’hémorrhagie était peu abondante, je procédai sans désemparer et, par une plaie extérieure nouvelle, à l'enlèvement d’un ganglion lymphatique dégénéré qui reposait contre le pharynx, dans le bas de la région parotidienne. La ligature devint inutile, et je l’ôtai le lendemain. Il ne survint d’abord rien d’inquiétant, la plaie était détergée, lorsque de la diarrhée, de l’adynamie et des symptômes d’empoisonnement purulent se montrèrent le dixième jour et amenèrent la mort le dix-huitième 1.
1. A cette époque, comme nous l’avons déjà dit, la septicémie qui faisait d’afifreux ravages dans les hôpitaux parisiens tuait énormément
TUMEURS DU PHARYNX
(c L’examen des pièces a prouvé qu’il ne restait rien de cancéreux en dedans, ni en dehors du pharynx et que tous les gros vaisseaux avaient été respectés. Les plaies étaient en grande partie cicatrisées, nous ne trouvâmes aucune lésion m^étastatique dans les viscères ; le gros intestin seul parut enflammé. Cette terminaison malheureuse ne prouve donc pas moins qu’il est à la rigueur possible, et qu’il y a quelquefois lieu de tenter l’enlèvement des cancers du gosier, comme ceux des autres. organes. (Méd. opérât. , III, p. 558, dernière édition). »,
En 1836, Warren [Traité des tumeurs) fît connaître un cas très intéressant de cancer amygdalien. Il s’agit d’une lemme âgée de soixante-cinq ans, bien constituée, habituellement bien portante, qui s’était aperçue, six mois avant l’examen, de l’existence d’une légère tuméfaction de l’amygdale gauche, qui gênait la déglutition. Le docteur Schalleck, à qui elle s’était adressée, la traita par les antiphlogistiques, puis le mal ayant résisté, il ponctionna la tumeur, mais il n’en sortit que du sang. Le néoplasme faisant des progrès s’étendit vers les parties molles du palais et gêna les mouvements de la mâchoire. Il prit enfin toutes les allures d’un cancer. Lorsque Warren fut appelé, il trouva un état général (forces, digestions, appétit) encore assez satisfaisant. Il constata l’existence d’une tumeur dure au côté gauche du gosier, s’étendant supérieurement sur toute l’arrière-bouche, postérieui ement dans les choanes, inférieurement jusqu’à la mâchoire inférieure, avec laquelle elle adhérait fortement. Le voile du palais était également intéressé. La tumeur fut saisie avec une érigne double et entraînée en avant à travers la bouche maintenue ouverte par un spéculum. Elle fut entièrement disséquée avec un bistouri
TUMEURS MALIGNES DE l’aMYGDALE
boutonné. On arrêta les pertes de sang assez abondantes à 1 aide du fer rouge. Les suites opératoires furent bonnes et la malade guérit. A l’examen de la tumeur, on trouva qu’il s’agissait d’un véritable squirre ulcéré.
En 1846, Fano présenta à la Société anatomique une amygdale enlevée par Roux à une femme de quarante ans environ, qui paraissait d’ailleurs bien portante, il fit également l’ablation d’une petite tumeur située en arrière de la tonsille à l’angle de la mâchoire. La glande paraissait un peu hypertrophiée et, à l’une de ses extrémités, existait une tumeur du volume d’une noisette, qui sembla être de l’encéphaloïde à tous ceux qui l’examinèrent.
Vidal de Cassis, dans son Traité de chirurgie, se borne à mentionner le cas de Warren et surtout celui de Velpeau, suivi d’opération, sans faire de remarques personnelles.
Valleix se contente également d’expnser le peu qu’on savait de son temps sur la question ; mais les quelques faits (ceux de Warren et àe Velpeau) qu’on possédait alors luipermettent, avec son sens critique si exercé, detracerun tableau assez fidèle de l’afFection. Le mal présenterait, en somme, l’aspect suivant: « Une tumeur bosselée, irrégulîérè, dure au toucher, occupant les amygdales, écartant les piliers du voile du palais, gênant les mouvements de la mâchoire, la déglutition et quelquefois la respiration, tels sont les principaux caractères de cette maladie. Lorsque cette tumeur est ulcérée, il survient des'douleurs extrêmement vives ». L’expectoration deviendrait fétide, sanguinolente et l’inspection permettrait alors de constater l’existence d’un ulcère irrégulier. La durée du mal serait assez l&ngue, et Vétat général assez longtemps
TUMEURS DU PHARYNX
satisfaisant’^. Le mal n’aurait été observé que chez des individus déjà âgés.
Le traité de Lobstein contient une observation de cancer amygdalien probablement métastatique. Un, homme de soixante-quinze ans, d’une taille élevée, affaibli par une longue maladie et entré à l’hôpital civil de Strasbourg était atteint d’une dysphagie telle qu’il ne pouvait presque avaler aucun aliment. Il portait en outre, à la partie supérieure et antérieure de la cuisse droite, une tumeur g'rosse comme la tête d’un enfant à terme, complètement indolente. Le malade mourut de sufîocation peu après son entrée. L’examen de la tumeur de la cuisse montra qu’une expansion du fascia lata la recouvrait immédiatement et lui fournissait une espèce de kyste. Sa surface présentait un aspect mamelonné, analogue à celui de la surface da cerveau, dont la plus grande partie de là masse morbide avait l’aspect et la consistance. Ce qu’il y avait de plus remarquable, dit Lobstein, c’est que les amygdales très tuméfiées étaient converties en la même substance cérébriforme.
Le même auteur rapporte un fait emprunté à la pratique d’Aronsohn. Il s’agit d’un cancer de l’amygdale gauche, ayant déterminé une métastase cancéreuse sur l’épiglotte et l’autre sur le cartilage aryténoïde. « Un homme de soixante ans, d’une constitution détériorée, tisserand, ayant passé la moitié de sa vie dans les ateliers bas et humides, éprouva à l’âge de cinquantecinq ans, après plusieurs jours de vomissements fréquents accompagnés de mouvements convulsifs, une apoplexie
1. En effet, les néoplasnaes dn cavum et même cenx de l’oropharyni, ont une marche qui, souvent au début et pendant assez longtemps, est indolente et attire peu l’attention.
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nerveuse, qui entraîna la paralysie de la langue et l’affaiblissement de la mémoire. Celle-ci revint peu à peu et l’organe de la parole reprit aussi àla longue ses fonctions, quoiqu’il restât quelque difficulté dans la prononciation.
« Trois ans après, le sujet de cette observation commença à s apercevoir que la déglutition se faisait moins facilement et qu’en respirant il éprouvait de la gêne. Cet état empirant, il consulta le D” Villemin, plus tard le professeur Caillot. Ce dernier, explorant le gosier du malade, en trouva l’amygdale droite considérablement tuméfiée ; avec le seul secours de ses doigts, il put en détacher une portion du volume d’une grosse noix, ayant tout à fait la consistance et l’aspect des encéphaloïdes.
« Plusieurs mois après. Caillot etAronsohn trouvèrent l’isthme du gosier presque entièrement obstrué par les deux amygdales tuméfiées. La partie antérieure du thorax de cet homme leur parut déprimée, sa cavité semblait rétrécie ; l’inspiration était difficile et lente, tandis que l’expiration, plus courte, faisait entendre une espèce de sifflement. Le malade se trouvait dans un état d’anxiété très pénible à voir ; il paraissait incessamment menacé de suffocation. Le corps était émacié, et la couleur du visage pâle et terreuse ; mais les traits étaient à peine altérés par les efforts continuels que le malade était obligé de faire pour respirer. La déglutition s’exécutait avec difficulté, le pouls était très faible et les forces extrêmement abattues. Cependant, ce malheureux continuait à se livrer au travail, et c’est après avoir traîné deux mois qu’il expira paisiblement et sans agonie.
■« Autopsie. — Une tumeur arrondie, peu consistante, mais dans quelques points très molle et riche en vaisseaux sanguins, ayant quinze lignes de diamètre transversal sur
TUMEURS DU PHARYNX
surim pouce de hauteur, était située surle cartilage aryténoïde ; en l’abaissant, on fermait complètement l’ouverture du larynx. A l’intérieur, la tumeur présentait de la substance encéphaloïde, ferme dans quelques points et ramollie dans d^autres.
(c Une seconde tumeur de même nature, de quinze lignes de diamètre, perpendiculaire sur six lignes de diamètre transversal, s’était développée à la base de l’épiglotte, du côté droit, et empêchait, par sa présence, l’abaissement de cette espèce de soupape.
(( L’amygdale gauche avait pris un développement très gratnd, avec dégénérescence encéphaloïde. L’amygdale droite, moins grosse, présentait la même altération, ainsi que les ganglions lymphatiques des deux côtés du cou. » Lebert {Traité d' anatomie pathologique, 1851) consacre quelques lignes à la question. « Le cancer peut occuper une amygdale ou les deux à la fois. On le rencontre habituellement sous la forme de tumeur développée dansl’épaisseur de ces glandes, et, à une période plus avancée, il se présente sous l’aspect d’un ulcère étendu qui offre tous les caractères d’un ulcère carcinomateux. Nous avons observé cette forme chez une femme âgée, qui a succombé dans l’espace de quelques mois à cette maladie, sans présenter à l’autopsie de localisation du cancer dans d’autres organes. »
Kn 1852, [Transactions O f the path. Soc. of
London) a cité le cas d’une femme, âgée de cinquantetrois ans, ayant, depuis un an, une sorte de tumeur de l’isthme, s’étendant en haut jusqu’au voile et en bas jusqu’à l’épiglotte. Les ganglions cervicaux étaie'nt envahis. L’amygdale se montrait très volumineuse.
Dans l’observation de Sydney Jones, les lésions parais-
TUMEURS MALIGNES DE l’aMYGDALE
saient porter» surtout sur les ganglions cervicaux qui étaient énormes, mais les amygdales étaient également eiiviihies (probablenaent lymphosarcome?) et les ganglions maxillaires paraissaient atteints.
En 1854, Dufour présenta à la Société anatomique, une tumeur de l’amygdale enlevée par Ricord. L’examen histologique, vérifié par Verneuil et Follin, prouva qu’il s’agissait d’une tumeur cancéreuse contenant fort peu de cellules et composée surtout de noyaux libres (terminologie de Robin), c’est-à-dire de cellules à protoplasma peu abondant et à substance nucléaire très développée.
En 1859, Marsdel [Lancet, octobre) rapporte l’observation d’un cancer de l’amygdale gauche. Chose intéressante et qui prouve bien l’indolence fréquente du début, le malade ne s’était aperçu que de l’hypertrophie ganglionnaire, et ne soupçonnait même pas l’existence d’üne tumeur de l’arrière-gorge, tant celle-ci était peu gênante. L’amygdale gauche semblait détruite par une ulcération formant une large cavité, limitée par le voile du palais et par les piliers du côté gauche, ulcérés à leurs bords. La luette était intacte. L’hérédité semble ici prouvée par l’existence d’un cancer dusein chez une sœur du malade.
Mentionnons que, la même année, dans unediscussion à la société de chirurgie àproposd’un procédé opératoire, Maisonneuve dit avoir observé plusieurs cas de cancer de l’amygdale. Morel rappela qu’il en avait vu un exemple nettement limité à une tonsille chez un malade opéré par Nélaton. Chassaignac déclara aussi en avoir rencontré quelques faits dans sa pratique.
Ceci montrait bien que le mal n’était pas si exceptionnel qu’on le supposait ; aussi est-il assez surprenant de voir les articles du Dictionnaire Jaccoud et Dechambre être si peu explicites à cet égard.
TUMl'URS DU PHARYNX
Lasègue consacre, au contraire, un chapitre intéressant à la question, dans son Traité des angines. S’excusant sur l’insiifEsance de sa description due au peu d’abondance et au laconisme surprenant des matériaux existant alors dans la littérature médicale, il ajoute ; « Il m’a semblé néanmoins que, dans un livre consacré à l’histoire des angines, je n’avais pas le droit d’omettre une affection peu commune, mais implacable. C’est, faute de mieux, • rendre une façon de service à la science que de signaler une lacune aussi profonde. » Après avoir fait allusion pour les éliminer aux cancers du voisinage, propagés secondairement à l’isthme, et s’attachant aux seuls néoplasmes malins développés primitivement dans cette région, il affirme que le plus souvent, ils commencent par la tonsille. « Non seulement l’affection cancéreuse débute dans l’arrière-gorge, mais elle a pour siège exclusif l’amygdale. » L’observation suivante de squirrhe de l’amygdale, avec engorgement ganglionnaire énorme et suivi de mort, donnerait, suivantlui, uneidée suffisantedel’alluredu mal.
« Le 11 septembré 1867, entre dans mon service à 1 hôpital Necker, salle Saint- André, n° 8, un homme de quarante-huit ans, souffleur de verre, d’une constitution robuste.
« Cet homme fait remonter le début de l’affection à environ six mois. Il aurait été d’abord incommodé par une sécrétion exagérée de la salive, par ce qu’il appelle un goût suret dans la bouche. Plus tard, une gêne des mouvements de la base de la langue serait survenue, sans difficulté dans la déglutition et. sans douleur prononcée de l’arrière-gorge. Peu à peu l’angine, la sensation d’une boule ou d’un corps étranger dans la gorge augmenta, sans s’accompagner davantage d’une douleur vraie.
TUMEURS MALIGNES DE l’aMTGDALE
«A l’inspection, je constate une hypertrophie deTamygdale droite qui, par comparaison avec celle du côté gauche, a triplé de volume. L^amygdale est profondément excavée par une ulcération qui s’étend, entre les deux piliers violets, œdématiés, mais exempts de toute lésion caractéristique, jusqu’à la base de la langue. La surface ulcérée est recouverte d’une fausse membrane grisâtre, sous laquelle on aperçoit de petits épanchements sanguins. Le doigt, introduit dans la bouche, perçoit aux points envahis une rigidité cartilagineuse sans analogue dans les autres affections de l’amygdale. La bouche exhale une odeur d’une fétidité particulière. A, l’angle de la mâchoire, il existe un ganglion unique, volumineux, à peu près indolent.
« En dehors des phénomènes locaux, le malade, pâle, anémique par le fait des hémorragies, ne se plaint d’aucun trouble général de santé.
« Le diagnostic ne pouvait laisser de doute. 11 ne s’agissait évidemment pas d’une lésion syphilitique, la seule qui peut être mise en question.
« A la fin du mois de septembre, sous l’influence de la médication détersive, les parties ont changé d’aspect. La fausse membranne a disparu, l’ulcératiôn est rosée et ressemble à une plaie en voie de réparation.
«Un mois plus tard, le malade déclare qu’il a repris ses forces, la physionomie est meilleure, mais la tuméfaction • s’est naturellement augmentée.
« Douleurs lancinantes très aiguës dans l’oreille droite, ganglions plus volumineux et plus douloureux au toucher, difficulté croissante de la déglutition. A la vue, on dirait que le voile du palais est œdématié. L’amygdale augmente de volume ; elle est toujours dure par place.
TÜMEUlîS DU PHARYNX
excavée, fongueuse en quelques points. La déglutition est devenue de plus en plus douloureuse. . Vers le 15 novembre, une névralgie faciale droite se déclare subitement et provoque une souffrance incessante, diffuse, sans points douloureux prédominants. Le sommeil est impossible.
«L'état local s’agrave ; le gonflement ganglionnaire est énorme ; l’haleine est d’une odeur repoussante. En ouvrant la bouche avec effort, on voit que le mal a gagné le côté droit.
« Le 24 novembre, la névralgie cesse subitement. La mâchoire est plus mobile. La gorge ne cause plus de douleurs au malade, mais il ne peut avaler que du potage.
« Encouragé parce mieux relatif, le malade veut quitter rhôpital pour rentrer dans sa famille. L’amygdale droite est encore recouverte de végétations fongueuses qui forment comme une sorte de champignon. ,
cc Quinze jours après sa sortie, cet homme est rentré dans un service de chirurgie, où je n’ai pu suivre l’évolution de la maladie ; j’ai su qu’il avait succombé au bout de deux mois, autant par suite d’inanition que de cachexie cancéreuse, d
Chez un autre malade de Lasègue, âgé de soixantecinq ans, ébéniste, qui s’était contenté de venir aux consultations externes de l’hôpital, cet auteur a pu suivre pendant huit mois le développement de l’affection. « !.e malade n’avait jamais eu ni hémorragies, ni douleurs. L’amygdale gauche avait été affectée ; peu à peu le voile du palais et l’amygdale droite avaient été envahis, mais secondairement et sans avoir jamais présenté l’aspect d’une lésion cancéreuse analogue à celle qui siégeait du côté gauche. Le dévelo] -
TUMEURS MALIGNES DE l’ AMYGDALE
pement des ganglions n’était pas énorme. La salivation, très pénible au début, avait été remplacée par une sensation de sécheresse étendue à tonte l’arrière-gorge. Le malade était, dès sa première visite, dans un état d’extrême maigreur. Il n’éprouvait ni soif, ni faim et semblait s’être condamné à une inanition demi-vol< ntaire, plutôt par dégoût pour les aliments qu’à cause •d’une difficulté invincible de la déglutition. L’amygdale gauche et plus tard les deux piliers du même côté •donnaient au doigt la sensation d’une résistance squirreuse.
« L’amygdale présentait d’abord trois excavations qui finirent par se rejoindre et dont les bords frangés, inégaux, indurés, rappelaient grossièrement au contact les dents d’une scie. Je n’avais, dans toute la durée •de mon observation, constaté ni trouble ni gêne des fonctions respiratoires. » La voix avait graduellement changé de timbre, mais seulement en proportion de la gêne des mouvements de la mâchoire. Lasègue ne put assister à la fin du mal, de même qu’il n’avait pas pu observer les débuts de celui-ci; mais les renseignements obtenus de la famille prouvent bien que la mort lut due au cancer. •
Le fait suivant observé aussi par l’éminentclinicien, qui concerne probablement un épithélioma de l’amygdale, est remarquable par sa marche lente et les douleurs névralgiques qui caractérisèrent celle-ci ; au début on avait pensé à une angine syphilitique et administré inutilement l’iodure de potassium. 11 ne s’était pas développé d’adénite symptomatique.
a La malade, âgée de quarante-sept ans, sage-femme, n’avait jamais souffert de la gorge. Une seule fois, il y quinze ans, elle eut un phlegmon tonsillaire qui guérit comme d’habitude, sans laisser de traces.
TU5IEURS DU PHARYNX
« Le premier malaise guttural date de cinq ans : sensation de .chaleur et de sécheresse, se suspendant la nuit, s’exagérant le jour, pas de dysphagie. Dans le courant de la première année, douleurs névralgiques occupant presque exclusivement tout le côté droit du cou et de la nuque, plutôt continues qu’intermittentes qui durèrent huit mois.
« Les choses restèrent pendant trois ans environ dans le même état.
« Deux ans après, sans cause connue, les accidents locaux redoublèrent presque subitement d’intensité ; la déglutition devint de plus en plus difficile.
« La malade constata alors, dit-elle, des ulcérations sur la luette, sur le voile du palais, mais ne put se rendre compte des autres modifications qui avaient eu lieu.
(c Elle fut considérée par plusieurs médecins comme atteinte d’angine syphilitique , mais la médication spécifique ne produisit aucune amélioration. Il ne s’était pas développé de glandes autour du cou.
« Les symptômes actuels sont ceux dont cette femme se plaignait depuis plusieurs mois et qui n’ont varié ni d’intensité, ni de nature ; pas d’élancements, ni gêne, ni douleurs ; mais douleur assez 'vive dans chaque effort de déglutition de la salive ou des aliments. Les aliments liquides sont seuls tolérés.
« La santé générale ne semble pas avoir été affectée.
« A l’examen local, on constate des lésions qui, saisissantes à première vue, sont, à cause même de leurs dimensions extrêmes, difficiles à exposer. Les - amygdales, peu saillantes en dedans, saillantes sous la peau, sont dures, cartilagineuses; le voile du palais déformé semble se continuer avec la paroi postérieure du pharynx
TUMEURS MALIGNES DE l’aMYGDALE
J^éliminai l’angine syphilitique et conclus àun épithélioma de l’arrière-gorge, sans avoir eu, depuis, les moyens de contrôler ». Le mal évolua lentement vers la fin habituelle.
Le cas suivant (quatrième observation de Lasègue) * est moins douteux. « Je n’incline pas moins à croire, ditil, qu’il existe une forme de cancer épithélial de l’arrièregorge non encore décrite, confondue le plus souvent avec l’angine syphilitique rebelle, caractérisée par des altérations profondes, n’entraînant pas d’engorgement ganglionnaire et n’ayant pas la gravité du cancer proprement dit », qu’il considère comme des cancroïdes.
« Une femme de vingt et un ans entre le 24 avril à la salle Sainte-Thérèse, n° 14. Elle avait été toute sa vie bien portante, lorsque, il y a trois ans ses règles s’arrêtèrent brusquement pour revenir au bout de quatre mois. Ily a quinze mois, nouvelle cessation des règles qui depuis lors n’ont plus reparu.
(c A partir de cette époque, se déclare un certain état anémique et il y a six mois, un eczéma du cuir chevelu guéri aujourd’hui. Vers le milieu de mars, la malade se plaint que les aliments reviennent par le nez pendant les efforts de déglutition et la malade en arrive à ne pouvoir se nourrir que de bouillon et de potage.
(cLe mal de gorge fait de tels progrès que cette femme se décide à entrer à l’hôpital ; pas de syphilis. A l’examen de la gorge, on constate que le pilier antérieur gauche est plus saillant ; l’amygdale du même côté est plus volumineuse et présente, au centre, une ulcération à bords déchiquetés, de couleur cuivreuse, enduite d un
1. En somme cet auteur est le premier pour ainsi dire à avoir nettement distingué des cancers lents à réaction longtemps faible (sarcomes ? épithéliomas ?) et des cancers à marche rapide (carcinomes ?).
TUMEURS DU PHARYNX
mucus épais, coagulé, qui recouvre également une parlie du pharynx. L’amygdale droite est saine, le voile du palais est rougeâtre, sans œdème, le pharynx est mobile et a conservé sa motilité normale. La voix est un peu nasonnée, malgré la perméabilité des fosses nasales.
«Le toucher de l’amygdale donne la sensation d’un corps dur ; les bords saillants, granuleux de l’excavation ulcéreuse sont manifestement indurés. La pression du doigt est douloureuse, mais ne provoque pas de nausée.
«Le 13 mai, quelques points du pharynx semblent s’être ulcérés, mais un examen plus attentif fait voir que la membrane muqueuse desséchée, inégale, est seulement recouverte de mucus; le pilier gauche est livide et s’œdématie.
« L’ulcération garde le même aspect ; pas de fétidité de l’haleine, moins de douleurs.
«5 juin. L’ulcération del’amygdale gauche s’est étendue aux piliers antérieur et postérieur. Le voile du palais est rouge, épaissi. A droite, le pilier postérieur est rougeâtre, épais, dur au toucher. Les ganglions restent indemnes.
« Le 15, le voile du palais est d’un rouge de plus en plus foncé ; l’œdème a envahi la luette. Les piliers gauches, et, à un moindre degré, les piliers du côté droit sont le siège d’une induration cartilagineuse qui se prolonge sur tout le voile du palais, à l’exception de la luette qui conserve sa souplesse et sa mollesse normales.
« L’ulcération tonsillaire s’est étendue, le pilier postérieur est en partie rongé et détruit; elle se termine brusquement au niveau du pharynx. Le fond de l’excavation, d’un gris sale, semble plus profond, autant qu’on en peut juger à la vue et au contact.