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Un autre expérimentateur est entré dans la carrière. M. Julia a publié des recherches historiques, chimiques et médicales sur l'air marécageux ; historiques et chimiques soit , mais médicales très peu. M. Julia recueillit, le a5 aoûti8ig, quatre litres de rosée par le procédé de M. Rigaud de Lisle; un gaz, dégagé de cette eau par le calorique, donna pour cent parties, acide carbonique, deux parties dix-sept centièmes; gaz oxigène , trente parties trois centièmes ; gaz azote , soixante-sept parties cinquante-trois centièmes.
Des réactifs démontrèrent qu'il n'existait à l'état libre , dans cette eau , aucune substance alcaline , et qu'elle contenait des sulfates, des hydro-chlorates et de la chaux. M. Julia a trouvé beaucoup d'analogie entre l'eau de pluie et la rosée des marais, à une substance animale près , que cette dernière contient. Ses expériences n'ont point montré de différence sous le rapport de la composition chimique entre l'air atmosphérique et celui qui existe au-dessus des masses d'eaux stagnantes dans lesquelles des substances végétales et animales se putréfient. Cependant ce chimiste n'admet pas entre eux d'identité parfaite , et il croit ( il est vrai sans en administrer la preuve) qu'il y a dans l'air des marais un principe inconnu, insaisissable aux agens chimiques. Voici ses conclusions : la nature du gaz putride nous est inconnue ; il y a tout lieu de croire que ses effets meurtriers sont dus à une portion de la substance végétale et animale en putréfaction qu'il entraine avec lui, ou, pour mieux dire, à une dissolution de ces
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substances dans l'air, et peut-être dans les gaz qui sont le produit de la putréfaction, et que Ton suppose exister dans l'atmosphère. L'expérience n'a pu démontrer dans l'air marécageux aucun des gaz qui sont engendrés par la putréfaction. Si les gaz qu'on a supposés être contenus dans l'air des marais s'y trouvent véritablement , c'est en si petite quantité, qu'ils échappent à toutes les recherches , à toutes les analyses. On n'a jamais démontré dans l'air des marais les gaz azote , hydrogène carboné , ammoniacal j si ces gaz y existent , c'est en quantité trop faible pour exercer une action sur l'économie animale.
M. Julia n'a pas distingué les unes des autres les différentes espèces d'émanations délétères qui, tenues en dissolution ou en suspension dans l'air atmosphérique , deviennent un. poison pour l'organisme ; il n'a pas exprimé ce qu'il faut entendre par ces mots : infection et contagion; de là peut-être quelque confusion dans son ouvrage.
L'air le plus salubre , dit M. Devèze , donne à l'analyse les mêmes résultats que l'air le plus malsain ; et dans les marais les plus abrités, comme sur lés collines les mieux aérées, les chimistes ont obtenu soixante et dix-huit parties d'azote, vingt et une d'oxigène, et une d'acide carbonique (1). Des expériences qui conduisent à un tel résultat sont bien peu satisfaisantes.
Je n'en aurais fait aucune mention , si je n'avais
(1) Traité de la fièvre jaune, 1 yoL in-8.°. Paris, 1820.
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eu égard qu'à leur utilité, qu'aux inductions quelles offrent à la physiologie et à la médecine. Qu'ont fait les chimistes ? ils ont analysé la rosée des marais , dont l'identité de nature avec les émanations marécageuses proprement dites, n'est pas clairement établie; leurs expériences n'ont pas même le faible mérite de présenter les mêmes résultats. M. Julia n'a pas obtenu des siennes des produits exactement semblables à ceux dont les analyses faites par M. Vauquelin démontrent l'existence. Et les unes et les autres cependant se ressemblent en cela qu'elles ne dévoilent nullement la nature des émanations marécageuses ; qu'elles ne font pas connaître le mode d'action de ces particules délétères sur l'organisme ; qu'elles n'ont été d'aucun secours pour la thérapeutique, et qu'elles sont enfin comme si elles n'avaient pas été. Le seul service qu'elles ont rendu aux sciences médicales , c'est de constater l'insuffisance complète de nos moyens actuels d'analyse , pour saisir , isoler et étudier les émanations marécageuses ; c'est d'apprendre qu'on ne sait rien , exactement rien sur la manière d'être et d'agir des exhalaisons des eaux stagnantes. Sous ce rapport, elles méritent d'être connues; car l'ignorance est bien préférable à l'erreur*. Il est deux méthodes pour perfectionner et faire avancer les sciences : l'une consiste dans la découverte de faits nouveaux; l'autre, dans celle d'erreurs accréditées. L'homme qui démontre les vices d'un raisonnement devenu principe , ou l'inexactitude, la fausseté d'un fait, n'est guère moins utile que celui dont le génie et l'esprit d'observation ont
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ajouté à la masse de nos connaissances. Savoir qu'on ne sail rien, c'est beaucoup; on est bien plus près de la vérité alors , que lorsqu'on prend pour elle des hypothèses erronées.
Les travaux des chimistes sur la composition des corps organisés ont peu servi à l'avancement des sciences médicales; ils peuvent satisfaire la curiosité; sous tout autre rapport , un médecin est dispensé d'en prendre connaissance. Que d'analyses des solides et des liquides animaux ont été faites depuis la régénération de la chimie ! La physiologie y a-t-elle gagné l l'histoire des sécrétions est-elle mieux connue, depuis qu'on a déterminé l'espèce et la proportion des matériaux qui entrent dans la composition de la bile, de l'urine, de la salive et du lait ? non, sans doute, la nature morte n'apprend rien sur la nature vivante , et aucun des secrets de la vie n'a été découvert dans le creuset des chimistes. J'applaudis aux travaux faits sur le sang par Fourcroy, et par MM. Vauquelin, Brande , Berzélius, Prévost, Dumas, etc. ; mais quelques pages du traité de Bordeu sur cette humeur, me la font bien mieux connaître.
Mes lecteurs me pardonneront peut-être mon extrême indifférence pour les analyses chimiques de l'atmosphère et de la rosée des marais ; elle résulte de leur parfaite inutilité. Mais alors même que la nature des émanations marécageuses serait aussi bien connue qu'elle l'est peu, alors même que le perfectionnement de nos procédés d'expérimentation chimique, aurait permis d'isoler ces particules jusqu'ici insaisissables, qu'y gagneraient les médecins l fort