‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 17 sur 88 · ANALYSE · texte numérisé non relu

ANALYSE

peu de chose. Cette découverte ne changerait en rien la théorie des fièvres intermittentes et rémittentes de marais; celles-ci une fois établies, devraient être traitées comme si leur cause était enveloppée encore d'un mystère impénétrable ; il n'y aurait aucune liaison, aucune dépendance entre cette connaissance de la composition des émanations marécageuses, et les indications thérapeutiques à établir ; elle n'enfanterait enfin aucun moyen spécial de rendre salubres les contrées infectées par les eaux stagnantes; et le meilleur moyen d'ôter aux marais leur pernicieuse influence sur la vie de l'homme , consisterait toujours dans l'anéantissement de ces foyers d'infection redoutables. Ainsi, consolons -nous de notre ignorance, et ne désirons pas trop vivement des connaissances dont l'utilité pratique paraît au moins équivoque.

Quelques médecins ont tranché la difficulté ; ils ne pouvaient saisir et étudier les émanations marécageuses , et ils ont dit : Les émanations marécageuses n'existent pas. Telle est l'opinion de Giannini et de Lafont-Gouzy. Si ces particules , dit le premier , existaient réellement, elles auraient un effet spécifique et uniforme, elles produiraient une maladie particulière constamment la même; et on ne leur attribuerait pas une multitude d'affections morbides, de nature fort diverse, par exemple la peste, des fièvres pétéchiales. intermittentes, etc.

Le raisonnement de Giannini n'a pas une grande exactitude. Une même cause de maladies peut affecter divers appareils organiques, et avoir, par consé-

quent, dans les mêmes circonstances, des effets très differens ; ainsi, le froid humide, par exemple, donnera à cet individu un catarrhe, à cet autre une gastro-entérite, à celui-ci une pleurésie, suivant la constitution et les prédispositions individuelles. L'objection de Giannini n'aurait quelque poids qu'autant que tout en admettant l'existence des émanations marécageuses, on enferaitun virus, hypothèse dont personne ne s'est encore avisé. Mais si ce principe de maladies n'a rien de spécifique , il exerce sur l'organisme une modification générale, uniforme; il donne un air de famille à tous les individus sur lesquels il exerce habituellement son influence, et aux fièvres intermittentes et rémittentes qui sont le résultat de son action pathologique. Si les émanations marécageuses produisent ici des pyrexies à marche fort lente, des obstructions, des hydropisies, et là des inflammations d'une violence extrême, le choléra morbus, l'iléus , la fièvre jaune , la peste , c'est qu'elles agissent sur des individus de tempérament divers, dans des circonstances de climat et de température essentiellement différentes , et fort influentes sur l'espèce et l'intensité des maladies. La meilleure réponse aux partisans de l'opinion de Giannini , c'est un voyage dans la Bresse ou dans la Sologne,

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