‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 18 sur 99 · ÎMARAIS DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

ÎMARAIS DE LA FRANCE

Laisse insensil)Icment , et s’anéantit dans les plaines dn BourLonnais. La Loire eircide dans leur intervalle, et deux plateaux oeeupent l’espaee qui les sépare. L’un au midi est eonnu sous le nom de plaine de Monthrison ou du Forez; l’autre au nord est la plaine de Roanne. Il existe entre elles une ramification de montagnes qui joignent, à la hauteur de St - Germain-Laval , les deux chaînes de l’est et de r ouest. La plaine du Forez est une vallée étroite et alongée. Les liantes montagnes qui l’entourent ne permettent pas aux vents d’y circider avec li- Lcrté, et concentrent les rayons solaires sur sa surface ; de là une chaleur morte inconnue à des plateaux d’une étendue Lien plus considérahle. Dès que les émanations des eaux stagnantes s’élèvent dans

l’atmosphère, elles frappent ces monts élevés, et retomhent aussitôt sur le sol. Rien de plus commun que des variations considéraLies de la tenq>éralure ; à une chaleur étouffante succède un froid très vif, et ces changemens ont lieu quelquefois à plusieurs reprises pendant une même journée.

Les plus foites chaleurs n’ont jamais excédé trentedeux degrés du thermomètre de Réaumur. 11 tombe annuellement sur le sol vingt-deux pouces d’eau. Les vents qui régnent sont ceux du nord, nord-ouest, sud et sud-ouest ; ceux d’est sont peu fréquens ; le nord qui maintient les jours sereins, peut être considéré comme le vent dominant; ceux du sud et sud ouest amènent souvent des pluies abondantes.

Des étangs occupent une partie considérable de la surface du sol ; leur nombre est évalué à quatre

cent cinquante. La superficie du terrain qu’ils inondent dépassé deux mille sept cents hectares. On les trouve surtout aux alentours de Boën, de Feurs, de IMonthrison et de St-Ramhert (departement de la Loire). Leur étendue moyenne est de quatre à cinq hectares, mais plusieurs ont des dimensions dix fois, vin^t fois plus considérahles. Beaucoup ont été formés presque en entier par des accidens naturels du terrain, mais le plus grand nombre est ceint de chaussées artificielles. Ceux-îà sont situés d’oreiinaire au-dessus du sol voisin ; leurs eaux s’infiltrent dans les puits , dans les citernes, et, lorsqu elles ont servi au rouissage du chanvre , ce mélange a de graves inconvéniens. M. Berger en a vu un exemple remarquable aux environs de Feurs.

Le rouissage du chanvre dans des eaux stagnantes, est un procédé fort commun, fort en usage dans un grand nombre de lieux de la plaine ; on fait servir à cet usage non-seulement les étangs , mais encore de petites rivières , et cette opération insalubre se fait souvent à peu de distance des habitations.

Abrité de tous côtés, le bassin du Forez est traversé par un grand fleuve ; il reçoit en abondance les eaux qui s’écoulent de toutes parts des montagnes de l’est et de l’ouest, et est couvert d’épais brouillards ; tandis que les lieux élevés du voisinage jouissent de l’air le plus pur; à peine a-t on ouvert son sol que l’eau parait; des sillons et des fossés d’écoulement sont souvent indispensables , pour garantir les récoltes des effets funestes d’une humidité excessive. Toutes ces circonstances réunies ex-

G2 marais de la frInce.

pliqueiit cette chaleur morte dont j’ai parlé , et la pesanteur d’un air imprégné de calorique et de vapeurs d’eau.

Il y a peu de marais dans le Forez ; on en voit cependant auprès de Balhigny, dans les environs de Feurs du coté de Clépé, à Chamhon, Magneiix, Sourcieux, Boisset-les-]\Iontrond , l’Hôpital et Graintillcux, en remontant la rive gauche de la Loire. Le principal de tous est celui d’Aillaud. C’est un fossé large et profond, qui sert de réceptacle aux eaux ])luviales d’une colline placée à l’ouest. Il suit la direction de la Loire dans une étendue de sept à huit kilomètres, formant dans son cours, de Magneux- Haute-Rive au Lignon, des marécages assez étendus là où domine le terrain. Ses eaux sont fangeuses et

remplies de végétaux aquatiques. Des hrouil lards épais dessinent le trajet de ce marais; on voit leur longue traînée d’une hauteur placée au couchant, le matin jusqu’à dix heures, et le soir aussitôt que le soleil a quitté l’horizon. C’est principalement dans ces parages que la fièvre intermittente établit annuellement son règne, en été et en automne.

Le type de ces fièvres , tant redoutées des étrangers, est ordinairement tieixe ou quarte; elles sont rarement quotidiennes, elles ont presque toujours une longue durée.

L’incurie des hahitans est si grande , qu’ils n’apportent aucun soin à se préserver et à se guérir de la maladie. Familiarisés en quelque sorte avec elle, ils interrompent à peine, lorsqu’ils en sont affectés, leurs habitudes et leurs travaux. C’est avec une in-

cliffé ronce stupide qu’ils s’abandonnent à ses atteintes ; ses suites ont reçu d’eux le nom expressif de traîne. Cette traîne, grâce â leur incurie et a leur apathie, se prolonge assez souvent pendant des mois entiers, et quelquefois se conserve jusqu’à l’automne de l’année suivante, époque à laquelle naît, sous l’influence des memes circonstances, une nouvelle affection plus sérieuse que la première. Les liabitations du cultivateur de la plaine, toujours basses, liumides, peu aérées, sont souvent entourées de mares infectes; on y voit dans des cours closes hermétiquement , d’énormes quantités de fumiers qui nagent au milieu d’eaux stagnantes chargées d’immondices de toute espèce.

Il est souvent facile de distinguer au premier aspect les habitans des montagnes du Forez de ceux de la plaine. Ceux-là vivent dans un air pur, font usage de bonnes eaux et du vin, voyagent, et doivent à leur industrie une aisance que le peu de fertilité du sol leur refuserait; ils sont robustes, agiles, éclairés sur leurs intérêts, ont un teint frais et une santé vigoureuse. Ceux-ci s’abreuvent d’eaux stagnantes, ne boivent du vin qu’aux jours de foires et de marchés, pendant lesquels ils en prennent une quantité excessive , et respirent un air lourd , chargé d’émanations délétères. De là leur mollesse, la flaccidité de leurs chairs, leur teint jaunâtre et jilombé, la débilité de leurs muscles; à ces caractères physiques correspondent des mœurs en général douces, un calme qui dégénère en une extrême apathie, la plus grande imprévoyance, un attache-

Page 1