EXHALATION
causées par la condensation et la chute des émanations marécageuses aux approches de la nuit; il eut meme occasion d’ohserver ce phénomène sur luimême. On avait jeté l’ancre sur le Gange après le coucher du soleil , et lorsque la rosée commençait a tomber , je sentis tout-à-coup , dit-il , une odeur nauséabonde, dont il m’était d’autant plus difficile de me rendre compte’, qn’il n’existait pas le moindre souffle de vent susceptible de transporter quelque émanation des lieux circonvoisins. Mes réflexions furent bientôt interrompues par un sentiment de défaillance et de vertiges, un tournoiement de tête et des nausées. Johnson ressentit pendant quelques jours une lassitude et un accablement d’esprit ex-traordinairc.
Arrêtons-nous sur quelques points de Thistoire de la locomotion des émanations marécageuses. Les brouillards fétides qui s’élèvent au-dessus des marais ne sont pas ces émanations elles-mêmes ; elles y existent, mais dissoutes dans la vapeur d’eau qui , je le répète , est leur véhicule. Le dégagement de ces molécules délétères est abondant, lors même que l’atmosphère est transparent , inodore et parfaitement clair. Si les émanations marécageuses n’étaient pas renouvelées sans cesse , elles ne seraient pas longtemps redoutables. Tout porte à croire que leur existence a peu de durée. Elles n’imprègnent pas intimément les surfaces sur lesquelles elles ont été déposées, celles-ci n’acquièrent jamais la faculté d’agir comme elles agissent.
Les émanations marécageuses se répandent à une
DES EMANATIONS MARÉCAGEUSES. 9^ distance plus ou moins conside'raLle , suivant l’ëtat de l’air; s’il est calme, elles n’embrassent pas une grande surface. On évalué a quatre ou cinq cents mètres le degré de hauteur auquel elles peuvent s’élever , et à deux ou trois cents mètres leur propagation dans la direction horizontale. Il parait qu’elles ne parviennent pas au-delà de ces limites , et que , par conséquent , les habitations placées à cette distance, en plaine ou sur des montagnes, sont soustraites , lorsque l’atmosphère est tranquille , à leur action délétère. Mais, dans les régions équatoriales, leur sphère d’activité est beaucoup plus étendue. Des vaisseaux éloignés de quinze cents toises de rivages marécageux , ont éprouvé aux Indes occidentales l’action funeste de ces émanations; les équipages des vaisseaux de la compagnie des Indes souffrent aussi de leur action, à une grande distance, dans le canal qui conduit à Calcutta.
Associées aux destinées de l’air qui les tient en suspension , les émanations marécageuses sont portées au loin par les vents , et leurs voyages enfantent des épidémies dans des lieux fort, éloignés des marais. Les provinces de Mantoue et de Ferrare, celles de Novarre et de Verceil, enfin les marais de la Camargue, de Fos et de Marignane, ont offert à M. Fodéré beaucoup d’exemples de ce fait. La meme remarque existe dans les ouvrages de Lancisi. Trente personnes de Rome se promenaient vers l’embouchure du Tibre; le vent vint à souffler tout d’un coup sur des marais infects, dont il leur apporta les émanations; vingt-neuf d’entre elles furent atteiu-