‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 30 sur 99 · EXHALATION · texte numérisé non relu

EXHALATION

tes de fièvres intermittentes. Sènae, cité par M. Ali- Lert, parle d’un village on une cause analogue donnait pareillement naissance à des fièvres rebelles; elles régnaient surtout lorsque les marais étaient dominés par certains vents. Les émanations qui se dégageaient des eaux stagnantes, étaient alors si dangereuses, que les individus meme chez lesquels les paroxismes avaient cessé, en éprouvaient de nouveaux, deux ou trois jours après leur rétahlissement. Plusieurs qui leur avaient échappé, ne tardaient pas à en être attaqués. Les exemples des inconvéniens des voyages lointains de ces particules empoisonnées , sont communs dans la Sologne et dans la Bresse.

Tous les lieux élevés ne sont pas saluhres; plusieurs sont malsains et peuplés de fièvres , car ils sont au voisinage ou sous le vent de terrains humides ou marécageux. Ainsi la plaine de Trappes, près de Versailles, quoique élevée et découverte, est infestée par les étangs de St-Gyr. Volney a fait souvent cette observation dans ses voyages ; elle se présente particulièrement dans les pays chauds. Une foule de coteaux, en Corse et en Italie, fort éloignés des marais, mais placés dans la ligne et dans le lit d’un vent qui leur en apporte les émanations, sont tout à lait dépeuplés et inhabitables. Orlandi cite un exemple analogue. Les vents du midi passaient sur des eaux stagnantes avant d’arriver à des collines dont elles infectaient l’air; ces hauteurs ne devinrent saluhres que lorsque le pape Paul V eut fait dessécher les marécages.

DES EMANATIONS MARÉCAGEUSES. qS

L’eau sta^^nante du lac d’Agnano exhale des effluves délétères, qui s’étendent en arrière vers le nord-est sur deux ou trois villages, et même jusqu’au rouvent des Camaldules, éloigné d’une lieue, et situé sur une haute montagne, d’où l’on jouit d’une très belle perspective. Lorsque M. Louis Valentin visita ce monastère, les pères franciscains qui l’hahitent lui parurent pâles et cachectiques. Celui qui l’accompagnait lui dit , en montrant le lac d’Agnano placé au-dessous d’eux : Voilà la source de la fièvre dont nous sommes affligés (i).

Le petit bourg de Neuville-les-Dames est placé sur une hauteur fort au-dessus de Châtillon , ville de la Bresse, située à peu de distance dans un vallon et entourée d’eaux stagnantes très malfaisantes. Cependant il n’y a pas moins de féhricitans dans l’un de ces lieux que dans l’autre, et souvent Neuville en a davantage. J’ai visité leurs environs, et je me suis assuré de l’exactitude du fait. 11 s’est présenté de nouveau à mon observation dans le hameau de St-Paul, à peu de distance de Villars. On regarde généralement en Bresse les hauteurs comme des lieux dont l’insalubrité est plus grande que les habitations situées dans les bassins occupés par les étangs. Une épidémie désola pendant l’été de l’an II , un coteau qui bordait une prairie marécageuse , au centre de laquelle se trouve la ferme de la Jalière , dont les habitans conservèrent leur santé.

(i) Nalentin (Louis), Voyage médical en Ilalie. Nancy, 182a, I \ol. in-S.*^, pag. /jS.

qG EXHALAT. DES EMANAT. MARECAGEUSES.

L’adiniiiistratiou de la l]r(^sse, diri^^ëe par Barl^eret, médecin chargé spécialement de l’hygiène de cette contrée, ht faire, il y a pins d’un demi-siècle, des expériences, pour déterminer comparativement la salubrité des bas fonds et des prairies, et celle des mamelons et coteaux de la Dombe marécageuse. M. Riboud , secrétaire général de la Société d’émulation du département de l’Ain , a bien voulu me les communiquer.

Une partie considérable de la Bresse est mamelonnée , c’est-à-dire couverte de monticules d’une belle végétation, et de bassins occupés par des prairies bumides. L’opinion vulgaire faisait des sommets les lieux les plus sains, et des vallons ou bassins les lieux les pbis insalubres.

Pour vérifier le fait , on plaça sur dix à douze clochers situés au point le plus élevé des mamelons les plus hauts, des draps liottans tous de toile blanche de la meme qualité, tandis qu’au fond des prairies les plus basses et les ])lus bumides, on en disposa d’autres en nombre égal étendus et soutenus chacun par des perches, à la hauteur de trois ou quatre toises : et les uns les autres restèrent dans la meme position pendant un même nombre de jours et de nuits, et ce temps écoulé, ils furent exmainés avec soin. On reconnut, i que les draps placés dans les bas fonds et prairies marécageuses étaient tous imprégnés d’humidité, bien qu’il n’eût pas plu pendant leur exposition; 2.° que ceux des hauteurs étaient au contraire couverts de taches noires, jaunes, vertes, livides, qui attestaient le dépôt

ABSORPT. DES ÉMANÂT. MARÉCAGEUSES 97 dVmanations délétères. La meme expérience, répétée plusieurs fois et dans diverses saisons , donna constamment les memes résultats, quoiqu’on eût Tattention de faire lessiver chaque fois les draps et de les chani,"er de position, en mettant ceux des clochers dans les has fonds et ceux des bas fonds sur les clochers. Les Bressans, ajoute M. Rihoud, ont constamment remarqué que les fièvres se manifestaient presque toujours sur les hauteurs avant d’éclorre dans les lieux bas. Lorsque ces maladies régnaient annuellement dans Bourg , elles commençaient toujours dans les parties les plus élevées de la ville ; les rues basses les recevaient plus tard et en étaient plus tôt délivrées.

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