CHAPITRE III
Durée de la vie^ mortalité ^ mariages dépopulation»
t/A vie est courte dans les pays marécageux ; elle y est, terme moyen, de vingt-six ans, suivant M. Sausset et le docteur Price; de dix-huit ans, suivant Condorcet. En Géorgie, en Virginie, en Egypte, ceux qui vivent auprès des marais ne dépassent pas leur quarantième année. Jackson assure même qu’a Péterhorough en Virginie , un indigène atteint rarement vingt et un ans. Rozier fixe à cinquante ans le terme le plus reculé de la vie d’un Bas-Breton , et compare dans ce cas sa vieillesse à celle d’un homme qui, dans un pays salubre, serait parvenu a sa quatre-vingt-dixième année. Le terme moyen de la vie commune , calculé d’après le relevé des décès d’un siècle, dans les communes de St-Trivier, Villars et St-Nizier-le~Désert (Bresse) , est de vingt à vingt-deux ans.
Depuis que les marais de Cbâtillon (département de l’Ain) ont été desséchés ( en partie) et convertis en plantations , depuis que l’industrie a pénétré dans cette petite ville, sa population a doublé en trente années. Au contraire^ la dépopulation a fait
DES EMANATIONS MARÉCAGEUSES. 129 des progrès effrayans dans les petits Lourgs de ChalaiTiont et de St-Trivier, chefs-lieux de canton dont l’insal abrite a augmenté avec le nombre des étant>-s. La petite ville de Villars (meme département) était llorissante au temps où les seigneurs de la Bresse et les princes de Dombes y faisaient leur séjour j elle possédait alors un nombre considérable d’babitans, un tribunal, une grande route; mais des étangs ont été formés de toutes parts dans ses alentours , des marais ont recouvert de vastes terrains aban-» donnés: ia dépopulation a fait des progrès rapides, aucune main n’a restauré les édifices en ruines, et \illars, déshéritée de sa prospérité passée, n’est autre chose aujourd’hui qu’une double ligne de chétives masures. Vie pouvait compter, au commencement du dix-huitième siècle, sept à huit cents maisons; elle en a trente à peine maintenant. Ainsi ont disparu Pérole , Frontignan, Mireval , petites villes situées sur la côte de Cette, jadis jolies, et maintenant villages misérables habités par des agonisans.
Dans l’espace de vingt-deux ans, la population de dix communes de la partie marécageuse du dépar-^ tement de l’Ain, qui était en 1786 de trois mille six cent six individus, avait diminué d’un huitième^ Le pays d’étangs n’y possède que trois cent soixan-^ te et quinze habitans, plus un cinquième, par lieue carrée. Si, en calculant sur la totalité de larrondissementj on trouve dans un espace donné de sa partie salubre do’ize habitans, on verra le meme espace ne présenter que .cinq individus dans la partie inondée , et la disette d’hommes ne cesse d’y augmenter, 0
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Elle se fait Ijeaucoiip sentir en Sologne. Cette vaste contrée a snEi clans ses produits, de i 5oo à 1760, une ditninulion de plus des deux tiers. Plusieurs causes ont diniinué sa population ])endant celte période de temps. Les principales ont été l’énorniité et l’inégale répartition de l’impôt, le séjour des princes et de la noblesse dans les grandes villes , les vexations des traitans , l’émigration d’une partie du peuple à Orléans, l’insalubrité du climat et la profonde ignorance des cultivateurs. La décadence de la Sologne a toujours été croissant depuis Plenri IV; le petit nondjre d’babitans qui lui reste est disséminé sur une sui face immense. Ces malheureux vivent dans la solitude, et l’isolement perpétue leur misère. C’est l’indigence qui dépeuple le pays , et la disette d’hommes maintient rindigence. Ce cercle vicieux de causes et d’effets se montre aussi dans la Bresse avec ses déplorables conséquences. Plusieurs communes de la Sologne n’ont pu fournir le contingent modique d’hommes cjue la loi de recrutement leur demandait. Les jeunes gens qui sont enlevés par la conscription aux pays marécageux, sont l’élite de la population ; voilà l’une des causes qui rendent celle-ci si chétive.
Suivons les Solognots et les Bressans dans la vie militaire ; ces jeunes gens changent complètement d’habitudes ; un ordre de choses nouveau commence , ils vovagent ; des communications fréquentes avec leurs semblables, réveillent en eux l’intelligence. Ün air pernicieux et des alimens insalubres ne portent plus dans leur organisme des germes de
DES EMANATIONS MARECAGEUSES. ï5î maladies et de mort ; ils sont bientôt métamorphosés ; les exercices militaires, la fatigue, de longues marches, une alimentation réparatrice, augmentent l’énergie des muscles, du cœur et du système sanguin; les capillaires rouges se développent, et cessent d’être opprimés par raccroissement exubérant des capillaires lymphatiques; la peau se colore, les fonctions se régularisent, l’hypertrophie des viscères abdominaux diminue, et les caractères de l’action physiologique du climat des pays marécageux ont cessé d’exister.
Le nombre des décès l’emporte de beaucoup sur celui des naissances dans la Sologne, dans la Brenne et dans la Bresse. Dix-huit cent quarante-cinq enfans sont nés en dix ans dans la commune de Châtilîon, mais la même période de temps lui a fait perdre deux mille quarante-six individus. C’est, année moyenne, cent quatre-vingt-quatre naissances, plus cinq dixièmes, et deux cent quatre décès, plus six dixièmes. Les naissances sont aux décès comme un est à cinq , et devraient être comme douze sont a dix. Sur mille individus, vingt-huit seulement sont condamnés à mourir suivant les probabilités, et cinquante et un succombent. Ce déficit est plus fort encore dans d’autres parties de la Bresse marécageuse.
Delorme a observé qu’ordinairement la mortalité qui dépendait des variations de l’atmosphère , était plus grande dans les mois voisins des équinoxes et des solstices , principalement dans ceux de l’équinoxe d’automne, et dans ceux qui suivent le solstice d’hiver. Hippocrate et Lancisi ont, au contraire.
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si^Mialé le solstice trété et J’(M|ni!ioxe du priuteiups, coiuiiie les ('po(]ucs de l'aiiiiee les plus daiii^cia'uses. C'est pendant les mois de mai , de juin ('t de juillet, (pie la mortalitc^ est la plus grande dans les jKuties maix'*ea^euses de la Bresse ; observation (pii a vié dtiduile du reiiislre des déees de la ville de Chat il Ion et de ses eommuiies rurales , pendant une ])eriode de dix années. Les anteuis de la statisti(pie du dc^partement de l’Ain ont remarepu' (pie les c'poques les plus fatales ?i la vie des Bressans , étaient les années (pii suivent la naissanee, et surtout celles qui séparent la trente - eiiKpiiéme de la ciiuiuantiéme année. Cette période de temps est fort ahondante en décès. Alors surviennent des maladies de rahdonien , (pii entraînent au tomheau un ^raiid nombre de eultivateurs , trop insoueians sur leur santé ou trop dénués de ressources. Comment se fait-il (pi’il existe eiK'ore des babitans dans un pavs qui présente elnupie année un excédant liAs considérable du nombre d(\s décès sur celui des naissances ! Sa population est nourrie par des étrangers ; les sujipléent a la diminutiou annuelle
du nombre des indiizènes. L'intérêt les conduit sous
ce ciel insalubre ; eux seuls savent construire des chaussées , bâtir les maisons , et meme bien enseinenei'r les elianqis ; ils sont appedés par les jiropriétaires , ils re.stent dans le pavs et souvent v deviemu'iit t'ermiers. Ainsi la population, décimée régulièrement ebaipie année par les maladies, se conserve cependant, mais non pas au nuane niveau, car la mortalité rem[H)rte encore sur les naissances réunies aux immigrations.
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DES EMANATIOIN'S îMARECAOEUSES.
Une particularilé rcmarquaMe de la statistique des [)ays dVdangs et de marais, c’est la multitude de s maria^ujs; ils y sont aussi nombreux que dans les pays les [)!us riches , les mieux dotés j)ar la nature, ht cette multiplicité des alliances n’est pas accidentelle, elle s'est présentée à toutes les épo([ues. On J’explique par la facilité de la vie, le l)as prix des denrées ^^rossiéres f[ui servent d’aJirneris; la certitude.* do travail et d’un salaire , les services rpie rendent l(‘s enfans, véritable ricliesse du nouveau ména;^e. Mais la mort rompt souvent et bientôt ces Jjens. bien n’est plus commun que de trouver en blesse des époux qui l’ont formé pour la troisième ou la rjuatrième fois. On voit plus de veuves et de femmes remariéc*s que d’bomrncs (i).
J’ai dit cpiels étaient les effets de l’action pbysio- Jo^dejue des modificateurs de l’organisme dans les contrées envahies par les eaux stagnantes; on a vu qu’ils permettaient l’existence d’une sorte de santé. Si dans cet état de choses, un viscère est surexcité à l’occasion d’une cause accidentelle quelconque, si une circonstance fortuite, si l’élévation de la température augmente l’activité des émanations marécageuses et rompt l’équilibre qui existait entre cette
{ i) Les preuves o/ïlciellcs de cette description de l’homme duns les contrées marécapjeuses , sont les écrits de Delorme, Grofïler, Pacond, de Bossi , Fodere, sur la Bresse; de Gilbert Blanc sur les Zélandais; de Froherville , Bigot de Morogues, sur la Sologne; de Fodéré, Frampielin, des auteurs de la statistique du departement de l’Indre, sur la Brcnnc ; de Prony, Orlandi et autres sur les marais Pontins,
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influence et les organes , alors surviennent les maladies, cndëmi(|ucs ordinairement, et lorscjue la guerre ou tout autre cause a rassemble une grande multitude d’Iiommes dans c(‘s contrées malsaines. Je vais passer de la physiologie à la pathologie, et changer, non de doctrine, mais de sujet.