CHAPITRE IV
Action pathologique des émanations marécageuses sur les animaux, EnzootieSy épizooties.
La médecine vétérinaire reconnaît les mêmes lois organiques que la médecine de l’homme; il n’y a ni pathologie ni physiologie spéciale pour les animaux; et, modifications de formes et différence des espèces à part , on trouve la plus grande analogie dans la structure anatomique des uns et des autres,
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clans les maladies dont ils sont afledés, enfin dans les mëtliodes generales de Iraiternent que celles-ci rendent nécessaires. Des enzooties sont aussi le résultat de l’action des émanations marécageuses sur les cjuadrupèdes ; elles ne dépassent pas les contrées occupées par les eaux stagnantes, de même que les fièvres intermittentes et rémittentes sont bornées à la partie marécageuse de la Drenne, de la Sologne, ou du département de l’Ain. C’est pendant le cours de l’automne ou de l’été que la maladie se déclare; tous les animaux ruminans, sans distinction d’espèce ou d’âge, qui reçoivent l’action des émanations marécageuses , en sont atteints â des degrés divers; elle fait surtout beaucoup de victimes lorsque des soirées ou des nuits très fraîches succèdent â une journée ffui a été très chaude. Laisser pendant la nuit des bêtes â cornes ou â laine coucher au milieu des marécages, c’est compromettre lieaucoup leur santé. Toutes ces particularités ont des analogues dans l’espèce humaine.
Une des maladies â laquelle les bêtes à laine paraissent le plus exposées aux alentours des marais, c’est une sorte d’hydropisie ; les vaches y sont souvent atteintes d’inflammations des poumons, les chevaux, d’angines chroniques , et, s’il faut ajouter foi au témoignage de Royston, de fièvres tierces parfaitement marquées. C’est aux environs des marais de Cambridge que des animaux ont présenté des fièvres intermittentes (i). Pourquoi des irritations
(i) Idée d'une topographie médicale de la Grande-Ere-
DES EMANATIONS IMARÉCAGEUSES. I Sq ne seraient-elles pas perindjcjnes chez eux comme elles le sont clans l’espèce harnaine? M. Metaxa, professeur d’anatomie comparée et de médecine vétérinaire, au collège de la Sapience a Rome, ne croit pas à la possibilité des fièvres intermittentes chez les quadrupèdes ; son opinion est trop absolue. Le claveau des moutons peut-il naître dans les pays marécageux ? cette cjuestion a été débattue contradictoirement sans résultats. On ne l’a pas vu sur les terres inondées de Cambridge et de Huntingdon , mais il règne cjuelc|uefois d’une manière alarmante sur les collines c|ui coupent ces marais.
Les principales épizooties parmi les mammifères doinesticjues, sont attribuées à des émanations miasmaticjues; telle est, aux yeux de vétérinaires recommandables , la cause du claveau et du typhus des Létes à cornes. Cependant l’influence des exhalaisons marécageuses n’est pas équivoque, et s’est annoncée plusieurs fois par les plus tristes résultats. L’épizootie décrite par Audouin de Chaignebrun se déclara, au milieu des chaleurs de l’été, parmi les bestiaux qui paissaient dans la foret de Crécy qui est remplie d’étangs, de mares, d’eaux bourbeuses et stagnantes; elle gagna soixante communes, et tua deux cent quatre-vingt-dix animaux sur quatre cent quatre-vingt-dix malades. C’était un typhus charbonneux avec épanchement dans les cavités thoraebiques et abdominales. Celui qui exerça de si grands
tagne ; lettre adressée au docteur Adamson. — Annales de littérature médicale étrangère, 6i.® cahier, juillet i8io.
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ravages dans l’Auvergne, ne fut pas étranger à l’influence des edluves exhalées par les eaux stagnantes. On sait (pie les montagnes d’Auvergne sont humides et froides; la neige les eoiivre juscpi’au mois de juin; depuis cette époipie ti’épais hrouil lards les environnent; les pâturages y sont assez fertiles mais très marécageux. On enterre a peu de profondeur, dans ces prairies, les vaches qui meurent, et des exhalaisons cadavériques unissent leur insaluhrité à celle des eaux stagnantes. Ces émanations, ainsi que l'exposition continuelle des animaux à l’action d’un air froid et humide, voilà les causes principales de la maladie charhonnense enzootique de l’Auvergne; elle a été décrite par M. Petit. La malheureuse Sologne a vu souvent des enzooties faire des déserts de ses étables; la maladie rouge ou de sang des moutons y est indigène ; c’est une gastro-entérite compliquée d’une inflammation thorachique , dont l’un des phénomènes remarquables est une hémorragie par les muqueuses des narines , des yeux et du tube digestif. La mauvaise qualité des alimens est au nombre des principales causes de cette maladie meurtrière (i).
M. Guersent fait remarquer qu’à l’exception de l’épizootie de Fossano, qui eut lieu au mois de mai’s, toutes celles qu’on a observées se sont toujours manifestées pendant les chaleurs de l’été , et ont paru
(i) Tessier, Observations sur plusieurs maladies des bestiaux, telles que la maladie rouge et la maladie de sang qui attaque les bêtes à laine, etc. in-8® , Paris, 1782.
DES ÉMANATIONS MARÉCAGEUSES. l/fl constamment dans des pays marécageux après des Lrouil lards épais , ou dans le voisinage de mares dont les eaux étaient croupissantes (i). L’auteur anonyme de l’article enzootie de l’excellent diction-
naire appelé avec tant d’inexactitude Abrégé du Dictionnaire des sciences médicales, fait une grande part a l’influence du gaz hydrogène carboné des marais sur la production des enzooties (2). Voyez les animaux qui habitent ces lieux insalubres , ils sont lourds, empâtés, faibles, ont des formes irrégul ières , grossières , peu agréables à la vue , et sont sujets aux cachexies du système lymphatique. Les émanations marécageuses pénètrent dans leurs voies respiratoires avec l’air atmosphérique , dans les voies gastriques avec les plantes et les herbages sur lesquels elles se déposent abondamment, et enfin dans les organes de la circulation par l’absorption muqueuse et cutanée. Leurs effets se manifestent ordinairement par l’irritation de la membrane muqueuse du canal alimentaire et des tubes bronchiques. Des inflammations thorachiques se développent spontanément. Ceux des animaux qui ne tombent pas grièvement malades, traînent une existence languissante; ils n’ont pas le degré de force nécessaire pour réagir contre l’action délétère du poison qui s’insinue par tous leurs pores dans l’organisme. Comparez les ruminans qui paissent, dans un air pur, les herbages
(1) Dictionnaire des sciences médicales, tome i5, p. 6.
(2) Dictionnaire abrégé des sciences médicales, tome 6, Paris, 1822, p. 55o.
lortifians des montagnes, avec les animaux de meme espèce cpii végètent dans les marécages; ceuxlà sont vifs , ardens , forts, et remarquables par la fermeté de leurs chairs ; ceux-ci manquent de courage et de vigueur, ils sont houlFis , infiltrés, décolorés, rarement malades d’inflammations franches, et atteints profondément de phlegmasies chroniques et d’une fièvre hectique à peine sensible qui les minent et les conduisent à une mort prématurée.
Toutes les localités, dit M. Bailly, qui présentent la réunion de ces deux circonstances : évaporations d’eaux marécageuses et température élevée, et qui déterminent des fièvres intermittentes chez rhomme, produisent des épizooties dont la marche est toujours continue. Les nécropsies montrent chez les uns et chez les autres les memes altérations, des désorganisations analogues. Les Etats Romains qui, ]>endant l’automne et l’été, sont en proie à la fièvre de marais , ont été ravagés souvent par des épizooties meurtrières. Lancisi trouva, à l’ouverture des cadavres, les memes lésions de tissu que M. Bailly a rencontrées chez les Italiens morts de fièvres intermittentes pernicieuses. La meme analogie s’est montrée en Hongrie, à la Rochelle, au port St-Louis, à la Guadeloupe, à St-Domingue, en Egypte, dans le Roussillon, en Auvergne, dans le Milanais. Partout où une grande clialeur agit sur des eaux marécageuses, les hommes sont saisis par la fièvre iiitermittenle, et les animaux affei tés d’antrax, de charbons, de maladies aigues dont la mar-
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elle est coiiliniie. M. Bailly cite comme un fait curieux la coïncidence des fièvres intermittentes et d’épizooties qui s’est montrée en 1812 dans le territoire d’Arles, près d’un marais voisin du Rhône. M. Baillv déduit de ces faits la loi suivante : La où les hommes ont des fièvres intermittentes à la suite desquelles on trouve des altérations organiques Lien déterminées, les animaux sont atteints de maladies inflammatoires continues, qui désorganisent les viscères de la même manière que les pyrexies à exaspération périodique.