‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 41 sur 99 · FAITS SPECIAUX · texte numérisé non relu

FAITS SPECIAUX

Observations de fièvres rémittentes et intermittentes y simples et pernicieuses ^ endémiques dans les pays marécageux (i).

Les fièvres intermittentes et rémittentes de marais sont extrêmement communes ; c’est peut-être par cette raison qu’on trouve peu , très peu d’histoires particulières de ces maladies dans les auteurs : la plupart ont un caractère propre , c’est raffection plus ou moins clairement exprimée des principaux organes de l’appareil digestif et du système nerveux; mais, que de variétés dans leur manière d’être! On

(i) Je me servirai quelquefois, pour éviter des répétitions fastidieuses, de ces expressions : fièvres de marais^ et ne donnerai point une description particulière des fièvres rémittentes ^ des intermittentes ^ des quotidiennes^ tierces^ quartes^ etc.^ parce que dans l’état actuel des sciences médicales, ces distinctions importeot peu, et n’ont aucune influence sur la détermination du siège de la maladie, et sur la méthode de traitement à employer. Ceux qui regretteraient les recherches de ce genre, liront avec une grande satisfaction l’édition récente du traité des fièvres rémittentes de M. Baumes,

IQO ACTION TATHOLOGIQUE

voit sur le premier plau du laJ)leau, tantôt la lésion de telle partie de l’appareil di^mstif, tantôt celle de telle autre. Les trouLIes sympatlnques sont plus varies encore ; on les voit souvent prendre pour siège spècial le cerveau, le poumon, le cœur, le foie. Des pyrexies intermittentes pernicieuses, autres que les gastriques et que les ataxiques , peuvent naître auprès des marécages; les émanations exhalées par les eaux stagnantes ont enfanté quelquefois des fièvres rémittentes , inflammatoires et liilieuses : fadynamique a été l’effet de leur action pathologique. Ces diverses maladies ont un caractère commun dont il sera question ailleurs.

Ainsi, présenter une observation quelconque de fièvre intermittente de marais comme le type des afTcctions de ce genre, ce serait sacrifiera l’arbitraire. Quelle multitude de modifications de ces maladies depuis les pyrexies rémittentes des marais de la Sologne jusqu’à la fièvre jaune des Antilles et à la peste de la Basse-Egypte ! et que de variétés dans les symptômes, même dans nos climats !

Il faut tenir compte soigneusement des antécédens, lorsque l’on recueille des observations dans un pays marécageux. La population presque entière de ces contrées est habituellement malade de fièvres rémittentes; celle de ces pyrexies qui commence est voisine de celle qui finit , et une modification organique , inappréciable , paraît unir l une à l’autre. La plupart d’entre elles s’accompagnent d’engorgemeiis chroniques du foie , de la rate ou d’un autre viscère de l’abdomen : ces lésions organiques de tissu soiit des foyers de maladies indestructibles.

DES EMANATIONS MARECAGEUSES. IQI § I. Embarras gastrique , péripneumonie coincidente ^ émétique , eæaspération des accidens : sangsues^ émétique. Fillon, â^^ec de clix- Luit ans, Lien réglée, a chairs molles, réplelte et hante en couleur, hergère sur le plateau de la Bresse, perdit l’appétit pendant plusieurs jours, et présenta les symptômes suivans : le soir, frisson avec tremhlement pendant plusieurs heures, puis chaleur, soif. Louche très amère, handeau douloureux à la hase du front. Elle entra k Ehopital de Montîuelle troisième jour; les symptômes étaient aggravés, le pouls avait plus de plénitude et de fréquence , une teinte rouge colorait la face , un cercle jaune entourait le nez et les lèvres; la langue était large, jaunâtre, épaisse et humide, un peu rouge à la pointe. Les symtômes suivans accompagnaient ceux-là : arrière-houche d’une grande amertume , soif modérée, violente céphalalgie frontale, sentiment d’une forte pression à la hase de la poitrine, et d’une douleur circonscrite au-dessous du sein droit, respiration haute , toux avec des crachats rares et rouillés (boisson émolliente avec l’oxymel simple, saignée d’une livre le soir du quatrième jour qui n’avait pas vu l’état pathologique changer) , grande agitation dans la unit. Le cinquième jour, l’intensité des symptômes augmentant , surtout la céphalalgie. M. Nepple fit prendre deux grains d’émétique dans deux tasses de houillon aux herhes; ils furent suivis de vomissemens hilieux, verdâtres et copieux, d’un hien-étre prompt, de sueur et d’un sommeil tranquille ; mais les accidens revinrent encore plus alar-

mans pendant la niiitj la douleur du côté droit faisait jeter des cris à la malade à chaque effort de toux, la langue était seche et la matière des crachats plus rouillée (meme boisson). Septième jour, le point douloureux disparut sous l’application de six sangsues et d’un cataplasme émollient; mais il fut remplacé par une cardialgie insupportable avec tension du ventre qui , préssé , ne manifestait pas de douleur; la face était rouge, le contour des lèvres verdâtre , la bouche fétide , la langue humide , la soif légère et l’anxiété considérable. M. Nepple fit alors administrer un grain d’émétique, qui produisit des vomissemens d’un jaune vert, et trois déjections de même nature. A l’instant, tout l’appareil formidable des symptômes disparut. Après avoir pris un léger narcotique, la malade s’endormit et des sueurs s’établirent. Huitième jour, léger paroxysme, crachats rouillés , mais rares (boissons toujours délayantes et acidulées). Neuvième et dixième jours , fièvre modérée , respiration naturelle , point de soif, pesanteur au bas du sternum, symptômes bilieux. Un grain d’émétique donne lieu â des évacuations jaunâtres par les selles et par le vomissement ; la convalescence commence le onzième jour.

On voit dans cette observation un exemple de la complication très fréquente et très grave d’une phlegmasie thorachique, avec l’irritation gastrique, partie principale , ou dans le langage abstrait des médecins de l’école de Montpellier, élément de la fièvre intermittente endémique dans les pays marécageux. La péripneumonie s’exaspéra après l’emploi

DES EMANATIOIXS MARECAGEUSES, de la première dose d’émét!(|ue; des sangsues placées en trop petit nombre l’apaisèrent. Elle paraît avoir survécu à l’embarras gastrique , car les crachats ronillésse montrèrent encore le huitième jour.

Irritation gastrique : purgatifs ^ émétique^ suif ate de quinine. Rambaut, âgéde trente-six ans, laveur de laines, est pris de fièvre tierce, au milieu d’une contrée marécageuse; le tremblement est fort et prolongé, la chaleur intense, la soif et l’affection bilieuse l)ien prononcée. E’apyrexie est parfaite, alors point de soif, langue large, humide, et de même nuance sur toute sa surface. Un grain d’émétique est administré entre le quatrième et 1? cinquième accès, et donne lieu à des vomissemens copieux d’une bile verte; l’accès suivant paraît à la même heure que les précédens , avec la même intensité , et les symptômes bilieux sont à peu près les mêmes : deux purgations n’apportent aucun changement. M. Nepple donne un deuxième grain d’émétique; il en résulte des vomissemens bilieux énormes; la bouche cesse d’être mauvaise, le goût se rétablit, l’accès suivant est à peine sensible, et trois grains de sulfate de quinine. achèvent la guérison.

§ 2. Forme simple des fièvres intermittentes . Le curé Lariçu, âgé de trente ans, d’im tempérament nervoso-sanguin, d’une complexion délicate, éprouvait depuis plusieurs années une oppression légère, qui augmentait par l’exercice; il avait le teint pâle, et souffrait d’une irritation gastro-intestinale lente, qui se manifestait par l’irrégularité de l’appétit, la difficulté des digestions, des cardialgies

plus ou moins vives, des nausëes, des diarrliëes frëquentes. Son ëlat empira par l’influence du quinquina, employë pour comhattre une fièvre tierce dont ilëtait maladcdepuis trois ans.Cetecclësiastique se trouva assez Lien pendant le printemps; mais, à la suite d’une transpiration supprimëe, un accès de lièvre eut lieu au mois de juin. Après le troisième accès en tierce , l’irritation de la membrane muqueuse gastro-intestinale et pulmonaire s’exaspère, une douleur ëpigastrique assez vive se déclare, la soif devient vive, la langue rougeâtre, l’oppression forte, la toux fatigante et sèche; une douleur obtuse se fait sentir dans toute l’ëtendue de la poitrine. On saigne le malade au bras ; on. lui applique des sangsues, d’abord sur le thorax, ensuite sur l’ëpigastre; on lui fait prendre des bains pendant la rëmission. Les symptômes d’irritation se calment, les accès se dessinent davantage , deviennent plus intenses, se rapprochent et marchent sous le type double tierce : la potion stibio-opiacëe, unieâ la gomme arabique , donnée par cuillerée d’heure en heure , et vers l’approche de l’accès suivant par demi-heure , fit cesser la fièvre , et améliora l’état de la gastroentérite. On cessa trop tôt l’usage de la potion ; une rechute eut lieu ; mais le fébrifuge réussit de nouveau.

Ce sont des irritations gastro-intestinales et des gastro-entérites aiguës que nous avons vues constituer les maladies épidémiques décrites par Bartholin , Deckers , Traversari, François de le Boè' , Jonhson, Hamilton, etc.

DES ÉMANATIONS MARÉCAGEUSES. iqS

Fièvre intermittente compliquée de gastroentérite. Un homme âge de cinqiiante-eincj ans, robuste , bien constitué , d’un tempérament sanguin, ressentit , le 5 septembre , après un troisième accès de lièvre en tierce simple, une ardeur, une chaleur vive dans tout le corps , qui persista même , quoique avec moins de violence, hors des accès; la peau était sèche, brûlante; la bouche sèche , la langue rouge, l’épigastre sensible au toucher : il y avait une constipation opiniâtre. Les accès débutèrent par des vomissemens. Ce malade fut soumis pendant quatre jours a l’usage des anti-phlogistiques, à l’application de sangsues sur l’estomac, et à l’usage d'une tisane de chiendent et de lavemens émolliens. L’irritation gastro-intestinale calmée, M. Jourdain s’occupa à combattre les accès de fièvre qui se prononcèrent de plus en plus, et qui débutèrent chaque fois par des vomissemens plus ou moins fatigans. La potion stibio-opiacée eut un plein succès.

Fièvre rémittente. Une femme de trente-six ans environ, d’un tempérament lymphatique et sanguin, fut prise, le :>.l\ septembre 1825, d’une fièvre rémittente continue, avec exacerbations irrégulières qui s’annoncaient par des frissons légers et ces symptômes : accablement général, pouls faible, fréquent, peau sèche, langue blanche au centre, rouge sur les bords, soif, céphalalgie intense, douleurs vives aux extrémités supérieures et inférieures, chaleur forte sur la région épigastrique , nullement douloureuse d’ailleurs. Des sangsues sur l’estomac, l’eau de chiendent avec de l’orgeat, une diète sévère, diminuèrent

kjG action pathologique

sensiblement les symptômes tFirritation. Immédiatement apres que les piqûres de sangsues curent cessé de donner, l’apyrexie fut complète. La fièvre ne reparut que le lendemain 29, à dix heures du soir; elle débuta par un froid violent, suivi de chaleur, terminé par une moiteur générale; dès-lors la fièvre marcha sous le type tierce. La potion stibio-opiacée fut administrée le 3o; elle ne prévint pas l’accès du octobre, qui s’annonça à la meme heure, avec augmentation de chaleur : il n’y eut point de froid; la potion fut encore continuée pendant trois jours; mais les accès revinrent et résistèrent. Ce remède fut remplacé par douze grains de sulfate de ([uinine, en six doses, à deux heures d’intervalle. Ce sel augmenta un peu la chaleur, et occasionna une douleur épigastrique : on n’en prescrivit que huit grains le lendemain. L’accès du 7 se montra très faible. Le sulfate de quinine fut continué à doses décroissantes, sans occasionner de nouvelle irritation; il triompha de la fièvre , qui manqua le 9 et ne revint plus.

Ces trois observations ont été recueillies par M. Jourdain, à Mugron, petite ville du département des Landes, entourée de marais dont les émanations font naître chaque année des fièvres intermittentes ; elles sont intéressantes sous deux rapports ; on y voit l’irritation gastro-intestinale liée intimé ment a la fièvre; le traitement est un modèle à suivre. M. Jourdain , avant de prescrire le sulfate de quinine ou la potion stibio-opiacée, a grand soin de faire cesser par les anti-phlogistiques la surexcitation gastrique , et de rendre la fièvre bien intermittente, l’apyrexie bien complète.

IVES EMANATIONS MARECAGEUSES. 197 Gastrite intermittente : évacuations san&ui-

7ies , diète, apjreæie parfaite, émétique, guérison. Bayon, âgé de cinquante-huit ans, I)erger dans la Bresse marécageuse , exposé par sa profession câ toutes les intempéries d’une atmosphère délétère , entre à l’hôpital deMontluel â lafin de juillet 1822, malade depuis trois jours d’une fièvre tierce dont voici les symptômes : frisson violent, mais court; puis chaleur brûlante , céphalalgie frontale déchirante , langue effilée, rouge à la pointe et sur ses bords, bouche un peu amère, face rouge, épigastre douloureux , surtout â la pression : quoique le déclin de l’accès soit marqué par des sueurs abondantes, l’apyrexic n’est cependant pas complète, mais elle est amenée âcet état par l’application de douze sangsues sur l’épigastre, l’usage de la limonade et une diète sévère. Toutefois , les accès sont aussi violons et le frisson est plus prolongé. Trois jours après, on a recours à une forte saignée de bras pendant la chaleur du' paroxysme, et, pendant l’intermittence, à une demi-once de quinquina en poudre : l’accès suivant est aussi fort , le froid plus marqué , la bouche très amère , la langue plus humide , la soif moindre. Il y a même dans Bapyrexie, qui est bien complète, une pesanteur douloureuse â l’épigastre et un cercle jaune autour de la bouche. Le tartre émétique, donné â la dose d’un grain et demi dans deux verrées de liquide , occasionne des vomissemens porracés abondans, qui sont aussitôt suivis de bien-être ; l’accès manque, et l’on fait prendre un minortMif. Cependant le malade se plaint toujours d’un peu de

igS ACTION PATHOLOGIQTK

dégoût et d’amertume dans la Louche ; un grain d’émétique procure, par la bouche et par les selles, des évacuations moins verdâtres, mais aussi ahondantes que la première fois; l’appétit se prononce, et la guérison est confirmée sans autre moyen.

L’analyse physiologique de ce fait montre l’organe souffrant dans l’estomac ; c’est là qu’est le point de départ des symptômes. Il s’agissait au début du traitement de rendre l’apyrexie parfaite , et cet avantage a été donné par la méthode anti-phlogistique. Une forte secousse des voies gastriques a déterminé la guérison; c’est ainsi qu’aurait agi le sulfate de quinine , et le malade aurait couru des chances moindres.

Jacques Lind a suivi, avec honneur, les traces de Jean-Marie Lancisi. Son ouvrage sur les maladies auxquelles les Européens sont exposés dans les pays chauds , contient des faits précieux sur l’influence délétère des émanations marécageuses; en voici le précis : on a vu, aux environs de Cadix, en 174^ en 1764, des fièvres à exaspération périodique, qui se manifestaient par de vives douleurs à l’épigastre, la chaleur âcre ou le froid glacial de la peau, un délire plus ou moins furieux, des vertiges , l’irrégularité du pouls, des vornissemens noirâtres, et qui produisaient avec rapidité une extrême prostration des forces. Les fièvres rémittentes des Indes orientales, de l’Amérique, de la Guinée, la fièvre des marais de Hongrie, et celle des Pays-Bas, ont entre elles. une

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analogie parfaite. C’est la fièvre tierce décrite par Torti, Sénac, et Morton, Des fièvres de même nature

DES ÉMANATIONS MARÉCAGEUSES. l QQ ot cîii même type régnent sur la partie occidentale de l’Afrique, de même qu’au Sénégal et dans la Guinée; elles naissent dès le commencement de la saison des pluies, et se montrent avec les caractères suivans : douleurs vives à l’épigastre, nausées très pénibles suivies de vomissemens d’une bile jaunâtre, délire plus ou moins violent, accélération et bientôt ralentissement marqué des contractions du cœur , adynamie extrême, mort du treizième au dix-huitième jour. Chez quelques individus, peu d’instans après l’invasion de la maladie, la peau se teignait en jaune et se couvrait de taches, soit livides, soit pourprées. Un vaste et magnifique hôpital est bâti à la Jamaïque près d’un marais, le danger de ce voisinage se fait promptement connaître par les plus terribles effets. Des fièvres simples, des intermittentes bénignes, de lé gères indispositions s’y transforment en pyrexies malignes, en flux de sang et autres maladies promptement mortelles. La fièvre jaune s’établit dans les salles, et se manifeste par une violente irritation hémorragique de l’estomac et des intestins. Ceux des malades qui guérissent ont une convalescence pénible et compromise par de fréquentes rechutes causées parla plus petite irrégularité dans le régime. La mortalité est si considérable et sa cause si évidente, qu’on abandonne l’hôpital. Des maladies caractérisées par l’affection des mêmes organes, et produites aussi par les émanations marécageuses, dévastent les côtes de l’Asie.

Les fièvres que Lind voyait dans les pays chauds, se montraient en Hollande au chevalier Jean Prin-

200 ACTION PATIIOLOGlgCE

^le ; la fièvre ne s’y montrait pas avec tant d’intensitë et d’aussi forînida])]es symptômes, mais elle avait son siège dans le meme appareil organique et ne ditîérait que ])ar le degré. L’armée anglaise eut Leaueoup a souffrir du voisinage des marais ; une grande partie des troupes ayant été mise en quartier d’iiiver pendant la diuaiière année de la guerre, près des inondations de Bois-le-Duc, il y eut une multitude considéralde de malades. A peine quinze jours s’étaient écoulés, que plusieurs soldats se sentirent attaqués à la fois d’une chaleur Brûlante et d’un violent mal de tète; quelques-uns ressentirent avant l’attaque, un frisson de peu de durée. Ils se plaignaient d’ailleurs d’une soif excessive, d’une douleur dans les os, dans le dos, d’une grande lassitude, d’inquiétude, de fréquentes nausées, d’une douleur vers le creux de l’estomac accompagnée quelquefois de vomissement de Bile verte ou jaune, d’une odeur désagréaBle. Ces maladies commençaient sous un type peu rémittent , étaient intermittentes pendant quelques jours, et devenaient des fièvres continues, d’une nature dangereuse. On vit plusieurs exemples d’un mal de tète si suBit et si violent, que sans aucune plainte antérieure, ceux qui en étaient affectés couraient comme des furieux. (Pringle, fait remarqua r que ce délire suBit s’est montré dans l’épidémie décrite par Diodore de Sicile.) La fièvre pernicieuse que Pringle a oijservée cédait assez facilement au commencement de l’épidémie; clic se convertissait souvent en fièvre putride.

DES EMATn^ATIOISS MARECAGEUSES.

5 5. Irritations gastro - intestinales chroniques. Un chasseur de la paroisse de la Balme fut atLeiiit de la lièvre quarte , sur la lin du mois d’août 1807. ^^^I^te pyrexie céda au quinquina. Mais comme le malade ne cessa pas de chasser dans les pays marécai^mux, et qu’il ne voulut pas continuer l’usage de l’écorce du Pérou, il fut atteint à plusieurs reprises de la fièvre, qui céda chaque fois au spécilique. Il se plaignit hientôt d’une toux sèche, surtout fatigante pendant l’accès ; le ventre devint empâté, volumineux; le foie et la rate engorgés étaient douloureux au toucher; le teint plombé, le défaut d’appétit, la maigreur extrême du malade, faisaient craindre pour ses jours. Il prit, pendant près de trois mois , du quinquina , qui réussit à prévenir les rechutes , â dissip^er la toux et les obstructions; mais son usage long -temps continué, fut suivi de douleurs rhumatismales rebelles, que M. Carron d’Annecy attribua â ce remède, et qui cédèrent aux sucs de cresson et de beccabunga, ainsi qu’a l’usage du vin antimonié.

Fièvre quarte invétérée (gastro-entérite chronique)^ avec désorganisation des viscères ; inutilité du quinquina., par M. Carron d Annecy . Une domestique, âgée de près de soixante ans, eut depuis le commencement de septembre i8o5, des accès de fièvre quarte, qui prirent bientôt le type de fièvre tierce simple ou double , et de fièvre double quarte. Elle se borna à l’usage de quelques remèd ‘S purgatifs, et resta une quinzaine de jours sans éprouver d’accès. Cette pyrexie dura six mois; la

malade maigrit beaucoup; M. Garron fut appelé. L’ictère se manifestait depuis quelques jours, non-seulement sur le visage , mais meme sur toute l’habitude du corps. Le ventre était empâté, très douloureux surtout dans le petit lobe du foie ; la malade éprouvait de violentes douleurs au cretix de l’estomac, accompagnées d’envies de vomir; la langue se montrait presque dans son état naturel ; il y avait tantôt constipation et tantôt diarrhée ; l’appétit manquait, la soif était habituelle , la paume des mains brûlante. La fièvre n’observait plus de type régulier; elle venait quelquefois tous les jours, le matin, l’après-midi; d’autres fois elle était plus forte le troisième jour ; le froid se montrait quelquefois intense, d’autres fois peu sensible. Chaque matin le visage et la poitrine se couvraient d’une sueur épaisse et fétide. M. Garron croyant à l’existence de calculs dans le canal cholédoque, ordonna successivement les sucs d’herbes , le remède de Durande , les préparations d’opium, le miel. Ces remèdes ne diminuèrent ni la fièvre ni la jaunisse. On parvenait quelquefois à calmer les douleurs pendant quelques jours, en frictionnant le creux de l’estomac avec une dissolution d’opium dans la salive ; quelques doses de quinquina furent essayées après un mois et demi et plus d un traitement infructueux ; la fièvre n’éprouva aucune diminution ; les douleurs d’estomac furent plus vives; la pyrexie eut le caractère de fièvre lente. On revint aux sucs d’herbes , on se borna aux racines pour tout aliment , à la bière pour toute boisson. Ce trai-

DES EMANATIONS MARÉCAGEUSES. 2o5 tement fit naître un peu d’appétit , la fièvre ne parut sensilile que sur le soir. Cette légère amélioration ne fat pas de longue durée ; les douleurs devinrent plus vives, elles ne cédèrent plus à l’opium; l’ictère était presque noir; la malade éprouvait une vive démangeaison à la peau devenue sèche et brûlante ; l’insomnie et la soif étaient habituelles ; plus d’appétit pour aucun aliment ; diarrhée fatigante , sueurs nocturnes continuelles, ventre très tendu et douloureux dans toute la région du foie. La malade languit dans cet état près de cinq mois et mourut.

Autopsie cada^^érique. Marasme; couleur jaune obscur et presque noirâtre de la peau ; tension de l’abdomen , volume énorme du foie qui couvre l’estomac, s’étend jusqu’à la rate, et dont le tissu de couleur verdâtre est infiltré |par un liquide séreux ; tuméfaction , état squirrheux et [carcinomateux en partie du pancréas ; friabilité des os ; point d’altération évidente des intestins, du cœur et du poumon.

Cette autopsie cadavérique n’est pas racontée, à beaucoup près, avec l’exactitude rigoureuse que l’on demande aujourd’hui aux explorations de ce genre. M. Carron ne dit pas qu’il ait ouvert le canal digestif et examiné l’état de sa cavité intérieure ; il ne fait nulle mention de l’état des organes encéphaliques. La plupart des nécroscopies antérieures, à la doctrine physiologique, sont entachées des memes négligences. Si l’on cherche à déterminer la nature du mal d’après les symptômes, la gastrite est évidente ; comment la méconnaître aux nausées, aux violentes douleurs dans le creux de l’estomac, à la

2o4 action pathologique

tension douîoiirense de ra])domen ? Peut- on nier que cette fièvre quarte n’ait été une pldegniasie viscérale, une gastrite avec hépatite devenue prédominante ? Le traitement n’a pas été celui que réclamait le genre de la maladie. Si elle eût été appelée du nom d’irritation , on l’aurait combattue par des moyens convenables, mais le type, tout variable qu’il se montra, servit exclusivement à la caractériser; on la nomma fièvre quarte, et la malade mourut.

Qastro-entérlte et surexcitatioji cérébrale. \ji\ petit étang situé au-dessous du village de GuiTieux (plaine du Forez, département de la Loire), servit au rouissage du chanvre pendant le mois de septembre 1825. On étendit le végétal sur ses bords dans les commencemens d’octobre. Le vent d’est souffla pendant plusieurs jours, et une grande partie de la population du hameau fut atteinte de fièvres tierces. Ces maladies survinrent d’autant plus facilement, que l’abus des fruits de la saison, surtout de raisins et de pommes , avait déjà donné un embarras gastro -intestinal à la plupart des babitans. La diarrhée préludait à l’affection fébrile , et précédait les accès d’un ou de deux jours. Ceux-ci s'annoncaient avec violence , le vomissement était opiniâtre et la céphalalgie très intense. Le traitement (qui fut heureux) se composa presque chez tous les malades de caïmans, d’évacuans, de boissons mucilagineuses gommées et d’un électuaire fébrifuge nuisible une seule fois. M. Berger ht deux fois un emploi avantageux des sangsues. Un jeune

DES EMANATIONS MARECAGEUSES. 2o5 liomme présenta à son observation , avec la fièvre une céphalalgie portée au plus haut degré d’intensité , et accompagnées de symptôme prononcés de gastrite. Il ne prit autre chose, pendant les six premiers jours de sa maladie, que de l’eau très fraîche. Douze sangsues furent placées à l’épigastre, immédiatement après, huit aux tempes. Le sangcoula abondamment, mais le sujet très affaibli éprouva plusieurs défaillances. Le paroxysme du lendemain fut beaucoup plus fort que le précédent, cependant l’abdomen tendu et douloureux au toucher, demandait encore la saignée locale, et de nouvelles sangsues furent placées sur le ventre. Des lavemens émoiliens, l’application de cataplasmes chauds, aidèrent l’action des évacuations sanguines. La maladie se prolongeait. Des sinapismes très actifs aux pieds et des vésicatoires aux jambes , placés en meme temps qu’une potion calmante était donnée , apaisèrent la surexcitation cérébrale. Dès-lors les accidens diminuèrent et la convalescence commença le seiziè-

me jour; mais elle eut une longue durée.

§ 4- Obstruction , hjdropisie. Une femme de la paroisse d’Annecy-le- Vieux , âgée de vingt-huit ans, éprouva dans le courant d’août ï8o5, dès le commencement de sa grossesse, des accès de fièvre quarte, qui continuèrent jusqu’au commencement du mois de décembre de la meme année, sans que

sa constitution en reçût une altération notable. Dès

cette époque, les extrémités inférieures s’infiltrèrent; l’eau parut bientôt s’épancher dans les cavités abdominale et tboraebique ; le ventre était tendu ,

2o6 action pathologique

volumineux j on y sentait unelluctuation pi'ononcée; la respiration était difficile , la toux frërjm^nte, l’expectoration de sérosités abondante ; le rëveil avait lieu en sursaut: l’impossibilité que la malade éprouvait de se coucher sur le côte faisait soupçonner riiydrotborax : le visaqe était bouffi, la langue pâle, l’appetit nul, et le ventre tellement tumëlië, qu’on ne pouvait reconnaître l’état des viscères abdominaux (quinquina combiné avec la magnésie et la rhubarbe, puis donné seul). Le ventre devint plus souple, la poitrine plus libre , la toux moins fréquente , la leucopblegmatie disparut; mais ces états pathologiques se montrèrent de nouveau cinquante jours après. On n’avait pu continuer l’écorce du Pérou ; la malade accoucha la veille de l’accès, qui eut lieu le lendemain avec sa régularité ordinaire ; le surlendemain (4 rnai 1 806) , elle eut des douleurs très vives dans le ventre , surtout à la région ombilicale; les lochies coulaient péniblement; la flaccidité des seins , la diarrhée , les envies de vomir , l’accélération du pouls qui était serré , la soif intense, firent craindre la péritonite. La nuit fut très agitée , les douleurs de ventre s’étendirent à la rate qui se tuméfia beaucoup (potion de Doulcet, ipécacuanha). Cette femme vomit à plusieurs reprises des matières bilioso-muqueuses ; la diarrhée diminua , mais les douleurs abdominales persistèrent ( émulsion avec la gomme arabique , embrocations avec le baume tranquille); la nuit fut moins agitée, la soif moins grande , rémission sensible le lendemain matin ; vers les quatre heures après midi , l’ac-

DES EMANATIONS MARÉCAGEUSES. 207 ces de fievre quarte reparaît de meme que les douleurs et la diarrhée ( potion avec l’éther et le laudanum): amélioration sensible ; le 9, l’accès reparaît et cède aux mêmes moyens thérapeutiques; le 10, la malade prend un léger minoratif qui procure plusieurs évacuations ; l’infiltration des cuisses augmente rapidement, le ventre est plus tendu, la respiration plus gênée, la toux plus fatigante. Elle éprouve un nouvel accès le i5; les lochies ne coulent plus, les urines se suppriment presque complètement, la malade ne peut plus se tenir que dans une position verticale sur son lit ; les parties extérieures de la génération sont considérablement tuméfiées et la diarrhée a reparu ( quinquina combiné avec l’opium) : rémission; plusieurs onces de quinquina emportèrent enfin la fièvre, et rappelèrent les urines qui furent très abondantes; la respiration devint plus libre, la toux, la tumeur de la rate, l’infiltration des extrémités se dissipèrent, des frictions sèches , l’air de la campagne et le vin chalybé achevèrent la guérison.

Cette observation est remarquable a plus d’un égard ; une fièvre quarte se montre en automne pendant le cours d’une grossesse , continue son cours , et s’accompagne de leucophlegmatie et de tuméfaction des viscères abdominaux. (Le narrateur ne dit pas quels étaient ses symptômes : on désirerait plus de détail sur l’invasion de la pyrexie.) L’irritation gastro-intestinale chronique ne se montre pas avec évidence dans cette histoire particulière: point de rougeur de la langue , elle est pâle au con-

traire; point d’appétit, visage I)ou{Ti. C’est avec ce caractère que l’hydropisie et les obstructions se montrent assez souvent dans la Sologne et d. ms la Bresse, On espère que raccouchement mettra fin à la fièvre et a la leucophlegmatie , et il n’en est rien. Dès le lendemain, un accès a lieu, et bientôt on voit apparaître des signes non équivoques d’irritation péritonéale; c’est dès cette époque que l’entérite ebronique devient manifeste. Il (‘st évident que l’infiltration séreuse était symptomatique d’une surexcitation chronique du foie et de la rate, point de départ des phénomènes fébriles.

Gastro-entérite chronique , engorgement de la rate ^ hjdropisie. La femme Nejrct, âgée de quarante ans, de la commune de Boisset (plaine du Forez), partageait les travaux du cultivateur, son mari. Après avoir retiré du chanvre ds l’eau et lavé la lessive, elle fut prise, au mois d’octobre 1822, d’une fièvre quarte qui déljiita par des vomissemens et un grand mal de tête. Comme les accès se montraient avec régularité , cette femme ne fit rien pour se guérir pendant quatre mois; elle fit usage, pendant le cours du cinquième, de divers remèdes excitans (de centaurée, de vin chaud avec la muscade et la canelle , de quinquina, etc.). La fièvre devint continue dans les premiers jours de février 1825, sans cesser de présenter des exacerbations quartenaires; les jambes et les cuisses enflèrent progressivement. M. Berger , appelé le 24 auprès de la malade , la trouva dans un état d’anasarque général : le pouls dur et petit donnait près de cent pulsations

DES EMANATIONS MARÉCAGEUSES. 20g

par minute; la langue était rouge, lepigastre douloureux, la soif vive, l’urine peu abondante, la faiblesse extrême; le doigt appuyé sur les membres y laissait une empreinte qui s’elfaçait avec lenteur; la malade se plaignait d’une douleur au côté gauche, dans la région de la rate dont la tuméfaction fut très bien reconnue , malgré la tension et le volume de l’abdomen. Au reste , la peau du corps et le visage montraient l’aspect terreux ordinaire a ces maladies, et avaient une couleur blafarde. Vingt sangsues furent placées sur le ventre; on donna des lavemens avec la décoction de digitale , et pour boisson l’eau de poulet; on fit sur les extrémités des frictions avec la teinture alcobolique de digitale ; un peu d’amendement eut lieu; l’endure fut diminuée par d’abondantes évacuations de matières alvines et d’urine ; mais la faiblesse générale augmenta. La malade prenait du vin blanc à l’insu de son médecin; bientôt les accidens reparurent avec une intensité plus grande; l’infiltration fit de rapides progrès, la difficulté de respirer devint considérable; la malade mourut. On ne put obtenir l’ouverture du cadavre.

§ 5. Fièvres intermittentes pernicieuses : asphyxie. Un homme de trente-cinq ans, en apparence bien constitué et robuste , était venu , en 1 778, des montagnes où il faisait sa résidence , à St-Gilles , petite ville du département du Gard, bâtie au bord d’une vaste plaine marécageuse, pour s’y livrer, au fort des chaleurs , à des travaux agraires. Obligé d’attendre que les moissonneurs eussent fini leur tâche pour commencer la sienne , il profite de ce

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