‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 76 sur 99 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Education des facultés intellectuelles et morales.

Ij’ÉDUCATION physique, intellectuelle et morale de l’habitant des pays marécageux, est la première et la plus importante des réformes nécessaires pour améliorer son sort et lui faire recouvrer la santé et le bonheur; toutes les autres sont peu de chose sans

FACULTES INTELLECTUELLES. 385 elle. Un Solo^niot, un Bressan dédaigne les meilleures institutions, les procédés agricoles qui lui promettent le plus d’avantage, des moyens certains d’échapper à la misère qui l’accahle; il est ignorant. Vous voulez réformer le sol, l’air, les eaux, les lieux, commencez par réformer l’homme ; tel doit être le point de départ de vos opérations; si vous négligez ce principe capital, vous n’aurez fait qu’un travail incomplet, éphémère, inutile. Il n’y a d’améliorations et d’institutions durables que celles qui sont comprises, et l’intelligence du Solognot et du Bressan est au-dessous du plus léger changement demandé a ses absurdes habitudes. L’extrême dégradation intellectuelle et morale de cette classe d’hommes, surpasse encore sa dégénération physique; elle explique sa misère, ses maladies, l’ahrutissement profond dans lequel elle végète. Voulez-vous rendre un peuple heureux et libre, éclairez son intelligence ; un gouvernement ennemi de la liberté n’ignore pas que pour la détruire il doit commencer par étouffer la raison publique et dénaturer l’éducation. Il sait d’instinct que les lumières sont inconciliables avec le despotisme.

Répandez l’instruction élémentaire dans les campagnes de la Sologne et de la Bresse ; ne croyez pas avoir atteint ce but en donnant aux principaux villages des écoles dont la base est l’enseignement individuel, et le chef un pédagogue ordinairement ignorant et brutal; établissez dans le chef-lieu du département une école modèle d’enseignement mutuel, qui embrassera , par ses ramifications , jusqu’aux

moindres commmimes, jusqu’aux plus petits hameaux. Aucune méthode d’instruction n’est si bien en harmonie avec de jeunes intcllii^enccs , aucune ne sait si bien dépouiller l’éducation de ses é})in(s pour ne lui laisser que scs fruits, aucune ne peut former de meilleure heure et aussi parfaitement la réflexion, et donner des notions plus positives sur les vérités de la religion et de la morale. L’enseigne¬

ment mutuel détruira dans sa source le plus i^rand obstacle à la réforme intellectuel le des Bressans et des Solognots, leur constance à vivre isolés. Bien ne serai t plus facile que d’organiser d’après les memes principes des écoles primaires d’agriculture; elles rendraient des services positifs; les enfans apprendraient de bonne heure à connaître l’exploitation du sol qu’ils doivent fouler , et plus tard ils sauraient interroger avec succès l’expérience et les lumières dos grands propriétaires. Associez aux bienfaits de cette éducation les jeunes fdles, elles doivent être un jour épouses et mères, et, a ce douljle titre, elles ont droit à la communauté de l’instruction.

Un médecin de la Bresse a proposé la danse comme un excellent moven de neutraliser les elFets fu¬

nestes des émanations marécageuses. Les fêtes qui ont lieu dans cette terre misérable ne sont ni aussi gaies ni aussi bruyantes que celles des autres cultivateurs. La danse imprimerait un mouvement plus rapide à la circulation du sang et des humeurs, elle faciliterait la transpiration , et , donnant du ton à tous les organes, aurait une influence heureuse sur ces obstructions qui sont l’opprobre de l’art.

M. Fodérë a conseillé, pour obtenir le même résultat, rinstitution dans la Bresse de fêtes et de jeux. Cette idée est bonne, elle tend à réunir les hommes, à leur apprendre à s’aimer ; mais si le peuple des campagnes n’y était disposé par une éducation meilleure, on ne pourrait la lui faire adopter. Livré à lui-même, il n’irait point aux divertissemens publics , et obligé de prendre du plaisir par ordre, il deviendrait plus menteur, plus méchant. Toute réforme dans l’état intellectuel des habitans des contrées marécageuses doit avoir l’éducation pour principe.

Lorsque cette amélioration importante aura été donnée, les cultivateurs, ayant cessé d’être ignorans, sauront obtenir la plus grande quantité et la meilleure qualité possible de produits sans épuiser la terre, et le but de l’agriculture sera atteint.

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