CHAPITRE m
CHRONIQUES DiLS COIiONIKS.
ORDOKHAIIGES, DÉCRETS RfiLàTIFS AUX COLONIES.
Des gens sérieux et convaincus disent journellénienl que le peuple anglais est colonisateur par excellence. Peut-être CD esl-il ainsi; mais il est juste d'ajouter que ce peuple s'est emparé, les armes è la main, des plus belles colonies des «alree nations, telles que le Canada, la Louisiane, le Gap, les Moluqnes, Geylan, la Trinité, Ttle de France.
Ces terres si bcll^, arrosées des sueurs de nos pères, du sang des soldats de la France, de la Hollaiide, de l'Espagne ont-elles donc été colonisées par les Anglais?
PeuV-étre eussions-nous prouvé aussi que nous sommes d'habiles colonisateurs, si, par suite des guerres terribles du xfiii* siècle, nous n'avions pas été dépouillés de nos possessions d'outre-mer.
Au chapitre premier de cette histoire, nous avons donné le sonuiiaire des lois et décrets relatifs à l'organisation de la marine en général, sans parler des colonie^, pm ce que nous nous réservions de traiter à part ce qui les concerne, avant d'en raconter la chronique.
Le S mars 4790, l'Assemblée nationale décréta que des instructions seraient rédigées pour les colons (4). On spécifia
(1) Ces instructions reconnaissaient aux gens de couleur nés de père et mère libres le droit de faire partie des assemblées coloniales» et ce Ait cet article important qui surexcita te courroux des blancs, en enivrant les mulâtres.
qu'il n'avait jamais été question d'appliquer la constitution dans ces iles lointaines et que leurs habitants étaient autorisés à émettre des vœux sur celle qu'ils désiraient obtenir,
vœux qui seraient soumis à l'Assemblée nationale de France, pour èlre formulés par elle en décrets, puis baiicUunués par le roi.
Ces vœux, devaient être relatifs à l'organisation des municipalités et des assemblées administratives, au régime prohi* bitif ou protecteur des diverses branches du commerce.
Le 28 mars 1790» les instructions furent rédigées.
Le 15 mai 4794, TAssemblée nationale décréta qu'aucune loi sur l'état des personnes non libres iw serait votée sans l'avis préalable, libi c, bpontané des assemblées coloniéiles, mais que tout honmio de couleur, né de père et mère libres, pourrait faire partie de ces assemblées.
Le 45 juin 4794 , de nouvelles instructions furent adressées aux colons sous forme de décrets* et le roi, ayant daigné les accepter, les sanctionna à ravance.
Le 24 septembre 4794, l'Assemblée nationale décréta que l'Assemblée législative statuerait exclusivement, avec la sanction du roi, sur le régime extérieur des colonies, c'est-àdire le commerce, la police, la défense du territoire, mais que les assemblées coloniales» de leur côté, rédigeraient, sur l'état des personnes non libres, des lois qui auraient cours pendant une année et seraient portées à la sanction du roi (4). Puis, peu de jours après, elle décida que tout homme, quelle que fût sa couleur, serait libre en mettant le pied sur la lei ie de l^ raiice.
Le 28 mars 4792, l'Assemblée législative décréta que les assemblées coloniales seraient réélues dans les formes prescrites par les instructions qui accompagnaient le décret primitif du 8 mars 4790, c*est^à-dire que les hommes de couleur et nègres libres durent jouir des droits politiques des blancs. Ces assemblées coloniales, dès le jour de leur installation,
(l) Ceux-là, (lisait SanUionax, qui arrachèrent à la sanction du roi son funeste décret Uu 24 st^ptembre 1791 étaient de cruels eDoemiâ de la colonie. «
durent nommer des repu si nUiils cl formuler leurs vœux.
Ed même temps, six millions d'indemnité fureoi accordés aax colons ruioés par les guerres civUes.
Li révolution, qui changea notre organisation sociale en Fifanoey produisit, dans les Iles lointaines qui étaient oolonies ftinçaises, des troubles et des conflits sanglants. Nous ne ^oorrons qu'esquisser à grands traits les caractères de ces aerres civiles qui divisèrent les colons, les nc'^gociants, les Tialàtrc-b, les nègres eux-mêmes, et il nous olU iuipus^ible de (kioner autre chose qu'un abrégé succinct de ces eveneoents; mais nous ferons de notre mieux pour ne rien omettre ^essentiel, et Ton verra que ces tristes détails portent en eBz*mèmes de graves enseignements.
Ce fut la guerre entre les aristocrates et les démocrates; puis, après mille malentendus, la lutte franche, implacable, sans merci, des petits contre Icb grands ou plutôt dts nègres cuuire les blancs.
Dans nos colonies des mers de Tlnde, en raison leur éloignement, en raison de plusieurs autres circonstances qu'il serait trop long de bien spécifier, mais dont on se rendra compte en lisant la chronique de ces lies, il n*y eut point de {uerre déclarée entre les gens de couleur et les créoles.
Alors même que la Convention nationale eut proclamé l'abolition de l'esclavage, rien na changea dans ces il es perdues au milieu de la mer des Indes. Le décret resta leure morte par suite de la ligue de couduile que suivirent ieurs assemblées coloniales*
Les deux agents du gouvernement, porteurs du décret, forent appréhendés au corps, gardés à vue, conduits de gré ou de force à bord d*uo bâtiment de guerre, puis le capitaine reçut Tordre d'aller les déposer sur des rivages encore plus éloi^inés de France, a Hata\ kj.
Le moyen était bon puisqu'il réussit, suivant une expression familière à Napoléon, et les colons de i île de France oon-seulement gagnèrent du temps, mais restèrent en paix dans leur pays, alors qu'à Saint-Domingue ei dans presque toutes les autres colonies de la m«r des Antilles il n'y avait que deuil et désolation.
D'apr^ un dkton feroeux que Ton attribue à Louis XIV,
on peut se rendre compte du 1 esprit des créoles de ces dernières île??, à cette époque déjà lointaine, et l'on comprend! a les événements qui s y succédèrent.
On disait à Paris et aux Antilles :
« Lee prinoesdeSaint-DomiDgue, les messieurs delà Mar* < tinique, les gens de la Guadeloupe* >
G'est-è-dire que les premiers, riches, fiers, vains de leurs fortunes et de leurs titres, formaient une orgueilleuse aristocratie; aussi jamais L:u("n e civile ne fut |)lus horrible que celle des esclaves de celte iie contre leurs seigneurs et maîtres; ces derniers, ruinés, assassinés, traqués, chassés de l'ile ou massacrés, ont dispara oomplétèment. Là , le nègre est resté le maître par le droit du plus fort ; il le fut encore, après un eflbrt considérable de Napoléon; il Test aujourd'hui, après plus de soixaute années.
Santhonax, présidant à ces terribles événements, résinna leur moralité par ces paroles, qui lui sont attribuées et qu il aurait prononcées sur les ruines fumantes du Gap :
« U est donc arrivé le jour de la vengeance divine, où les « blancs payent les iniquités dont ilssesont rendus coupables « envers la race noire I »
A la Martinique, il en fut autrement, car les créoles royalistes trouvèrent, chez leurs esclaves, du dévouement. La guerre eut un caractère moins triste. Elle eut lieu entre les créoles producteurs de denrées et les marchands de Saint-* Pierre, espèce de guerre vendéenne, oii les propriétaires, à la tête des mulâtres et des nègres qui leur étaient dévoués, défendirent la cause du roi, celle de l'ancienne sodété, contre les libéraux des villes du littoral. On se battit, le sang coula; mais, comme des gens lionorables dirigeaient les deux partis, la lutte fut loyalement conduite. Dugommier, d'une famille noble de la Guadeloupe , s'illustra dans les rangs des bourgeois de Saintr-Pierre , dont il avait adopté les principes, et le créole Perdn fut le La Rochejaquelein du parti (^posé.
A la Guadeloupe, la guerre eut un caractère- héroïque. Cette île, prise d'abord par les Anglais, fut reprise ensuite par Victor Hughes, et, comme la maj(»ité des iiabitaota
adopta les principes de la révolution, grâce au concours qu'on fui prêta et à la vaillance des marins et soldats qu il commandiii, oe oommiasaire fit éprouver à nos ennemis des éohecs ttOglants.
Lee exploite des braves qui contribuèrent à la conquête de
h Guadeloupe surpassent peut-être ceux des d'Estaing, des
Rouillé, etc., etc., et rappellent ceux de leurs camarades qui >c battaient à la même époque sur les frontières de la France.
M. Tbiers a commis Terreur incroyable de dire que les AnifÊÊB noue restituèrent Tlle de la Guadeloupe en 4803, quand 9 est vrai que cette Ile nous appartenait, depuis 4794, par droit de conquête, et qu'elle nous resta par suite d'héroïques
efforts dont rhistorien de la révolution semble avoir oublié de s'occuper.