‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 12 sur 71 · LES ANTILLES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LES ANTILLES FRANÇAISES

La Ksrtlniqae.

Les créoles qui se rendaient à Paris pour leurs plaisirs ou leurs affaires avaient coutume de se réunir au club de l'hèlel Marciac, où furent nommés par leurs amis et compatriotes, en qualité do dé})utés de la Martinique aux états généraux, Moreau deSaintp>Méry et le colonel Arthur de Dillon.

Ces messieurs s*étant présentés sans mandata à TAssem* blée, après le serment du jeu de paume, ne furent acceptés qu'après de vives discussions.

Lecomtede Viumesnil, noiame gouverneurde la Martinique le 4 juillet 1789, eut de sérieux embarras à surmonter au sujet des cocardes tricolores, et de la cherté des vivres et de l'admission en franchise des ferines étrangères. Les négociants de Saint^Pierre formèrent un comité qui l'accusa de vouloir se faire un parti contre-révolutionnaire en Iratemi» aant avec les mulâtres et demandèrent sa destitution»

(1) Ib portaient en sautoir un nil)an U'icolore avec un m(Vlaillon sorlequel étiient iuscnis d'un côté • « — La Nution, la Loi, le Hoi, • — et de l'autre ; « — Commissaires civils. » —

l/Âssemblée coloniale formée par ordoimance da Itoi du 47 juin 1787, s'élant ràume dans le mois d'octobre 4789, décida qu'une assemblée généiaie serait convoquée pour nommer les députés de l'ile. Malheureusement, la discorde se mitdans les rangs des membres de cxHie assemblée composée de planteurs sincèrement royalistes, et de partisans de la révohition, 81 bien que, malgré toi» les efforts de Viomesnil, les députés de Saint-Pierre se retirèrent en prolestont cootr© les actes fuim s de leurs collègues.

Ces derniers prirent, malgré tout, les mesures les plus radicales. Ils ouvrirent les ports aux étrangers, levèrent plusieurs droits établis sur los denrées de première nécessité, puis terminèrent en votant la loi martiale, afin que les séditions pussent être étouffées sans retard.

Les habitants de Saint-Pierre, exaspérés de ces mesures, se mirent en révolte ouverte, s'armèrent et se disposèrent à tp[ ir uHe au gouverneur, qui avait, en vain, employé tous les moyens de conciliation.

Ayant appelé à leur secours les patriotes des Mes voisines, ceux-ci accoururent en foule, sous le commandement de Dttgommier, créole de la Guadeloupe, et de M. de Clu^iiy, commandant particulier de cette dernière colonie.

Grflœ à leurs bons offices et sans rixes sanglantes , l'ordre fut rétabli.

M. de Damas, qui remplaça le comte de Yiomeanil, arriva le 27 mars 4790, et trouva 700 mulâtres armés et organisés

par ordre de ^*'n [ii édécesbiur.

L'Assemblée Lieocrale voulut, dès le premier jour, lui faire approuver ses actes, et ce fut en vain que des habitants de Saint-Pierre le prièrent d'attendre, atin qu il pût se renseigner sur les questions en litige; il leur conseilla de retx)urner cbez eux, et l'on ne cessa, dit Tintendant Foulon, d'assaillir, nuit et jour, ce vertueux M. de Damas, afin qu'il secondât les projets de l'Assemblée. Le bruit courut qu'il ne jouissait pas de son libre arbitre, tant il fut circonvenu, et, pendant que les uns répandaient le bruit qu il était malade, d auLies ajoutaient qu'il était fou.

11 est avéré, d'après une lettie du médecin en chef de la

colooie, qu UDC fièvre dangereuse lui enleva, pendant plusieurs jours, l'usage de ses facultés.

M. de Qagoy et les volootairea de la Guadeloupe, s'étanl Rndiis une deuxième fois à la Martinique» rétabUrcDl de iMNiveau l'ordre par une louable intervention.

Dans la journée du 4 août 1790, comme les habitants de Saint-Pierre célébraient la Fête-Dieu, les mulàties se monlièrent exaspérés, parce que l'honneur de porter un chapeau tttioDal à la procession leur avait été refusé. Des rixes s'engigferent; le sang coula; plusieurs personnes perdirent la vie, d'antres Airent mises en prison; et contre toute légalitét malgré les ordres du gouverneur, la munidpaUté de Saint-Pierre créa nne cour prévôtale pour juger les émeutiers.

O fut l'occasion de la guerre civile.

Lorsque cet acte d autorité fut cuiiuu à Porl-Royal, l'indigoation n eut plus de bornes, d'autant plus qu'on craignit que k condamnation des gens de couleur ne mit tous les nègr^ eo insurrection; ansai résolutpon de marcher contre Saint* Pierre.

Remarquons que les habitants de cette dernière ville se

montrèrent cruellement injustes à Tégard des mulâtres, malgré les opinions libcjales dont ils br ju t valaient.

A l aide d'une petite arniée de 400 nègres et de 1 600 milidens, le comte de Damas remporta des succès, et l'on assoie qa'il se montra fort sévère contre les bourgeois qui se plaignirent d'avoir subi un siège en règle.

Le gouverneur avait préalablement donné Tordre à tous les eipitaîoes de bAtiments marchands d'appareiller, afin que leurs équipages ne pussent prêter iiiain-loi le a la défense do la yille, et après avoir do^tiiiic lilusieurs employés, expulsé 1 intendant Foulon, contisqué les fonds de la municipalité, il aûQula les jugements rendus par la cour prév6tale.

Les députés de l'Assemblée coloniale qui suivirent Texp^ ditîon écrivirent k Paris, après avoir assouvi leurs ven» geances, pour supplier qu'on n'intervint pas dans leurs querelles intestines.

Au mois de septembre 1790, arriva dans 1 ile la nouvelle k la féte de la Fédération, et, à cette occasion, les hahit^mtg

de Saint-Pierre déteniis à PorURoyal depuis la dernière échauffoarée» ayant persuadé aux soldats de la garmsoo

qu'ils étaient victimes des aristocrates, oblinrenL d'être relâchés. Alors survint une singulière complication : les soldais voulureat forcer M. de Damas à monter à la citadelle pour prêter le serment civique, et, comme il s'y refusa* ils tirtoot à boulets sur son hôtel.

Plus tard, ce gouverneur fût réduit à se réfègier dans l'intérieur de rile, près du Lamentin, lorsque les soldats eurent fait cause commune avec les habitants de Saint-Pierre.

M. tio Donias fit appel à tous ceu\ (jui voulaient lui rester dévouéSf et ne tarda pas à être rallié par les créoles royalistes, accompagnés de mulâtres et de nègres, qui se rangèrent volontiers sous le drapeau de rautorité.

Deux seules compagnies de grenadiers lui restèrent également âdèles, et les membres de l'Assemblée coloniale qui se rendirent à son camp s'attribuèrent le pouvoir législatif absolu et le droit de modifier les décrets du roi, auquel n'était réservé que le veto suspensif à deux reprises ditl t"^rentes. Ces députés prirent d'autres résolutions importantes que M. de Damas approuva sans réserve.

A cette époque, le capitaine de vaisseau Durand Dubraye commandait la station navale, composée du vaisseau l'Illustra et de la frégate la Sensible.

Comme il craignait la défection de ses marins, il prit la mer pour retourner en France, et sur ses bâtiments prirent passage plusieurs personnes de distinction, entre lesquelles on remarquait Joséphine de la Pagene, mariée depuis plu- «eurs années au général de Beauhamais» et à laquelle les destins réservaient la plus brillante destinée.

Dugommier accourut de la Guadeloupe pour la troisième fois, avec 500 patriotes, pour offrir ses services aux insurgés des villes.

Le comte de Damas, malgré son caractère pacifique , fit preuve d'une grande fermeté, s'adressa, pour éviter i'eflàsion du sang, aux chefé des deux partis, mais ne réussit pas à rétablir la concorde.

Le S5 septembre» les habitants de Saint-Pierre et de Port-

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