‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 26 sur 71 · V. A. Uood. Le Royal-d-jorgôs · texte numérisé non relu

V. A. Uood. Le Royal-d-jorgôs

Le Maje?.lic 74

Le Glory 98

Le Tbanderer 74

Le Garoo,vai8Beaii>bApital

Le Jacobin 74

L'Achille 74

L*' Northumberland. . 74

L e \ 1 1 ( ur-du-Peupie 74

Le Patriote 74

L'Enireprcnanl 74

Le Neptune 74

Le Jeinnutpes 74

Le Trente-et-un-Mai. 74

Le Républicain. . . . ÏÏÙ C. A. Ni^

Le Sans-PareU. . . • • 80 '

Le Sclplon 14

LePeUeUer. 74

Nous avons dît que quelques capitaines anglais changèrent de poste avant do donner, afin que les vaisseaux de même force fussent opposés les uns aux autres (1).

Racontons maintenant les épisodes du combat à bord de chacun des vaisseaux de notre armée navale.

4* La Convention} capitaine Allary.

Ce capitaine combattit le Céiar, chef de file de l'armée anglaise, le démâta de son petit mât de hune et le mit dans robligation de serrer ie vent. 11 recommanda avec instance à son matelot de ne pas laisser couper la ligne, et continua de cinglert bâbord amures. Vers une heure, ne sachant plus ce qui se passait derrière lui, il prit tribord amures, en virant de bord lof pour lof, afin de se rapprocher du théâtre du combat.

La Convention, par suite d'avaries, ne prit pas ultérieurement une part active à la mêlée.

Âllary, traduit devant une cour martiale, fut accusé d'avoir abandonné son poste, sousprétextedlncommodâtés, de n'avoir

(l) La Defence, le Malhor'nnjli furent démâtés do tous leurs mâtS", la Queen perdit sou grauil màl et suu mit de perroquet de luuguo; le Royal-Georges^ son m&t de misaine et ses mâts de hune ; le Brunswick son mftt d'artimon et ses mâts de perroquet ; ÏImpregnabk, le Bcyal-Savereign, tous leurs mâts de hune ; la Queen^harlotU^ le BeUeroj^um, deux m&ts de hune ; YOrion, le Glory, un m&t de huoe et leurs mâts de perroquet James avoue 800 hommes tuésouhleesâs.

pis obéi au signaux de ralliement de la Montagne, et surloat de ne pas avoir donné la remorque aux vaisseaux démâtés, non-seulement d'après les ordres de l'amiral, mais eiicore sur les inst^inces des braves inurins de riinpélueux dont nous raconterons tout à l'heure la lutte héroïque. U fui déclaré non coupable à la majorité de six voix sur

i6pt«

2* Le Gasparin, capitaine Tardy.

Celui-ci combattit le Bellerophôn et gouverna, beaupré sur

poupe, dans les eaux du précédent. Traduit également dm aut une cour martiale, il fut déclaré non coupable à la même majorité.

3* L' America, capitaine L'Héritier.

Ce vaisseau combattit le César, le Lémathan^ le Belkrth fkn, le Hussellj et soutint vaillamment le choc de ses nombreux adversaires. L'iiérilicr essaya d'aborder le Leviathan^ doal le capitaine manœuvra pour s'éloigner, puis ne cessa d'opposer une défense héroïque.

Vers deux beures de l'après-midi, comme son vaisseau fut démâté de son mât de misaine, il ne fmt, comme les autres apitaînes, laisser porter vent en arrière, et dut rester au milieu de ses nombreux adversaires, ne cessant de combattre

avec énergie.

Vers 3 heures 30 minutes le -lûnd mât tomba. Nous verrons plus loin que ce capitaine fut r< duit à amener son pavillon, parce qu'il fut cerné de tous cùlés par des forces supérieures.

Ce ftet en vain qu*il demanda une remorque au capitaine

du le Pelletier, qui passa près de lui dans l'après-midi.

4* Le Téméraire, capitaine Morel, tint tête au Husselly puis laissa porter vent arrière, parce que, suivant le rapport du capitaine, le gréement fut considérablement avarié.

S* Le Terrible, 440, capitaine Julien Le Ray, contre^imiiil Bouvet.

Notre amiral eut affaire à trois vaisseaux anglais, entre

liuiws \e Hoyal'Sovereign^ de \00j d bord duquel le viceiiuiral Graves fut gritnt*inent blessf'. Vrrs 11 heures, le ^aûd màt, tombant sur le màt d'artimon, i cutraiua dans sa

chute, brisa la nme du gouvernail, et rendit imposeible la manœuvre des canons sur le gaillard d'arrière, couvert de

débris.

Le feu des batteries fut si bien servi, que deux vaisseaux anglais, démàtéa, cessèrent de tirer.

Bouvet, bien secondé par Le Bay , son capitaine de pavillon, ne put faire autrement que de laisser porter, après la perte de ses mâts.

L'eau remplissait tellciiH iit la batterie basse, qu'on craignit, pendant quelque temps, découler bas. Heureusement, le le Pelletier, prenant notre vaisseau à la remorque, parviat à le sauver,

$• L'Impétueux, capitaine Douville.

Suivant le Terrible beaupré sur poupe, ce vaisseau fut rangé à rhonncui par le Malborough et un autre vaisseau anglais, qui, se porlanl sous le vent à lui, engagèrent une lutte opiniâtre, si bien que Douville se trouva entouré d'ennemis qui lecanonnèrent souvent en enfilade.

Blessé grièvement vers 40 beores 45 minutes» il remit le commandement au lieutenant de vaisseau Lacoste, qui reçut lui-même une balle à la mâchoire* Ce brave officier, ayant fait poser un ajiparcil sur sa blessure, reprit son poste; mais une abondante hémorragie s étant déclarée, il fut obligé de remettre le commandement au lieutenant Treillard.

Pendant ce temps, nos marins se battaient avec acharne» ment.

Vers 40 heures 45 minutes, le feu se déclara dans le petit

hunier, puis le mât de misaine, tombant sur le pont, engagea les canons de ses débris. Un vaisseau anglais à trois ponts aborda rimpétueux de long en long par bâbord, de si près, que les chargeurs s'arrachèrent leurs écouvillons.

Vers 4 4 heures, le grand mât et le mât d'artimon tombèrent Fun après Fautre.

L'héroYque Treillard, qui ne songeait pas encore à se rendre, ordonna de clouer le pavillon natiouai au tronçon de ce dernier mât, et les cris de :

€ Vive la République! •

le stloèrent en se mêlant au bruit d'uoe épouvantable caoomiade.

Les boulets ronges des Anglais et leurs valets enflammés alhimèrent, à quatre reprises difiérenteSi des incendies que

1 on put à grande peine éteindre.

Ce ne fut que vers 4 heure 30 miniites que nos marins fureot enÛQ abandonnés par les ennemis, sans que le pavillon eût été amené.

Alors seulement, Treillard, qui avait Tes du bras fracturé, descendît pour qu'on mit un appareil sur sa blessure.

Le Malborough fut démâté de tous ses mâts.

Nous avons vu que la Convention et le Gasparin, passant à petite distance de l'Impétueux, continuèrent leur route vers le gros de l'armée, l'abandonnant à son malheureux sort, malgré les cris des matelots, qui, se voyant délaissés, poursuivirent de leurs imprécations les capitaines Allary et Tardy.

Nous reviendrons à ce vaisseau.

?• Le Mucius, capitaine Larreguy.

Le Muciiis fut doublé sur son avant, comme nous venons de le voir. Peu après» la Defence lui passa à poupe, et pendant quelque temps il combattit un vaisseau de chaque bord, à portée de fusil ; il sortit entièrement démâté des tourbillons de fumée qui l'enveloppaient, et son capitaine donna des pif u vos d'une grande habileté, en manœuvrant pour rallier le commandant en chef.

%• L'£ole, capitaine Bertrand-Kéranguen, combattit un vaisseau par le travers; puis le capitaine laissa porter pour défendre le Mucius, aux prises avec des forces écrasantes. Malheureusement, ayant reçu une blessure mortelle, il dut résigner son comm.indement au lieutenant Benoisl.

Celui-ci, défilant à poupe de la Defence, le salua d'une volée entière, qui le démâta de son màt de misaine, de son mât d'artimon, de son grand màt de hune. Ce vaisseau anglais toi pris à la remorque par la firégate le Phaéton, qui l'entratna loin du théâtre du combat. En même temps, Benoist laissa porter pour ne pas corn pi omettre sa mâture.

Cet ofticier, traduit devant une cour martiale, fut accusé

d'avoir contrevenu à plusieurs articles de la tactique navale et de l'ordonnaiH e de 1765, c'esL-à-dire d'avoir laissé porter alors que ses avaries n'étaient pas sérieuses, de ne pas les avoir signalées, de s'être ultérieurement élevé dans le vent, en compagnie d'autres capitaines qui troublèrent Tordre et contrarièrent les vues de l'amiral.

Il fut déclaré non coupable à la majorité de cinq voix sur sept.

9« Le Tourviile, de 74, capitaine Langlois, trop éloigné de TËole, fut doublé sur son avant. Langlois combattit par le travers Vlmpregnable^ mais, imitant la manœuvre de TËole, son matelot d'avant, en croyant bien foire, il ne prit pas une part effective à la bataille; plus tard, il manœuvra très-ba* bilement et parvint à sauver son vaisseau.

Il fut destitué de son conimandcmeut par ordre de Jean- Bon Saint-André, qui le lui ût notifier par lamiral au mouillage de Bertbeaume, détenu pendant plusieurs mois, puis exilé è 20 lieues des frontières.

Avant qu'il ne quittât son vaisseau, il fit signer, par les hommes de son é(|uiî);»'(', un certificat constatant qu'il avait fait son devoir dans toutes les circonstances, il ne fut point traduit devant une cour martiale.

D'après le journal de ce capitaine, le feu cessa vers 4 heure 30 minutes de l'après-midi. En ce moment il vira de bord lof pour lof, parce qu'il en aperçut le signal flottant à bord de la Montagne. Peu après, vers 2 heures 45 minutes, il se conforma au signal de ralliement général et absolu, au moment où il se disposait à remorquer un des vaisseaux démâtés, suivant Tordre qu i) avait reçu. Vers 8 heures du soir, il prit à la remorque le Mucius.

A bord du Tourviile, 20 hommes furent tués, 30 fiireot

blessés.

Nous avons passé en revue tous les vaisseaux de l'avaiiigarde, ei I on a pu voir que TAmerica, le Terrible, l'impc" tueux se battirent bien.

Nous devons regretter que l'amiral n'ait pas, à l'avanoe, formé un plan et communiqué des instructions à chacun de ses capitaines, dont plusieurs étaient à peine familiarisés avec

les pnooipes de la tactique navale. Les Anglais, ne se hâtant JUS à ia pounoite de nos vaisseaux d'avaot-garde, se mas* sèreDt pour attaquer ceux du centre.

40* Le Trajan, capitaine Dumoutier, remorquait le Tyran-

nicide. et le capiUiino, prenant à tâche de suivre beaupré sur pyupe son matolot d'avant, ne combaltil pas longtemps les eonemis qu'il avait par son travers.

Traduit devant une cour martiale, accusé d'avoir, en suivant les mouvements d'un vaisseau qui quittait son poste, rompu la continuité de la ligne, puis de s'être élevé dans le ^eot, contre les intentionsdu capitaine du Tyrannicide, il fut ^^ilaré coupable, aiaib cependaiU excubabie, à la majorité de i voix sur 7.

A son bord se trouvaient 450 prisonaiers provenant des «Kobreux b&timents capturés par le contre-amiral Nielly, et, de plus, 240 hommes, absents pour Tamarinage de ces ymes ou exempts de service pour maladies, manquaient à

ieffectif. La batterie des gaillards ne put être armée ; io hommes seulement restèrent disponibies pour ia maaœuvre.

fseudant le oombat, 5 hommes furent tués, 2& blessés. (|o Le Tyrannici^B» remorqué par le Trajan, suivit natu- ^ement ses mouvements, mai£;ré les réclamations de Dor-

Lp .îiiste, di" 80, capitaine Blavet.

Ce capitaine combattit le Marfieur et ïlnvincU)U^ qui tentèrent en vain de le doubler sur son avant, parce qu'il gouverna beaupré sur poupe dans les eaux de son matelot.

ttessé grièvement vers 40 heures 30 minutes, il laissa le oommandement aux lieutenants Gambernon et Prévert, qui continuèrent à soutenir une lutte héroïque. Le Barfleur fut (kiiiâté du mât de misaine et du grand mât de hune, le conu-e-amiral fiowyer eut une jambe emportée.

Malheureusement, les trois mâts de notre vaisseau tomiièient successivement et engagèrent si bien de leurs débris ie pont des gaillards et les sabords de la deuxième batterie, \^ÙM\ n'en put faire usii^'O.

Prëvert fut frappé moiteilement, mais ses compagnons

d'armes ne contiQuèrent pas moins à se battre avec acharne ment.

Une flamme tricolore Uxi clouée au bout-dehors de foc, ui guidon fixé à un manche d'écouvilloD, sur Tarrière.

Vers I heure 30 minutes, nos marins, après avoir encon dr''m{\tc un vaisseau de 74, eurent le bonheur de voh" qu ieuis ciuieinis les abandonnaient.

Blavet, un peu remis de sa blessure, avait, sur ces enire faîtes* repris le comnmndemeot. Il fit màter des espars, éta blir des voiles, tenta, par tous les moyens en son pouv5ir,d< ftiire arriver le Juste vent arrière, mais ne put malheureose ment réussir et dut. plus lard, se rendre aux forces supérieures qui le cernèrent.

43° La Montagne, 120 canons, capitaine Bazire; contre amiral, Yillaret de Joyeuse.

Les marins de ce vaisseau virent s'avancer sur eux li masse énorme de la Qtieen-ClkiWofte, sur laquelle ils ouvrirent le feu dès qu'elle fut à portée de canon. L'amiral Ilowe, parvenu à deux longueurs de son adversaire, fit mettre la barre à bâbord pour lui passer à poupe. En ce moment, le Jacobin, matelot d'arrière de la Montagne, laissa porter comme s'il avait craint de recevoir l'abordage de l'Anglais. La Charlotte rasa si bien notre vaisseau-amiral, que ses haubaos d'artimon frôlèrent le pavillon de la République, qui flottiK de la poupe à la mer.

En défilant, l'amiral anglais envoya une terrible bordée d^^ tous ses canons chargés à double et triple projectile ; puis il mit la barre à tribord pour venir du lof, suivant aii^, àii James, les conseils de son master Bowen, en sorte que le boutdehors de c1în*foc de la Queen-Charlotte toucha les bao-' bans de misaine du Jacobin, qui avait de nouveau beiré te' vent.

Le feu continuait de tous côtés avec acharnement, le vaisseau-amiral anglais fut démâté de son petit màt de hune.

James dit que, si Villaret de Joyeuse Tavait alors abordé, Howe n'aurait eu d'autre alternative que de se foire oooleroii

d'amener.

Mais nos avaries étaient graves : deux des sabords de la

saint6-i:>arbe n'en formaient qu un ; le gouvernail était brisé,

le [eu avait pris à la seconde galerie.

VUlaret de Joyeuse sentit son banc de quart voler en éclats ms ses pieds ; un boulet coupa la loogue^vue <iue le cbef «Tétalrmajor Delmolte tenait à la main.

Le capitaine de pavillon, Bazire, et Tintendant Bassé, forent emportés du même coup. On raconte que le premier lit dire au représentant qu'il mourait en faisant dr^ vn nx pour la République. L'aspirant Gbardon eut la jambe emportée par un boulet.

« Que de regrets, dit-il, pour les belles de Lorîent ; c'est * poarm qu'on làsse danser la carmagnole aux An- « glaisl •

Le lieutenant Hue, blessé deux fois, revint à son poste après >vnir fait appliquer un pansement provisoire sur les biessores.

Noos ne pouvons citer tous les actes de bravoure des offi* dere et matelots, et mentionnons seulement ceux qui sont eonngnés dans le Mmiteur ou dans les chroniques du temps.

Il est certain que Jean-Bon Saint-André quilLa le pont après les premières volées, ce dont il s'est justifié en disant qu'il ilescendii dans les batteries pour adresser aux matelots des liroles d'encouragemenr.

Ne cherchons pas s'il fut coupable de lâcheté, comme on i l dit, et déplorons que ses sentiments d'honneur ne lui •ient pas fnt comprendre que son poste était aux côtés du

commandant en rhef.

On assure qu'à bord de la Montagne on changea cinq fois servants des pièces de chasse, pendant le combat contre QueethChariottey placée bous le vent à tribord, que la pou*

^ioe tai un poste d'honneur pendant un quart d*heure, et

que Ton s'y di^uta pour aller venger les camarades qui s'y

Wssient tuer.

D^'s pertes cruelles résultèrent de l'explosion d'une caisse

[Ktudre sur la dunette.

On raconte qu'en ce moment le vaisseau-amiral anglais se Vrouvant à demi-portée, le jeune Bouvet de Cressé, directeur ^ Timprimerie, déjà blessé trois fois, sto dévoua héroïque-

ment ()our tirer de cette dunette un coup de caronadc de 36, qui (il d'affreux ravages à la paupe du vaisseau de lord Howe.

La Montagne fut enfin abandonnée ; elle était vent deflfios, vent dedans, entourée de vaisseaux démâtés, les ponts en* oombrés de morts et de mourants.

Vîllaret de Joyeuse avait d abord couru jusqu'à l'avantgardo. ^uivi du Jacobin cl do plusieurs autres vaisseaux, manœuvrant ainsi pour sortir du cercle de feu qui i entourdil, lorsque les capitaines anglais se portèrent au secours de leur amiral. Plus tard, il laissa porter vent*arrière et prit les amures à tribord pour revenir vers Tarrière-garde ; ce fut peu de temps après, quand il vit les ennemis agir de même, qu'il prit la funeste résolution de mettre en panne, en hisbaul le signal de ralliement.

300 hommes étaient tués ou blessés ; le brave Bazire avait été tué sur la galerie, au moment même où, dans son portevoix, il criait au capitaine du Jacobin de se maintenir beaupré sur poupe.

Nous reviendrons sur les manœuvres du commandciui eu chçf.

4 4° Le Jacobin, capitaine Gassin, tomba sous le vent de la Montagne, au moment où Tamiral anglais coupa la ligne m son avant. Gassin, loin de r^rer cette faute pendant le reste du combat, manœuvra si mal, que ses canonniers ne poreot tir^ parti de leurs pièces, et que plusieurs de leurs boulets tombèrent, dit-on, à bord de la Montagne.

Traduit devant une cour martiale, il lut accusé d'avoir lais^; couper la ligne de bataille, ce dont il se défendit en disani ' que le màt d'artimon de son vaisseau avait été mis hors d'état de servir, au combat du 9 prairial.

Déclaré coupable, mais excusable, il lut destitué pendant trois mois et privé de solde, outre qu'il avait été détenu pendant vingt-deux mois, avant d étie traduit devant un conseil de guerre (4 }•

(1) Le jugement fut rendu à l uDaumuio des voU, et Gassin reçut lin bl&mo ofûciel.

Dsos les divers combats, il y eut 55 hommes tués ou blessés à bord de son vaisseau.

<V L'Achille, capitaine Dolavillegris, roçul une bordée terrible du côté de tribord delà Queen-Char lotte ^ et son capitaine, gouvernant daos les eaux de la Montagne, fit de son mieux pour ne pas être doublé sur son avant, mais n'y put parvenir, parce que les boulets ennemis enlevèrent les points de la misaine.

Vers 10 heures 45 minutes, toutes les manœuvres courantes étaient liachées ; le Northumberland le doubia au vent ; le Patriote et l'Entreprenant sous le vent.

D*après les historiens anglais, il eut à combattre le Ko* liant et le HamUiêê*

Vers midi 45 minutes, après une lutte acharnée, le grand mèt et le mât d'artimon tombèrent sur tribord, Fun entraînant l autre, et le pavillon fut cloué sur le tronçon de ce dernier.

Vers 2 heures, le mH de misaine tomba de mémo ; le vaisseau roulait panne sur panne; l'eau pénétrait par les sabords en si grande quantité, qu'il y eut à craindre de couler bas. On •asare que quelqu'un hissa le pavUlon anglais sans ordre, mais que Delavillegris s'empressa de le ftdre amener dès

qu'il en eut connaissance.

Lorsque les Anglais se furent éloignés, nos marins mêlèrent des espars, établirent des voiles, coupèrent le gréement qui traînait de tous côtés, disposèrent des remorques et employèrent tous les moyens connus pour fiiire arriver le vaisseau vent^rrière.

Malheureusement ils ne purent réussir dans leur entreprise, et Delavillegris se trouva, plus tard, oblii^é d'amener ie pavillon qu'il avait glorieusement défendu.

16* Le Northumberland, capitaini^ Ktienne, qui combattit la QueeUf ÏOrûm et le Bamiltei^ fut très-maltraité. Le capi« taine laissa porter vers 4 0 heures 30 minutes ; les mâts tombèrent; les munitions étaient entièrement consommées, et nos marins, abandonnés par les autres vaisseaux, tentèrent vainement de s'éloignei des ennemis.

17» Le Vengeur-du-Peuple, ciipitaine llenaudin. lienaudin combattit d'abord deux vaisseaux anglais qui se

trouvèrent par sod travers, puis îl força de voiles, eo gouver-

nant beaupré sur poupe dans les eaux de son matelot, pour empêcher le Brunswick de le doubler sur son avant. Le capitaine anglais s'obstinant à vouloir passer, les ancres de son vaisseau crocbèrent dans les sabords du nôtre, et tous deux dérivèrent hors de la ligne, la canonnade continuant avec acharnement, et nos caronades de 36, chargées à mitraille, causant de cruels ravages dans les rangs de nos ennemis.

En ce moment, l'Achille se trouvait par bâbord du Brunswick, h portée fie fu.sil, n'ayant plus que son màl de misaine, qui ne tarda pas à tomber.

Renaudin rapporte que les Anglais, en se savant d'écouvillons de corde, eurent l'avantage de continuer leur feu. Il donna Tordre de sauter à Fabordagc, parce que le pont du Brwnswick semblait désert, et cette entreprise allait certainement réusbir, puisque nos marins passèrent à bord du vaisseau ennemi et y éteignirent deux incendies, lorsque malheureusement on vit s'approcher deux autres adversaires (I).

Chacun courant à son poste de combat dans les batteries,

la canonnade recommença, et le Vengeur «du-Peuple reçut plusieurs volées 5 couler bas.

Vers midi 30 minutes, la verge de Taocre du Bnmswkk s'étant cassée, ce vaisseau s'éloigna^ et nos marins furent canonnés des deux bords par le Brwmoick posté par le travers, à petite portée, et par le Hamilies qui réduisit, en peu de minutes, le Vengeur-du-Peuple à Télat le plus critique, puisqu'il menaçait de couler bas.

Cependant Renaudin n'avait pas amené : rien n'était tixi encore 1...

Le capitaine du BamUeSt voyant s'approcher l'Achille, eut peur de ce nouvel adversaire et s'éloigna, vers une heure, laissant nos marins livrés à leurs seules ressources, dans

une position qui n'était pas moins cnlique qu auparavant. L'eau s'engouffrait pai' une large voie; tous les hommes

(1) Renaudin dit qu'il aurait ccrtRinnment amtriné le BrwiMUfkk, si la verge de l'ancre n'avait pas cassé.

dispoDÎhles furent emplayés à pomper ; le vaisseau roulait IMone sur panoe» embarquant de l'eau par les saborda dont tes mantelets étaient brisés depuis l'abordage. James raconte qu^un pavillon anglais aurait été hissé après

le combat pour demander du secours, et que les marins du Brunswick ne purent se rendre à CPt appel, parce que tous les canots avaient été brisés par la chute du mât d artimon. D'après la même autorité, ce pavillon anglni'^ aurait été hissé au bout de la vergue de misaine à bâbord. Mais Renaudin« qui n*en parle point, rapporte, au contraire, que le mât de misaine et le grand mât tombèrent pendant le combat, le màt d'artimon une demi-heure après.

Nous ieviendions sur ce vaisseau prêt à couier bas, mais non réduit par le feu de l'ennenai, n ayant que des tronçons de mâts sur lesquels flottaient les couleurs nationales, amarrées en berne, suivant le rapport du capitaine.

18* Le Patriote, capitaine Lurâdou, combattit mollement parce qu'il était encombré de malades. Vers 40 heures 30 mi* nutes, il s'éloigua, lorsque le Valiunt l'eut doublé sur l'avant (1).

49° L Entreprenant, capitaine Lefrancq, eut pour adversaire ÏAlfredf qui lui fit peu d'avaries. Le capitaine gouvernant dans les eaux du Patriote passa sous le vent des vaisseaux qui se battaient avec acharnement.

20" Le Neptune, capitaine Tiphaine, canonna le MmtagUf dont le capitaine fui tué.

21° Le Jemmapes, coi)itaînc Dcsmariis, se trouva par le travers de la Queen^ contre lequel il soutint avec avantage une lutte inégale. Après le combat, le capitaine donna des preuves d*habileté en sauvant son vaisseau, démâté de tous ses mâts.

ii'^ Le Trcnte-et-un-Mai, capitaine Ganteaurae, se battit avantageusement contre V Alfred et le Montagu.

23' Le Bépublicaia de 4 40, capitaine Longer, contre-amiral Nielly.

(1) A bord du Patriote, tons tes chintrgians Ausnt tués dus la poste dM btofliés. ( Jal.)

Ce contre-amiral soutint un combat inégal contre le Glori/ et le Royal'Sovrreign^ lequel, en délilant à poupe, eovoya une terrible volée qai démâta notre vaisseau de son grand mât et de son mât d'animon, A peine si le mât de misaine resta debout, tenu par quelques haubans. Nos canonniers consoramèrent quatre mille boulets, et l'eau monta de 3 pieds dans la cale. Malgré toutes ces avaries et la perte de 67 hommes tués ou blessés, Longer, secondant activement Nielly, réussit à sauver son vaisseau et rejoignit le gros de l'armée après plusieurs heures de travaux incessants.

Le Sans-Pareil, capitaine Gouraudi combattit le Mor jesHc dont le capitaine manœuvra pour le doubler de l'avant. Nos marins, luttant ensuite avantageusement contre le Royal- Georges et un autre vaisseau, démâtèrent le premier de son mât de misaine et de son grand mât de hune*

Gouraud, supposant en ce moment que la victoire nous était assurée, en donna la nouvelle dans les batteries, ce qui exdta l'enthousiasme de son équipage.

Tout à coup il s'aperçut avec surprise et indignation que ses deux matelots d'arrière le doublaient sous le vent, et bientôt il fut entouré par quatre vaisseaux anglais contre lesquels il ne cessa de soutenir une lutte opiniâtre.

Le mât de misaine et le grand mât tombèrent de 40 heures 45 minutes à 44 heures, et couvrirent de leurs débris le pont des gaillards.

Le Glory^ pnssant à poupe, à portée de pistolet, envoya une bordée terrible qui causa de grands ravages : 7 hommes sur 8, qui se trouvaient sur la dunette, furent tués.

Malgré tout, les Anglais s'éloignèrent à midi» laissant les nôtres dans une position critique, puisque 264 hommes étaient tués et 83 blessés.

A peine si \ 4 canons se trouvaient encore en état de faire feu.

On mâta des espars, on établit des voiles sur les tronçons . des mâts, mais malheureusement les efforts tentés pour faire arriver le vaisseau vent arrière furent infructueux, et il resta au milieu de l'armée navale ennemie.

25° Le Scipiou, capilaïue iluguet, doubla sous le venl le

Sans-Pareil, d'après ie rapport de Gouraud, ainsi que nous TavoDS diu

HugQet raïqpoite qu'il combittit de trèa^près le serrefile de l'armée anglaise; que vere 3 heures 45 muuites le

mât de misaine et le mAt d'artimon tombèrent ^ que les louj neaiix à boulets rouges furent démolis, que ces derniers se répandant dans le faux pont allumèrenl dos incendies qu'on éteignit à grand'peine; que 47 canons eurent la volée emportée, qu'on ne tira pas mmos de 4 440 coups, que 914 hommes furent tués ou bleesés.

Il assure aussi qu'étant deecendu dans les batteries, quand il ordonna d'évacuer le poni dos {gaillards, il eut do vives altercations avec ses matciols, dont quelques-uns désiraient que le pavillon fÙt amené parce que la défense avait été très«honorable.

Il ajoute qu*il fût tfès-mal secondé par ees officiers, dont plusieurs quittèrent leurs poètes^ après avoir reçu des égra« tignures. Enfin il se vante, dans son rapport, d'avoir tiré son vaisseau de la situation la plus critique, en mAtant des espars, en relevant le moral de oeux qui Tentouraient.

11 eut, dit-il, à combattre non-seulement les Anglais, mais les lâches de son bord.

Le le Pelletier, capitaine Berrade, ne donna pas sérieu* sèment. Le c^pitaitie laissa porter et doubla sous le vent i aiiiii'e fraîii^aise.

11 fut mis en prison et se justifia de son mieux en assurant qu'il croyait avoir bien travaillé.

Nous avons vu que Villaret de Joyeuse signala, vers 4 heure 30 minutes, de prendre tribord amuree, en virant de bord vent arrière pour porter secours aux vaisseaux de son arrière-garde.

£n ce moment, le plus grand désordre régnait dans les deux lignes.

Notre avant-g$rde se trouvait à 9 lieues sous le vent, de même queiés vaisseaux non démâtés, et Ton apercevait, dans le vent/ Fermée ennemie, ainsi que de nombreux vaiS"

seaux rasés de leurs mais, parmi lesquels les nùtrespurUioOt , haut ie pavillon de la Uépublique.

Au vont de tous cinglaienl lu CoQvention, le Gasparin, le

le Pelletier.

Si tous nos capitaines avaient alors forcé de voiles pour gagner dans le venti nous ne fusicos aucune perte.

On dit qu'à bord de la Montagne^ sur le pont, au milieu des marins exaltés par la lutte, ^uv^rts de sang, l'amiral ^

consulta ses officiers sur le parti qu'il devait prendre, et que

tous furent d'avis qu'il fallait forcer de voiles, gagner dans le ^

vent, voler au secours de ceux qui se croyaient délaissés.

Jean-Bon Saint-André parut sur le pont. Il certifia que les ' ordres les plus sévères de la Convention lui enjoignaient de ne pas conopromettre Tarmée navale ; qu*il ne fallait pas l'exposer à de nouvelles luttes dans l'état de délabrement où \ elle se trouvait; que le seul but de la croisière était de sauver ^ le convoi en faisant du mal à 1 ennemi, le tenant bord à bord, paralysant ses forces ; puis il termina en ordonnant de hisser le signal de ralliement général et absolu.

Suivant une autre relation, il dit à Villaret de Joyeuse : [

« Amiral, c'est à vous de prononcer. Quoi (ju'il en soit, « l'honneur de la République doit rester intact. Elle ne doit * « rien perdre. ■ * ^

Nous n'avons pu déterminer ce qui se passa sur le pont de ^ la Montagne, en ce moment solennel qui décida de Tabandon ^ de nos vaisseaux démâtés (1 ] .

11 fut de notoriété publique que notre amiral, en sii;ualant •■ le ralliement, ne ût qu'exécuter les ordres du représentant, ^ et, à tout prendre, lord Howe, quand il s'embarrassa de six ^ vaisseaux démâtés, laissa les chances plus belles pour le salut du convoi. ^

Villaret de Joyeuse émit lui-même cette opinion, on 4909, . ^ au capitaine BreiUon. (jiiaiid il reviul des Antilles, après sa ' capitulation à la Mai Unique. '

Hevenons à nos marins, suivons la fortune de ces vaisseaux '

(I) Villaret de Joyeuse fait les éloges du représentant dans son , rapport officiel. 11 se tint, dit-il, tantôt h ses t ùtés, tantôt dans les batteries. 11 no mentionne nullement ce (^u ils so dirent en ce mo" ' ment où Tou iii&sa lo signal de raiiiement. '

aband nnés qui, formant un groupe glorieux, portaient i^ut le pavillon tricolore.

Cînq d'entre eux» comme nous l'avons vu, le Terrible, le Maciiis, le Jeminapes, le RépoblieaiD, le Sd|»OD| rallièreDt.

Le le Pelletier, le Gasparin, la Convention» placés au vent de Tannée des Anglais, rallièrent également sans être inquiétés; mais leurs capitaines eurent le tort impardonnable de ne pas donner des remorques aux autres.

Notons cependant que le le Pelletier remorqua le Terrible.

V America demanda vainement une remorque. Le gpuver-* nail était démonté, 434 hommes tués, 410 blessés, les trois mâts rasés, tous les canots démolis; L'Héritier amena son pavillon pour les trois vaisseaux ennemis qui l'entouraient.

L'Impf^tucux faisait tant d'eau que le brave Treiiiard condamna la batterie basse. Le pavillon fut amené vers 3 heures du soir.

Le Juste Ait entouré par 4 vaisseaux, vers 4 heures, et le pavillon amené du manche d'éoouvîllon où il avait été fixé

depuis le dcmâtage.

Les Anglais, qui montc'^rcnt à bord pour l'amarinae-e, trouvèrent, baigné dans sou sang, étendu sans connaissance, sur le gaillard d'arrière, le noble capitaine Blavet, héros modeste, qui se couvrit, en cette journée, d*une gloire éclatante, et dont le nom est à peine connu.

L'Achille fut amariné vers 4 heures 30 minutes.

Le Northumbeiiand, un peu plus tard, ayant 100 hommes tués, 200 blessés ou malades ; il était ras comme un ponton.

Le Sans-Pareil amena, vers â heures 30 minutes, pour toute Tannée des Anglais, suivant l'expression de Gouraud. A son bord, S64 hommes furent tués, 83 blessés.

Restait le Yengeur-du-Peuple, dont nous dirons l'histoire, suivant le témoignage de nos ennemis eux-mêmes.

Chacun sait qu'il disparut dans l'abîme avec ses pavillons déployés, et nous reproduirons le récit pur et simple des témoins de la catastrophe, nous réservant de donner une opinion que nous croyons impartiale, sur ce drame émouvant des guerres de la France, dont le souvenir survit au temps» non point seulement dans les histoires anglaise et iiançaise, mais sur les gaillards d avant, dans les groupes de matelots^

vieux el jeunes, drame qui a son côté sublime, et dont le rapport hit à la célèbre Convention n est paa absolument mensonger, comme on a voulu le prétendre.

Nous l'avons laissé, roulant panne sur panne^ se remplissant peu à peu.

Voici ce que dit l'historien James :

« Le Vengeur roulait beaucoup, eTnhnrquaiU de l'eau par « les sabords, dont les mantelets étaient briaéSi et, quoique

• prêt à couler bas» les matelots hissèrent le pavillon trico-

• lore; alors, ym 6 heures 45 minutes du soir, fort heureu- « sèment pour les braves officiers et marins, tous les canots « disponibles de V Alfred, du Culloden^ du cotre le Rallier

• lurent amenés pour leur sauvetage. Ceux de !'^//red en « prirent 240, les autres en prirent autant. Le lieutenant € John Wimne montra, dans cette circonstance, un zèle, une « activité remarquables. Aussi, quand le vaisseau sombra, « peu de temps après, il n y restait que quelques hommes m Mil ides, outre ceux qui furent mortellement blessés. Dans « le nniiibre de 30 ou 40 ainsi délaissés, quelques-uns avaient

• dû boire dans les cai)iaes des officiers, comme font les

• marins anglais en pareille circonstance, et ainsi inspirés, « il n'est pas extraordinaire que quelques-uns aient crié :

« Vive la nation I vive la République I > que Tun d'eux « même, plus patriote que ses camarades, ait, en ce moment

• solennel (et le fait eut lieu, ditron), a^^ité le drapeau ît in i-

• lore, sous les plis duquel il avait héroïqueweni comm battu. >

Tel est le récit de James, rédt d'un fait qui fut rapporté par les officiers et marins du Cullodm et de V Alfred^ dont la

nouvelle traversa la Manche, qui fut répété, commenté, amplilié par les journaux anglais du temps, que la rumeur publique fit connaitre à Paris et dans nos ports, à propos duquel Barrère a adressé à la Convention cette improvisa-tion magnifique qui n'est pas rimpartiale vérité, mais qui n'est pas-non plus un mensonge.

. Le Vengeur faisait eau de toutes parts; tous montèrent « ou furent portés sur le pont; toutes les llanmies, tous les

• pavillons furent arborés; les cris de « vive la lii liubiique, € vive la liberté, vivo la nation, > se ârent entcudre de tous

• efttég. Ils voyaient TAoglais et la patrie. Us aimèrent

• mieux s'engloutir que de se déshonorer par une capltula-

• lion. Ils disparurent I •

lis disparurent, en elTet, n'ayant pas capitulé assez tôt; ceux qui sauvèrent leur vie ne le durent qu'au hasard, à l'activité des marins anglaiSi à l'intelligence du lieutenant JohnWimne*

La nuit allait venir; après une bataille s! terrible, les

canots de^ Anglais n'étaient pas tous dispofiibles puur sauver des centaines dliommes. Ceux-là qui cuiiiiaissent la marine, ceux d entre les marins eux-inénies qui sont allés à la tombée de la nuit, par des temps douteux, sauver des hommes ou porter des secours à des bâtiments en danger, apprécieront la position critique des marins du Vengeuf'-dU'^Peuple, au moment de leur capitulation tardive.

Le souvenir en est resté. Quel matelot n a pas chanté ce iDâie refrain des gaillards d'avant :

« Aux cris de : Vive la République, « Sombra le vaisseau le Vengeur I •

Le Brun, cédant è sa verve poétique, a écrit cette ode,

doiit on admirera les beaux vers :

€ Voyez-vous ce drapeau tricolore t Qa'ôldve, en périssant, leur courage indompté 7

• Sons le flot qui le couvre, entendex-vous encore

> Ce cri : Vive la Liberté !

« Ce cri ! c'est en vain qu'il expire « Étouffé par la mort cl par le flot jaloux :

• Sans cesse il revivra n'^pété par ma lyre!

« Siècles, il planera sur vous! »

Qu'on lise maintenant le rapport de Aenaudin et de ses officiers (4) :

(t) Dernièrement, un journal de Paris publiait la nouvelle étrange qtie les Anglais avaient montré la carcasse du Vengeur au prince de Xoinvtlle, dans Tarsenal dé Plymouth. Pout-on reproduire des contes aossi ineptes I

n t st vrai qu'un autre Vengeur se perdit en Corse, en 1792. liais le VengeuTHltt-Peuple a coulé, bien coulé.

Les fdls n*y «ml ni déguisés ni ihrdés; U est écrit avec simplicité; il reproduit la scène déchirante du naufrage et

nous apprend que des cris de désespoii et d'angoisse se mêlèrent à ceux de :

« Vive la République f •

Nous ne pouvons dire avec certitude comment Henaudin ]ui*môme sauva sa vie. Lorsqu'il écrivît une première fois au ministre de la marine de la ville de Tavistocli;, en Angleterre, il rendit compte qu'il se trouva du nombre des MO ou environ qui furent recueillui sur les débris du vaissean le Vengeur, lorsqu'il coula après avoir combattu les satellites anglais.

Nous avons trouvé dans le dossier du capitaine une note dont nous ignorons la source, d'après laquelle il fut sauvé pendant qu'il nageait, et M. Guérin a cru devoir certifier qu'il embarqua le premier dans un canot anglais, suivant l'usage»

quand on amarine un bâtiment.

Mais passons. Revenons à ceux qui périrent.

On sait avec certitude qu ils ctait iit 3ij6j et non 30 ou 40 suivant James. Ce ne furent pas seulement les blessés qui fùrent abandonnés à leur maibeureuz sort» mais plus de SOO hommes valides.

Les héros du moment suprême sont inconnus; il nous suffit de savoir qu'ils étaient i rançais, qu'ils se battaient pour nos libertés (1).

Ce fait ne doit-il pas être recueilli comme une belle page d'histoire Y II ne s'agit pas de consacrer la gloire d'un général qui accomplit des exploits classiques» avec une armée plus classique encore. Glair*seméB dans les annales de l'histoire, les traits du véritable héroïsme sont rares et doivent être recueillis religieusement.

(\) L'éqiîîpagn du Vongour était de 639 hommes, dont 256 furent sauvés, 383 novAs. (Noie du 27 mars 1859, de M. Testard.)

Le capitaine' Renaudin et son frère, qui était second, les lieutenants de vaisseau Delombre, Pillet, Perl)enne, les enseignes de vaisseau Louinau, Lnsset, Trouvé furent sauvés. — Le^ lieuteiiftllt& île vaisseau Ck>Q&laiiUQ, T&bois, Rio perdirent la vie.

Bécosons aussi l'explication que James a cru devoir donner» Nous ignorons ce que font les matelots anglais en semblable circonstance, mais nous savons qu'en tous pays, en touî tenips, des hommes d'élite surent mourir ainsi (1).

Animés de cette même philosophie guerrière, suivant le mot de Barrère, d'Assas tomba perôë de ooapSy en s'écrunt :

« A moi d'Auvergne I »

Cambronne s'immortalisa dans les champs de Waterloo; Bisson ût sauter le Panayoti.

La Convention décréta que les marins du Vengeur-du- Peuple avaient bien mérité de la patrie, qu'un modèle en ivoire de ce vaisseau serait suspendu aux voiOites du salon de la Liberté.

Après le combat, on travailla, sans relèche, à réparer les

avai ies, afin de pouvoir soutenir une nouvelle lutte si besoin était, et dans la soirée, Vilîaret de Joyeuse a|)prit qu'on avaii, aperçu beaucoup de bâtiments dans le sud^ nouvelle qui décida Jean-Bon Saint*André à ne pas rechercher d'autres combatSt pftrce qu'il supposa que Vanstabel avait passé.

Le 4 juin, un brig de la division de ce contre-amiral rallia l'armée. On apprit qu'il tenait la mer depuis 48 jours, qu'il avait crois('' pendant 15 jours à la hauteur des Açores, et l'on dépécha deux frégates pour lui donner les détails sur les trois combats livrés par nos vaisseaux.

Le7 juin, l'amiral distribua de nouvelles séries de signaoX|

0) Dans son rapi)ort du 7 septembre, Prieur de la Marne cite uu trait de courage d'un matelot du Jemmapes •

Le matelot Favre descendait dans la batterie pour servir une pièce, après le défliàtage du vaistoau, quand un boulet emporta son bras gauche. Il prit son mouchoir, ramassa sa main dans sa poche et eonttniia son chemin.

H II nV <^ ^ d6mi4iial, dit-il, il me reste un bras, t

Trois quarts d*lieure après, un autre boulet lui coupa son second hras^ Il se rendit seul au poste des blessés, et dit au chiruiigien de crier avec lui :

« Vive la Liberté î »

Le représentant ajoute que, du tcmp^ de la royauté, cet homme serait mort cent fois; qu'il ne supporta ses atroces soulfrances que, parce qu étant républicain ii eut le courage des martyrs.

car il avaît acquis la certitude que les Anglais connaisBaient celles doDt on faisait usage.

Le 43 juin, les vigies sis^alèrcnt 17 voiles couranl a contre-bord. Villaret de Joyeuse lit former la ligne de bataille. Les ennemis, prenant chasse, se laissèrent poursuivre jusqu'à la nuit et on ne les abandonna que parce qu'on craignit de les mener dans le sud, vers les parages que le convoi devait traverser.

Bans cette journée, Tamiral et le représentant eurent leur pavillon sur la Proserpîne.

Le 1 i) j uin, tous les vaisseaux jetèrent l'ancre a Bei theaume, et le lendemain même on vit avec joie arriver le fameux convoi de Yanstabel, dont les nombreux bâtiments couvrirent les eaux de la rade de Brest.

Voici ce qui s'était passé du côté des Anglais.

Le contre-amiral Montagu avait reçu Tordre de croiser jusqu'au 20 mai, avant de rallier l'armée navale de Tamiral lluwe, dans le cas ou il ne rencontrerait pas le convoi.

Après avoir croisi; plus longtemps que ses instructions ne le lui permettaient, il était revenu jeter l'ancre, sur la rade de Plymoutb, le 30 mai.

L'amirauté lui avait donné Tordre de reprendre la mer immédiatement, de sorte qu'il repartit le 2 juin, avec un renfort de 4 vaisseaux.

Nous avons vu qu'il rencontra l'armée navale de la République devant laquelle il prit chasse, et n'avons poiut mentionné que, peu de jours auparavant, il avait également rencontré l'escadre du contre-amiral Doré qu'il avait poursuivie jusqu'à l'entrée de la rade de Brest (4)«

Voici les noms des 8 vaisseaux qui composaient cette escadre :

\m ^fajestueux. ... 80 canons.

L Aquilon 74 ^

Le Superbe 74 —

Le Jupiter 74 —

Le Mant 74 canons.

Le Nestor 74 —

Le Redoutable. ... 74 — La Révolution. ... 74 «

(\) Broîiton raconte que le convoi passa si ])rès de ros.radro de Mouiogu dans la journée du 12 juin, que du la l'régaiô la Flore on vit ea même temps les deux iluiteà à T horizon.

Le 12 juin, Montagu, n'ayant pas reûcoatré le cûûvoi, revint au mouillage de Plymouth.

L'amiral Howe et tous ses officiers forent coinblés d'honneurs; le roi se rendit à bord de la QueefirCharlotte et y tint on lever.

Ainsi se leniiina cette fameuse croisi^re. Nos luarins avaient livré trois batailles, duiit la dernière avait coûté 7 vaisseaux. Nous étions battus, sans doute, mais le but qu'(m s'était proposé nY tait-il pas atteint, puisque tous les Utiments du convoi arrivèrent à bon port ?

Le contre-amiral de Kerguelen a dit qu'il eût fallu se rendre au Heu de rendez-vous pour attendre Vanstabel, prendre le convoi sous escorte, et le conduire, en bon ordre, a Brest. En cas de rencontre avec l'ennemi, les vaisseaux de ligne auraient livré bataille, les bâtiments du convoi aaraîent continué leur route.

Or les mesures prises furent aussi sages, à notre avis.

Nos marins se rendirent aux lieux de rendez-vous, comme nous l'avons vu ; ils y rencontrèrent les Anglais, qui les connaissaient aussi bien que nous ou qui les devinèrent.

Ils se battirent pendant les journées du 28 et du 29 mai.

Ils firent route au nord-ouest, pour entraîner, dans cette direction, les vaisseaux anglais, et laisser la voie libre, dans le sud, au convoi qui se trouvait dans les parages voisins.

îls livrèrent enfin, le 4* juin, une terrible bataille, qui alTaiblit tellement les vaisseaux ennemis, qu'ils eussent été liàiis 1 impossibilité de poursuivre, avec avantage, des bâtiments bien gréés (4).

Puis des frégates et des avisos forcèrent de voiles pour rendre compte au contre-«miral Yanstabel de ces événements importants. «

En définitive, le convoi passa.

On a fait des reproches plus sérieux à Jean-Bon Saint- André. Il perdit du temps ; il employa des vaisseaux pré-

(1) Onxe vaisseaux anglais ftirent mis dans rimpoBBibililéda diaewr avantagousement

deux, des marins plus précieux encore, pour amariner quelques navires marchands, quand il était de première importance de ne pas affaiblir Tannée navale, de ne pas en distraire un homme.

il eût fallu se contenter de prendre, à bord des bâtiments capturés, les vivres, les agrès, les objets utiles, puis les livrer aux flammes ou les couler, pour se ménager toutes les chances belles, le jour du combat.

11 eût fallu, dans la soirée du 28 mai, ne pas donner l'ordre aux vaisseaux de forcer de voiles, quand Teseadre légère de Howe vint attaquer notre arrière-garde.

Il eût fallu, le lendemain, quand notre armée navale défi^ lait, tribord amures, sous le vent, à petite distance des vaisseaux anglais, disséminés sans ordre ou massés en peiolun, ne pas laisser porter, mais continuer un feu violent, parce que tous nos boulets portaient et faisaient du mai à l'ennemi.

U eût fallu, le 4*^ juin, forcer de voiles, s'élever au vent, se rapprocher le soir de nos vaisseaux démâtés mais non

réduits, essayer de les sauver, leur donner des remorques. La nuit venait, les Anglais étaient fort préoccupés eux-mêmes de leurs avaries, puisque H de leurs vaisseaux étaient démâtés, totalement ou en partie, de sorte que, certainement, ils ne nous auraient pas contrariés.

La fiiuta en fût, dit^on, à Jean*Bon Saintp-André, et Ton assure qu'il en assuma la responsabilité. Mais l'aniÎFal, en qualité d'homme de guerre, pouvait imposer son opinion.

Il eût fallu surtout, et nous signalons la faute capitale à laquelle nous devons, hélas ! une partie de nos revers, ne pas attendre l'attaque des Anglais, mais arriver sur eux vent arrière, dans la journée du 29 mai, les engager vergue à vergue, convaincre, par Téloquence du fiut, les plus rânpies matelots de la confiance qu'ils devaient avoir en euxmêmes ; se donner, en un mot, cet avantage de l'attaque, que ceux qui connaissent la guerre n'ont jamais contesté, que Napoléon et Nelson ont si bien su apprécier.

Pourtant ils revinrent* Le convoi si vivement attendu était sauvé. On vit le résultat atteint; on les aocueiUii

eomme des ^vainqueurs. Trois œnts navires venant des Antilles, ties Etats-Unis, des convois anglais et liollandais couvraient les eaux de la rade.

magasins publics particuliers se remplirent d'une immense quantité de marchandises. Od établit même de grandes tentes pour mettre à l'abri ce qui ne pouvait être enunagasiné.

Les vaisseaux restèrent sur rade pour réparer leurs avaries^ à Texceptiua de cinq, démâtés, qui furent rentrés dans 1 port.

La Convention nationale décréta que le brave, habile e* lieureux Vaostabel avait bien mérité de la patrie (4).

CaOISIÉRE DANS LA MÉOITBRRANtE.

Le contre-amiral Martin. — Le golfe Juan.

Dans les premiers jours d*avril 4794, le comité de salut public ordonna d'envoyer des secours aux patriotes de la

(1) A cette époque, les réquisitionnaires affluaient à Brest de tous 1m départements voisins, et Ton ne peut se faire une idée du mou« vement qo*U y eut dans les rues populeuses de cette ville.

Doliois^Graacé formait ces demi^-brigades, dont se composèront les innées de la République. Les représentants, débout sur une esurade élevée au milieu du champ de bataille, faisaient défiler devant eux les Jeunes soldats, donl ils excitaient l'enthousiasme.

Nous n'avons pu démêler la vérité en ce qui concerne les bâtiments qui, dans les rapports, sont appelés le Brutus, le Mont-Blanc, i*î Trente-et-un-Mai. M.Parisota prétendu que le Mont-Blanc s'appela i«Trente-et-un-Mai. D'un autre côl^^, l'historien James appelle le Brutus le Mont-Blanc, et ce qui fait certaiuumenl autorilL^ c"cst que Jean- Bon Saint- André, qui était parfaitement renseigné, rapporte que le Mout-Iiidiic et i lndomptabiu s« séparèrent dtj l'armée navale. On eu psat conclure

1* Que M. Parisot s'est trompé en disant que le Mont-Blanc s'ap-

Corse, mais le contre-amiral Martin, jugeant que ces ordres ne pouvaient être exécutés, à moins quon ne voulût, de parti pris» sacrifier l'escadre naissante de la Républic^ue, fit remarquer que 48 vaisseaux anglais croisaient devant Toulon» et que les secours seraient illusoires en conaidéf atiou des forces de nos ennemis dans cette ile.

11 eut le courage, peu ordinaire alors, d'adresser des représentations énergiques aux représentants, et écrivit lui-même à Paris.

« Je suis prêt à partir, disait-il, à ra'ensevelir» au besoin, « sous les mines fumantes du Sans-^kUotte, mais je décline • loute responsabilité d'un désastre que je crois inévitable. •

On lui répondit de surseoir au départ, en lui recomman* dant de continuer rinstructton des marins, d'organiser son escadre, de tout disposer pour présenter le travers à l'ennemi.

Le 47 mai 4794, de nouveaux ordres arrivèrent, mais ils furent contremandés, d'autant plus heureusement que Bastia ayant été pris le 4*' juin, la croisière eût été sans résultat.

Enfin le représentant Salîcetti reçut des instructions formelles, et le contre-amiral prit la mer, le 6 juin 4794, dans le but de promener le pavillon dans la Méditerranée, d'amariner les recrues, d'exercer les équipages. L'escadre se composait de 7 vaisseaux, 7 frcLates.

Les vigies apercevaient 8 vaisseaux ennemis, et les frégates envoyées en reconnaissance signalèrent qu'on ne voyait pas d'autres bâtiments dans le lointain.

à la nuit, les Anglais se trouvaient encore à 4 lieues sous le vent, et Martin; dans Fintention de livrer bataille, ordonnait de forcer de voiles, de rougir des boulets, de faire branlebas de combat, lorsqu'ils virèrent de bord et disparurent si

pela le lïente-et-uzi-Uai ; 2' que le Mont-Blanc et le Bmtns étaient le même vaisseau rasé qui remorqua Tlndomptable après le combat dn 29 mai et se sépara de Tarmée navale.

D'autre part, James se trompe en comptant te Mont-Blanc on Bni* tus dans le nombre des vaisseaux de ligne. Dans la jonraée du 19 mai, 24 vaisseaux seulement et non 25, comme Q le dit, partirent de firest.

— fS3 —

bien à l'horizon^ qu*on ne les aperçut plus le lendemain, quoique dos vaisseaux eussent manifesté leur présence par des fusées de signaux et des coups de canon. Salicetti et nos officiers s'enorgueillirent d'avoir vu les

ennemis fuîr ainsi devant eux; mais Mai lin, trouvant leur m«Tnœuvre suspecte, jugea prudent de se rapprocher des cùles, pour pouvoir battre en retraite sur Villefranche ou le golfe Juan, s'il était poursuivi par des forces supérieures.

Après quatre jours de croisière, on rencontra la frégate sarde FÀleestej que la Boudeuse chassa toutes voiles dehors, et que le capitaine Charbonnier réduisit, après un engagement dans lequel nous eûmes 4 tués, 5 blessés. (Les équipages firent (ioD de leurs parts do prises à l'État.)

Le lendemain, on s empara de la corvette anglaise VExpéditionf et de quelques bâtiments marchands, incidents qui, rompant la monotonie de la croisière, relevèrent le moral des matelots et soldats embarqués.

A cette époque, un décret de la Convention ordonnait de ne pas faire de prisonniers anglais, mais Martin et Salicotti ne Ta ppHquèreut pas aux officiers de VExpéditiotif qui eurent la vie sauve.

Le 44 juin, on aperçut plusieurs vaisseaux ennemis; notre amiral, jugeant que ces forces étaient supérieures, manœuvra pour gagner le golfe Juan, où il jeta Fancre, en flisant remor*

quer ses bâtiments par ses canots et plusieurs chaloupes d'Antibes.

A midi, tous étaient embossés, prêts h commencer le feu.

Les Anglais, ayant gardé la panne pendant toute la journée, se décidèrent à prendre la bordée du large, après le coucher du soleil.

Gomme Martin le fit remarquer lui-même, si Tamiral Hood

avait osé l'attaquer avec ses 14 vaisseaux, notre escadre eût été détruite.

Dès lors, il se fortifia, de jour en jour, dans la position défensive qu'il avait choisie, établit, aux endroits favorables, des batteries au moyen des canons des vaisseaux, fit construire des fourneaux à rougir des boulets et mouiller des ancres jusqu'aux points où les capitaines eurent Tordre

d*échouer leurs vaisseaux, si l'enneini eût pris de l'avantage.

Il ne négligea rien, enfin, ponr soutenir la lutte, quelque Inégale qu'elle dût être, et ee tint prêt à sacrifier ses bâtiments plutôt que de les livrer. Il fit venir de Toulon 46 tar*

tancs aruK'es en canonnières, qu il disposa de aiauière à détourner les brûlots et proléger la droite de sa ligne ; les chaloupes des vaisseaux durent être employées au même usage ; deux frégates, embossées dans le sud, couvrirent la gauche; les vaisseaux de téte et de queue mouillèrent des ancres, de manière à présenter le travers, si Tennemi doublait la ligne.

Enfin une forte estacade fut établie.

Telles furent les principales dispositions prises pour résister, avec 7 vaisseaux, à 1 armée navale de l'amiral liood, et quel marin n'admirera pas rintelligence dont Martin donna des preuves et le résultat obtenu, puisque les Anglais n'osèrent pas donner dans la baie I

Par quelle fatalité Thonneur de commander l'escadre d'Aboukir ne revint-il pas u un ciicf aussi intelligent, aussi capable ?

Malheureusement, les amiraux républicains n'eurent plus de commandement, sous le Directoire; ceux qui furent employés pendant l'expédition d'Ëgypte étaient d'anciens officiers de la royauté, braves il est vrai, mais sans génie, sans expérience.

Bientôt une escadre de 15 vaisseaux espairnols se jui^iiit au\ fi)i (•('> de 1 aiiiiial iiood, qui disposa alors d une véritable armée navale. Malgré ces déploiements de forces, nos avisos^ croisant au large, escortèrent si bien les convois, qu'aucun bâtiment ne fut capturé.

On peut citer, comme trait des moeurs du temps, ce qui survint à bord du Sans^lSulotte, à Toccasion d'un ordre qui défendait d'arborer pavillons ou llaiiimes.

Le bruit courut que les vaisseaux étaient vendus aux Anglais, que l'amiral était un traître, un aristocrate, de sorte que les matelots, se réunissant sur le gaillard d'arrière, demandèrent pourquoi Ton ne hissait pas le pavillon de poupe. Martin expliqua que c'était pour cacher aux ennemis la force

etkdireetloD de la brise; el les hommes égarés, pleins de ooofiaooe désormais dans le patriotisme de leur chefi cessèrent lenrs réclamations.

Salicetti fut remplacé par Jean-Bon SaiiU-Audre, dont les rapports avec Martin furent parfois iJifficiles.

Le 9 octobre 4794, il fut décidé que 1 escadre rentrerait à Toulon à la première bonne occasion, et les frégates apparetUèrrat pour explorer l'est et le sad du golfe. On devait partir dans la mût, mfiis l'amiral donna contre-ordre fort à propos, puisque, le lendemain matin» on aperçut Tannée anglaise accourant toutes voiles dehors.

On acquit la certitude, dans cette circonstance, qu'il y avait des traitres sur les côtes voisines, car des fusées furent lancées sans qu'on eût jamais pu savoir par quelle personne.

Le I* novembre, l'ennemi n'étant pas en vue, nos vaisseaux remorqués par leurs canots gagnèrent te large, mirent à la voUe et jetèrent Tancre à Toulon, après une courte traversée.

Ainsi, pendant quatre mois et demi, Martin, habilement retranché dans le golfe Juan, défia 29 vaisseaux anglais et espagnols. Pendant sa courte croisière, il captura une frégate, deux corvettes et plusieurs bâtiments marchands.

Le comte Pouget raconte, dans sa biographie, que ses cheveux blanchirent pendant cette absence de cinq mois. Sa fille, qui l alLciidait sur le quai de Toulon, pour être la première à l'embrasser, ne le reconnut pas au premier moment, et recula, dit>on, involontairement, quand il s'avança vers elle, en lui tendant les bras.

A son arrivée, Martin trouva huit nouveaux vaisseaux armés et en rade, ce qui portait à quinze le nombre de ceux de son escadre. 11 s*oocupa particulièrement de Torganisation des équipages, ne cessa d ordonner des exercices, en un mot se tint prêt à soutenir honorablement des luttes contre les for( es supérieures de 1 ennemi, quand l occasion s'en présen* icrait.

11 resta sur rade de Toulon pendant tout l'hiver de 4794 à 1795, et ne reprit la mer qu'au mois de février de cette dernière année*

En faisant le total des vaisseaax des escadres dont nous avons raconté les croisières, durant Fêté de 4794, savoir :

celles de Villaret do Joyeuse, Nielly, Doré, Martin, on voit que la Gofivcnlion sut maintenir sur le pied d'armement une force navale de 46 vaisseaux.

Mentionnons, maintenant, que 47 vaisseaux avaient été brûlés à Toulon par les Anglais, qae trois autres fùreot enlevés par eux, et Ton comprendra ce que nous avons déjà dit, au chapitre 5 du livre I*', relativement au développement qui fut donné à la marine pendant les années fomeuses de 1793 et 1794, d'accord, sur ce point intéressant, avec les historiens James, Jurien la Gravière, et en contradiction avec l'historien Guérin.

Nous verrons plus loin que plus de 50 vaisseaux de ligne furent envoyés en croisière en 4795, effort considérable qui rappelait les beaux jours de Louis XlVetde LoulsXV, qu*aocun autre gouvernement n'a hit depuis cette époque pour la marine, dont on n'a vu rien de semblable, ni sous Napoléon l®*", ni pendant la guerre de Grimée qui, peut-être, ne se reproduira plus désormais.

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