‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 29 sur 71 · CROISIÈRES DANS LA MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

CROISIÈRES DANS LA MÉDITERRANÉE

Le Tice^amiral Martin. — Prise du vaisseau le Berwick.~ Combats des 13, 14 mars et 13 juillet 1795. — Les vaisseaux le Ça ira, le Censeur, FAlcide.

Martin, qui commandait une escadre de 45 vaisseaux et

7 frégates, reçut la mission de protéger les convois attendus, de seconder les opérations des généraux qui faisaient la guerre en Italie et de tenter un débarquement en Corse dont les Anglais s'étaient rendus maîtres.

U compléta les équipages de ses vaisseaux et frégates, en embarquant d400 hommes de troupes, si bien que, sur un effectif de 49000 hommes, il n*y avait pas moins de 7500 soldats ou novices qui n'avaient jamais navigué.

De plus, pour les expéditions projetées, soit sur les côtes de i Italie, soit sur celles de la Corse, 3 000 soldats prirent passage sur les bâtiments.

Le 7 mars, on aperçut un vaisseau anglais, le Berwick^ de 74, qui manoeuvrait pour doubler le cap Corse. Pftr ordre de Martin, les capitaines des vaisseaux le Censeur et le Duquesne lui donnèrent immédiatement la chasse, en se couvrant de voiles, mais l'Alceste s'étant rapprochée de lui bien avant les autres bâtiments, l'intrépide capitaine de cette frégate n'hésita pas à engager sans retard une lutte des plus honorables ; les premières volées de nos marins désemparèient le vaisseau ; le capitaine anglais reçut une blessure

mortelle^ et nos ennemis, ne vtyant auoaoe eheooe de ee

sauver, amenèrent leur pavillon.

Le hnili) et 1 aspirant Floririiont Rainval, qui s*était tenu à st s ci)\vs pendant le combat, furent tous deux assez srrièvement blessés. Cités pour leur belle conduite à Tordre du jour de l'escadre» ils eurent les honneurs de la journée»

À bord du Berwi^f il n*y eut, dit-on, que 6 hommes tu^ ou blessés* dont le capitaine.

Ce vaisseau était armé de canons de 96 de 18, il de 8.

Martin et le représentant Le Touriieur, qui avait pris passage sur le vaisseau-amiral, apprirent des prisonniers que des fours à rougir les boulets se trouvaient à bord de tous les vaisseaux de l'escadre anglaise de ramiral Hotham*

Le 12 mai 4795, les vigies signalèrent 42 vaisseaux anglais dont 4 étaient un peu éloignés du corps de bataille ; notre amiral essaya de les couper, mais les ordres qu'il donna ne purent être mis à exécution, parce que le vent varia, que quelques-uns des vaisseaux de notre escadre furent souveotés, et que les ennemis se rallièrent.

On avait fait tous les préparatifs du combat et allumé les fours à rougir les boulets.

Dans la soirée, les vents soufflèrent avec une grande violence, la mer devint grosse, et le Mercure, ayant été démâté de son grand niàl do liune, resta de l'arrière, et se sc*para des autres bâtiments. Le capitaine, traduit ultérieurement devant un conseil de guerre, fut acquitté.

Le 13 mars 1795, la mer était grosse, les vents toujours frais du sud-ouest, le temps couvert, et Martin s'aperçut <ine la Victoire et le Ça-ira restaient sous le vent, dans la direo> tion de l'escadre anglaise. Ces deux vaisseaux s'étaient abordés avec une telle force, que le Ça-ira était démâté de ses mâls de hune. Martin donna 1 ordre au capitaine de la Vestale d'aller le prendre à la remorque, et Delorme, s acquittant de cette mission avec une grande habileté, exécuta la manœuvre sous le feu même de Tennemi.

Coudé voulut, d'abord, sauver le gréement de ses mâls rompus et ses vergues, mais les batteries se trouvaient 0O$t

gées ; une frégate ennemie qui s\H*\it approch('«e avait commencé le feu ; la j)remière voU-e lui mitciiKi liDimues liors de combat : un incendie s'était déclaré dans le porte-haubans du grand mat, de sorte que, pour riposter avantapeiiseii\ent| il prit la réMluUoû de tout couper. Vers 40 heures 45 mioutes, i^Affamemnon^qae commaDdait Nelson lui-même, s'approcha également et joignit son feu à celui de la frégate.

Sur ces entrefaites, notre amiral signala au Censeur de se porter au secours de notre vaisseau compromis.

MalheuieuM ment, le capitaine Benoist, comprenant mal le signal qu'on lui faisait, perdit un temps précieux en prenant la remorque» en remplacement de la Vestale.

Bn même temps, Martin, pour se rapprocher avec le gros de ses forces, courut une bordée vers le nord-est^ les amures à tribord, de façon qu'une canonnade acharnée fut bientôt engagée entre le Bedfort et Vlùjtnvnt d'uue part, le limoléon et le Sans-CuIuUe, de 1 autre.

Coudé, se défendant héroïquement contre plusieurs vaisseaux ennemis, eut le bonheur de pouvoir changer d*amures vent devant, tout en continuant de foire et de recevoir un feu d'enfer , prolongea Tescadre anglaise et se 0t abandonner vers t heures de Taprès-midî.

« Us An.L'Iais se retirèrent, dit-il dans son rapport, et les • meilleurs voilit^rs de leur escadre n'obèrent plus se présen* « ter par mon travers. ■

11 paya un juste tribut de reconnaissance au capitaine Delorme et à ses marins, qui se conduisirent avec un incroyable dévouement.

Dans la soirée, Martin prit les amures à bâbord, et tint le plus près du vent. Pour comble de lualhcur, le Saiin-( lu lotte, par suite d'un iiitilentendu, se sépara encore après cout her du soleil, de sorte que le nombre de nos vaisseaux fut réduit à 43.

Le capitaine La Palisse fut jugé par un conseil de guerre, nuûs acquitté, parce que rinstruction prouva qu'il n*avaiten* tendu que la moitié d'un ordre donné par Martin lui-même

iu moyen du porte -voix.

Pendant la nuiti le temps ftit ocmvert, les vents frais do sud.

Le H mars 4795, dès l'aube, nos vaisseaux cinglèrent encore bâbord amures par une faible brise de sud-est» et le Ça-ira, remorqué par le Censeur, ee trouvait sous le vent de l'armée et de l'avant à elle* On apercevait les Anglais par tribord» à deux portées de canon.

Vers 5 heures 30 minutes, la brise du sud ayant foibli oonsidcrnblement, ces derniers reçurent, les premiers, un souffle de ijurd-est qui leur permît de s'avancer vent arrière, toutes voiles dehors, pour couper nos deux vaisseaux souventés.

MartiOt voulant se porter à leur secours» signala de prendre tribord amures, avec ce vent de nord-est, qui avait pris ftveur tout d*abord» mais ne tarda pas à mollir en passant i Test et même au 8ud*est.

Désirant qu'on fit route pour passer entre eux et les An- ^^lais, il chargea son aide de camp de parcourir la ligne en canot pour donner aux capitaines l'ordre de laisser porter.

Allemand, qui commandait notre chef de file le Duquesœ, au lieu d'exécuter cette manœuvre qui aurait rendu le combat général, serra le vent après avoir pris les amures à tri» bord, prolongea, de cette manière, à bord opposé les vaisseaux ennemis, et fut peut-être cause de 1 abandon du l^a-ira et du Censeur.

Gomment se fait-il que l'amiral et le représentant Le Tourneur ne se soient pas transportés, de leurs personnes, à bord du Duquesne« pour faire exécuter, eux*-mémes, le mouvement général, puisque la brise était si Cedble qu*un aide de camp parcourut la ligne en canot.

Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire encore, c'est que le capitaine Khroni, ayant laissé porter avec le Ti[noîéon, et s'étant rapproché de très-près des Anglais, en courant vent arrière, reçut Tordre de se remettre de nouveau dans les eaux du Duquesne.

D'après ce que nous avons dit, il agissait conformément au signal et devait plutôt être approuvé. Ce capitaine se trouva

trop engagé pour pouvoir reprendre les aniures à tribord, et

comprit, dil-il dans son rapporti que les deux vaismux cernés étaient abandonnés.

Apercevant, pour la deuxième fois, le signal de revenir au vent, flottant à bord dv la fi t i^att» amiralc, il vira lof pour lof, afin de prendre [ âhoid amui( s j.our s'élever dans le vent, avant de se remettre dans les eaux de la Victoire, du Tonnant, du Duqnesne.

Peiodant ces manosuvres, il combattit à peUte portée les vaisseaux ennemis, notamment VIHustrum^ qui, chauffé fortement, perdit successivement son mât de misaine, son grand mât de hune et son màt d arlinion.

• Jamais, dit Khrom, on ne vit un vaisseau en si triste « état. Il ressemblait à un monceau de ruines. »

Le Cowrageoia^ autre vaisseau anglais, fut également si avarié, que James avoue que peu s*en follut qu'il ne fût réduiti de même que celui dont nous avons parlé ci-dessus.

Le capitaine Allemand, pour ne pas avoir laissé porter avec le Duquesne, fut traduit devant un conseil de guerre, au retour de l'armée navale, mais il fui acquitté, parce que l'enquête prouva qu'il en avait été empêche en raison de la faiblesse de la brise, de la houle et d'un contre-ordre que ramiral donna ultérieurement.

Ge dernier fit connaître lui-même que le représentant Le Tourneur, qui se trouvait à ses^oétés sur le banc de quart de la Friponne, ne voulut pas qu'une action générale fût engagée, et ainsi se trouvent justiliés nos officiers des reproches qui leur ont été adressés par plusieurs histoiienâ au si^et de ce combat.

Du reste, il est constant que le Duquesne, le Timoléon» le Tonnant, la Victoire fàrent assez chaudement engagés puisqu'à bord des vaisseaux le Courageous^ VlUusirious il n'y eut pas moins de 438 hommes tués ou blessés, suivant le témoignage des historiens anglais qui sont toujours enclins à déguiser la vérité, quand ils donnent le chiffre de leurs pertes.

Racontons maintenant l'héroYque défense du Ça-ira et du Censeur qui furent abandonnés à leur malheureux sort. Nos marins et soldats, enUniréide? vaisseaux ennemis, certains de

succomber sans être secourus, résolurent de combattre jusqu'à la dernière extrémité, avantd'amener le pavillonde laRépubliqae.Lesdeuxpremier8 vaisseaux anglaisquis'étaient présentés à leurs coups s'étaient déjà retirés presque totalement déeem-

parésetavaientété remplacés pardeiixaiitresderarrière-garde. Deplus,deuxtrnis-pontS, un vai^seau^a^)o]iî;li^ se inainliiirent par los lianclîcs du Ça-ira, à portée de fusil. Mais le vService de nos batteries ne s'en fit pas moins avec un ordre parfait, une précision d'autant plus belle que le calme paralysait les mouvements de tous les bâtiments; aussi les Anglais éprouvèrent-ils de graves avaries, et, de notre côté, à bord du Ça-ira, 600 hommes furent bientôt hors de combat. Coudé ajoute qu'il est inconcevable qu'un seul ijidividu ait échappé aux millions d instruments meurlriers qui se croisaient dam» les airs à toute minute.

Les sabords de la batterie basse prirent beaucoup d'eau ; le Ça-ira coula de 4 pieds dans toute sa longueur. 11 y avait prés de 4S pied» d*eau dans la cale, tout ce qui restait de poudre était submergé.

« Alors, dit le noble capitaine, menacé d'une irruption « totale, réduit et non vaincu, le vaisseau ras et absolument « démâté, après plus de sept beures et demie d'un combat « qui ne déparera pas les annales de la marine, cessa de « faire feu I *

Quelle page éloquente dans le rapport de Coudé que celle où on lit le dévouement de ses compagnons d'infortune,

l'appel généreux qu'il fait à rimpartialité de Thlstorien, le» reproches amers qu'il adresse aux détracteurs de la marine de .son temps; l'on recunnaitra que les plus nobles sentiments agitaient l à me de ce brave otUcier (4).

L'ordonnateur Najac a mentionné, dans sa correspondance, que Téquipage du Ça-ira se composait de plus de soldats que de marins, et il en a conclu que ce vaisseau fut parfiaitemeat armé, puisqu'ils se battirent bien.

(1) Coudé était un ancien séminariste; ii écrivait fort bien le français, bien ditrérent on cela de ce capitaine qui, au combat du 13 prsirial, se vautait dans son rapport d'avoir « bien travaillé. •

Hélasf il s'abusait; malheureusement, il arma, d'après les mêmes errements, les vaisseaux de Brueys destinés à l'expédition d'Egypte, et cet amiral n'ayant pas voulu combattre à la voiiei à cause de la faiblesse^ de ses équipageS| subit un désastre complet dans la baie d'Aboukir.

Goodé laî-méme ne fût cerné par les ennemis que parce que son Taisseatt démâta de ses deux mâts de hune dans un abordage, et qu*îl lui fût impossible de ae réparer ou de se fdpproclicr du giosde notre escadre.

En ce qui concerne l'héroïque défense du Ça-ira, rendons justice à ceux qui le montaient, fussent-ils marins ou soldats (1 ). On ne dira pas du moins que le noble Coudé, qui Ait l'âme du vaisseau, n'était point un marin. Fils d'un honorable négociant, il naquit à Âuray, dans la basse Bretagne, et commença à naviguer dès son plus bas âge sur les bâtimetils marchands. 11 ne quitta point le gaillard d'arrière du- • rant tout le cooibat, quoiqu'il eût l'estomac labourt^ par un boulet, le bras droit fracassé; la téte et le corps contusionnés.

Le Censeur se battit aussi d'une façon héroïque et le capitaioe Beoolst n'amena son pavillon que quand le tiers de ses hommes eurent été tués ou blessés.

Entre ces deux vaisseaux et ceux des Anglais, la mer était si couverte de débris qu'un offlcier de troupe se rendit à pied sec à bord de la Princess-Hoyal.

Lorsque Coudé, montant lui-môaie à bord do ce dernier, donna son épée au vioe-amiral Goodhall» ce dernier le félicita, dit-on, en ces tonnes :

« Je prends votre épée, capitaine, maisaooeptez la mienne « en souvenir de moi. >

Nos ennemis ayant abandonné le r.a-ira qu'ils irouvèrent en trop mauvais état pour être réiniré, le lieutenant Jacob, qui restait à bord avec quelques hommes, fit enverguer une voile sur la civadière, et, désirant gagner un port, dirigea sa roule vers la terre qu'on apercevait à peu de distance» Nos

(1) 1^1 iTitoii (lit que nos marins devaient avoir été surexcités par de l eau-de-vie.

marins se crurent sauvés, quand malheureusement, h ^ milles du cap de l Aiguille, un vaisseau et deux frégates ennemis s'approchèrent et prirent définitivement possesBion de la carcasse flottante.

Le Directoire décida que les officiers du Ça--ira seraient tous élevés à un grade supérieur {{),

Dans la nuit du 17 mars, V I llnslrious^ ce \aibseau anglais qui avait été si avarié pendant le combat, se sépara de la frégate le Méléagre qui le remorquait, et se perdit à rentrée du port de la Spezzia, par suite de rafiiles violentes, de sorte que dans le courant de la croisière, nos ennemis perdirent autant de vaisseaux que nous« Le nombre des morts et des blessés fut considérable, puisque selon James il se monta au chillre de 349.

Notre amiral ayant renvoyé à Toulon, après le combat, le Timoléon, la Victoire, le Berwick, l Alcesie, continua de croiser avec dix vaisseaux pour rallier le Sans-Gulotte, puis gagna le mouillage du golfè Juan, et ultérieurement celui de la rade de Toulon.

Nous avons déjà vu que le contre>am!ral Renaudîn arriva de Brest, dans le mois d'avril 1795, avec une escadre de six vaisseaux et donna ainsi un n iiloii important.

Martin, qui pour ses services eniincnts avait été promu au grade de vice-amiral, reprit la mer dans les premiers jours du mois de juin , avec son armée navale, composée de 4 7 vaisseaux; ses instructions lui prescrivaient de croiser sur les cAtes de Provence, de protéger Tarrivée des convois et d*évoluer pour exercer les équipages.

Conformément à un nouveau décret, il arbora son pavillon à bord du vaisseau I Orient.

Après avoir attendu le ralliement du Peuple-Souverain et du Berwick, qui remplacèrent le Guerrier et le Mercure, Incapables de suivre, il expédia deuK frégates. TArtémise et la Minerve, à la recherche de Tannée navale ennemie.

(i) Ce vaisseau fat brfi II' par les patriotes, à l'aido de cbemises soufrées, dans lo port de la Bpeuia^ou d'OnégÏM^iSiomieurunivêi^ lei, 6|mars 1796.)

Le 94 jaîii 4795, ces deux bâUmeDts ie tnmvaient en vue

de la Dido et do la Lowestowe, que l aiiiiial anglais avait éenleriicnt détachrcs en recoQoaifisaûce, et un combat ne tarda pas à élrc engagé.

C'était près des lies Baléares; les veots soufflaient frais du nord, et le capitaine Delonne, ne désirant pas livrer bataille, prit d*abord*eha88e dans TEst, toutes voiles dehors.

Il 8*aperçut vite que ses frégates avaient une marche supérieure, mais ne voulant pas prolitcr de cet avantage pour décliner la lutte, il reprit tribord amures, pour gagner dans le vent, s'éleva suftisamment, vira de nouveau et se maintint au vent des Anglais. Vers S heures, la Minerve ouvrit son feu, auquel répondit sans tarder la Dido* Gomme Delorme reconnut que les ennemis avaient une supériorité notable d'artillerie, il laissa porter en grand sur tribord et aborda la Dido si violeiiuiient, que cette frégate eût Sdiiibré si les Anglais n'avaient manœuvré pour recevoir le choc obli(|uenient.

Le beaupré de la nôtre s'engagea dans les haubans d'artimon , la mer était grosse; les coups de roulis et de tangage devinrent si violents, que nos marins ne purent sauter à rabordage. Bientôt ce beaupré céda, et tous ceux qui se trouvaient dessus tombèrent à la mer et se noyèrent.

La Dido s'éloigna peu à peu en raguant le côté de tribord de la Minerve.

Rien n'(^tait fait encore, et la canonnade continua.

Quant à l'Artémise, après avoir fait feu pendant quelque temps, elle s'éloigna du théâtre du combat et fut poursuivie par la iawetUnoe.

Le capitaine anglais, levant cette chasse, revint vers la Minerve, se plaça par son travers, la démâta de son mât d'artimon et de ses mâts de hune, et, par rette participation habile, mit le capitaine Delorme dans la cruelle nécessité d'amener le pavillon qu'il avait si noblement défendu.

Decasse, démonté de son eommaodement, traduit ultérieurement devant un conseil de guerre, ne fut acquitté que parce que rînstnictîon prouva que l'état de la mer et les avaries de sa frégate l'avaient mis dans 1 uupossibiliLé de se porter au secours de la Minerve.

fioraums à Tannée navale.

Le 4î juillet 1795, les marins en vigie signalèrent deux frr^gates anglaises et le vaisseau r Agamemium que cooimandait Nelson. Ce fut en vain que Martin le poursuivit pour tâcher de lui couper la route. Cette fois encore, le héros qui devait plus tard nous canser tant de mal échappa aain et sauf è nos meillenrB voiliers, ce qui prouve que VAgammum avait une marche remarquable.

Nelson, se couvrant de voiles, dirigeait sa route vers le i golfe Saint-Florent, et notre amiral, pensant qu'il faisait calri)i> aiipri's de la lerre, apercevant Tarméc navale anglaise, forte de 3â voiles, qui se disposait à appareiller, donna des ordres pour lever la chaaae et 8ie;nala le ralliement général.

lendemain, ayant acquis la certitude que les ennemis avaient SO vaisseaux de ligne, il donna la route pour Toulon.

Dans la nuit du 13 au M juillet, le temps se couvrit, les ' ve nts soufflèrent de l'ouest avec une telle force, qu'il fallut tenir la cape.

Le 44 juillet, dès l'aube, par des vents d'ouest-nord-ouest, nos vaisseaux cinglaient hAbord amures vers le golfe de Fréjus , et se trouvaient à quelques lieues dans Test de Toukm, quand les vigies signalèrent Tarmée ennemie qui s'avançait toutes voiles dehors.

Aux approches do la terre, le vent mollit, et les six meilleurs voiliers du vice-amiral tiotham se rapprochèrem de noire arrière- garde.

Bfartin signala de forcer de voiles, de se préparer à mouiller, puis la Junon parcourut la ligne pour faire rectifier Tordre de rapprocher les distances. On assure qu*il fallut renouveler plusieurs fois Tordre de forcer de voiles.

Chaque hàiiincfit^ suivant la coutume, portait le pavillon de la République, celui de la Convention , celui de commandement.

Voici la composiUoii des deux armées.

lie Britumta, 100

Le Blenheim 74

LeVictory 120

La PrincesA-Royal. . 98

Le fiaintrGiwrges. . . 08

Lo Windsor-GaBUe. . 98

Le Barfleur. ..... 98

Le Gibraltar 80

Le Ciiptain 74

Le Fortitude 74

Le Bombay-CasUe. . 74

Lo Saturn 74

Lo Cumbcrland. ... 74

Lo Terrible 74

Lo Defence 74

L'Egmont 74

Le GuUoden 74

Le Bedfort 74

Le Courageoijs. ... 74

L^Audacious. 74

L'Âgamemnon 74

Le Diadème 74

Le fea oommença vers midi, lorsque les vaisseaux anglais manœuvrèrent pour doubler noire arriëre-garde* En ce moment, les vents passèrent à Test, et notre armée

lias aie se trouva tribord amures, auvent de l'ennemi. Comme I Alcide qui niiirchait médiocrement restait de rai ricie, Martin donna Tordre aux capitaines de la Justice et de TAiceste de lui porter secours, en lui donnant une remorque.

Le capitaine Hubert s'acquitta de cette mission avec tant de bonheur et d'babiletét que Nelson a consigné lui-même dans son journal que jamais il ne vil exécuter une si belle mancBUvre.

Le Culloden^ qui avait voulu doubler l'Alceste, fut dcmàté de son grand màt de hune; le (iénéreux, le Berwi( k cuiiibattaient avec acharnement et la situation de TAicide n'était pas encore désespérée.

Martin, quoique ne désirant pas engager une action générale, s'apprêtait à virer de bord avec toute son armée pour se porter au secours de son arrière-garde, quand une sinistre catastrophe jeta l'épouvante dans les cœurs.

L'Onent 120, cap. La Palisse,

V,' A» Martin.

La Tonnant .80, cap. Gosina-

Keijulien.

lAVieioiiiè. .'s£.^}?(j^^^ cap. âavary.

LeGénérciE|X. i.iV2i<ij'^i, cap. Louct.

LHeureuxX^;Vgj>A'*, cap. LaooiUe.

Le Barra. . /*^T^T^ 7i, caj). Morcau.

L'Alcide 74, cai>. Tx>l)iû[id

St.-IIil.iin'.

LcTimoiéon 74, tiap. Charbonnier.

Le Duquosnc 74, cap. Allemand.

Le Peuple-Souverain 74, cap. Lindet-

Lalondo.

LeBerwick 74, cap.Dtunanoir.

Le Jeaunapes^ ... 74, cap. Lafbn.

Le Tyiannicide. . . 74,. cap. Dordelin.

^ Jupîler 74, cap. Bichery.

La Révolution. ... 74, cap. Faye.

L'Aquilon 74, cap. La Terre.

LeEépiibUcain. . . 74,cap.Gantoaiinie

An moment où le Tyrannicide se tnmyait par le tnven

de rAIcide, ce dernier vaisseau prit feu dans sa houe de mîsaîne, par suite de l'explosion d'une caisse de munitions. Les ilammes, s'étendent de proche en proche, gagnèrent boutes les parties avec une telle rapidité qu'on désespéra de s'en rendre maître. Les capitaines des bâtiments des deux nations s'empressèrent de s'éloigner de ce brasier flottant, et vers 3 heures 30 minâtes TAlcide sauta dans les airs avec un bruit époavantable, en couvrant la mer de ses débris enflammés.

Martin a assuré lui môme qu'il portait encore au dernier moment le pavillon de la Ri^publique.

Les Anglais envoyèrent leurs canots au secours de nos infortunés marins et l'on dit qu'ils en sauvèrent 300 sur un total de 645.

Mais déjà, vers 2 heures 45 minutes, Hotham qui se trou»

vait au corps de bataille, avait signalé de suspendre la chasse et de cesser le feu.

Les Anglais ont reproch(^ au contre-amiral Mann, qui commandait l'avant-garde, d'avoir exécuté cet ordre, au lieu de poursuivre ses succès. Quant à MartiUi il atteignit dans la soirée le golfe de Fréjus, et nos ennemis après avoir réparé les avaries de leurs vaisseaux, se rendiient à Saint-Florent.

Telles furent les deux croisières de notre armée navale de la Môdilcrrnncc pendant l aiinf^e 1795. Nous perdîmes trois vaisseaux, dont Tun sauta dans les airs, dévoré par un incendie et le pavillon haut, dont les deux autres opposèrent des défenses héroïques. Les Anglais en perdirent de lear oété deux, en sorte que la balance ne fat que d*nn seul vais^ seau en leur faveur.

Plût au ciel que nous n'eussions éprouvé que des perles de ce genre pendant toute la durée de cette guerre sanglante delà Révolution. Malheureusement, il en fut autrement, et il est juste de reconnaître que le vice^onirai Martin rendit des services signalés à la République, non-seulement en brgam'sant les forces navales dans le port de Toulon, après les efforts de nos ennemis pour les anéantir par l'incendi

mais en se maintenant contre les forces supérieures des amiraux aurais pendant les années 47949 ^'^^^ (0*

CROISIÈRE DANS I.OGÉAN.

Les amiraux Villaret de Joyeuse et Vence. ^ GomlMit da Croix. — Expédition de Qoiberon.

Le contre-amiral Venoe partit de la rade de Brest dans le mois de juin 4795, avec une escadre de 3 vaisseaux, 5 frégates, 2 avisos, dans le but de protéger à son passage un

important convoi que l'on aUendalt de Bordeaux.

Ayant rallié sous son escorte tous les bâtiments marchands qu'il avait ordre de couvriri il ût route vers les côtes*de la Bretagne.

Or, à cette même époque, Howe commandait une armée navale de 37 vaisseaux de ligne, au mouillage de Spithead, et il avait expédié Gomwallis, à la téte d'une division de

5 vaisseaux et 2 frégates, dans le but d'intercepter ce môme convoi , que nous attendions du fond du golfe de Gascogne. CornwalHs, qui appareilla le 8 juin 4795, rencontra, non loin de la pointe de Penmarch, Vence, qui s'empressa de prendre chasse, en forçant de voiles pour se réfugier au mouillage de Belle-Ile, sous les batteries du Pàlais, ville principale de cette tte.

Les vaisseaux de notre arrière-garde échangèrent des boulets avec ceux de l'avant-garde de l'ennemi , dans la soirée; mais, maigre tout, notre amiral mouilla en sûreté, n'ayant perdu que sept navires du convoi , que Gomwallis

(t) Martin se louo particulièrement des capitaines de l'Alceste, de iii Justice, du Tyrannicide, du Généreux.

NuuH eûmes 28 tués, 94 blessas, sans compter les pertes de l'Alctiiti. iiupport Uu Niou. messidor au 111, 29 juilltil 1795.)

expédia en Angleterre. U resta lui-même devant Tile et bloqua notre division.

Lorsque la nouvelle de ces événements parvint à Brest, on discuta beaucoup pour savoir quel était le meilleur parti à prendre, et Ton finit par décider que Villaret de Joyeuse prendrait la mer avec toutes ses forces navales, pour se por^ ter au secours de ia division compromise en rade du Palais.

Kergueien lit en vain les plus sages observations, il assura qu'il n'était nullement nécessaire de sortir pour favoriser le retour de Vence, que ce dernier profiterait d'un bon vent de sud-ouest, et gagnerait, sans qu'on pût ]*en empêcher, le port de Lorîent ; il ajouta qu*on compromettait l'escadre en* tière, dansle cas ou l'on rencontrerait l'armée navale de l'amiral Howe.

Malgré tout, les représentants Faure et Tréhouart, de concert avec l'amiral commandant en chef» décidèrent que les vaisseaux prendraient la mer, et l'appareillage eut lieu le 42 juin 1795.

Après trois jours de croisière, on eut le bonheur de rallier Vence, qui, ainsi que l'avait pensé Kerguelen, avait gagné le large et cinglait vers les côtes de Bretagne.

Nos foK ( S réunies présentaient alors un total de 42 vaisseaux et 4 2 frégates.

Le 46 juin, vers 40 heures du matin, les gabiers en vigie signalèrent les vaisseaux anglais de lord Gornwallis, qui s'empressa de prendre chasse en se couvrant de voiles» les armures à tribord.

Villaret de Joyeuse ayant signalé de le poursuivre à outrance, on fit route au sud par une belle brise d'ouest-nordouest, et quelques vaisseaux gagnèrent sensiblement.

Dans l'après-midi , les vents passèrent au nord.

Le 47 juin au matin, la chasse se continuant, deux vaisseaux anglais se trouvèrent en retard , et nos marins purent se convaincre que les capitaines de ces bAtiments jetaient à la mer des ancres, des caronades, des vivres, de l'eau.

Voici la composition de cette escadre ennemie.

Le Royal -Sûvcroigh. 100, cap. John Wliithy.

^ Mars 74, ca].. Charles Cootou.

ïaTHumph 74, caji. Erasme (iowor.

LeBenrick 74, cap. Fitz-Corald.

I* BellArophoil, • . . 74, cap. lord Cranstown.

Le Phaéton, Le Pallas.

Une corvette.

Vers 7 heures du matin, le Zélé, notre meilleur voilier commença le feu. Peu après, le capitaine Bergeret, s'apprcH di'dni audacieusement avec la Virginie du 86m-fi]e anglais le harcela d'une noanîère bien {dus efficace. ' '

Le Tigre, le Formidable, iea Droîts-de-rHomroe, se mettant également à portée de canon, combattirent si h ii, que la position de Gomwallis devint critique, suivaiit tous les hi»; toriens anglais.

Cependant cet amiral, signalant à ses capitaines, notamment à ceux du Belieraphon et du Mars qui marchaient mé* diocrenient , de ne pas diminuer leur voilure d'un pouce carré, se plaça en aenre-file avec le beau vaisseau le Hoyal- Soifereigh qu'il montait, les autres vaisseaux formant une ligne briaée en ordre de retraite, et lui-même se maintenant à l'angle de cette ligne.

En ce moment on faisait l'ouest, tribord amures, sous l'impulsion d une belle brise de nord, et, par une inconcevable fatalité, Villaret de Joyeuse ne put les oemer, les engager bord à bord, les réduire, comme il aurait dû le foire avecles forces eupérieures qu'il commandait.

Le Tîgre combattit plusieurs vaissi aux anglais en les doublant sous le vent, et le capiuine Bedout ne se retira du feu que parce qu'il ne put forcer de voiles, après qu'un boulet eut endommagé son grand mât de hune. Les capitaines du Fornudable et des Droit»-de-i'Homme se conduisirent aussi très-honorablement

Bergeret, a'éUnt placé, comme nous l'avons déjà dit, dans les eaux du RoyalSovereigh, le canouna très-chaudement.

Mais le Zélé ne donna pas aussi bien qu'il eût pu le faire parce que son capitaine se retira trop tôt du feu, quoiqu'il eût l'avantage d être au vent, et qu'il n'eût aignalé aucune espèce d'avaries.

Villaret de Joyeuse et Topsent , au retour de la croisière, se répandirent en violentes invectives contre cet officier qui porta la peina de toutes les fautes commises. Il se coodoisit comme un lâche, dît l'amiral , et ce fut grâce à lui que Gornwallts échappa sain et sauf.

L'infortuné Magnac, traduit ultérieurement devant une cour martiale, fut cassé de son grade, et déclaré incapable de servir la liépobiique.

Go comprend qu'ayant perdu 1 honneur il n'eut plus de ménagements à garder ; aussi, dans une brochure, dont un exemplaire est conservé aux archives de la marbe, donne-t^l les démentis les plus fonnels à Villaret de Joyeuse, au sujet des accusations dont il fut chargé. Ck3 dernier l'avait accusé de ne pas avoir exécuté ses ordres, de s'être retiré du feu, quand ii n'avait que cinq hommes hors de combat , de ne s être point battu , comme il aurait dû le faire.

Or, dit M* Magnac, conformément aux ordres qui prescrivaient seulement de harceler Tennemi , le Zélé combattit pendant trois quarts d'heure, et ne cessa son feu , pour rester en panne, que pour réparer des avaries, et quand 195 hommes eurent été mis hors de combat, ce qui différait beaucoup du chiffre o. 11 est vrai que, dans ce nombre de 195, Maj^nac a compris une trentaine d'hommes qui éuiont absents du bord et manquaient, par conséquent, à l'effectif.

Malgré tout, il resta constant que ce capitaine cessa son feu , mit en panne, attendit les autres vaisseaux et se plaça en ligne derrière le Jean-Bart.

En ligne , a écrit Villaret de Joyeuse, quand il n'y eut

jamais dans celle soirée de li^ne d'aucune sorte, que chacun avait ordre de chasser à outrance.

£n résumé, Magnac fut condamné pour n'avohr pas fut tout ce qu'il eût dû fàire, n'avoir pas agi comme un vrai républicain.

L'amiral , en même temps qu'il l'accusa, donna des éloges

mérités aux capiuiiiu Bergeret et Bedout.

Pendant cette poui suite, le représentant Topsent et le commandant en chef, quittant le Peuple à bord duquel Ooltait leur pavillon , se rendirent à bord d'une frégate, afin de ga*

fner l'a^mt-garde, mais ils ne parent arrhrer en temps

opportun.

Le soleil se coucha, et renonçant à t hasser plus longtemps les Anglais, ils sigualèrent de prendre les amures à bâbord , en {peinant dans la direction de Brest , à Test-nord-est.

Noua n'avons pu eomprendre pourquoi ils prirent ce deraier parti. James raconte que nos marins en vigie aperçurent probaUement de nombreuses voiles à Thorixon , que Tamira! dut s'imaginer que T année navale de llowe se trouvait 5 petite distance et qu'il renonça dès lors à suivre Cornwallis.

Il parait que ce n'était qu'un convoi de bâtimenis marctends dont la vue aurait induit en erreur Viliaret de

Mentionnons que Cornwallis fiit hefireux d*avoir sous ses entres des vaisseaux qui marchaient admlraUeroent) puisque

nos meilleurs voiliers seuls purent les joindre après une chasse qui n'avait pus duré moins de 42 heures. En général, nos ennemis devaient cet avantage au cboix qu'ils pouvaient foire dans leur immense matériel.

Bevenons à notre escadre qui n'était point à bout d'aven- Inres.

Halhenreusement, le Fougueux démâta de son petit mil

de hune, les autres vaisseaux ralentirent leur marche pour l'attendre, et cet accident eut do graves conséquences. Nos marins furent d'abord surpris par le calme, à l'ouvert de la teie d'Âudieme, puis assaillis par une violente tempête de nord qui les rejeta dans le sud de Penmarch , à plus de 90 lieues au large.

Un calme profond qui succéda à ce coup de vent, hors de saison, dura jusqu'à la nuit du 21 juin. Le lendemain, éh$ l'aube, l'cst adre cinglait vei& la terre, sous l'impulsion dune jolie brise d'est, quand les vigies découvrirent, dans la direction du nord, une Hotte que le capitaine Bergeret eut mission d'aller reconnaître^ en forçant de voiles.

Viliaret de Joyeuse signala au Redoutable qui se trouvait BOUS le vent, de tenir le plus près, et à l'Âlezandre, mauvais wiHer, de forcer de voiles.

Les capildiués de ces deux vaisseaux exécutèrent si tardi-

vemeut deux ordres de première împortaacei (|u'il fallut les leur renouveler à plusieurs reprises.

Vers 7 heures do matio, on dîstioguait parfaitemeut 47 vaisseaux et 7 autres Mtiments tous rangée en ligne de bataille, tribord amures, les vaissoiux seuventés ayant préalablement iiiaiiœuvré pour s'élever dans le vent.

Notre amiral ordonna de faire tous les préparalifà du combat en prescrivant aux capitaines des frégates de verser une partie de leurs hommes, en supplément d'équipage^aux vaisseaux du contre-amiral Vence.

Vers 10 heures 30 minutes» il se rendit à bord de la Proserpine, conformément au décret qui prescrivit aux oom mandants en chef de monter une frégate pendant le combat, et fut accompagné du représentant.

Vence et KerLMiclcn passèrent également à bord des frégates la Dryade et la Fraternité.

Vers 4 4 heures, notre amiral signala de former la ligoe de bataille sur le plus mauvais marcheur, et l'Alexandre reçut de nouveau Tordre de serrer le vent, en forçant de voiles^ Malheureusement , le capitaine de ce vaisseau , ne compre- • nant pas l'importance de ces deux ordres, commit la lauio impardonnable de laisser porter aûn de se former sur un vaisseau placé sous le vent à lui.

Vers 2 heures 30 minutes de Taprès-midi, la brise souffla du sud-sud-ouest, et les Anglais, la recevant avant nous, se rapprochèrent sensiblement. Villaret de Joyeuse donna la route à Test, en ordonnant aux capitaines de la Régénérée de remorquer l'Alexandre dont les mauvaises qualités faisaient concevoir des inquiétudes.

Vers 5 heures, les vents ayant halé l'ouest, il signala de former 1 ordre de troiU sur la perpendiculaire au veut; mouvement simple et avantageux, ditril, car les capitaines se seraient trouvés dans une excellente position pour présenter le travers à l'ennemi , par le fait d'une simple oloCTée d'un bord ou de l'autre.

Cet ordre, à la venté, ne fut jamais formé. Les Anglais se rapprochaient à vue d'œU, si vite qu'à H heures du soir ils n'étaient plus qu à 8 milles dans

— •Il -

l'ouest. Les chasseurs qui avaient une meilleure marche se trouvaient, au plus, à trois portées de canon.

Dans la auit, notre amiral renouvela l'ordre aux capitaines des vaisseaux de téie de diminuer leur voilure pour marcher 60 ordre de froet avec ceux de Tarrière-garde. Vers minait, ipite qudqiies memeats de calme, le vent souffla du sud.

Le 23 juin 4795, nos ennemis ne se trouvaient plue qu'à 3 milles , leurs vaisseaux à trois ponts s'avançant à l'avant-garde avec une ra{)idlié telle que chacun en fut étonné, solvant le rapport de Yiilarel de Joyeuse.

Avant de continueTi reportons-nous en arrière pour rendre compte des mouvement des Anglais.

L'amiral Bridporti qui avait remplacé Uowe malade, avait apinreîllé de Spithead dans la journée du 45 juin 1795, afin de protéger la fameuse expédition que les royalistes devaient tenter, en débarquant sur la presqu lie de Quiberon, sous la direction du contre-amiral sir John Borlase Warren.

Bridport, ayant conduit le convoi à destination, gagna le large pour se porter au-devant de notre escadre, et, lorsqu'il en eut connaissance, il donna des ordres pressants pour que or John Borlase Warren lui expédiât ses trois vaisseaux, parce qu*il ne se trouvait pas supérieur en forces. Après Tarlivée de ce renfort, l'escadre anglaise se trouva composée de

M vaisseaux, 5 fregaLes, G cui veLles.

Quant à nous, nous n'avions que 12 vaisseaux dont un seul était à trois punis, de sorte qu'il y avait une infériorité de forces qui ne permettait pas d'espérer de lutter avec avantage.

Nous avons déjà dit qu'au matin du â3 juin 1795 les en* Demis s'avançant avec rapidité ne se trouvaient plus qu'à 3 milles de distance. L*lle de Croix restait, en ce moment, i 4S milles dans Test, et Villaret de Joyeuse, qui n'avait pas perdu l'espoir d'atteindre les cx)ureaux avant d'avoir un eaga;^en>ent sérieux, se rendit a T arrière-garde en signalant de se former an iigiie, tni>ui <l amures, sur le plus luduvais voilier et de prendre chasse a i est, en forçant de voiles.

« Si cet ordre eût été mis à exécution, dit-il dans son rap- « port, les Anglais n'auraient pas osé prendre Tofiensive, car « nos capitaines venant au plus près^ les amures à trilMMrd»

« Tescadre eût formé en un insiani une ligne imposante de « douze vaisseaux. MalheureiiHcnient, soit ignorance, soit € ineptie, soit insubordinatioD, malgré des signaux mulli-

• pliés, des ordres transmis aa pdrte-veiti rien ne fiit

• fait. •

Il prérînt ses capitaines de se tenir prêts à fflooiller nue

grosse ancre à terre de Groix.

Bientôt douze vaisseaux ennemis se trouvèrent à portée de l'Alexandre, et vers 6 heures le feu commençait à bord du Mucius dont le capitaine força de voiles^ aân de gagner l'avant-garde.

Déjà notre ligne s'engageait à la tète et au centre» Yillaret de Joyeuse ordonna de former sur le Mucius une

ligne de bataille de vitesse, mais ce fnt en vain que dessignamc

multipliés prescrivirent aux capitaines de s'étendre du côté de rarrière-gar(l(^ ; chacun d'eux, ne pensant qu'à forcer de voiles, augmentait le vide qui depuis longtemps existait stir l'avant de 1 Alexandre. Les capitaines Bedout et Linois obéirent seuls à Tordre de former une ligne de vitesse sur le HuciQs et se sacrifièrent pour le sauver, comme nous le vei^ it>ns plus bas. Dës lors, le feu était général ; l'Aleiandre se trouvait cerne par trois vaisseaux à trois ponts.

Notre amiral, malgré la proximité du gros de l'armée de lord Bridport, u en résolut pas moins de preserirc la seule manœuvre qui pût sauver son vaisseau compromis; il signala de former la ligne de bataille très-serrée» mais ce fut encore en vain. Tous les capitaines répétèrent le signal, au* cun ne rexécutalf

Kacontons liiainlenantce qui se passait à bord des vaîsseaax engagés et réduits à lutter œnive des forces supérieures.

Le Formidable combattit trois vaisseaux ennemis, et le brave Linois, opposant pendant sept heures une défense héroïque, reçut six blessures graves avant de rendre le coiih mandement à son lieutenant Brocque, qui se conduisit toiijoais de la manière la plus honorable.

Avant que Linois eût été mis hors de combat, le capitainè de frégate avait déjà eu un bras emporté.

Tout à coup un violent incendie se manifesta sur Isula^

nette ; le feu prit rapidement de graadea proportîoos, et les matelots» abeadonnant leurs pièees, eraignaDl de sauter, demsnd^rent, dk Brocque» que le pavilloD lût ameDé. Gomme lemàtd'aitiiiioiitomlNisar leponff les Anglais eessèrent leur Ira.

L'Alexandre fut canonné sans relâche par les vaisseaux erniernis qui se relevaient autour de lui rt auxquels i^ns in;ii iiis ripostaient vigoureusement. Le capitaine Guillemet n amena flOQ pavillon que quand les manœuvres eurent été coupéesi les voilée déchirées en lambeaux, les vergues rompues, les cmoDS démoDtés, le gouvernail désemparé, 3(^0 hommes lués ou Messésl En oe moment, l'eau montait de 7 pieds dans la cale.

Rest-ait le Tigre à bord duquel l'intrépide Bedout, qui lutrtait contre cinq vaisseaux anglais, reçut trois blessures sur son banc de ({uart, avant d'être porté au poste des chimr» giens, évanoui et perdant son sang.

300 hommes forent tués, 4ftO blessés; le gouvernail lut démomé , la grande vergue ooupée ; les mâts menaçaient ruine; il y avait plus de 8 pieds d'eau dans la cale. Jamais on ne combattit plus héroïquement, et le noble capitaine dit, dans mn rapport, que ses marins furent animés du plus grand en« thousiasme jusqu'au dernier moment.

Alors que ces trois vaisseaux étaient si ohaudement enga-* gés, notre amiral, tentant de vains efforts pour leur porter aecours, prescrivit, au capitaine du Zélé qui s'était mal conduit précédemment, de donner une remorque au Tigre; mais tout fut inutile; chacun ne songeait qu'à gagner le mouillap^e, et Villaret de Joyeuse, furieux, désespéré, ne vit d'autre parti à prendre que de mettre en panne avec sa frégate pour arrêter les fuyards, espérant qu'ils viendraient en travers pour ne pas Taborder.

LeBedoutaIfle donna dans les eoureaux vers 9 heures du matin, et nos ennemis levèrent la chasse.

On reconnut alors, dit l'amiral dans son ra{)port, que les forces anglaises se composaient de 20 vaisseaux, dont 7 étaient à trois ponts.

Cette malheureuse affiùre donna lieu à plusieurs conseils

de guerre. Entre aatm capiCaiiie6) Magnao fax CMoé de m

grade, déclaré incapable de servir.

Le capitaine du Mucius, accusé d'avoir forcé de voiles pour s'éloigner de l'Alexandre, fut déclaré coupable, mais excusable. Celui du Fougueux, pour sa conduite dans la deuxième renoontre, fut oasflé de son grade, déclaré incapable de servir. Ceux du Watligny I du Jean-Bari, des Droits-de-rfiomme traduits également devant des conseils de guerre forait acquittés.

D'autre part, Villaret de Joyeuse et le représenta qL Topsent parlèrent, dans les meilleurs termes, du capitaine Bergerety qui donna des preuves d'un sang-froid héroïque, et citoyen Héron, qui manœuvra si bien la Régénérée, qu'il prit la remoniae de l'Alexandre sooa le feu de Teniiemi, et ne lâcha ce vaisseau que quand les Anglais Veurent complélement cerné.

Ces f'ioges s'étendirent aux capitaines qui n'étaient pas inculpés, à Bedoiit cl Sebire.

Tel fut ce combat de Groix dont les détails sont tirés des rapports les plus dignes de foi.

Serait-il juste de dire que les capitaines qui n'obéirent pss aux signaux de Tamiral agirent par lâcheté? Nous ne peuvons le supposer. Du reste, les conseils de guerre^ comme on Ta vu, furent indulgents pour la plupart. En réalité, chaque capitaine n*eut en vue que le salut de son vaisseau.

Constatons que cet événement est une cruelle leçon d'histoire pour Tavenir, parce que les mêmes circonstances peuvent se reproduire et qu'il est de première importance que nos amiraux ne soient jamais incertains sur la ligne de conduite qu'ils auront à suivre devant des forces incentestaUement supérieures.

Un but ne peut être atteint qu(î l(3r>(|u il est clairement défini, et l'on peut dire que dans les cas les plus graves nos amiraux n'ont jamais au ce qu ils devaient ou ne devaient pas oser.

TourviUe et Villeneuve, pour un sentioMOt d'amourfropre individuel, o'odIhIs pas ftiit détruire deux belles aimées n»^ vales?

tauh-fiOQ Saint-André n'^il pas considéré comme un Mche, parce ' qtt*il sacrifia six vaisseanx, quoiqu'il eilt agi aiiisi, dit-îl» pour se donner les chances plus belles de sauver rimpoitant convoi qu'il avait misnon de protéger et qu'il sauva effectivement?

Le comte de Grasse, au coiiibal des Saintes, pour porter secours à un mauvais vaisseau avarié qui restait de l'ambre, n a-t-il pas compromis toute son armée, amené son pavillon amiral 9 manqué sa mission; n'est-il pas devenu même prisoonierdes .^jiglais, alors qu'en laissant TAjaxà son malheu* lanx sort il eût rallié l'armée navale espagnole et pent-étre écrasé nos ennemis? A l'instar de Villaret de Joyeuse, il prodigua des injures à ses oapiundes, ?ens de noblesse comme lui, et les ai ( usa de n'tMre pas venii> n son secours: ses ennemis, par vengeance, lui répondirent méchamment qu il avait voulu protéger i'Ajaz, parce que ce vaisseau portait ses

Le bailli de Suflk^n, dans les mers de l'Inde, a'a-t-il pas aussi accusé ses capitaines de l'avoir laissé seul avec son

vaisseau, le Héros, jiu milien des forces ennemies, et dans toutes ces amères recrnnirniUujis, ces odieuses réponses, n'est-il pas vrai quil n'y a que vanité, orgueil, un fol orgueil?

£6t-cedonc là le point d'honneur, ce noble sentiment que 001UI ne voolonB pas définir , mais dont nous dirons seul^ saent qtt*ii est la mobile qui iadt battre le cœur des béros, celui qui remplit Tàme de Jean^Bart, Duguay-Trouin, Du« quesne, Nelson, de tous les grands marins, dont les noms resteront légendaires?

En résumé, Villaret de Joyeuse eût pu mieux faire. îScus avons vu que le noble coin le de Grasse se sacritia, lui, son vaisseau, sa réputation, tandis que le chef dont nous parlons ne se sacrifia nullement. A tout pieadre, n'eùtril pas pu se rendre, avec la frégate qu'il montait, auprès du Tigre» lui donner une remorque, essayer de>le sauver ?

Mais reprenons les événements d'un peu plus loin :

11 eAî fallu \\v pas perdre une nanule de temps pendant la retraite, ne point changer de bâtiment pour éviter les retards et parce qu il n'était pas sage de prévoir un combat qui ne

pouvait manquer d*écre fetal. Tous les sijmsoï blartB en lèle de 0iàt, tous le|i mouvements ordonnés ne valaient pas on ordre ainsi conçu :

« — Forcer de voiles vers Groix. Ordre aux meilleurs voi-

« liers de reprendre la remorque des retardataires. ■

Il eût fallu ne pas faire une embardée inutile, ne pas donner un coup de barre sans raison, même pour tirer un coup de canon; ordonner aux capitaines des vaisseaux .mauvais voi«liera de jeter à la mer, pour s'alléger, leurs ancres^ leurs canotS| des vivres, des pièces même, une infinité de choses, suivant une eiprmion femilièrs aux marins de eetie

époque.

Qui ne sait que dans de telles circonstances il n'est pas de petites causes ni de petits effets ?

Nos ennemis n'attaquèrent pas Tescadre de la République dans les ooureaux de Groix, et ramiral, oonvocpiant les oÎBciers généraux à son bord, les consulta sur le meilleur parti à prendre.

La position était critique.

Lord B ri d port avait détaché une forte division pour doubler riie de Groix par le sud et couper ainsi le chemin de Belle- Ile. En supposant que nos vaisseaux eussent été embossés, les ennemis pouvaient venir jeter rancre en dedans de Tlle, se placer sur deux lignes, Tune au large, Fautre à terre de nos vaisseaux, et détruire ces derniers sans qu'on pût espérer d'en sauver un seul.

Chaque minute perdue empirait la position, et les caboteurs qui venaient du large apprenaient que les Anglais recevaient des renforts.

Ciomme il était urgent, sous peine de voir anéantir nos forces navales dans TOcéan, de mouiller en lieu sûr les neuf vaisseaux que nous possédions encore, les Officiers généraux

décidèrent qu'il fallait, ( oùle que coûte, entrer au port de Lorient. On appela les ofOciers de ce port, des pilotes montèrent à bord de chaque bâtiment, et, grâce à un vent favorable, tous entrèrent successivement et dans le meilleur ordre.

Le 35 juin, au matin, 3fi caboteurs chargés de vins, passant sans être aperçus devant rangée navale glaise, é

It fcvenr d'ime'bnime épaisse et d'une belle brise de sud* owU fireot «nssi leur entrée.

Vniaret de Jcqreose, après cette onlheureose croisière, reooimtek demande d'être remplacé dans son oommaDdement.

Avant de terminer ce chapitre, nous donnerons nn récit succinct de la fameuse expédition de Quiberon, qui se faisait à et tic même époque où nos marins étaient obligés de se rélugier dans le port de Lorient.

Les Anglais dépensèrent des sommes énormes pour jeter qoelqoes bntaillons de royalistes snr la presqu'île déserte de cette partie de la Bretagne, presqu'île dont le nom éveille un des souvenin les plus afillgeants de la Bévolution» ou plutét de la Terreur.

Plus de 100 bâtiments furent employés au transport d'un corps de 14 OOÔ hommes, dont trois régiments recrutés, suivant James, à bord des pontons anglaiSi kOÙ artilleurs de Tou- Ion; le régiment Boyal-Émigrant, une centaine de gentils hommes bretons» On pritdeux millions en or, des vhrres, des canons, des armes, pour une année de 60000 hommes. On s'imagina que les paysans de la basse Bretagne se soulèveraient en masse, et Ton subit, il faut ie dire, une amère déception.

Le général Hoche, qui commandait l'armée de i'Ouestdont le quartier général était à Bennes, prit de si habiles dispositions qu'il obligea tous ceux qui descendirent à terre à déposer las armes..

Il promit, dit-on, que les émigrés seraient traités comme des prisonniers de guerre; niais qu'était l'illustre i^cnéral lui-même devant la redoutable Convention? Celle-ci, revenant sur les promesses faites par un homme qui n'avait obéi qu'aux généreux sentiments de son cœur, et revenant d'une manière terrible, fit juger les infortunés émigrés par des conseils de guerre qui condamnèrent à la mort la plupartd'entre eux pour avoir dirigé contre la France la diain de l'étranger, et avoir eux-mêmes porté les armes (1).

(1) Brenton raconte que rAngletarre dépensa 40000000 pour cette «Qtpéditioii que le rai Georges tenta, de bonne fol, pour restaurer les BonilMM sur le trlna da Fmaoe.

tlB ^

Beaucoup d'officiers de l'ancienne marine se trouvèrent compromis dans cette affairo, plus de 800 gentilshommes ftin iii fus il lés dans une plaine auprès d'Auray, et cette plaine est appelée depuis oette époque, par les àabilaote da pays, la Plaine des Martyrs*

Le succès de Hoche lût complet, il s'eoipan, dit Jemesi d*an immense matériel, de 450000 paires de souliers, d*efiéls d'équipement pour une armée de 40 000 hommes, de 6 bâtimeiUs i')i;irL'(\^ de i-himi.

La joie des jacobins tint du délire, et la révolution fut sau» vée encore une fois.

Lord firîdport regagna Plymouth, el sir John Borlase Warren, après le désastre de Quiberon, s'empara de File Dieu, non sans avoir reçu un échec sanglant devant Belle-Ile.

Nos ennemis organisèrent, dans le mois de septembre, une autre expédition pour débarquer des troupes sur les côtes de la Vendée, mais après un long séjour à l'ile Dieu, les royalistes revinrent, en Angleterre sans que le comte d'Artois, qui les commandait, eût jamais osé mettre le pied sur le leiw ritoire de la République.

Pour en revenir à l'escadre de Vîllaret de Joyeuse, sa présence dans le port de Lorient ne fut que très-favorable à la marche des événements, puisque J amiral mit 5 OOO marins à la disposition du général Hoche, ce qui permit à ce dernier de concentrer toutes ses troupes du côté de Quiberon. Nos marins gardèrent les districts environnants, assurèrent la communication du général en chef avec Lorient et contribuèrent ainsi au succès des opérations.

Les vaisseaux furent dirigés ultérieurement par divisions sur les ports de Breàt el de Aochefort.

GROISliRB DAMS LA MÉDlTSRRAHiR.

Le capitaine Ctanteaume.

Cet officier, nommé au commandement d une division, mit à la voile de Toulon, le 40 octobre 4795^ avec la mission de

ëétniûre le oommerce anglais dans l'archipel de la Grèce, et d*esoorter aa large la fr^te ia Sérieuse, capitaine Boiirdé. ^ devait se rendre à Tunis.

La division comprenait :

I vaÎMeaa. le Républicain; i frégates cl 2 Lorvettcs.

Chemin faisant, (iaïUeaunie rencontra plusieurs vaisseaux anglais qui le chassèrent en forçant de voiles et auxquels î! ne put échapper qu'avec peine, en allégeant le Républicain, à bord duquel on jeta à la mer deux ancres de bossoir, quatre canons des gaillards^ 300 quintaux de boia à briller.

Le capitaine Bourdé manœuvra, dans cette circonstance, avec une grande habileté, ce dent le commandant en chef le félicita chaleureusement.

II parait que deux vaisseaux ennemis parvinrent à se rapprocher à pf^tlte portée de nos bâtiments sans que leurs capitaines eussent osé engager le combat. Lorsqu'on fut hors d'atteinte de l'ennemi, la Sérieuse se détacha de l'escadre et cingla vers Tunis.

Dans l'Archipel nos marins eurent à lutter contre de violents coups de vent. La Justice ayant démâté de tous ses mât« ne gagna les Dardanelles qu'à la remorque de la Junon.

Gaiiltaunie, en arrivant devant Sm\ rne, débloqua la division du capitairK" Rondeau, cVst-à-diie la Sensible, la Sardine et leur prise la Nemesis dont on avait pris possession sans coup férir, peu de mois auparavant.

Notre commandant, en apprenant qu'une escadre anglaise de 8 vaisseaux et 4 frégates était à sa poursuite, certain qu'il ne trouverait aucun Heu de refuge dans les ports neutres du Levant, remît en route pour la France avant l'arrivée des ennemis et jeta l'ancre à Toulon, après une heureuse traversée, sans les avoir rencontrés.

Les vaisseaux anglais, sous le commandement du coaimodore Trowbridge, arrivèrent à Mile peu de jours après le départ de nos marins.

Telle fut cette croisière, qui eut de bons résultats, en ce sens qu'elle prouva aux ennemis de la F^nce, dans le Levant,

que notre marine n'était pas anéantie. BHe anf^menta le cpô-

dit de la République près de la Sublime Porte et donna lieu de penser qu'on pouvait encore avoir confiance dans le gouvernement qui dirigeait les destinées de ia France.

Nos marins capturèrent, pendant leurs pérégrinations, une dizaine de bâtiments marchands, en outre de 17 prises foiles avant ranrivée à Sn^me.

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