NOS ÉTABLISSEMENTS DANS LES MERS
fi£ LWDE.
A Pondichéry, le gouverneur Prosper de Clerraont n'avait sous ses ordres que 150 soldats européens, quaod il fut atta-
qué par des troupes anglaises d'une part, et par une frégate d'une autre. II ne capitula qu'après un siège en règle de 23 jours, et les eanemis perdirent, suivant leurs historienSi dans les divers combats qui foreat livrés sous les murs, 93 hommes tués et 431 blessés.
Ghandeniagor, Sarikal, YaaiKm, Mahé iareoi pris sans résistance (4).
Usa de Fk^anca ai da la Réniiian.
Lorsque la Prudente, arrivant de France, apporta la nouvelle de la déclaration de la guerre, le contre-amiral de
Saint-Félix, dont \c pavillon flottait à bord de la Cjbèle, avait sous ses ordres 4 frégates, 4 corvette.
La Cybèle, 40 ; cap. Magou.
Le Fidèle, cap. Tréhouart L*Atalante, cap. de Boiily.
La Prudente, 36 ; cap. Renaud.
La Minerve, cap. Tessan.
Il expédia dans Tlnde le capitaine Magon, qui, prévenant en temps opportun, le gouverneur de Pondichéry de la rupture de la paix, sauva d une caplarc imiiiiaeute les bâtiments de commerce mouillés devant cette ville.
11 réunissait souvent ses capitaines en conseil pour rechercher de quelle manière il était avantageux d'employer les forces navales, et, dans ce cas, émeUait l'avis qu'il ne fallait pas, pour la protection des convois, laisser sans défense la colonie que les ennemis pouvaient attaquer.
Pourtant, dans le mois de juin 1793, le conseil de marine décida que les bâtiments marchands partiraient en convoi, sous l'escorte de l'Atalante, commandée par M. de Rosily ; que les autres frégates croiseraient au vent de Tile, et que des corps morts seraient établis dans les baies, afin que les bétiments pussent s'y touer en sûreté.
Les négociants ayani demandé une deuxième frégate d'escorte, Tamiral s'y opposa formellement, à moins d'une nou-
(1) Ln çouvernenr de Calcutta eut connaissrînce de la dtelmtioa de ia guerre le l*' juin 1793, c'estrèHiire aprôs 110 jours.
ve!îe réquisition du commissaire du j2;ouvernemenl, et, à ce propos, de vives discussions s'élevèrent dans le sein de rassemblée coloniale, où les agitateurs, le dénonçant comme traitre, demandèrent sa destitution, parce qu'il refusait de protéger le convoi, même de croiser avec les frégates, pour rester au mouillage sous prétexte de déléndre Ttle.
L*amiral répondit qu'on ne désirait le voir partir en croisière qu'aux dépens de l'intérêt général de la colonie, laissée sans défense, et dans celui des corsaires et de leurs armateurs, charmés de trouver ia mer libre aux environs de l'île.
En définitive, on convint que le convoi ne partirait plus, et SttiDtrPélix promit d'aller croiser avec ses frégates, approvisîonnées des vivres des bâtiments marchands.
Malheureusement, à peine de retour à son bord, il écrivît au ministre de la marine qu'il s'était laissé entraîner à un plan de rampni:!^' ridirulo, préjudiciable aux iiilf'nMs de la colonie ; puis, revenant sur ses promesses, rendit compte que les frégates resteraient au mouillage.
On comprend que ses ennemis ne manquèrent pas de lui adresser de vife reproches : ils demandèrent de nouveau sa destitntion, recensant d*avoir manqué à ses engagements, de s'être emparé des vivres des bâtiments marchands sous prétexte i\r jiiendro la mer, etc., etc.
Ayant assemblé ses marins, Saint-Félix leur raconta ce qui s'était passé, donna lecture des instructions qui lui enjoignaient expressément de défendre Tile, et leur dit qu'il s'était laissé entraîner à promettre une chose qa*il ne pouvait tenir.
Tous, en l'approuvant, jugèrent que la division devait rester au mouillage.
En dernier lieu, il consentit à désigner une deuxième frégate pour l'escorte des bâtiments marchands, qui partirent pour France le 7 octobre 4793, sous le commandement de M. de Rosily. Les frégates désignées étaient l'Atalante et la Fidèle.
Le contre-amiral fut ultérieurement dénoncé comme entretenant des correspondances secrètes avec les A^l^lais, rt les capitaines de commerce demandèrent sa deâlitutioa comme
celle de tous les anciens gardes*marine* Ayant refusé fonnel* lement de se démettre de son commandement, il chercha un refuge à la Réunion, mais on Vy poursuivit, et le général de
Malartic, qui s'intéressait à lui, ohùin heuî cusement qu'il fùl emprisonné snns être jugé, ce qui le sauva d'une mort certaine. En eOet, les modérés, ayant ensuite triomplie des jacobins, le renvoyèrent en France, où il eut le bonheur d arrinver après la chute de Boheapierre^ ce qui prouve qu'à une époque de révolution il est bon de gagner du temps.
Magon de Médine, qui prit le commandement de U station, fut également mis en prison par les patriotes, mais ces derniers, reconnaissant ensuite son innocence, lui rendirent la liberté.
Dès le commencement de la guerre, les Anglais, augmentant leurs forces dans les mers de llnde, noos devinrent supérieurs*
Dans le mois de mai 4794, deux frégates et deux vaisseaux
bloquaient étroitement les côtes de Tile de France et gênaient beaucoup le eoiiiiiierce. Le Duguay Trouin, ancien vaisseau de la conipagnin des Indes, que nos ( orsain s avaient capturé et que M. deMaiarticavaiifaitarmer en guerre, fui réduit après un sanglant combat dans lequely suivant James, nous eûmes âl hommes tués et 60 blessés.
A cette époque, Renaud commandait une petite division composée des frégates la Gybèle, la Prudente, et du brig le Coureur, qui se trouvaient au mouillage de Port-Louis.
Ayant reçu 1 ordre de prendre la mer, pour combattre le Diomède et le Centurion^ tous deux de 50 canons, qui croisaient devant rile, il appareilla ie 12 octobre 4794, en compagnie du corsaire le Jean-Bart, et ne tarda pas à reconnaître les ennemis à 10 lieues dans le sud-est de l'ile de la Passe.
U se dirigea immédiatement de leur cAté| arbora le pavillon de la République vers 4 heures de l'après-midi, et commença le feu, qui devint bientôt général. Nos frégates, placées sous lèvent, éprouvèniii des avaries, de sorte que Renaud, qui montait la Prudente, laissa porter, veis 4 heures 30 minutes, pour faire quelques réparations indispensables, avec T intention de revenir immédiatement recommencer ie combat.
Gomme il désirait qu'on imitât sa manosavre, il ea âl le signal & ses capitaines.
Ceux do Jean-Bart et da Gourear s'y oooformèrent, mais Tréhouart resta seul aux prises avec le (knturim^ d'autant que, la brise ayant molli tout à fait, il ne put être secouru par les autres bâtiments. Ce ne fut qu'à 5 heures 25 qu'un faible souffle de vent lui permit de s'éloigner de son redoutable adversaire, contre lequel il s'était battu bord à bord.
Nous eûmes, suivant James, 15 hommes tués, 20 blessés à bord de la Prudente ; 22 tués, 62 blessés à bord de la Cybèie. De leur c6té, les Anglais eurent 3 hommes tués, â4 blessés.
La Prudente fut démâtée de son petit mât de hune; le Centurion le fut de son mât d'artimon et de son petit mût de hune; le gouvernail fut gravement avarié.
Nos marins rentrèrent à Port-Louis aux acclamations de tous les habitants^ auxquels ils venaient de rendre un service signalé, puisque les Anglais levèrent le blocus et que le commerce put être repris sans être inquiété.
Le Hyr, maître d'équipage de la Pradente, atteint par un biscaïen au talon, répondit à ceux qui l'invitaient à descendre :
• Non, non, j'ai juré de mourir a mon poste. »
Un instant après, un boulet frappa murteileuient ce di^ne serviteur qui était le soutien d'une nombreuse famille et avait 27 ans de service.
Le matelot, Sixte Brunet, ayant eu le poignet coupé par un boulet, continua de refouler, le visage à peine altéré par la douleur, et ne quitta son poste pour aller au poste des chirurgiens qu'après avoir terminé l'opération.
La Convention décréta que les patriotes de 1 ile de Franco et d<' la Réunion, les marins de la Gybèle et de la Prudente avaient bien mérité de la patrie.