‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 36 sur 71 · K08 CORSAIRES DAHS LES MERS DE L'INDE · texte numérisé non relu

K08 CORSAIRES DAHS LES MERS DE L'INDE

Les agents Baco, Brunei adressèrent au Directoire un rapport dans lequel on lit que les armateurs de la colooie armè-

reot, depuis lo oommenoemeDt des hostilités, S8 corsaires qui firent sur les Anglais des prises d*UDe valeur de 150 millions de francs, il est donc vrai que nos marins inquiétèrent le

commerce des ennemis dans les mers de l'Inde, mais nous n'avons pu trouver les doruments nécessaires pour raconter leurs principaux faits d'armes.

Nous parlerons seulement de deux capîtaineSi dont l'un a laissé un nom célèbre qui reviendra souvent dans le cours de cet ouvrage.

Le TengeuTi cap. Gorosin.

Le 22 janvier 1794, ce corsaire, qui naviguait de conserve avec un autre capitaine dont nous ignorons le nom, soutint un combat sanglant contre deux vaisseaux de la Compagnie armés en guerre, le Non-Such, 64, et le Britannia, 64. Les nôtres ne furent réduits qu'après que 37 d'entre eux eurent été tués ou blessés. Gorosln lui-même fut mortellement blessé.

L'£milie, cap. Sarconlt

Dans l'été de 1795, ce célèbre Malouin commandait la goélette 1 Emilie, de 2 canons et de 32 hommes d'équipage.

Ayant pris hi [iici jiour cr )iser à l'embonchure du Gange, il captura trois bâtiments anglais et un bateau-pilote dont il prit lui-même le commandement.

Chemin faisant pour opérer son retour, il amarina un qua* ^ trième navire chai^ de 6 000 sacs de riz.

Le lendemain, apercevant un vaisseau de la Compagnie, armé de 26 canons, qui paraissait avoir un nombreux équipage, il se jugea perdu, lui, ses marins, et les richesses conquises, s'il ne payait d'audace, en enlevant, à main armée, avec les 26 hommes déterminés qu'il avait à bord de son bateau-pilote, le redoutable adversaire qu'il ne pouvait fuir (I).

(1) Il n'est pa& hors de propos de donner ici le portrait fidèle du célâbre capitaine et nous emprunterons les détails suivants à Game»

SurcoulTarbora pavillon angtaîs, arma aesmarîns jusqu'aux

(leiild , désigua sa besogne à chacun d'eux et aborda lésoiù-

my, l'im des acteurs de ce drame héroïque et qui s'est fut un nom honorable, en qualité de peintre et d'écrivain.

■ Snroeoff, dit-il» était vigoureusement charpenté. Ses yeux, petits, < hriUants^ étaient un peu Ibuves, son visage couvert de taches de 9 rousseur, soQ nei un peu aplati : ses lèvres minces s'agitaient sans

• repos. C'était un compagnon d'humour joyeuse, brusque et diseur « de bonnes vérités, ce que les matelots appellent un bon b »

L'ennemi était 1?^, il n'v avait plus à hésiter, et, sous ]>oine d'aller végéter sur l«^s poiuuiis anglaiî», il fallait l'enlever ii i abordage en jouant iHio partie désespérée. Surcouff réunit son équipage autour de lui. il luterrogea chacun de l'œil, dit Garneray, et il acquit la certitude d'un oui approbatif.

Noua avons a; jà décrit un branle-haade combat à bord d'un vaisseau de la Bépublique ; nous donnerons loi, d'après les mémoires médita de Garneray, les détails d'une semblable opération à bord du corsaire malouin.

 la mine de Surcouff, aux mouvements expressifs de sa tête, chaque frère de la côte a déjà deviné ce dont il s'agit même avant qu'il n'eût parlé. II semble que son enthousiasme exhale une énergiOf au espoir de succès (jui se communique.

Voi(-i les discours que Garneray prête au héros.

« Voulez-vous? hein? Il est fort, mais il est endormi ; jamais « nous ne retrouverons ce que le sort nous oITre. Merci do la trou- « \aille! Je parie ma lôte ([u'il est à nousl Et, s'il est à nous, mille

• bombes, notre foriuuo est faite ! •

Il y eut un oui dont Surcouff s'efforça de la main de tempérer rédat

• Alors, silence, dit-il, avançons-nous et soyons prêts. »

n désigna 6 hommes qui ne devaient pas le quitter, donna tes ordres nécessaires pour aborder Tennemi sous le vent, puis oon» tinua.

« Écoutes-moi bien, vous antres, nous sommes enfonct^s, si nous

• manquons notre coup, tandis que, pour réussir, il faut seulement « que chacun de nous tue son homme, je réponds du mien; armés c ronirae nous sommes, ce n'est jms diflicile.

' bitôt sur le pont de l'Anglais, d'ubord pas de repos, pas de (juar-

• Lier, à mort! Il nous faut les bourUwgiier et tout doil su passer ra- « pide et saus bruii, alla que ceux qui dorment u'aieulpas le temps I de s'éveiller. En cin({ minutes, Ut victoire est à nous. Dans la der- « Imgue (destruction) il y aura du poil à héler pour tout le mande,

• peut-être bien du regingo (revers), mais, c'est égall D'ailleurs, la t premier coiodiard qui iigîmaïaa (tâcha qui Ihiblit)» mille haasbesi

ment le vaisseau de la Compagn ie . Nos hommes se p réc i p itèrent sur le pont le sabre et le pistolet au poing; notre corsaire tua lui-même le capitaine aoglaiâ. 11 profita du désordre iosépanible d'une attaque de ce geure et resta maître du bà^ Ument.

Quant au bateau-pilote, Suroouff rabandoona en montant à

bord, et, à ce sujet, Gameray s'exprime en ces termes éloquents :

. — Vogue maintenant à l'aventure, petit Hasard I Sur- « GOttff t'a repoussé du pied, toi l'échelle dont il s'est servi « pour monter à son plus baut renom I Tu es vide et < seul (4) sur les flots, tu n*es plus rien, ta mission est

• remplie. »

L'Émilie fit son entrée à Port-Louis, pavoisée comme en un jour de fiHe, cinglant en tète d'une flottille de prises. Nos marins furent salués par mille acclamations de joie, d'autant plus sincères que par un bonheur providentiel ils fournissaient à la colonie une immense quantité de ris et autres denrées indispensables.

il est pénible de dire que les agents du Directoire contestèrent à Surcx)uff la validité de ses prises par la raison que rËmilie n avuil été armée que commercialement, c'est-à-dire pour sa défense.

En conséquence, tout fut vendu au profit du trésor.

Le Malouin, ne se tenant pas pour battu, adressa de nom^ breuses requêtes au Directoire, et parvint, après plusieurs années de soUicitationi à rentrer en possession de ses tures,

• je le déclinoque! Mais, après le détructitus (la mort) des ennemis^

• rapiamna sur le banr génénl, et une loia le poitefUx dans le « trou du (^fiupon! oh alors, alors! >

Ici Surcouff Ait une deecription éloquente de toutes les jottisBances qui attendaient les marins à nie de France.

Ia haransue produisit sur ces hommes, dit Gameray, un effet gai* vaniqoe.

« Hourra! » crièrent les vingt-cinq frères de la côte.

« Hourra î » il;^ rloulfaient il»* honfieur! (Extrait de Garx-fray.) (1) fronce niariUmet 1** vol. (Première course de borcouiT.)

A Tavenir, nous le verrons mieux eo règle avec Tadminisùition, et aussi heureux dans ses entr^rises*

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