LA MARTINIQUE
Nous UTons vu que Lacrosse arriva devant la Martinique, maïs que, traité comme un aventurier, obligé de reprendre
le large, il se rendit à Sainte-Lucie.
Ro*^ liambeau, ^conduit pareillement, avait fait route pour le Cap, où les commissaires du rni le noramèrent, provisoirement, gouverneur de Saint-Domingue, apr^s la destitution du générai d'Ësparbès. Une maladie grave l'ayant forcé de se démettre de ses hautes fonctions qu'il n'avait acceptées que contre son gré, il s*embarqua malgré les vœux des habitants auxquels il avait eu le talent de plaire, et se rendit à Saint- Eustache, puis à la Guadeloupe, où il apprit que Béhague avait pris la fuile, que le pavillon Incolore flottait partout à la Martinique.
Cette colonie était gouvernée par un conseil exécutif de quatre membres, sous la présidence de La Roquc-Montel.
De la Guadeloupe, où il se rencontra avec Sabathier, Rochambeau se rendit à la Martinique, dont les habitants l'accueillirent fort bien.
La Boque-Montel se félicita justement d*avoir rendu h la France celte belle colonie, où chacun, désoi uiai?, se munUait animé des plu^ purs sentiments de patriotisme
Le premier acte de Rochambeau, en prenant possession de son gouvernement, fut de dissoudre rassemblée coloniale, afin de briser les résistances qu'il eût peut-être rencontrées de ce côté.
Les patriotes, désormais influents, organisèrent des sociétés populaires dans le genre de celles des grandes villes de
France; les églises servirent de lieu de réunion, la loi relative aux émigrés fut publiée. On rédigea des adresses à la
Convention pour la féliciter de la coodamnation du roi. On jura de défendre le sol de Tile contre les ennemis de la Bépnblique, de rester fidèles aux principes de la révolution, et comme la guerre était inuninente, qu'il était à craindre de
voir les vivres manquer dans l'Ile, les ports furent ouverts aux neutres.
Cependant, malizic le départ de Béhaîrup, le parti des planteurs releva la lète. Parmi les fougueux partisans qui le dirigeaient, on distinguait Percini qui avait eu l'honneur de tenir téteàDugommier.
« » Si dans cent ans, disait*il| on foisait choquer mes os, « ils diraient encore : Vive le loi. >
La guerre civile se renouvela, mais avec un caractère politique. Le chef de division de RivitTe, qui exécrait les républicains, mit sa frégate, la Calypso, à la disposition des royalistes des autres iles pour l^s débarquer à la Martinique, et donner ainsi des renforts à Percin, qui tenait toujours dans les mornes de l'intérieur.
Lorsque la guerre fîit déclarée à TAngleterre, nos ennemis conçurent le dessein de s'emparer de la colonie, augmentèrent leure forces navales dans les mers des Antilles, et prueat leurs dispositions d'attaque.
Dans le printemps de 4793, le contre-amiral sir John La Forey s'empara de Tabago. Le cootre«mirai Gardner, qui lui succédât reçut des instructions pour diriger une attaque sur la Martinique.
Ce fut à cette époque que Rochambeau commença ces expéditions, a la suile desquelles il put se vanter, non sans rai* son, d'avoir conquis 1 ile à la France en face des Anglais et des royalistes. Comme il ne disposait que de 700 honnnes de troupe, il abandonna ses communications avec SainU^Pierre pour mieux se concentrer.
Lacrosse, qui avait remis le commandement de la Guadeloupe au général GoUot, se trouvait à Fortr^oyal avec la firégaie la Félicité, dont les marins coutribuèrent aux cxpédi* lions.
Le 9 mai, on aperçut la flotte anglaise composée de 4 vais-
seaux et de plusieurs autres bâtiments^ dont le Fenneide 74, 8008 lee oidroB de M. de Rivière.
fiocbambeau, s'aperoevant que lee ennemis agissaient avec ditODspection, résolut de profiter de leurs feutes, disposa tout pour atlaquci viL^oureusementPercin et tenta de l'acculer iur les pitons du Carbet et de la Case-navire. Les mulâtres BelloL'aîde, La Corbière, La Rochette, L'Enclume, Robert firent merveille, chaque fois que les troupes marchèrent en avant et prirent l'offensive.
Dans le but de rétablir ses oommunicattons avec Saint- Pierre, il voulut s'emparer du camp des royalistes* Prenant lui*méme le commandement de !a colonne de droite, il atta* qua le Morne-VeiL-Pré, s'établit au pied, devina l irrésolation de ses ennemis, et les poussa, de poste en poste, jusqu'à une demi-lieue de leurs positions, dont il remit la prise au lendemain. Ayant appris, en ce moment, que Percin avait évacué, fl se retira paisiblement en arrièroi après s'être emparé de 33 canons, des vivres» des munitions, des approvisionnemenls. n ne perdît que 27 hommes tués ou blessés.
Les marins de la Félicité contribuèrent au succès de cette expédition. On dit que 1 on se battit pendant qucUre heures, à petite distance, dans les haziers, que les plus adroits créoles visèrent Kochambeau sans pouvoir l'atteindre, quoiqu'il fût remarquable par son uniforme de général.
L'escadre anglaise qui s'était éloignée parut de nouveau en vue le 18 juin 4793, et nos ennemis prenant terre peu de jours après, au nombre de 9 000 hommes, sous les ordres du général Brown, s'établirciil aux liabiutions Decasse etSaint- Omer. Rochambeau, en se rendant à Saint-Pierre, visita minutieusement" les lignes de défense du côte du Cnrbet; il apprit que les Anglais devaient attaquer ces lignes dans la journée du lendemain ; mais, prenant la résolution de les devancer, il les fit assaillir, en pleine marche et à nuit close, par le mulâtre Jacquet, qui les mit en déroute complète*
Le commandant de l avant-garde ennemie perdit la vie, le désordre se mit dans les colonnes que nos soldats accueillirent par des décharges meurtrières, et qui s'empressèrent de battre en retraite.
Celle rencontre eut lieu dans la nuit du 16 juin, cl M. de Rivière prétend que les siens se fusillèrent rédproquemeot, ce qui porta le désordre à son comble.
Dès lors Gardner réembirqiui ses soldats et partit^ abandonnaiit eeux qui se maintenaieni encore dans Flntérîeiir.
Perciii, avec une généreuse indignation, lui reprocha, diton, sa conduite, en lui faisauL savoir qu ii déshoimrait sa nation, et l'amiral, revenant sur le parti qu il avait pris, mil ses ressources à la disposition des royalistes qui, tous, quittèrent cette ile, où désormais ils n'avaientplus que des malheurs en perspective.
Rodiambeau, ne profitant pas de ses avantages par huma*
nité, donna le lemp.s à chacun de fuir.
Dans cette importante rirconstancc, ce eénéral fil preuve d'une grande habileté, d une science de la guerre qui font sa gloire.
La nooveUe assemblée coloniale prit le nom d'assemblée représentative. Un tribunal révolutionnaire fut organisé. On proclama Tabolition de l'esclavage»
M. de Rivière livra aux Espagnols le vaisseau le Ferme et
la frégate la Calypso.
Cependant on ;i[)|tril bientôt que les Anglais pi épuraient une deuxième expédition, et on ne négligea rien pour ieur résister avec avantage, il n'y avait alorsdans File qu'un corps de 600 hommes, soldats ou miliciens» mais les nouvelles que l'on recevait de Paris enflammaient les courages, et les jacobine d'outre-mer désiraient ne pas rester inférieurs à ceux
de la iiiélrupole.
Le vice-auiii al Jervîs, parti d'Aneleterre avec une escadre de 3 vaisseaux, M frégates, plusieurs transports sur lesquels les troupes prirent passage, séjourna près d'un mois à la Ja* maïque, termina ses derniers préparatifs, puis parut en vos de la Martinique, le 9 février 4794, avec 5 vaisseaux, S frégates, 4 corvettes et S transports. Les troupes étaient placées sous le commandement de sir Charles Grey.
Rochambeau laissa aux habitants de Saint-Pierre le '-oiiide d( fiMidi e leur ville; il établit Bel Icgarde à la irinilL", et resta de sa personne à Fort-Aoyal, lorsque, peu après, nos enne*
mis, au nombre de 6 000 hommes, debarquèfeul bur trois points différents et envahirent l'Ile.
On dit que les habitants de Saint-Pierre, commandés par Ëdouard Meunier, opposèrent une résistance énergique au Moroe-Rouge» mais leur courage ne retarda que d'un jour la prise de la ville ouverte de tous les côtés. Bellegaide, ayant fiut défection, reçut pour prix de sa trahison, suivant le témoignage de Rocliambeau, la soumie de 200 000 livres sterling.
Les batteries de la Case-navire furent bien servies, mais les Anglais s emparèrent de la Ûùte la Bienvenue, et mirent des pièces en batterie sur la côte est du carénage.
Le SO février 4794, tontes les troupes marchant en avant envahirent Fort-Royal. Rochambeau» battant en retraite sur la demande de ses officiers, se renferma dans le fbrt Bourbon, seul point où le pavillon de la République flottât encore, défendu par 600 hommes à peine, dont 460 marins de la Bienvenue.
La position était critique* Lorsque sir Charles Grey somma de mettre bas les armes, notre général laissa ses hommes libres de se retirer en de rester avec Ini ; 3i0 d'entre eux ayant accepté de continuer la lutte, tous jurèrent de défendre
le fort jusqu'à la dernière extrémité, et, dans leur nombre, on distinguait uiadame du Tilly, femme d une grande beauté, qui resta toujours fidèle à la fortune du général.
Les Anglais disposèrent des batteries pour le bombardement, montèrent des canons sur les hauteurs de Sourière, opération pour laquelle ils eurent à surmonter de grandes difficultés, et commencèrent le feu dans la journée du 7 mars.
]>e temps en temps, nos hommes opéraient des sorties et engageaient des luttes sanglantes dans lesquelles se couvrit de gloire le mulâtre Pelage, qui devait, plus lard, se faire un nom. 50 hommes furent tués ou blessés; Rochambeau reçut lui-même une blessure assez sérieuse.
En8n, après 32 jours d'un bombardement continU| notre général consentit à signer une capitulation.
Gfand'Maison, créole patriote, qui s'était distingué par son énergie, et madame du Tilly obtioieatde prendre passage sur
le même bétimeot que Bochambeau. On stipula que les vaincus sortiraient du fort les armes chargées, les enseignes déployées, (ju ils préteraieat serment de ne plus servir contre TAngleterre.
Rochambeau libéra 1 334 mulâtres ou n'^'-Tes dont il avait fait uo bataillon* 11 demanda que le prix de leur liberté fût remboursé par la République* Il fit les plus grands éloges des marinscanonniers qui avaient servi sous ses ordres, cita particulièrement le colonel Mestre, de Tartillerie, les lieutenants Fermond etDesmarots, son aide de camp, d'Auœurt.
11 se plaignit anièremciit de l'abandon dans lequel le imnistre de la marine 1 avait laissé, et assura que les Anglais n'auraient pas pris la Martinique si quelques renforts y avaient été dirigés.
James avoue que ses compatriotes eurent hommes tués
ou blessés dans les diyers combats qui furent livrés.
Rochambeau rendit compte que le capitaine Lacrosse lui demanda, dans le mois d'août 4793, de partir en croisière. Il prit la mer avec la Félicité, mais fit route pour la France et ne reparut plus. Le général ne déguisa point son mécontentement» d'autant que ce capitainci avant de partir, avait dégarni les bâtiments marchands de leurs meilleurs marins pour renforcer son équipage.
La Martinique fut rendue à la France lors de la paix d'Amiens.
hk GUADELOUPE.
Nous avons vu que le colonel d'Ar i ot, suivant la ligne de conduite de M. de Béhague, arbora le pavillon blanc.
LaCionvention le décréta d'accusation, nomma des commissaires pour le remplacer, et autorisa les patriotes expulsés à retourner dans leur lie aux f^is de l'État.
Les hûbiuntsde la Pointe-à-Pître appelèrent, pour les gouverner, le capitaine de vaisseau Lacrosse, qui, n'ayant pas pu
aborder à la MàrtlDîqiie, se tenait à Sainte-Lucie. On le salua, dit'On, à son arrivée, de mille acclamations. La frégate la
Félicité portail un bonnet rouge en tête de son grand mât, et le premier acte du nouveau guuvcrneur, en mettant pied à terre, fut d'eiiibrasser un nèiire.
Le colonel d' Arrot, et tous les partisans de la contre-révo* lotion, prirent le sage parti de gagner l'île de la Trinité.
Son successeur mit le séquestre sur les biens des émigrés et du clergé, changea les tribunaux et la municipalité.
Sor ces entrefaites, le général Gollot, nommé commandant militaire, arriva de Saint-Domingue. Lorsqu'il apprît ce qui s'était passé, il demanda simplement d'habiter l'ile en citoyen, au lieu de faire valoir ses titres, en sorte queLacrosse, qui s'acquittait de ses fonctions au gré de tous, continua de gouverner*
Peu après, le généralyse ravisant, désira que la commission générale qui avait nommé Lacrosse au gouvernement fftt convoquée pour vérifier ses pouvoirs. Ce dernier s'y prêta
volontiers, mais les habitants refusèrent de reconnaitre lu nouveau commandant militaire, qui n'obtint d'entrer eu foQGtions que sur l'ordre exprès de Rochambeau.
Lacrosse, pendant les deux mois de son administratioUi s'attira, dit-il, la haine des aristocrates, qui lui reprochèrent d'avoir ouvert les clubs, propagé les idées révolutionnaires, invité à sa table des hommes de couleur, toléré les chants patriotiques.
Sir Julin Jervis, s'étant porté sur la Guadeloupe, après avoir pris la Martinique, les troupes anglaises débarquèrent au Gozier le 44 avril 4794.
GoUot, qui n'avait sous ses ordres que 700 hommes, dont 400 canonniera marins, les seuls sur lesquels il pût compter, dltril dans son rapport, donna des ordres pour occuper tous les défilés qui conduisent de la Gapesterre aux Trois-Rivières, et s'établit lui-même au premier de ces points.
MalliLUieusement, personne ne voulut se battre. Chacun craignait pour ses propriétés et ses cultures. On prévoyait ausai| sans dontOi que la résistance n'aboutirait qu'à retarder
le moment de la lapiuiialion, et le général se plaignit d avoir été aban'lonné de tous.
On le supplia de répoodrc» favorablement aux sommations des Anglais; il en reçut même ia réquisition formelle de toutes les autorités coDStituées, et capitula le 24 avril 4794.
Les Anglais disent que le fèrt Pleur-d*Épée fut pris d'assaut le jour du débarquement ; que 67 hommes furent tués, 55 blessés, et que nos ennemis perdirent un nombre égal d'hommes. Le tïénéral Collot ne nient ion ne pas cette défense dans le long mémoire qu'il a publié pour se justitier.
Les troupes anglaises se retirèrent sur les bâtiments de Fescadre de sir John Jervis, et le major général Dundas resta dans la colonie, en qualité de gouverneur.
En entrant en fonctions, il donna pleine satisfiiction à tous ceux qui avaient souffert de la révolution ; les patriotes furent })oursuivis, incarcérés, bannis; ta teneur réj^na de nouveau dans l'ile; les sentiments de haine et de vengeance la rendirent plus triste encore, et ce fut, ainsi qu'on Ta nommée» une terreur blanche.
Cependant la Oonvention nomma, en qualité de commissaires à la Guadeloupe, Victor Hughes et Chrétien, qui partirent de Rochefort le 2:^ avril 1794, avec une division de 2 frégates, la Pique, la Thétis, d'un bri? et de 5 transports, sous le commandement du capitaine de vaisseau de Leissègues. 4 250 hommes de troupes, que commandaient les généraux Aubert, Cartier, Rouyer, prirent passage sur les bfttiments.
Ces commissaires étaient porteurs du décret qui supprimait
l'esclavage.
Arrivés devant l'île ù\)rbs une heureuse traversée, ils apprirent que les Ariglai^ étaient maitros de la colonie: mnis on leur dît aussi que le gouverneur Duiidas était mort, que la garnison avait beaucoup souffert des maladies du pays, et ils résolurent de continuer leur mi6sion,de débarquer les troupes, de conquérir le pays et de s'y maintenir, en Âiisant un appel général à tons les partisans de la révolution.
ISouâ raconterons les exploits de cette poignée de braves, et
nous verrons se dérouler, dans les pages suivantes, les pius émouvants épisodes de la chronique des Antilles.
Avant d'approcher du rivage, Victor Hughes et Chrétien, s'étant rendus à bord de tous les bAtiments» passèrent Tin-
spection des marins et soldais, leur communiquèrent leurs desseins, exaltèrent leur courage el leurs seutimouU palrio* tiques.
Le 2 juin 4794, le débarquement eut lieu à la Potnte>aux- Salines et Ton résolut d'enlever d^assaut le fort Fleurd'Épée, que commandait le lieutenantrcolonel Drammont et qu'occupaient» suivant James, S60 Anglais, sans compter ISO royalistes français. Hais ceux-ci croyant qu'ils auraient facilement raison des républicains, et ayant demandé à faire une sortie, furent pris, dit-on, d'une panii^ue véritable et s'enfuirent à travers champs.
Nos soldats, donnant l'assaut dans la journée du 6 juin, enlevèrent successivement tous les ouvrages.
Victor Hughes rendit compte que son collègue Chrétien, le plus estimable, le plus honnête des hommes, se distingua, dans cette circonstance importante, à la téte des assaillants.
Le sergent Dépouille entra le premier dans le fort, où II reçut 24 coups de baïonnette dont il mourut peu de jours après; le chef de bataillon Boudet, qui conduisait une colonne de 200 marins, contribua puissamment à fixer la virtoirc.
On est loin d'être d'accord sur l'importance des forces qui se trouvèrent en présence. J'ai donné plus haut tes chiffres dtés par James; Victor Hughes avoue, de son côté, que nous eûmes 95 tués ou blessés, que les Anglais en eurent 300 et que les royalistes étaient au nombre de 4 200, sous les ordres du comte de la Chapelle.
11 est donc dilVn ile de démêler le vrai, cl, s'il faut faire une kH»nne part à l'imagination du commissaire marseillais, on doit en faire une plus large encore au froid et partial historien britannique.
Le colonel I>FammoDt, ayant sncceseîvement évacué les * points fortifiés de la Pointe-^-PItre, se retira à la Basse-Terre, nous laissant en possession de la partie la plus importaole
de rile, do 87 bâtiments chargés de diverses denrées, de ma-
gasil» immeiMes pleins cte marchandiseB que les Anglais avaient confisquées.
Ce n e lait pas tout d'avoir conquis ce pays, il fallait le
conserver.
Nous avons dit avec quel courage se oonduisil Chrétien à Tassant du fort Fleur-d*Epée; tous ceux qui ont écrit Thistoiredela Guadeloupe ont honoré sa mémoire, en disant que,
s'il avait vécu, son collègue n'eût pas commis toutes les atrocités qu'il jugea nécessaires. On s'imairine à plaisir que r homme honnête, courageux est en même temps bon et juste.
Malheureusement, Chrétien mourut de la fièvre, et Victor . Hughes resta seul sur ce théâtre sanglant, où il allait avoir
besoin de toute son énergie, de son indomptable courage, de la haine inipl.icable qu'il pKifi'ssait contre les Anglais et les ennemis de la révolution pour mener à bouue tin ses entreprises.
Sir John Jervis ne tarda pas à se présenter devant Ttle avec
son escadre, débarqua de puissants renforts et disposa Uiut pour reprendre possession de la Pointe-à-iHlre.
On ne négligea rien pour lui tenir téte; Victor Hughes, qui avait été matelot dans sa jeunesse et avait conservé de cette époque de sa vie un grand respect pour les officiers de marine, plaça toute sa confiance dans le capitaine de vaisseau
Leissègues, dont il avait éLc 1 iiùlc, pendant la traversée, à bord de la frégate la Thétis, et le chargea de la défense des passes.
Ce capitaine fit entrer tous ses bâtiments dans le port de la Pointe-à-Pitre, coula de vieilles carcasses, établit des eslacades, plaça des pièces de canon à terre, aux endroits les plus fttvorables, disposa tout enfin pour se rendre inattaquable. La Thétis et la Prévoyante furent embossces devant la pointe Saint-Jean; quatre canonni^^es étaient prêtes à se porter partout où besoin serait; les bâtiments firent à peu près dé* sarmés; on organisa des bataillons de marins que comman* daient le capitaine de vaisseau Frémond, les officiers Destousses, Despoges, Dubourg, Dufour; les postes les plus
importanta forent donaés à GoosaUf Merlet, Danet, Eficubtr, Betudoumi Seney.
Victor Hughes donna dee armes à 500 nègres, qui se battirent passablement et lui restèrent toujours dévoués.
Enfin il écrivit au comité de saluL public, annonça les succès qu'il avait obtenus, et demanda, roinme renlort, l'envoi de 4 vaisseaux de guerre et de 8 bataillons.
Sir John Jenris parut devant la ville le 44 juin 4794, avec son escadre de 6 vaisseaux^ ISfr^tesou corvettes, 46 transports, et débarqua au Gozier les troupes ainsi que le matériel de siège.
Nos ennemis, après avoir établi leurs batteries, bombardèrent le fort Fleur-d'Épée, parce qu'ils n'os^^ent l'attaquer. Le feu dura 4 5 jours, et peu après, ils réussireat, dans une attaque de nuit, à d^usquer nos soldats du morne Mascotte, sur Jeqnd ils se retranchèrent.
Victor Hughes, désirant les chassw de ces bonnes posi* lions, leur fit livrer à plusieurs reprises des assauts sanglants, Bans pourtant obtenir de résultats satisfaisants. Nos i)ertes furent très-seosibies, puisque nous eûmes 440 houuues tués ou blessés.
Dans ces rapports, écrits avec une impitoyable sévérité, œ commissaire se plaignit, en termes durs, des généraux qui commandaient les troupes.
11 donna des éloges mérités au chef de bataillon, Boudet, « héros modeste, dit-il, autant que brave, » et s'expi iina avec mépris sur le compte d'un gênerai, à la pii^^illanimilé duquel on dut deoe pas vaincre, suivant son opinion (4).
Dans ces circonstances, les soldats et les marins se battirent avec un grand courage; les mousses eux-mêmes, marchant en avant, se firent tuer sur les palissades de Tennemi.
Après ces deux assauts malheureux, un armistice fut signé pour enterrer les morts, dont on compta 800, sur lesquels il y avait, dit Victor Hughes, ôOi) Anglais.
(1) BuUeiin des kù (11 septembre t7S4). La Convention décréta que les conqutaats de la Guadeloupe avaient bien mérité de la patrie.
La guerre du bombardemeni dura près d'un mois. Toui^ les maisons de la ville furent criblées par les projectiles; le eonmissaire luiHOiéme ne put descendre de celle qu'il habitait qu'à l'aide de cordages.
DniLs la journée du 30 juin 1794, le feu fut surtout violant. Ensuite, lios onnemis, le cessant tout a coup, atta(]uèienl nos avant-postes et pénétrèrent dans ia ville, vers t heures du matin.
Victor Hugbes, qui avait prévu cette dernière éveoUialitéy avait heureusement donné des ordres pour qiérer la retraite sur le morne du gouvernement, où des canons avalent été
placés en batterie par le capitaine de vaisseau Merlet, les lieutenants Dupont et Beaudouin.
Cependant un de nos postes fut surpris, tous les soldats égorgés.
Par bonheur, radjudant-major Paris, arrêtant les Anglais par une terrible décharge à bout portant, de ses pièces chargées à mîtraille, favorisa le mouvement de retraite des chefs
et des principales forces. L'historien Lacourditque la colonne qui reçut la décharge meiirrriî'^re était conduite par un émigré, que le sergent d'artillerie Bergniol, la laissant s'approcher à petite portée, mit le feu à la pièce et causa d'horribles ravages.
Peu après, une maison sauta, ensevelissant sous ses débris
les Anglais qui s'y étaient renfermés (\).
Victor Huphes, Leissègues, Boudet, Aubert s'étaient ralliés sur le morne du gouvernement, et ce dernier, ayant osé parler de capitulation, fut immédiatement destitué par le commis* saire. Ensuite, tous jurèrent de tenir jusqu'à la dernière ex* trémité sur ce coin de terre, seul endroit de l'ile oh flottait encore le pavillon de la République (2).
Au point du jour, les Anglais essayèrent en vain de s'em-
{1} Les généraux Cartier, Aubert, Bouyer moumrsat tous trois ite !& fidm jaune. La femme et les eofiuita du général Aubert périrent quand cette maison sauta.
(2> Ce morne, qui s'appela dès lors le Moni<Mie-la-Victoir0, a été aplani et Von y a construit une belle église.
ptrer da morae. Au moment où Us se déeid^nt à battre en retraite, Victor Hughes lança sur eux des cobnnes comman*
dées par Boudet et Pt^lardy qui firent merveille. En même téinp^, los ( anonniers du povi^ s'avanrant dans les rues, contribuèrent au succès en lançant des paquets de mitraille.
Nos ennemis perdirent S 000 hommes tués, blessés ou feits prisonniers» suivant le commissaire, et 800 d'après James.
Le soir même, démoralisés déjà par ce revers, saisis de terreur par suite d'une fausse nouvelle que Victor Hughes répandit à dessein (1), ils évacuèrent précipitamment, abandonnant leurs vivres, leurn iminitions, leurs effets d équipement.
lis comptaient à celte date, le 5 juillet 4794, 112 hommes tués, 359 blessés, 72 disparus, tant dans les troupes d'expédition que dans les équipages des bâtiments.
Le général Eyriès, un colonel, un capitaine de vaisseau» 94 autres officiers se trouvaient au nond>re des prisonniers.
C'était une magnifique victoire ; un commissaire de la Convention, a la tétc de 800 Français, battit complètement 3 500 Anglais. A l'aide de ces faibles moyens, grâce à ses talents de commandant en chef, à son (MierLnp, à la valeur de ceux qu'il avait Thooneur de commander, il infligea un san^ glant échec à lun des meilleurs amiraux de l'Angleterre.
Aussi orgueilleux qu'il était dur et brutal, il se vanta, dans les lettres qu'il adressait au comité de salut public, d'avoir fait bien plus avec moins de ressources que les Bouillé, les d'Estaing, etc., etc.
Tl prodigua des t'iuges à BoudeL cl h Leiss^e^los, lequel rend compte, dans ses rapports, de l'énergie dont le commissaire ne cessa de donner des preuves aux moments les plus critiques.
Jervis, ayant évacué la Basse-Terre, débarqua ses troupes
au camp de Berville, confia le blocus de l'île au contre-amiral Thompson, qui coniniaiidail une escadre de 3 vaisseaux, 5 frégates, et dirigea sa route vers la Martinique avec le reste de ses forces navales.
(1) Il répandit le brait de rarrlvée d*nn renfort important.
GependaDt l66 hostilités n'étateot point terminées : Tar* tillerie du camp de BerviUe ne oessait de tirer sur la place; les batteries du morue Saîntniean et du morne au Savon tuaient ou blessaient journellement quelques-uns des nôtres.
Aussi, Victor Hughes, qui savait que ses soldats étaient aguerris, dispnsa tout pour une grande expédition sur laquelle il garda le s(îi l el le plus absolu.
Dans la nuildu 27 septembre 1794, 600 hommes placés sous le commandement du général Pélardy embarquèrent dans des pirogues rassemblées depuis plusieurs jours. Bou-* det, de son c6té, se rendit par terre au Lamantin, au moment même où les premières troupes d^rquaient au Petite Goyave, et la surprise des Anglais fut extrême, quand ils virent s avancer toutes ces pirogues chargées de nos soldats qui s emparèrent du PetitrBourg, du fort Bacchus, du camp de Paul.
Le général Graham, cerné de tous cétés» sommé de se rendre, nous abandonna ses approvisionnements, ses vivres, ses munitions, laissa même entre nos mains 500 prisonniers.
On raconte que Victor Hughes avait menacé de donner un
dernier assaut sans quartier ai merci, si la capitulation n'était pas signée.
Le succès était d'autant plus merveilleux, qu on se trouvait en présence d'une escadre anglaise, et c'est à peine si sir John Jervis et Grey voulurent y croire.
Dès lors, le contre-amiral Thompson appareilla pour se rendre au mouillage de la Basse-Terre.
Victor Hughes triomphait encore 1 La fortune le servait à souhait I Mais, nialliuureusement, il n'unissait pas la générosité aux qualités remarquables dont la nature l'avait doué par ailleurs, de sorte qu'il fut implacable dans ses vengeances : Graham, n'ayant rien stipulé pour lé^ royalistes qui avaient été ses partisans, ces infortunés montèrent sur réchafeud ou furent fusillés.
400 blancs ou mulâtres subirent la peine capitale, 400 autres furent condamnés aux travaux forcés. Le fïénéral ariizlaîs, qui avait eu des motifs de plainte contre ces malheureux, auxquels il attribuait ses revers, demanda, dit-on, la faveur d'as-
flîster à leur exéenifon, et le oominlssaire, qui, en qualité
d'ancien accusateur public du tribunal révolutionnaire de Brest, avait pourtant le cœur a( m t ssibie aux sentiments de pitié, r^^pondit, dit-on, en ces tenues :
€ Mon devoir» monsieur, m'oblige À faire couler ie sang • des Français ; mais vous, qu*avez-vou8 à laire ici t •
Dans ces dernières attaques, suivant James, il y eut 43 Anglais tués, 434 blessés. Victor Hughes renvoya, prisonniers sur fMirole, 4 400 Anglais qu'il ne pouvait pas nourrir.
Il distribua lar^^enient les récompenses : le capitaine de vaisseau de Leiss^gues fut fait contre-amiral; il proposa, pour ie f^rade de capiiaiiie de vaisseau, les lieutenants Mej let, Conseil» Escubar, Bardoîlz, Daroel ; il promut à des grades supérieurs Boudet, Pélardy, Paris, Dumont, qui s'étaient particulièrement distingués (4); il donna le commandement en chef au général Pélardy, après avoir, en vain, supplié le vaillant Boudet d'accepter ces fonctions ; ce dernier, modeste autant qu'il était jeune et capable, ne voulut pas consentir à ses propositions.
Avant de terniiner les hostilités, Victor Hughes résolut d'expulser complètement les ennemis de l'île, en s'emparant de la Basse-Terre, et le général Pélardy, qui commença ie 44 octobre les opérations, sut les mener avec une activité remarquable.
Le siège du fort Saint-Charles dure 53 jours, après lesquels les Anglais se décidcreuL à évacuer. Le cujiitciino de viiisseau Buwen perdit la vie, au moment où il partait luimême, emmenant dans son canot les derniers soldats.
Pélardy eoira, vers 3 heures du matin, dans le fort, où il trouva 74 canons.
Victor Hughes, qui s'était rendu sur les lieux pour presser les opérations, était présent au moment de révacuation, qui eut lieu dans la nuit du 40 au 44 décembre 4794. 11 ordonna de jeter à la voirie les restes du général Dundas, enterré dans le fort, et fxi inscrire sur sa tombe la liste des crimes
(1) Is capitaine de la Thétis, Frénumd, les officiers Despoges. Dearochm, Destousfet étaient morts.
qu'il avait commis* Noos avons déjà dit qui et fénénil anglais exerça sur les patriotes, à Tépoque où il gouverna l'Ile,
les plus cruelles vengeances.
Ainsi, une escadrille, une poignée de vaillants soldats dénués de tout, séparés de la mère pairie par l'Océan, sans réserves, sans communications, conquit Tiie après une guerre de six mois, batlant et chassant 8 000 Anglais appuyés par une escadre de 7 vaisseaux, 4 frégates I
lin ancien matelot eut la gloire de vaincre l'amiral sir John Jervis, les généraux Graham etGrey. Ses ennemis en ont dit beaucoup de ma!, mais il n'est pas douteux qu'il eut des mérites réels, ceux d imposer sa volonté, de faire partager son enthousiasme, son patriotisme aux officiers honorables qu'il avait rhonneur de commander, <iui ne négligèrent rien pour mener à bonne fin ses entreprises.
Cet homme, devenu maître dans son île, fut un tyran cruel, ombrageux, cynique. Il écarta ceux qui gênaient son ambition personnelle, renvoya en France le général Pélardy, qui le paya, dit-il, d'une noire ingratitude, et mit tous ses soins à organiser une armée de 40 000 nègres. 11 se procure d'autant plus fladiement des soldats et des marins, que l'un de ses première actes avait été rabolition de l'esclavage. Afin de nuire au commerce de l'ennemi et jeter au loin la terreur de son nom, il équipa de nonibieux l orsaires, aux aniieinenLs desquels il s'intéri's>a de ses propres deniers, comme il est prouvé d'une manière certaine.
Peu désintéressé par nature, désirent augmenter sa fortune personnelle, il gagna, de cette manièret beaucoup d*argent en qualité d'armateur et d*acticiinaire, œ que ses ennemis n'ont pas manqué de lui reprocher.
L'émigration redoubla : plu:?ieurs nègres libérée» suivirent leurs anciens maîtres dans 1 exil, et un tribunal révolutionnaire fonctionna régulièrement.
Le pays était à nous> mais il était ruiné. La Basse-Terre avait été livrée aux flammes; les récoltes sur pied se perdaient ; les Anglais, maîtres de la mer» empêchaient de se procurer des vivres et des approvisionnements au dehore. Il n'y avait u compter que âui boi-mèuie.
Les colons des autres iles acoonnirent heureusAmeni et comblèrent lea vides que Témigration avait produîta. Tous les anciens esclaves furent mis dans roblifiattèn de travailler les
terres qui provenaient des confiscations et appartenaient au
doiîiiïine.
Sur ces entrefaites, le capitaine de vaisseau, Duclîpsne- Gohet» partit de Brest le 3 novembre avec une division composée de la frégate TAstrée, et de 6 transports qui portaient 4 500 hommes de troupe; les commissaires La fias et Le Goyrand prirent passage sur la frégate.
Les bâtiments arrivèrent à bon port, sauf une corvette, qui |iuil.iit 400 soldats doni les ennemis se rendirent maîtres.
Les nouveaux collègues de Victor iiughes débarquèrent le 6 janvier 4795, et ce dernier, non content d'avoir oouqutssoQ ' lie, résolut aussitôt de diriger des expéditions sur Sainte- Luci€« Saint-Eustachey Salntrllartin. Le Goyrand s*empara de Sainte-Lucie, et, quant à Le Bas, il administra la Guadeloupe, de concert avec Victor Iiughes.
Tous deux organisèrent des expéditions maritimes.
Le contre-amiral de Leissègues croisa, pendant 45 jours, à la hauteur des Barbades, avecTUercule, la Ck>ncorde, le Brutus, la Thétis, et ne revlut au port qu'après avoir capturé 41 bâtiments marchands, montés par 648 hommes* chargés de marchandises de grande valeur, relativement aux circonstances ; il y avait, entre autres choses, 87 milliers de poudre.
Le lieutenant de vaisseau Sencz, qui croisa, au vent d'Antigoa, avec le Décius et la goélette la EévoluUon» s'euipera également de 5 bâtiments.
Enfin les corvettes Républicaine et Sans-Culotte, la flûte le Marsouin remontèrent en latitude sur le parallèle de Saint-Domingue.
Aprè'S l'arrivée de la division de Duchesne-Gohet, Victor Hughes resta sans nouvelles de i rance pendant 22 mois. Il dirigea des expéditions sur la Grenade et Saint-Vincent| prit possession de Saint^Eustache, de Saint*lfartio, que lui cé^ dèreut les Hollandais, contribua à conserver Curaçao à ces
derniers^ Porto-Kico à l'Espagne, se vanta même d*avoîr fourni des secours en nuiiK raire, en approvisionnements, en hommes, à Saint-Domingue et à la Guyane.
« —Mes Gabiers de oorrespondanoe, dit^, sont une preaye « authentique de tous les services que j'ai rendus* du ton « feime et digue que je gardais toujours à l'égard des ami- • « raux, généraux, gouverneurs de l'Angleterre. •
Le 1" septembre 179o, la Convention décréta que Victor Hughes avait bien niérilé de la patrie.
Le 7 novembre 1794, elle avait déjà décrété que tous les colons qui combattirent pour laRépubliqueavaieut également bien mérité de la patrie.
Au retour de leurs croisières, les marins se plaignirent de ne pas recevoir leurs parts de prises. Victor Hughes les traita sévèrement, sans vouloir écouter leurs plaintes (4).
8AI1RE-L1IGIB, TABAOO, SAIHT-VllIGBMT,
LA GRLNADE.
En avril 4794, le vice-amiral Jervis et le général Grey prirent possession de Sainte-Lucie, où commandait legénénJ Ricard, qui signa une capitulation, après avoir résisté vafl* lamment aux envahisseurs.
Le commissaire Le Goyrand partit de la Guadeloupe, comme nous 1 avous déjà vu, pour reprendre possession de cette colonie.
Ayant opéré le débarquement de ses troupes le 22 avril 4795, il attaqua vigoureusement les Anglais, leur mit 700 hommes hors de combat, et s'empara successivement du Gros-Islet, du Morne-Fortuné, de la Vigie.
Dans la mdt du 18 an 19 juin, nos ennemis, vaincus,
(1) Brenton reconnaît que Victor Hugues montra, dans sa petits sphère, du talent, de Tniidarn, de la cruauté, de rinsolence, comm« on n en vit jamais dans une guerre barbare. 11 avoue qu'il a biea battu ied Anglais.
aittiidoDnânt leors femmes et leurs eofiaiitSi évacuèrent TUe avec précipitation.
Le comoiissaire, aussi généreux, aussi bon qa'il était brave, renvoya dans leur pays ces fèmmes et ces enfiints, qn*!) fit traiter avec les plus grands égards. Il établit une administration intelligente, et se maintint pondant dix mois dans la colonie qu'il avait conquise les armes à la main.
Le contre-amiral Christian, ayant reçu Tordre de nous l'enlever de nouvean, s'y rendit avec une escadre et de nombreux transports chargés de tronpes que commandait sir Ralph Abercromby. Gelles-d débarquèrent le S7 avril 4786. sur quatre points différents, après avoir canonné les batte* ries de la côte, enlevèrent à l'assaut le Morne-Fortuné et le Morne-Charles, mais essuyèrent un sanglant échec en voulant chasser nos soldats des batteries situées à la baie de la Montagne. Dans ces diverses rencontres, nos ennemis eurent 473 hommes tués ou blessés, suivant James*
Us échouèrent une deuxitoe fois en donnant un assaut de nuit au poste de la Vigie, et laissèrent 490 hommes sur le terrain.
Enfin, Le Goyrand, après avoir fait éprouver ces pertes sanglantes à ses adversaires, se relira 6ur le Morne-Fortuné, où il consentit à capituler.
Ainsi, 4 500 Français résistèrent héroïquement à 40Û00An> glais, dont 556 furent mis hors de combat.
Victor Hughes, assure, de son côté, qu'ils perdirent 4 SOO hommes, et il n'est pas probable qu'il exagère plus que lames, dans un sens opposé.
A la paix d'Amiens, Tile de Sainte-Lucie nous fut resliluée.
Au début des hostilités, Tile de Tabago fut prise par le major général Gaylor qui, ayant débarqué avee 470 hommes^ somma le colonel de Montel de mettre bas les armes. Ce dei^ nier ayant répondu parun refus, les ennemis marchèrent sur le fort, dont ils se rendirent maîtres, malgré une f^lade bien nourrie qui leur mit 48 hommes hors de combaL L'Ile nous fut restituée à lu paix d'Amiens.
Les iics de bâiotrViuccat et de la Grenade tombèrent éga-
lement au pouvoir des Anglais, peu de temps après la déclaration (Je la guerre.
Les commissaires les en chassèrent en 4795, mais ils les reprirent de nouveau en 4796, après d'énergiques résistances et de sanglants oambats dans lesquels ils n*eurent pas moins de 845 hommes tués ou blessés, suivant James.
L'tle de Saint-Martin fût prise par nos ennemis en 1794, puis reprise par Victor Hughes.
LA GUTAMB.
Jeannet Oudin, neveu de Danton, nommé commissaire du gouvernement a la Guyane par la Convention, arriva dans ce pays le 44 avril 4793, et renvoya immédiatement en France le commissaire, son prédécesseur, ainsi que le gouverneur, accusé d'incivisme par les patriotes. Il créa des assignats pour remplacer l'argent qui manquait, proclama rabolition de l'esclavage le 20 juin 4794, et employa tous les moyens pour républicanîser !e pays.
Ciomme les nègres no voulurent plus se livrer au travail, rassemblée coloniale fut obligée de décréter que des peines «eraient prononcées contre les paresseux. Elle admit que les travailleurs pourraient contracter des engagements de gré à gré.
La Convention nationale, revisant ultérieurement ces actes,
revint sur eux d'une manière terrible, en décrétant que les nègres domestiques, dans les grandes cultures» seraient punis de mort s'ils refusaient de travailler.
£n général» ils échappèrent à cette aller native en se faisant petits propriétaires. Le gouverneur Goiniett qui remplaça Jeannet, rétablit l'esclavage sous un autre nom, et mit en réquisition les travailleurs pour la culture des biens du domaine.
LES II.£S SAIHT-PI£Bli£ £T HIQUELOM.
Les Anglais, s'étAût rendus maîtres de ces Ilots en 4793, tnuspoitèrent tous les habitants en France. Ils ne détruisirent pas les établissements de pèche ; mais le contre-ami* rat Richery, dans une croisière qu'il fit en 1796, les ruina de fûiid en comble.