ILE 0£ SAINT-DOMINGUE
Nous avons vu que le général Galbaud fut nommé gouverneur de Saint-'Domingue, qu'il voulut s'associer le parti de rassemblée coloniale qui partageait les idées des chefs de
Saint-Marc, et se mit en opposition avec les commissaires.
Ceux-ci firent dans l'île deux expéditions, s'attachèrent de plus en plus les mulâtres, et ayant eu des démêlés avec le général, lorsqu'ils revinrent dans le mois de juin 479d| le déclarèrent décbu de son commandement, et rembarquèrent avec sa femillesur la flûte la Normandie.
A cette époque, le contre-amiral de Sercey, de retour d une tournée dans les porb du Nord, après avoir réuni sous son escorte 45 bâtiments de commerce, eut de vives discussions avec Santhonaz et Polverel ; le bruit courut que les officiers de marine seraient destitués comme le gouverneur. Les matelots qui descendaient à terre étaient journellement insultés par les mulâtres et les nègres. Consignés à leurs bords par ler^ commissaires, furieux des insultes (qu'ils avaient reçues, mécontents de ne plus descendre à terre, peu satisfaits de la destitution du général qu'ils estimaient, ils prirent la résolution de sinsurger pour le remettre en possession de son commandement, consignèrent dans leurs chambres les contreprojets.
L'escadre se composait des I^àiiiuculs buivatils :
L'Éole, 74 ; Le Jupiler, 74; L'America, 74;
La Surveillante, L Inconstante, L'Astrée.
' Le 90 juillet 1793, TÊole et le Jupiter forent embossés par les équipages devant la ville du Gap; le général Galbaud, à la téte d'un détachement de partisans, débarqua sur le rivage,
aux cris de « Vive la nation! »
Les mulâtres, que les commissaires avaient gagnes à leur cause, opposèrent une résistance énergique, et ces derniers, jugeant que le moment était venu de jeter le masque, donnèrent la liberté à tous les esclaves, en dmandant des secours aux hordes nègres qui assiégeaient la ville et qui accoururent avec des hurlements affreux.
Le général Galbaud, entièrement défait, perdit, dit-on, la téte et s'enfuit en disant à tous ceux qui rentouiaient :
■ Sauvez-moi, sauvez-moi ! »
Réfugié à bord du Jupiter, il refusa de redescendre à terre, malgré les supplications de ses amis, qui assuraient que tout n*était pas désespéré, que les matelots faisaient encore le coup de fosil dans les nies«
Les nègres incendièrent la ville, qui ne fot bientôt qu*un monceau de ruines et de cei)di es; on entendit de la rado des cris horribles; les assassins, dansant et chantaut devant les flammes, semblaient des démons, dans cet enfer de leur composition.
Les infortunés qui ne purent se réfugier à bord des béUments ou ne se donnèrent pas la mort furent égorgés ou em« prisonnés.
Les commissaires, chargés de nourrir 50000 mulâtres ou nègres, leurs créatures, refusèrent des vivres à ceux des créoles qui étaient dénués de loul, et l'on raconte qu aux mères et aux enfants qui demandaient du pain en suppliant, SaïUhonax disait :
« 11 est donc arrivé le jour de la vengeance divine, où, par « leur destruction totale, les blancs payent les iniquités dont • ils se sont rendus coupables envers les nègres. •
Le 29 août 1793, sur les ruines encore fumantes de la ville,
les commissaires, sans en avoir-reçu l'autorisation ofûciellei proc!am^rent ! abolition de resclava^e (4).
Les matelots remirent les oootre-amiraux de Seroey et de Cambis en poeaesnon de lears commaiidements, et les d^z divisioiis lepriient la rneft^ sauf le vaisMaa 1* America et la goBleUe la Fine,
Il n'est pas hors de propos de mentionner ici que Villeneuve, le futur amiral de Trafaljs;ar, (^tait alors enseigne de vaisseau à bord de l'America. Sanlhonax le promut au grade de capitaine de vaisseau, en rendant compte que c'était un imperturbable répnblicaini joignant un courage intrépide aux talents et aux oonnaîManoes marin consommé.
Pins de 300 navires quittèrent ces bords (bnestes, emportant des malheureux chassés de leur pays natal.
M""* de Sercey, femme noble et généreuse, reçut de tous le doux nom d ange tutélaire, et, quand le convoi relAcha dans la baie de Chesapeake, le gouvernement américain vota des fonds extraordinaires pour venir en aide à tant de victimes ; les villes se disputèrent rhonnenr de leur offrir Thospitalité.
Après cet affreux événement^ deux partis divisèrent rile« et, comme l'un d'eux désirait se mettre sous la protection de l'Angleterre, nos ennemis ne demand^rent pas mieux que de profiter de ces discordes intestines pour prendre possessioa de notre plus belle colonie.
Le oommodore Ford vint jeter Tancre, à l'appel des habitants, devant Cap-8t.-Nicolas-M61e, le meilleur port de la mer des Antilles. A la fin de l'année» Jean«Babel, Saint-Marc, Arcahaye, Bougassin» Léogane devinrent également possessions anglaises.
Les Espagnols occupèrent Borgues, Gonaïves, Petite-Rivière, Venette.
P6ur seules œndîtions, les mulâtres ayant désiré être traités comme leurs frères des colonies anglaises, le gouverueur de la Jamaïque consentit à les incorporer dans les troupes.
Dans le mois de janvier 1794, le Commodore Ford offrit
(1) Santhcmai garda la conviction que toa nègres étsieat aoulsvée par les émigrés et les Espagnols, parce que la guerre continua même après VaboUtion de Teedaveee (Placide Jastinh Vider Hughes peuaiA ds BAnM.
également àSaaUMfnix de livrer Port-au-Prineei makeei propoeiUons furent rejeléofl, et la ville fiit bloquée par mer et fiar terre. Noa ennenkia ne devinrant maltreB dea pcnota
importants de Tiburon et de Bissotin qu'après de sanglants
combats, et ce ne fut que ie i juin 1794, après une longue et remarquable défense, que Sanlhonax consentit à signer une capitulation.
Il partit pour Paris, où il comptait sur ses am» de la Montagne poar le défendre devant la Gonvention« qui l'avait décrété d'accusation*
Le général Laveaux, gouverneur général de File depuis la
destitution de Galbaud, déploya des talents supérieurs dans la défense de Port-au-Prince, digne de Tadmiration de la postérité. Les vivres et les munitions manquèrent; les babi^ tants subirent les plus dures privations avantdeae livrer aux Anglais.
Le générait tenant téte à Torage, sur ce point où les hardis aventuriers de la Tortue avaient dressé leurs premières
tentes, maintint coura^^eusement le drapeau de la République, n'ayant d espoir que dans les basants du debors ou les réactions de l'intérieur.
Voici le sombre tableau qui fut fut| à cette époque, dans un message du Directoire :
« Agitée depuis 5 ans, en proie aux horreurs de la guerre « civile et de la guerre extérieure, couverte de ruines, arro- « sée de sang, envahie par les Espagnols pt les Anglais, dé- « vastée par des bandes d émigrés et de nègres révoltés, « dépourvue de soldats français, manquant d'argent, de « vivres, de munitions, l'ile semblait perdue pour la France I
• Le génie de la révolution la sauva 1 De remarquables « citoyens tinrent partout l'ennemi en respect. Ce furent : le « général Laveaux, le mulâtre Villate, commandant du Cap, « La Batut, riche créole, Toussaint-Louvorlure, les mulâtres « iligaudy Beauvaia, le blanc Perroud, commissaire-ordonna- « teur. »
La Gonvention nationale nomma Laveaux gouverneur et général de division ; les chefo Villatei Toussaint, Beauvais,
Rigaud, généraux de brigade.
Ce décret, étad-il dit dans le message, valait une armée,
car ii rappelait que cbacuD pouvait eBCore omplor SUT la
France.
LeÈÈ juillet 4795, ia Convention décréta également que ceuj. qui avaient combattu pour la République avaient bien mérité de la patrie.
Au début de riiiaurrection, lea nègres JeaiwFrançois et Toussaims'étaîent donnés aux Espagnols; mais ce dernier les abandonna pour se ranger sous les drapeaux de la République, et^ dans cette circonstance, agit avec une ruse qui prouvait qu'il était capabiede la plus profonde hypocrisie. 11 partit un matin avec tous ses complices, le lendemain d un jour où ii avait comniunié sous les debo» d'une grande piété.
Nous verrons, dans le livre suivant, par suite de quelies circonstances fatales Saint-Domingue, perdue pour la France» devint l'empire de ce nègre fameux que la nature avait dou6 des talents les plus rares, et qui fut un des hommes les plus remarquables de cette époque.