‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 40 sur 71 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LOIS, l>tam« OIOORRARCBS. ^ LIS wmsTitn.

Le yice-amiral Trngnet, nommé ministre de la marine à l'avènement du Directoire, remplaça Dalbarade le S4 no«

vembre I7U5, et 1 on peui dire que, sous son ministère, les forces navales de la République rendirent peu de services.

Aussi ne pouvons-nous approuver les éloges que M. Rousstn a prodigués à Tmguei dans une notice biographique. II est vrai de dire, pourtant, que les luttes qui ne cessèrent de diviser lés membres des pouvoirs exécutif et législatif entra- ^ vërent parfois les opérations; celles qui auraient exigé un secret absolu furent dévoilées ; les préparatifs furent insuffi-* sants, sous prétexte d'uconuiiiiL'S mal entendues; les résultats furent, en réalité» ouls, et les esprits se livrèrent au découragement. j

Le corps des officiers de marine fut réorganisé à cette époque, mais Truguet éloigna du service les plus habiles, les plus vaillants amiraux: de la Convention nationale, Martin Vence, Nielly, Vanstabel. II n'employa point Latouche-TrôvUle, le plus capable, le plus distingué des hommes de mer de cette époque.

11 rappela, dit M. Roussîn, les officiers généraux et supé- 1 leurs qui avaient été persécutés comme lui, leur confia des commandements importants et appela des hommes d'expérience et de probité aux grands emplois administratifs.

D'abord, ces derniers emplois étaient confiés, antérieurement, à de bons serviteurs qui n'avaient point démérité, que nous sachions, et en ce qui concerne les officiers de vaisseau» il est fort regrettable que ceux-là qui avaient dû leur avancement & leurs mérites personnels aient été mis à Técart en faveur de ceux qui n'avaiciiL d autres titres que des persécutions subies pour opinions politiques.

Pour caractériser l'esprit de ce décret, qui modifia si profondément l'organisation des officiers, et qui parut le â4 octobre 47d5, nous dirons que l'épée fut de nouveau soumise à" la plume.

Ûétemelle question d'une marine administrative ou d'une marine militaire était loin d'être résolue.

On établit, dans chacun des arsenaux, un administrateur unique, ordonnateur en chef duquel relevaient 1 adiniiii&tration, la comptabilité, les directions des constructions, de Tartillerie, et même la direction des mouvements du port.

Le conseil d'administration fut composé de Tordonnateur, des trois directeurs et d'un contréleur.

Quant au commandant des armes, qui ne conserva d'auto> rité que sur les troupes et les équipages des bâtiments armés, il ne devait pas siéger dans ee conseil.

Rendons à Truguet la justice qu'il s'opposa de toutes ses forces à ce système, et qu'il agit de son mieuK près du Directoire pour modifier ces décrets par lesquels les commissaires allaient avoir la suprématie, non-seulement dans leurs bu* réaux, mais même dans les arsenaux.

Il édioua dans son entreprise, et, comme pour se venger de

•on échec, il fit, dans les diverses branches du service, des DonniDatioiis telles, qu*on Taccusa, au conseil desGinq-Gents,. d'avoir abusé des fonctions de son ministère, de s'être fiiit un jen de la loi.

Ainsi, ne voulant point placer des officiers de vaisseau boyi> la ( oupe des commissaires, il nomma, en qualité d'ordonnateurs, les ingénieurs Sané, Groiguard, Chevillard, Secondât.

Ce fat à cette époqiie qoe les commissaires rentrèrent en posseesion de leurs uniformes, que Jean*Bon Saint-André îeor avait enlevés.

Le corps des officiers de vaisseau, après avoir été dissous, fut réorganisé sur de nouvelles bases (1).

On forma» sous la dénomination de troupes d'artillerie de marine, un corps de 5000 hommes composé de 7 demi-bri» gades.

Lorsque le Directoire signa un traité d'alliance avec le cabinet de Madrid, dans l'été de 4796, les circonstances ne

àirenl jamais plus belles pour [)oui suivre les Anglais. Alors que raniiral Jervis évacuait la Corse et laissait libres les eaux de la Méditerranée, alors qu'une armée navale francoespagnole de 40 vaisseaux se trouvait disponible, on n'essaya même pas d'inquiéter la retraite de noe ennemis, qui n'avaient que 45 vaisseaux de ligne et étaient soucieux de l'immense

(1) On décréta qu'il serait, à l'avenir, composé de la manière suiftote :

8 amiraux, 16 conIre-amiraiiT, ÔO chefs de division,

100 capitaines de vaisseau,

180 capitaines de frr^gate, 400 lieutenants de vaisseau, 600 enseignes de vaisseau.

On décida que les o ni ciers du commerce qui avaient commandé des bâtiments de l'État d 'jtuis le commencement de la guerre seraient choisis coiK ui remmeut avec les oûlciers militaires pour former les nouveaux cadres.

On décréta aussi que les mariniers seraient soumis à Vinscription auritlma jusqu'aux Ueux oa la marée m imt Mtlr. L'âge maximum da la levée lUt fixé à 50 ans.

convoi chargé du matériel qu'il leur (àllait transporter d'A-

jaccio à Gibraltar.

Dans i'iûvèr de 4796 à 4797, on îmagîiia de faire la désastreuse expédition de l'Irlande, qui fui ausai mal conçue que mal organisée* On oompromii nos yaisseaux, une belle année, rîllustre général Hoche lui-même auquel avait été confié le

commandement en chef des troupes.

Pendant toute l'année 4797, nos escadres restèrent immobiles sur nos rades, alors que les équipages de 1 armée navale de lord firidport étaient en pleine insurreotion, que les Espagnols qui tenaient la mer combattaient au cap Saint- Vincent contre lord Jervts et. que les HoUandala livraient aussi une bataille sanglante à l'escadre des Dunes.

Tels sont les faits. Comiiu nt expliquer une telle politique? N* est-on pas en droit de conrlure (jne cm\ qui dirigtTrni les aâaires de la France, de la marine en particulier, ne surent pas s'élever à la hauteur de la mission qu'ils avaient aooeptéet

Du reste, la malveillance atteignit Tmguet dans la confiance du Directoire. Il fut destitué au mois de juillet 4797, et, par dcdommagemeat, nommé ambassadeur près de la cour d'Espagne.

Le centre^imirai Pléville le Pelley, nommé au ministère le l** septembre 4797, eut la triste mission de donner des ordres relatife à l'embarquement desdéportés du 48 fructidor.

On fut, dit-on, à cette époque, pris d'un grand découragement à l'égard de la marine, et Ton assure que l'on pensa sérieusement à revenir à une înarine d'armateurs corsaires. Plusieurs frégates, la CybèU , la Thétis, la Médée, la Néréide, l'Africaine, la Diligente, la Bayonnaise et quelques corvetteS| la Princesae-Hoyale, la Sagesse, la Railleuse, furent cédées au commerce dans le seul port de Rochefort; pourtant on décida que les capitaines seraient choisis par les armateurs dans les cadres des officiers de vaisseau.

Fort heureusement, ce décret, signé le â6 septembre 1797, fut annulé trois mois plus tard, et on lit dans le Moniteur unwersei que Latouche-Tréville offîrit ses services aux ar* mateurs.

PléviUe lePelley se montra le phu hilègre, le plms hennète des homineB i celte époque où les oonciiseloiie, les dilapidations de toute espèce furent, dit-on, si fréquentes. On lacunte qu une somme de 40 000 francs lui a^ant été allouée pour faire une tournée d'inspection dans les ports, il n'en dépensa que 7,(H)0 et désira faire remise de la dififéreoce à la trésorerie. Gomme le I>irecloire ne crat pas deToir souscrire à cette intention, l'amiral consacra les fonds disponibles à rérectîon d*un télégraphe sur ThAlel du ministère.

Lorsque les conférences de Lille eurent été rompues, le Directoire, pensant à une invasion de l'Angleterre, donna des ordres pour le rassemblement d'une armer sur les côtes du nord de la Fiance, et Bonaparte en fut nommé général en chef, le 26 mars 4798.

On décida, dans le même bnt, que toutes les chaloupes et bateaux du littoral seraient réunis au Havre, que Tembergo serait mis sur les corsaires et transports-écuries d'un tonnage inférieur à cent tonneaux, et qu'une comniissinu supérieure placée sous les orriies immédiats tiu Directoire et de Bonaparte, indépendante du ministre, réunissant tous les pon\ oirs civils et militaires, serait chargée de Torganisation et de l'armement de tous ces bateaux.

Les membres de cette commission étaient :

ForiBût, ingénieur des constructions navales;

Lacrosse, contre-amiral ;

Aiidréossi, général de division.

Cette commission, qui pouvait dépenser 400 000 francs par mois, exerçait une véritable dictature de Givita-Yeochia à Anvers sur tous les rivages de la France.

Cest à cette même époque qu'on s'occupait derexpédiUon d*Égypte, etrhistorien James a cru devoir avancer que Bonaparte en suggéra l'idée pour ne pas traverser la Manche (I).

On a dit aussi que les directeurs rirna^ioèreut |x*ur éloigner ce jeune héros illustre a luus ( Lards dont la gloire leur portait ombrage et dont ils redoutaient Tambilion.

(1) Bonaparte pensait <lepui& luiigieuips h la conquête de TÉ^^pte; car OQ lit. dans lu Monilt ury qu'il écrivit à ce sujet à T&lleyrand de son quartier général en Italie.

£d tous cas, ce fut, à notre avis, une idée liUle, car notre marine qui avait joeque^là lutté péniblement oontus celle des Anglais devait subir à Abouldr un terrible échec.

Plévitle le Pelley ne fut pas mis dans le secret de ces denx

oiilreprises, et après neuf mois de fonctions, éprouvant le besoin de prendre du repos, mol dt depuis longtemps épuibé par Je travail, il se démit de son iiiinisU'iv.

On le nomma commandant en chef de l'escadre de Toulon, mais à son arrivée dans cette ville, il supplia qu*on voulût bien lui donner un remplaçant et se retira du service pour se rendre près des siens.

Le vice-amiral Bruix-ftet nommé ministre le S[8 juillet 1798, et l'on verra plus loin les détails des expéditions d'ÉîiypU' et d'Irlande, de même que les résultats plus heureux de la belle croisière que fit ce ministre, après avoir laissé le soin de son département à un collègue.

Le oommiflsaire général Bourdon de Yuitry fut nommé ministre de la marine le 3 juillet 4799, en remplacement de Bruix qui reçut le commandement en chef de la flottille de Boulogne.

Ce nouveau ministre* donna une grande impulsion à la construction des bateaux, plats et des péniches.

Enfin, le \ 1 novembre 4799, à la suite du coup d'État du 48 brumaire, Bonaparte fut nommé premier consul et on lui adjoignit comme collègues Garobacérès et Le Brun.

On dit que Bruix participa au coup d'Etat fameux qui chan* gca eacoie le guuverncmeuL de la France.

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