‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 44 sur 71 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

CMMniBIS DAX8 L'OGBAN.

LE COITTRE-AMIRAL RICHERT.

Prise du vaisseau le Censeur. — Séjour à Cadix. —

Le capitaine Allemand.

Richery, chargé de missions importantes dans l'Océan, fut placé a la tète d'une belle escadre composée des meilleurs voiliers de l'armée navale de la Méditerranée. C'étaient :

Le Jupiter^ 74, C. A. Ricbery; Le Duquesne, 1\, Alleoiand;

La Pégas<\ 7 i, Moreau; La R(''Viiluuon, 7i, Fay»' ; La \ icLoin* 80, T.«' Mancq; Ltî Berwiuk, 74,Dumauoirl0Pelleyi

La Friponne, 32 ; L'Embiisca(i(;, 32j La Félicité, 32.

Les instructions du Directoire lui prescrivirent de se diri«

ger sur Saint-Domingue, cl de remettre au général Lavcaux des plis dont il fui chargé. Dans le cas où les agents de la République, partis de Brest sur le vaisseau du contre-amiral Thévenard, 1 auraient devancé, il devait leur remettre ces mêmes plis en les prévenant qu'il avait des ordres pour se porter sur Portrau-Prince et le môle Saint-Nicolas, surprendre les bâtiments de guerre anglais qui bloquaient ces deux viileSt et contribuer ainsi, d*une manière efficace, à l'attaque générale que les troupes de terre devaient eilectuer .

Après ces opérations, Richery avait ordre de cingler sur la Jamaïque, florissante colonieangiaise, d'y opérer desdébarquemeats, de mettre les habitants à oontribation, ou de réduire en oeodres les meubles et les immeubles, de les dévaster, de les ruiner.

A cet égard, les instructions de Iru^ucine pouvaient laisser aucun doute dans l'esprit de l'ainiial; elles semblent dictées par le génie du mal et de la haine.

£nÛD, eu quittant la Jamaïque, nos marins durent faire roula pour Terre-Neuve et le Labrador, détruire toutes les « pèdieries, Wûec les établissements, couler ou brOder les bAUments de pèche.

A cette époqur, on était exaspéré contre les Anp;lais, par suite des nouvelles navrantes que l'on recevait de Saint-Domingue, parce que l'on pensait, avec quelque l'aison, en vérité, que la guerre qu'ils nous faisaient, leurs machinations pertides, étaient Tunique cause du drame sai^lani de la révolte des nègres dans cette Ue. On avait fèrmé le projet de se venger en dévastant la Jamaïque.

liichei y, ayant appareillé de la l ade do Toulon le 13 septembre 1795, faisait route pour franchir Je ilétroit de Gibraltar» lorsque, le 43 octobre, les vigies signalèrent de nom-r breuses voiles qu'on ne tarda pas à reconnaitre pour des bâtiments marchands, sous Tescorte de deux vaisseaux de guerre.

Nous avons dit que les nétres avaient été choisis commode

fins voiliers, et, dans cette circonstance, ils ne restèrent pas au-dessous de leur réputation.

D'après les ordres donnes, chaque capitaine chassa les ennemis en forçant de voiles, si bien qu'au bout de quelques heures on eut amariné 36 bâtiments richement chargés, d'une valeur de S& millions de francs.

Le vaisseau anglais le Censeur^ démâté fort à propos de son petit mât de hune, fut rejoint par le Bana, qui, de piub, lui brisa son mât de perroquet de fougue, celui de grand perroquet, et lui fit amener son pavillon. Ces succès ne ( oùtèrent pas cher, puisque nous n'eûmes pas un seul homme tué ou blessé.

Ce qui prouve que notroarins, quand ils avaient les chances belles, savaient en profiter fort habilemoiit.

Les occasions ne se presenLèrent que rarement, hélas!

Kichery^ s'étant dirigé sur Cadix avec aes prises, fittravaii* 1er activement aux réparaiioDs du Censeur et de la Victoire. Il traita de Téchange de aea prisoniiierB avec le gouverneur de Gibraltar, reçut de ce dernier 600 marins qui formèrent réquipage du Censeur, et renvoya les Anglais, doul il eût été eniiKinassé.

1> apr^'s les r^gienlcnts adoptés par les puissances maritimes» 3 vaisseaux seulement entrèrent dans le port ; les autres restèrent au mouillage de HoU.

A cette époque, le Directoire traitait avec le cabinet de Va* drid, et le séjour de nos marins dans Cadix fut peul-étre préjudiciable au cours de ces négociations. Par suite de^ lautes qui furent commises par les uns comme par les autres, de rirrésolution du Directoire, de la mauvaise volonté des £spa* gnols, l'importante mission que notre amiral avait reçue se trouva compromise.

Deux régiments d'émigrés étaient casemés dans la ville, et tout d'abord de violentes altercations s'élevèrent souvent entre nos matelots et leurs compatriotes haiinis. Ce ne fut point, il est vrai, une afiaiif^ de grande importance, et on y coupa court en ne permettant qu aux officiers seuls de descendre à terre et en éloignant les émigrés.

Les équipages firent généreusement don du Cemeifr à la fiépublique, etrons'oc(»pa très- activement de remettre tous les vaisseaux en état de reprendre la mer; chaque bomme icrul iini^ suiaiiiede 10 piastres à \ aloir sursa part de prise; les cxeicites se firent avec régularité, ie meilleur esprit sembla régner dans Tescadre, et Richery écriv it, à plusieurs reprises, qu'il n'avait qu'à se louer de ses officiers et de ses marins. Malbeureusement, la grande difficulté conaista dans Tappro* visionnementdes vaisseaux, et tous les intérêts en souffrirent.

L'amiral confia la vente des bâtiments capturés au sieur Fourrât, négociant Irançais, qu'il chargea, par la même occasion, de procurer à son escadre les approvisionnements nécessaires. Ge fut une faute grave, car ces deux importantes

opérations étaient du ressort du chef civil ou commissaire d escadre qui, pour des raisons qui semblent peu sérieuses, fut mis à i*écart.

Ce dernier s*en plaignit amèrement au ministre; il adressa vainement des observations à Rfchery, parla inutilement de sa re?fK)n>;it)iliip, ne put, pendant trois mois, se rendre compte de la situation de 1 escadre, et n l utra en fuiu tioiis t|ue lorsque le vice-consul de la Hcpublique eut entièrement déchargé M. Fourrât de ses attributions.

Ni capitaines, ni officiers ne faisaient cas de ses ordres; ils mettaient, au contraire, des obstacles à leur exécution ; ils affectaîent de ne lui reconnaître aucun caractère officiel, de sorte que le service en soutlril d une manière sérieuse.

Comme il n'avait pas été nommé par le ministre, THniii ul et les capitaines se croyaient en droit de le traiter de celte manière.

Un trait peindra, mieux que tout ce que nous pouvons dire à ce sujet, l'état des esprits et les mœurs de ce temps. Les agents civils venaient d'être remis en possession de

leurs uniformes par un décret du Directoire, et d'après les conseils de l'agent Roume, qui séjourna, pendant quelque t( à Cadix, avant de se rendre à Saint-Domingue (4), ceiui doQt uous parions se til faire uu niagnîûque habit brodé qu'il étrrnna pour se présenter devant le roi d'Espagne, quand ce dernier vint à Cadix, au printemps de 4796.

Là, en présence du consul de la République, de Tamiral, de ragent Roume lui-même, Allemand, dont la rudesse et la brutalité sont restées proverbiales, se pei iuii de demunder à Richery pouitiuoi le commissaire se permettait de porter un habit brodé quand lui n'eu portait pas, quoiqu'il fût capitaine de vaisseau.

Ricfaery répondit que cet habit était d'uniforme pour les agents civils, ce à quoi Allemand s'emporta en disant au

(1) Roume, agent du Directoire, se rendit eu miraion à Baiot-Dominaue; pendant la révolte des équipages, il publia des admses au nom dn gouTemement.

oommisMire qu'il le lui amcbeFUt, s'il le portait eooore devant lui.

« Je ne craignais pas, écrivit ce dernier à Parie, les effets

« de la colère du capitaine Allemand, mais piiurLaiil il sut ■ parvenir à ses fins, c<ir, lorsipie je dus retourner à terre m pour faire une viaîte au prince de la Paix, 1 amiral m eu- « joignit de ne plna prendre mon habit brodé. »

On voit de quelle nature furent les relations de Tagent civil avec les capitaineSi avec Aichery lui-même et quels graves inconvénients devaient en résulter.

Continuons le récit des faits.

Lorsque nos marins arrivèrent à Cadix, ils ne pouvaient entreprendre immédiatement une autre campagne, puisqu'il ne restait à bord des vaisseaux que pour cinquante jours de vivres. Le sieur Fourrât, comme on doit le penseri vendit fort cher les approvisionnements journaliers et ne retira des prises qu*un prix modique, relativement à leur immense valeur.

D'un autre c6U\ pt ridant cinquante jours, l'amiral ne reçut pas une seule lettre du miaistre ïruguet en réponse à toutes celles qu'il émvit, et ce silence, dont nous ne connaissons pas le motif, rendit sa position très-embamssanie*

Il se trouvait sans argent, sans crédit, sans pouvoirs suffisants. L*a11iance de la France et de l'Espagne était loin d'être cimentée, et il ne devait compter en rien sur 1 obligeance des aut oriteb de la ville qui ne cherchèrent qu'à mettre des entraves à ses projets.

Aussi vivaitr-on au jour le jour^ et le sieur Fourrât se remboursait int^iralement sur le produit de ses prises, lesquelles, d'après toutes les lois en vigueur, étaient la propriété des équipages et des états-majors.

A la ÛQ de février 1796, les matelots, fatigués de leur séjour sur rade, las de leur inaction, se croyant dupés par les uns et par les autres, firent entendre de sourds murmures, puis éclatèrent en violentes récriminations contre le fournis^ seur, le consul, Tamiral lui-même.

Us réclamèrent leurs parts de prise, et un mot d*ordre tri*

vîal mais énergique, résumant leur peosée, fut leur seule réponse à tous les moyens que Ton employa pour les foire ren* trer dans l'ordre :

« Des gourdes, des gourdes, »

Ils demandèrent que l'argent fût embarqué sur le Jupiter, que des députations des équipages se rendissent chez le consul, et qye l'ordre du Directoire qui défendait de répartir les parts de prise fût communiqué sans retard.

Les capitaines et les officiers» se mêlant aux groupes des séditieux, finissaient généralement par calmer leur effiBrvescence« mais bientôt les matelots prétendiient que les élatsmajors avaient toocbé leurs parts de priseï qu'ils prenaient, pour ce motif, le part! de Famiral» et parfois des cris de menace se fil eiiL entendre.

Un joui-, Richery fut assailli par des huées à bord de la ^ il toiie. Personne ne se présenta pour lui passer sur ie bord, et on raconte que quelqu'un lui jeta un soulier au visagOi quand il descendit dans son canot.

Les rdiieUes s'emparèrent des chaloupes; leurs chefs se réunirent souvent en ville et les désordres furent portés au oomble.

Cependant, après braut oup de lettres, l'aFiiiial reçut du Directoire une réponse avec des idsLi ui liuu» précises traçant la ligne de conduite à suivre, et indiquant des moyens certains de rétablir la discipline.

Les matelots avaient promis de se conformer à ces instructions qui étaient attendues depuis longtemps.

Elles ordonnaient de foire rassembler la garde à bord de chaque vaisseau au même jour et à la même heure, d en appeler à tous les vrais républicaine et d arrêter, séance tenante, les chefs de la révolte.

< La France, disait i ruguet, aime mieux voir engloutir ses « vaisseaux que de les laisser à la disposition de quelques « hommes cupides. »

Les officiers et les sous<>fficiers fùrent rendus personnellement responsables de la non*exécution de ces ordres.

En conséquence, au même intitaut, les équipages eurent

connaissance des mesures prescrites * par le ministre. La lettre de ce dernier, la proclamation du Directoire furent écoutées avec la plus grande attention.

Richery n'oublia pas de faire connaître que les Espagnols avaient promis leur coocoors pour la punition des coupables et devaient arrêter ceux qui séjournaient à terre.

Pour en finir, disons que les matelots reconnurent leurs erreurs, et rentrèrent dans l'ordre.

Le capitaine Moreau fit preuve d'une jurande fermeté à Ijnrd du Barra; 84 chefs do révolte furent airêtr-s et eniprisinint's à Cadix; la discipline reprit son cours, et Kicher^' put écrire, le 25 mars ^96, qu*il était enchanté de la conduite de ses hommes, qui regrettaient leurs égarements.

Pourtant, quoiqu'il fdi urgent d'appareiller, on ne pouvait compléter les approvisionnements.

Les besoins allaient croissant de jour en jour, le fournisseur avait déjà iivancé de fortes sommes; le produit des prises avait été dépeustî pour les frais de séjour, et l'un fut ohligé d'en finir par où Ton aurait dû commencer, cestrà-dire qu'on tira des traites sur le trésor.

Le prince de la Paix consentit à prêter 400000 piastres, et Dumanoir s'étant rendu à Madrid pour n^oder cette affaire délicate, les fonds furent versés au consulat.

Je me suis étendu sur les causes (|ui prolongèrent le séjour de Hichery à Cadix, afin tju on put se rendre compte des vices de l'organisation do la marine, 5 cette époque.

Ne serait-il pas injuste de dire que la révolte des matelots fiait la seule raison qui mit des entraves à la mission si brillamment commencée f

Ce fût une faute d'avoir mis en mer une escadre qui n'emportait des vivres que pour deux mois, de ne s'être pas as» suré des moyens de l'approvisionner, d'avoir laissé le commandant en chef sans instructions, de n'avoir pas régie, sans . retard, la délicate question des parts de prise, propriétés sacrées» incontestées, reconnues telles par tous les règlements en vigueur sur la matière, tant en France qu'en Angleterre et chez tous les peuples maritimes.

Ce fui ;uissi une faute j^rave de ne pas avoir bien deiini ies attributions, le caractère de l'agent civil de l'escadre^ d'avoir méconnu ses droits, de l'avoir mis à l'écart.

Les conséquences en fiirent le séjour indéfiniment prolongé des vaisseaux à Cadix, la révolte des marins, des dépenses exagérées, la mission nianquée, les hommes découragés.

De nouvelles instructions prescrivirent à Aichery de se porter directement sur Terre-Neuve, et les amiraux espagnols furent invités à l'escorter hors de vue des côtes, demande qu'adressa le Directoire afin de mettre nos alliés en demeure

de se prononcer ouvertement de notre côté.

Nos marins partirciit lu 4 août 1796, et nos alliés, on les escortant à quelques lieues au large, prouvèrent que leurs promesses de fidélité étaient sincères.

En arrivant k destination, Richery apprit que de grandes

forces étaient réunies à Saint-Jean, (|uo la garnison de ce port se coniposait au moins de 800 hommes de troupes, que tous les habitants avaient pris les armes pour la défense commune, que plus de âOO navires p(^cheurs étaient sur rade, et qu'il y avait, en outre, 4 vaisseau, S frégates et quelques corvettes de guerre.

L'amiral assembla ses capitaines en conseil de guerre, et comme on décida de passer outre, vu la faiblesse des moyens d'attaque, les vaisseaux cinglèrent verb BuU-Bay, où ilsarrivèrent le 6 septembre.

Richery regretta, dans cette circonstance, de ne pas avoir quelques avisos à sa disposition, car il eût ruiné les établisse ments anglais.

Malgré tout, il causa un dommage considérable/ puisqu'il détruisit ou captura plus de 60 bâtiments pendant le cours de sa navigation, depuis Cadix jusqu à Aochefori, sans compter qu'il arrêta la pèche au moment le plus Cavorahle pour l'entreprendre.

En arrivant à Biill-Bay, il chargea Allemand de se rendre à la baie du Château, sur la cùte du Labrador, dans le but de la ravager, et il plaça sous ses ordres, pour cette expédition^ le Duqpesne, le Genseuri la Friponne.

Allemand partit le 8 septembre 1796, et, comme il fut contrarie'; par des veais d'est, il n'atteigait rentrée de la baie qu'après une traversée de 8 jours.

U arbora le pavillon de Saint-Jean au mât de misaine, le yack anglais au grand mât, et s*étant emparé, par cette rose, de cinq Anglais, il en obtint quelques renseignements, en les interro«;caiil séparément. Il apprit que dans une saison aus.si avancée, au moment de l'équinoxe, on avait eu tort de croire qu'on pouvait nuire au commerce anglais, que les rassemblements du convoi ne se faisaient jamais à la baie du Gbâ« teau, et que les babitants de cette baie se retiraient euxmêmes à SaintrJean, sauf une trentaine de malheureux qui gardaient les établissements pendant l'hiver.

Les capitaines, assemblés en conseil, conclurent qu il serait sage de ne pas persister dans rwitreprise, et Allemand rendu compte de leurs décisions au ministre ; puis, n'en prenant pas moins sur lui de passer outre, dans le seul but de suivre les instructions du commandant en chef, il manœuvra pour entrer dans la baie, malgré la brume et le mauvais temps, qui durèrent plus de huit jours.

Les grains étaient violents, les courants dangereux, le temps menaçant et, pour coiubie de maibeur, le Censeur se sépara.

Allemand jurait et maugréait contre ceux qui donnaient ridée d'envoyer, en de tels parages, des vaisseaux de 74, à la poursuite de convois imaginaires.

Le 48 septembre au soir, le temps s'embellit ; on aperçut la côte du Labrador à 3 milles de distance ; comme les vents repassèrent au sud-ouest, notre capitaine repassa le détroit pour tacher de rallier le vaisseau égaré. Non-seulement il eut la bonne fortune de le rejoindre, mais il captora 6 bâtiments marchands qui venaient de Québec.

Allemand, reprenant courage et ayant résolu définitivement d'entrer dans la baie du Château, y jeta l'ancre.

Par 1 intermédiaire du lieutenant Durante, qui parlait anglais, il somma le commandant des établissements de se rendre à discrétion. Comme celui-ci désirait faire des conditions, les vaisseaux firent ombooflés et les forts canonnés

pendant deux heares; puis on attendit au lendemain pour jeter à terre les compagnies de débarquement. Dans ia nuit, les Anglais évacuèrent la place, en livrant

toutes les maisons aux flammes, et faisant même sauter un corsaire mouillé dans la baie.

Nos marins, qui restaient possesseurs de piles énormes de mo:ue, complétèrent l'œuvre de destruction. Ils travaillèrent aussi très-activement à renouveler leur eau, brûlèrent trois des bâtiments capturés et mirent les autres en état de suivre.

Enfin, Allemand reprit la mer et, jusqu'au 88 se|H tembre 4796, il se maintint en vue de Belle-Ile pour attendre Richer^', suivant ses instructions. 11 fit encore deux prises, dont l une contenait une somme de 5 500 piastres, et apprit qu'à la Conception se trouvaient de riches magasins et non moins de 450 bâtiments richement chargés.

Gomme il avait rempli sa mission, il jugea prudent de continuer sa route pour France (4).

Le 45 octobre 4796, il eut le bonheur d*atteindre Brest sans avoir été obligé de se battre, mais non sans avoir essuyé de forts coups de vent.

Richery^ ayant également opéré une heureuse traversée de retour, atteignit la rade de l'ile d'Aix le \ o novembre.

U reçut ultérieurement l'ordre de se rendre à Brest pour se ranger sous le commandement de Morard de Galles, en partance pour Tlrlande, et il arriva h cette nouvelle destina* tion le 5 novembre.

Ainsi se termina cette croisière brillamment commencée, comme nous l avons vu, très-heurcuscment terminée également, et qui ne fut entravée que par la faute de ceux qui

(1) En opérant son retour, Ricbery signala de lui signaler la kmgitade, et voici les résultats curieux donnéa par chaque capitaine :

t«»vaia8eau S-VO";

vaisseau 9» y 0";

3« vaisseau 9« 3^ 0" ;

4* vaisMâtt !!• 4^ 0 ^,

5* vaisseau 3(y O".

(Journée du 9 brumaire an V.)

dirigeaient, à celte époque, le déparlement de la marine.

Richery, un des meilleurs officiers de la République, auquel on songea, dit-on, pour lui confier le commandement de la flotte qui traAfiiK>rta l'armée d'Égypte, mourut d'une maladie de langaeuTy dans sod pays, à AlonSt département des

Traversée de Toulon à Brest. — La frégate la Vestale.

Villeneuve, ayant reçu le commandement d'une escadre, fut chargé de la conduire dans l'Océan, afin que ces bâtiments pussent renforcer Tannée navale de Morard de Galles, qui devait transporter en Irlande le corps d'année du général Hoche.

Il partit de Toulon dans la journée du 2 décembre 4796.

Après douze jours de mer, nos marins franchirenl le détroit sous l'impulsion d'un violent coup de vent d'est, et par un temps si mauvais, que les Anglais, les ayant aperçus, ne mirent point sous voiles pour leur donner la chasse.

Phis tard, sir John Jervis, craignant pour les Antilles, se contenta d*y dépécher un aviso pour donner avis au gouverneur de la Jamaïque du passage de ces forces*

Cet ouragan, qui poussa notre escadre hors de la Méditerranée, fut faïal à nos ennemis.

Le Courageous^ de 74, chassant et déradant, alla se briser, par suite de malheureuses circonstances, sur les récifs qui bordent la côte d'Afrique, sinistre horrible comme il en arrive de loin en loin, et que Ton consigne avec tristesse dans l'histoire des marins. James raconte que 400 hommes perdirent la vie.

LeOulloden et le Gibraltar chassèrent également sur leurs ancres, s'échouèrent, mais purent être renfloués, sans qu ou eût à déplorer la mort de personne.

Peu après le passage du détroit, Villeneuve autorisa le capitaine de la Vestale à se diriger sur Cadix, parce que le

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