LE CONTRE-AMIRAL DE VILLENEUVB.N
beiHipré 4e cette frégate, craqué depais plasieurs jours, et jumelé au moyen de barres de cabestan, était brisé.
Avant de faire route sur ce port, Foucault courut au nordooest, afln de doubler un bâtiment suspect qu'il apercevait û'dut, le uord; puis, pendant la nuit, il garda la panne par une mer très-grosse, une fraîche brise de sud-est.
Le 4 4 décembre, dans une éclaircie, les vigies aperçurent sous le vent une frégate ennemie qui vira de bord et se mit dans les eaux de la nôtre. Dans l'après-midi, Foucault fut obligé de courir tribord amures en prenant des ris, parce que sou ^rand mât de hune, craqué depuis le matin, donnait de sérieuses inquiétudes, et dut être jumelé.
Le 13 décembre, la frégate anglaise la Terpsichore^ qui chassait toujours, rejoignit la Vestale, s*entreUnt au vent et commença le feu. Aux premières volées, les écoutes, les bns furent coupés ; la manoeuvre devint d*autant plus difficfle que les hommes de l'équipage qui, pour la plupart, en étaient à leur première sortie, u'avaieul pas eu le temps de bâuiariiier.
Pour comble de malheur, comme on n'avait pas embarqué un armurier, les fusils se trouvaient, au moment du feu, hors d'état de servir. Presque tons les coupe ratèrent, et cet état <Ie choses fut d'autant plus fâcheux qu*on se battait de fbrt près ; en effet, les Anglais blessèrent presque tous nos chargeurs, sans qu'on pût leur reudie la pareille.
Foucault fut tué. Le lieutenant Gaspard, qui prit le com* mandement, fut blessé lui-nu^'iiie, et, après deux heures d'un combat inégal, le mât d'artimon tomba. Les autres tenaient à peine; les haubans et galhaubans étaient hachés, la barre briflée, 48 hommes tués, 39 autres blessés grièvement.
Dans cette situation désespérée, Gaspard, jugeant qu'une |Au8 longue résistance ne servirait qu'à faire couler inutilelaent Je sani^ de ses marins, orduinia d'aaiener le villon {i).
Peu après, le grand mât tomba comme le mât d arluuoo.
(t) La Vestale portait 26 canons de 12, 6 de G, 4 caronafies;
La Terpsîchore portait 26 cunous de 18, 6 de 9, 6 carooaded de 32
Lea Anglais eurent 23 hommes tués ou ble&sés.
— dos —
On n'était pas loin des côtes de l'Espagne, et Tofficier anglais qui vint faire l amarinage ordonna de mouiller trois ancres pour passer la nuit.
Le 14 décembre, la Terpsichore étant venue se poster à petite distance, nos ennemis s'occupèrent de réparer lem avaries; puis, vers 5 heures du soir, ils envoyèrent un bout de grelin à bord de la Vestale, commandèrent de couper les trois câbles qui la tenaient, et, mettant sous voiles, rentrainèrent à leur suite. On fit ainsi route à l'est, les amures à tribord, et, comme les vents et les courants donnaient une grande dérive, les Anglais, soucieux de leur proi)re salut, coup^rentles remorques : en re inornont, l'officier qui se trouvait à bord de la Vestale lit mouiller la dernière grosse ancre qui restait et deux autres petites.
Le 45 décembre 4796, le lieutenant lacquesi qui commandait les Français en remplacement de son collègue Gaspard grièvement blessé, s'assura de ses officiers et des matelots, leur fit part de ses projets, et tous étant bien résolus à reconquérir leur liberté, il reprit possession do la frégate, à bord de laquelle ils arborèrent de nouveau lo pavillon de la République, tout en s'occupant des moyens de la sauver.
Ils màtèrent des espars, établirent quelques voiles et, après mille péripéties, eurent le bonbeur d'atteindre Cadix, aidés de quelques cbaloupes espagnoles.
Chemin fisiisant, d'après le rapport de Jacques, la Terp9ù chore^ qui forçait de voiles, se rapprocha d'une façon inquiétante; plusieurs des matelots crai^-Miant de redevenir prisonniers s'emparèrent même d'un canot el s'évadèrent. Malirré tout, la Vestale entra dans le port, et nos marins s y trou* vèrent en sûreté.
James raconte que ses compatriotes ne purent rien tirer de ces derniers, couchés sur les ponts, exténués, anéantis, paraissant incapables de quoi que ce Mit. Mais ceci n*est<41 pas un trait particulier du caractère français? Ils a ui aient volontiers laissé sombrer la frégate avec les ennemis qui la montaient, plutôt que de leur prêter niaîn-forte ; au contraire, ils déployèrent une merveilleuse activité dès qu'ils eurent Tespoir d'atteindre un rivage ami.
On dll que le capitaine de la Terpsichore eut la naïveté de réclamer à Jacques la Vestale. Il eat à peu près inutile de dire que ce dernier ne daigna même pas lui répondre.
Villeneuve rencontra dans l'Iroise les vaisseaux du viceamiral Colpoys et mouilla d'abord sous 1 ile de Groix : ce ne futqu a la fin de (Jccembre 4796 qu'il atteignit Brest, où il devait renforcer l'armée navale de Morard de Galles, mais ce dernier était déjà parti pour l'expédition d'Irlande.
m£DmOM OIRUNOE.
La vice-amiral Morard de Galles — Gomliat du vaîiaeaa
les Droito-de-rHomme.
Pendant Tété de 4796, l'armée navale de Brest resta dans rinactioni et on eut le tort de la foire sortir dans la saison des tempêtes, car il en résulta de grands désastres, ainsi qu'on le verra par le détail des événements qui vont suivre.
Lo Directoire ayant conçu le projet d'une descente en Irlande, et deux agents de ce pays s étant, à cet effet, rendus à Paris, on y convint d'une expédition de 45 000 hommes à la tète desquels serait placé le général Hoche. Ce dernier, qui résidait, à cette époque, à fiéle^ eut* dit*on, plusieurs entrevues avec ces mêmes agents qui se rendirent près de lui.
Le commandant de notre armée navale, d*après une pre*
mière combifiaisoii, ne devait point revenir à Brest après le débarquement des troupes sur les rivases de l'Irlande, mais il devait cijiizler vers l'Ile de France avec lt»s meilleurs voiliers, y prendre des soldats, les transporter dans l lnde aux ordres de TippoO'Saheb, se joindre ensuite aux Hollandais, et se concerter avec ceux-ci pour reconquérir les colonies qu'ils avaient déjà perdues.
Quant aux réserves et aux approvisionnements du corps
expéditionnaire d Irlande, on devait les placer à bord des vaisseaux de Villeneuve et de Richer)'.
Tels fureDi les plans conçus à Paris, mais Viliaretde Joyeuse les ayant jtigés inexécutables, M orard de Galles le remplaça dans son commandement le 5 novembre 4796.
A cette époque, les Anglais» se tenant prêts à tous les événements, partagèrent en trois escadres leur armée navtlede la Manche.
L'une sous les ordres de sir Roger Gurtis croisait à l'ouest d'Ouessant ;
L'autre que commandait Thompson se tenait devant Brest, et la troisième, sous lesordres de Bridport, ne quitta point It baie de Spithead pour se tenir à la disposition de l'amirauté.
Cependant dans l'arsenal de Brest on déploya, pembnt quelques mois, une merveilleuse activité, on sacrifia tout pour l'armement dos vaissi aux ot frégates desliiH''s à l'expédition. Bruix, major générai et ami de Hoche, pressait les travaux; le ministre Truguet veillait de Paris que rien ne vint les entraver, et il y mettait d'autant plus de soin qa'il eût voulu que le départ eût lieu en octobre.
De son cAté, Hoche, désirant que tous ses soldats pussent embaniuer en même temps, voulut attendre les escadres de Villeneuve et de Richery ; or, comme ce dernier ne rallia Brest que le 1 1 décembre, ainsi que nous l'avons vu précédemment, le départ eut lieu fort tard, dans la plus mauvaise saison de l'année.
A l'arrivée de Rîcheryi le général en cbef consentit à ne plus attendre Yilleneuvei de sorte que Ton termina les derniers préparatifs.
L'escadre se composait de 47 vaisseaux, 44 frégates, 6 corvettes, 7 transports, et fut partagée en 3 divisions pnacipaleSi et une division légère.
Le Nestor, 74; cap. Durand de Linois.
Le Giflsard, 74; cap. Oufay.
Lm Droits^de-reomme, 74; cap. La^
crosse.
Le TourviUSt 74; cap. Henri.
L*Éote» 74; cap. Malin.
•UlmmortaUté. 44; cap. SiniéoD, c t
La Cocarde, 36; cap. Daugtor.
La Braroura, S6; cap. Frar».
La BiUoiie, M; ea|^. Ouinia.
~ su ^
Le FoagMx, 74; cap. Maistral.
Le Kncitts, 74; cap. Quérangal.
Llndomptâble, 74; cap. BedottL Le Redoutable, 74; cap. Honcousu.
Le Patriote, 74; cap. Lafargue,
Le Séduisant, 74, cap. Dufossey.
Le Platon, 74 ; cap. Le Brun.
Lt Ckmstitution, 74 ; cap. L'Héritier.
UTrajan, 74 ; cap. Julien le Roy.
lâWattigny, 74; cap. Ili6veiiard.
Le Pégase, 74 ; cap. La Roncière.
U Bévolntloii, 74 ; cap. Dumanoir le Pelley.
La Prateniité, 36; cap. Fustel, y. a. Mo-
rard de GaUu* La Coquille, 36; oap. Gourrége.
La Romaine, 44; cap. Ghambon.
La Sirène, 36; cap. Bfoanger.
UAtalanle.
La Résolue, 36; cap. Moataian, c. a.
Nielly.
L'Impatiente, 44; cap. Deniau.
La Surveillante, 36; cap. Bernard. ,
La Charente, 36 ; cap. Bruilliac.
La Tartu, 36 ; cap. Magendle.
Le Scèvola, 42; cap. Obet
Chaque vaisseau prit 600 soldats; chaque frégate 250, chaque corvette 50, le Scévola en prit 400. Trois transporto en reçurent 450 chacun, les trois autres 300, un septième 50* Ce qui formait un total de 46900 hommes.
Les généraux Groudiy, Humhert, Bovin servaient en sousordre.
Nous verrons par quelles fatalités cet armement considérable n'aboutit qu'à des désastres. On pouvait supposer que le vice-amiral commandant en chef, en sa qualité d'ancien officier de la marine de Louis XVI, se montrerait habile et sage, mais il n*en fut rien ; le respectable Morard de Galles commit, dès le départ, des fautes graves dont les suites de* vinrent fimestes.
Le 15 décembre, les bâtiments ayant vidé la rade de Brest, allèrent jeter i aucre en baie de Camaret, et le premier départ se fit avec une telle promptitude, que plusi<Mjrs capitaines n'eurent que 48 heures pour l'embarquement des troupes et des vivres; le Pégase et la Révolution, qui arrivaient deRochefort, ne rallièrent Tannée que dans le goulet.
Gomme l'amiral supposa devoir étra obligé de livrer bataille à sa sortie des passes, il quitta son vaisseau pour la frégate la Fraternité a bord de laquelle prit également passage le général Hocbe, et de même les contre-amiraux Bouvet et Nielly passèrent sur l'Immortalité, la Kcsoluo. Malgré cela, les pavillons de commandement continuèrent à flotter à bord
des vaisseaux les Droits^e-rHomme, rindomptafale, la Gon* stiiutton.
L'appareillage définitif eul lieu dans l'après-midi du 46 dé* cembre, vers 1 heurei par une jolie brise d'esl-Dord-est, un temps sombre.
Voici par suite de quelles circonstances imprévues l'armée se dispersa. Morard de Galles avait prévenu ses capitaines qtt*il désirait sortir par le passage du Bas, et il avait reconunandé à Unols, capitaine du Nestor, chef de file, de suivre cette route.
Or il le laissa libre en même temps de prendre le passage de riroise, si les vents devaient le contrarier, et il n avait pas donné connaissance de ces instructions particulières aux autres capitaines.
Après le départ, d'autres difficultés jetèrent encore le trouble dans l'esprit de ces derniers.
L'amiral signala de former une ligne de convoi , ordre qui ne reçut point d*exécution avant la nuit; puis 11 donna la route à l'O. 4/* S. 0. Or nous avons lu, dans son propre journal, que cette route signalée ne devait être suivie que plus tard, quand tous les dangers du poulet eussent été doublés. Il s'en fallut de beaucoup que ce signal fût clair pour tous les capitaines*
Bouvet, pensant avec raison que la route donnée ne devait être suivie qu'au large, puis se conformant aux premières instructions^ gouverna de manière à passer par le Raz, où le suivirent une vingtaine de héUments.
Linois s'imaginatU, au contraire, qu'on lui orduiuiait do prendre le passage de Tlroise, et cédant, en ce moment, au\ suggestions de son pilote, qtii assurait qu'il était impossible, sans louvoyer, de donner dans le Raz, gouverna immédiate* ment à TO. i /i S. 0.
Nous avons vu qu'il avait l'autorisation verbale d*a^ ainsi.
Enfin Morard de Galles, voyant ses capitaines indécis sur
la route qu ils devaient suivre, craiirnant de voir ses vaisseaux dispersés avant la nuit, ne ^ ^ll!arlt jiotnt, à cette heure tardive, tenter le passage redouté que suivait Bouvet, prit le
parti de satvre la manœuvre de Linois, et signala de courir vent arrière. 11 était alors 5 heures; le soleil était déjà couché, l'ordre ne parvint pas à la ron naissance de tous ies capitaines, et il n*y eut que confusion.
La Doit vint. Les frégates tirèreot du canoD pour traD&mettre la volonté du chef.
Le Séduiflant, échoué dangereuBement sur une roche, se couvrit de feux et tira également le canon pour deomoder des secours.
Une frégate anglaise, l'Inde fa tigable, voyant la flotte entière débouquer (lu goulet, hissa ses fanaux, lança des fusées, tira pareillement du canon pour répandre au loin l'importaDte nouvelle.
Brefi oe fut une indicible confusion. Nos vaisseaux se dispersèrent, les uns passant par une routCi les autres par une autre.
Le Séduisadt se perdit totalement (1). Le capitaine Duiobsey, tous ses ofQciers, n'ayant voulu quitter leur vaisseau que les derniers, et payant de leur vie, dans cette fatale circonstance, leur dévouement, se noyèrent quand la mer envahit le pont. On raconte que les pécheurs de File de Sein sauvèrent quelques centaines d*hommes dans leurs barques ; mais, en réalité, plus de la moitié de l'équipage périt. Nous n avons pas trouvé le rapport de ce sinistre aux archives de la marine.
Il n'est rien de plus important, pour un amiral, qu'un système de signaux de nuit ou de brume qui lui assure la communication de ses ordres, dans les circonstances graves, et pourtant il est vrai de dire qu'il y a lli un problème qui n'a jamais été résolu, dont on s'est souveril préoccupé avec raison tant en Ani^leterre qu'en France, et dont on cherche encore la solution.
Nous avons vu comment se dispersa l'armée navale de Morard de Galles, à sa sortie des passes du goulet, au milieu d'une indicible confusion.
Qu'on lise Tépouvantable tragédie de ce combat de nuit
U) Sur I» Btévemiac.
qui suivit la brillante victoire d'AIgésiras; ces deux iroisponts espagnols se prenant pour ennemis, se canoQoaot, s'embrasant, puis sautant dans les airs; des milliers d'hommes disparaissaot dans l'abtme ; les amiraux français el eapagnols 8*éloignant à toute vitesse, en dissimulant leurs féux ; nos habiles capitaines prenant les signes de railiemeiit des Anglais, afin (r échapper à un désastre.
N'est-ro point là un triste spectacle provenant de ce que nos signaux étaient insuffisants, tels qu'ils le sont aujourd'hui encore, tandis que les Anglais eurent l'inappréciable avantage de se oonnaitrei de se soutenir, de porter avec certitude des coups terribles?
On a vu bien souvent, non point pendant la tempête, mais peiiiiantun temps plus mauvais qu<' d habîtude, des escadre»*, des divisions dispersées à jamais, et de là la mission w anquée, l'honoeur des capitaines compromis, le soupçon entrant dans le cœur du commandant en chef, les sentiments de la discipline parfois affiiiblis dans Tesprit des inférieurs.
Ainsi il en a été de d'Estaîng, devant la Delaware, de Villaumcz à la Qq de sa croisière, et de tant d'autres amiraux ou ciipitaines.
* Il ne nous appartient pas de trancher toutes les diftkuluts du problème ; nous indiquerons, pourtant, une idée qui nous est venue à ce sujet, et peutrétre sera-tFoUe jugée bonne, parce qu'elle est de toute simplicité, quoique neuve.
Premièrement, par une nuit sombre ou pendant une tempête, nous admettrons que le CDuniiandanl en clief, soucieux de conserver son escadre compacte et de la diri^'or sûrement, ne fasse qu'un petit nombre de signaux de premicrc importance, signaux s^adressant à tous et qui seraient précédé ei suivis de coups de canon d'avertissement.
Bans la grande hune du vaisseau amiral serait placé un phare d'une puissance de réflexion telle qu'il serait visible à une distance de 10 milles env iiou, phare qui serait consacré aux signaux de nuit.
Suivant le temps, un coup de canon ou quelques fusées serviraient de signal d'attention.
Chaque capitaine ferait noter exactement^ à one seoQode
près, le moment où brillerait le phare, puis celui de son éclipse. Le nombre de secondes ainsi trouvé, divisé par 5, donnerait le numéro du signal effectué. Ainsi, si l'éclat a duré 80 secondes, le signal serait le numéro 16.
On comprend qa'il faut peu de signaux, et qo'ii les faut importants et sortoot bien clairs.
Ainsi, gouverner debont an vent, prendre la cape bâbord ou tribovd amures, feire route pour la destination, revenir au point de départ, stopper droit, rapprocher ou augmenter les distances, il no faut pas plus de trente ordres semblables pour suffire à tous les cas principaux, d'autant que le commandant en chef doit» avant toutes choses, n'avoir qu un souci : conserver son escadre compacte, la diriger sûrement.
Devant l'ennemi» il n'y auraitancun signai d'avertisBement. Chaque capitaine ferait veiller attentivement et constamment Tapparition de Téclat du phare, pour en apprécier la durée.
A ces mêmes numéros a\iinl une certaine siij;nifiration, quand on lutle contre une tempête, seraient données d autres significations relatives à la lutte contre une escadre ennemie, de telle sorte qu'il n'y ait aucune conftision.
En tous cas, les coups de canon d'avertissement signifie* raient toujours qa'il s'agit de manœuvres en vue du temps.
Dans les autres circonstances, c'est-à-dire au mouillage en temps de paix^ au moyen de la durée d'éclat d'un simple fanal, avec accoiiiiuignemeni de l'usées ou de moines, ou aurait autant de combinaisons qu'on en peut désner.
Ainsi le fanal seul donnerait une série ; des fusées brûlées pendaut la durée de son éclat donneraient une autre série ; des moines brûlés également pendant la durée de l'éclat, une troisième série. ^
Nous n'avons fait qu'indiquer succinctement le plan de ce système de signanx. Mais nous tenons è faire ressortir l'importance de trois conditions essentielles : 4° La puissance de réflexion du phare ; 2" La durée de l eclai comme indice du siernal ; 3" La simplicité, la clarté des ordres transmis par le comr mandant en chef.
SuivonSi d'abord, la Fraternité, que montaient, comme on
sait, les deux commandants eu chef^ et dont le ralliement avec les nntrcs bâtiments Ciit d'autant moins possible que les vents soufflèrent avec une grande violence le lendemain du départ.
Les instructions du Directoire prescrivaient de cingler
d abord a 1 Ouest jusqu au méi idien des iles Silly, de se diriger ensuite sur le cap Clcar, afin de le reœnnaître; puis de donner dans la baie de Galioway, lieu de destination, ou^ si les vents et les courants étaient contraires, de se diriger dans les baies de Sbannon et de Bantry .
Horard de Galles n'aperçut auprès de lui, quand le solml ^ leva, que la Romaine et la Cocarde. Il entra dans la Manche, et comme le temps fut très-lnam nis, la mer grosse, il ne s'occupa, pendapt plusieurs jours, que du salut de son bàt^ ment.
Le 34 décembre, on rencontra le Nestor, mais, à la suite de bourrasques» ce vaisseau, ainsi que la Bomaine et la Gocarde, se séparèrent de la Fraternité ; une autre fois, ce fut
un vaisseau anglais qui parut à l'horizon, et, pour lui échapper, non-seulemeiiiii fallut forcer de voiles de manière à compromettre gravement la mâture, mais encore manœuvrer avec habileté en profitant des ombres de la nuit.
Le 30 décembre, au point du jour, les vigies ayant signalé deuK grands navires avec le pavillon en berne, on ne tarda pas à reconnaître la Révolution et le Soévola; ce dernier coulait bas d eau.
Dumanoir le Pelley, les officiers et mai lus de la Révolution, faisaient preuve, dans cette circonstance, d'un grand dévoue, ment; il fallut que chacun déployât les plus louables efforts, car on eut le bonheur de sauver tous les hommes duScévola, quidiqiarut, peu de temps après, dans l'abîme.
Les commandants en dief apprirent de Bumanoir que plusieurs bàtiiiieiiLs de I cscadre avaient jeté l'ancre en baie de Bantry, mais qu'une violente tempête les ayant assaillis le 25 décembre, ils avaient été jetés loin des côtes de T Irlande.
Quoique consternés de ces nouvelles, Morard de Galles et Hoche, pensant que les vaisseaux se rallieraient, mirent le cap de ce côté.
On ftnftil donc bonne rtmte, quand, le lendemain, Duma-
noir envoya rendre curiijiU; qu il se trouvait dans une situalion critique, n'ayant que huit jours de vivres pom les 2 200 honnmes qui encombraient son vaisseau, et demander instamment à regagner un port de France. En même temps il assura que Bouvet avait dû quitter ia liaie de Bantry.
En ceci ce capitaine se trompait, et il est très*regrettable que les commandants en chef, ajoutant ht à -ses rapports, aient adopté le parti de revenir vers la Fi ance.
Le 8 janvier, coiniiie les deux bâtiments cinglaient paisiblement, les vigies signalèrent deux frégatesennemies devant lesquelles Morard de Galles ordonna de prendre chasse.
Le lendemain, nos marins coururent un danger autrement sérieuXi car,s'étant trouvés sur le passage de l'armée navale de lord Bridport, ils n'échappèrent qu'à la faveur de la brume et du mauvais temps.
Enlin, le H janvier, la Fralernité, la Révolution atteignirent le mouillage de l'île d'Aix, ei il éUiit temps, car I)umanoir n avait plus que pour quatre jours de vivres ; le mât de misaine de la Révolution étaitcraqué, leiieaupré cassé, le gréement, les voiles hors de service.
Ainsi, dès le jour même du départ, par suite d'impr6* voyances, de malentendus, de mauvais temps, par défaut d'instructions précises, surtout, les vaisseaux fuient dispersés, et celte belle expédition fut manqut e, alors qu elle était mise sous les ordres d'un glorieux jeune homme auquel la fortune avait toujours souri, et qui avait les talents nécessaire pour porter un coup sérieux aux redoutables maîtres de rOoéan*
Ne seralMI pas injuste de dire que la cause des désastres.
fut dans la [iiaus aiseorgaiiisaliuii des équipa^a^s, la discipline, l'inipéritie des ofliciers et marins? Ce sont pourtant ces insinuations que se plaisent à prodiguer, dans leurs écrits, ceux qui ne sont point partisans de la marine de la République.
Nielly, qui montait ia itésolue, ayant rallié le pavillon de Bouvet, se rangea sous ses ordres ; mais, dans la nuit du SSI an 93 décembre, au mouillage de Bantry, le Redoutable dburda sa frégate, l'eluQ^ca par tribord, et la démâta si bien,
que le grand mât resta seul debout; le betupré iii4iiie avait
été brisé. Nielly, raconte son biographe Levot, révéla, dans cette circonstance grave, sa présence d'esprit, son habileté prati([ue. Reveillé en sursaut par le choc effrayant de l'abordage, et s étant hâté de monter pour dooner ses premiers ordresi il fit mouiller d'abord les deux ancres de boseoir par
brasses de fond, puis en mouilla trois autres avant que la Résolue ne parvint à ftiire téte ; officiers et matelots qui mirent tous la main à l'œuvre montrèrent plus tard , par 1 aiiiiiiation du récit de l'événement, quelle avait été leur admiration pour leur chef.
Quant aux hommes qui naviguaient pour la première fois, il parait qu'ils étaient morts de peur, qu'on n'en put rien tirer, et que les officiers, assistés des gabiers, durent se donner une peine incroyable pour dégager la- grande ancre et la jeter au fond.
Plus tard, le Pégase a^ ant pris la Résolue à la remorque, Nielly arriva à bou poi i à Brest, dans la journée du 3u décembre.
Bouvet, qui montait rimmortalité, gagna le large en passant par le Baz, comme nous l'avons vu, et foi rejoint, le 44 décembre, par une quinzaine de bâtiments, sous les ordres de Nielly.
Ayant ouvert les plis cacbetés qu'on lui avait donnés en
cas de séparation, il vît qu'il fallait aller reconnaître Mizen- Head et croiser pendant cinq jours dans ces pai\igo£» pour attendre de nouvelles instructions. En conséquence, il donna la route à l'ouest. En ce uiouient, après le ralliement de Nielly, nos forces ne comprenaient pas moins de 44 vaisseaux, d Créâtes, 3 corvettes et 5 transports.
Le St4 décembre, les vigies signalèrent Mizen-Hesd, et par le travers de la baie de Bantry , Bouvet signala de tout diapo* ser pour mouiller les ancres. On apprit par des pilotes qu'il y avait 6 frégates anglaises en baie de Cork.
Le 22 décembre, le vent ayant fraîchi et la mer étant devenue grosse, l'amiral, suivant les conseils de son pilote, mouilla les ancres de rimmortalité.
Les bâtiments se dispersèrent peu de temps après, parce
que, ayant rendu sa minoBavre indépendantei quelques capitaines mouillèrent au vent de la pointe de Great-Bear, tandis
que d'autres restèrent siuhs voiles.
Le 23 décembre, on complait, aux alentours de la frégate amirale, 8 vaisseaux, 2 frégates, 4 corvettes. La mer fut encore si grosse qu'on ne put rien tenter.
Le lendemain, l'amiral consulta le général Grouchy, et lui demanda ce quil convenait de faire.
Il y avait là 6 000 hommes, des canons, des vivres, des munitions; il n'était pas impossible de tenter un débarquement, et pourtant l'embarras de Grouchy fut grand, parce que les instructions n'avaient point prévu l'absence de Hoche.''
Cependant, ayant passé outre> îi prit la résolution de débarquer, et même il en formula la réquisition par écrit, afin de mettre à couvert la responsahîHté de Bouvet.
Ce dernier chargea un de ses capitaines de chercher un
lieu cuiiimode de débarquement, et signala, dans l'aprèsmidi, que cette opération se ferait dans le noid de la pointe de Great-Bear.
Malheureusement, lèvent, fraichissantau coucher du soleil, souffla pendant la nuit avec la violence d'une tempête; la mer devint si mauvaise, que souvent elle passait, en déferlant, pardessus les gaillards desbétîmentsquî restèrent au mouillage.
Le 25 décembre, le mauvais temps continua, la mer devint si grosse, les veiils «l'csL si violents, que plusieurs vaisseaux chassèrent. Plusieurs Ciipitaiues Inissèrerit tomber des ancres suppitnientaires; les Droits-de-i Homme, ayant rompu ses câbles, dérada.
Quant à Bouvet, il fit mouiller, vers 5 heures du soir, l'ancre de bâbord de Tlmmortalité, quoiqu'on eût filé déjà 430 brasses de câble à tribord. Ce dernier ne tarda pas à casser; Tancre de bâbord, mouillée depuis peu, ne tint pas, et, comme les vents et la mer jetaient la frégate sur Tile de Bear située à peu de distance, la position devint critique. L'amiral, pour en sortir, ordonna de couper le câble, fit hisser un foc, et, manœuvrant pour sortir de la baie, il héla, aux capitaines pi^ desquels il passa, d'appareiller comme lut ; il appuya le
signal de fuii e cotte manœuvre de coups de canon, et prit la cape bâbord-amures.
Il s'estimait à SO lieues aa large, lorsque le temps s'en* bellîtf et alors réfléchissant qu'il ne possédait plus un seul câble, que les fours étaient démolis, qu'il ne lui restait plus que pour dix-huit jours de biscuit, Bouvet prit la résolution de cingler vers Brest, oîi il jeta l'ancre le 1*' janvier 1797.
Destitué par ordre du Directoire, détenu aux arrêts pendant plusieurs mois, cet amiral n'obtint jamais de pouvoir se justi* fier, devant un conseil de guerre, de toutes les fautes que les uns et les autres lui reprochèrent avec acharnement.
Cependant Linois se trouvant le plus ancien des chefs de division j>i i'sunts dans la baie deBantrVjOÙ l'on compLAit encore 4 vais.scaux, 4 frégates, 2 corvettes, 1 transport, convoqua, à bord du Nestor, tous les capitaines pour les consulter sur ce qu'il convenait de faire dans les circonstances actuelles, avec les troupes disponibles dont l'efiectif ne montait pas à moins de 4000 hommes.
On fit observer Timprobabilité d*une plus grande réunion de forces, le danger d'être bloqué par des escadies ennemies ou réduit à l'inaction par le mauvais temps, le manque de vivres; la nouvelle alarmante que des forces supérieures se rassemblaient en baie de Cork, qu'un camp de 43 000 hommes se formait à terre, et Ton décida qu'il était sage de retourner au plus vite vers les ports de France.
On remit donc sons voiles par un vent tirais, un temps pluvieux, à giams, et nos marins arrivèrent de nuit en vue de ril(^ d'Ouessant, après six jours de Tiavigation. On apt^rçut à l'horizon une infinité de feux qui indiquaient la présence de l'armée navale anglaise, mais Linois donnant une route sftre, ordonnant de cacher toutes les lumières, passa très-audacieusement près des vaisseaux ennemis, et jeta l'ancre en rade de Brest, sans avoir été Inquiété.
Racontons maintenant jiar quelles péripéties passèrent ceux qui n'eurent pas la buime fortune de revenir au port.
Lacrosse, dont le vaisseau les Droits- de-l'Homme avait déradé pendant la tempête du 25 décembre, était revenu à la baie de Bantry, oîi il ne vit phis un seul hétiment; puis ne
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supposant point qu'on eût renoncé à l'expédition, il se rendit à l'embouchure de ia rivière Shannon, deuxième point de rendes-voas. Là, ralliant la Charente et le Trajan, il parcourut les o6tes de rirlaode et ne s'en éloigna qu*aprèa huit jours d'inutiles recherches.
Le 13 janvier 4797, Lacrosse, qui avait perdu de vue ses conserves, se trouvait a âii lieues des cdUs de France, par le travers des Penmarks, et coûtait sous petite voilure au sud, les aomres à tribord, parce qu'il ne voulait pas approcher des terres par cette hrise fraîche et cette mer houleuse, lorsque les vigies eurent connaissance, dans Taprès-midi, de deuxgrands navires au vent.
On courut au sud-est pour les éviter, mais par malheur, coinine les vigies signalèrent deux autres bàtiiacnts sous le vent, Lacrosse, forçant de voiles pour s'en éloigner, ordonna, en outre, de donner tous les élans sur tribord*
Ce fut un hasard fâcheux, parce que Ton se rapprocha peu à peu des premiers qui étaient anglais, Vlndefatigablej capitaiiie sir Édouard Pellew, et Tilmosoiiy en même temps qu'on s'éloignait des autres qui étaient, dit-on, la Révolution .et la Fraternité.
Pour eornl)le de rnallieiir, notre v.iîsseau avant dernàté de
ses deux mâts de hune, vers 4 heures 30, les ennemis s'en rapprochèrent rapidement.
Pellew, diminuant de vailes et se maintenant par la hanche du vent, commença un feu sôr auquel se joignît
bientôt celui de VAmazoîi. James fait remarquer que le capitaine anglais eût mieux fait de se placer sous le vent de notre vaisseau, dont les batteries étaient masquées de ce côté par le gréement des deux mâts de hune rompus*
Quoi qu'il en soit, nos marins devaient soutenir une lutte héroïque, d'autant plus désavantageuse que l'état de la mer, le roulis, le peu de hauteur de la batterie obligèrent de fermer beaucoup de sabords; du plu:?, ils étaient un coutre^deux et le vaisseau était déjà fortement avarié.
Les Anglais, manœuvrant habilement pour ne pas être abordés, se maintenaient par les hanches de chaque bord et n*en continuaient pas moins un feu meurtrier.
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Vers 40 heures, le mit d*artimon des Droits-de^rHorome
s*abattit avec un grand fracas ol couvrit de ses débris !e j^aillijrd d*a^^i^re. Le combiiL continua pendant toute la nuit, et à peuie y eutril quelques moments de répit pour réparer les avaries.
Il fout remarquer que Tavantage de nosenaemis était d'autant plus notable que l'armement du vaisseau Vlndefati* gable {\ ) consistait en puissantes caronades.
On dit pourtant que Lacrosse faillit faire payer cher à Édouard Pellew l'intention que ce dernier manifesta de doubler ^(jii vaisseau par l'avant. Il manœuvra si bien pour l'aborder, que l'Anglais, voulant éviter à tout prix un combat corps à corps, fut obligé de s'éloigner vent arrière, ce qui permit à nos canonniers de Teofiler, à longueur de refonloir.
A deux rqirises différentes, sir Édouard Pellew cessA le feu, afin de pouvoir réparer des avaries sérieuses, et Ton assure que^ dans ces moments, l'enthousiasme des marins et soldats était au comble.
Les généraux Humbert, Corbîneau descendaient dans les batteries, encourageaient les combattants, puis tous, aniiués des plus généreux sentiments, juraient de se défendre jusqu'à la mort*
L'intrépide Lacrosse, ayant été blessé lui-même par un boulet qui le frappa aux genoux, pendant qu'il causait- avec son maître d'équipage, fut obligé de remettre le commandement à son second, Prévost-Lacroix.
Les lieutenants Châtelain, Descormiers furent blesses grièvement pendant qu ils commandaient la manœuvre; il y avait d'autres pertes cruelles à déplorer, et pourtant la lutte n'en continuait pas moins acharnée, car Prévest-Lacroix avait promis de ne point amener le pavillon.
Sur ces entrefaites, les mâts de misaine et de beaupré tombèrent l'un après l'autre; puis les Anglais finireni par abandoiHier nos marins, en raison 6uns doute de k gmvitc de k situation.
(1) L'Intlefiiliyabk i>uï*tait 26 pièces de 24, 2 de 12, 18 cui unades de 42.
Eo effet, leB veats soufflaient du sodi le tempe ètail» bru* mem, meniçant; il était difficile de savoir où Ton se trouvait, et il y avait urgence à gagner le large; les bAtiments
s'étaient tellement rapprochés des brisants de Penmarks, que \m hommes en vipie auraient pu voir les vagues briser, blanches d' écume, à peu de distance.
Dès que Lacrosse eut fait poser un premier appareil sur sa bleflfiure, il se fit porter sur le pont pour juger lui*mème du péril.
C'était vers 4 heures du matin, le 44 janvier; la lune se levait, et Ton apercevait des brisants dans le nord-est, à moins de 2 milles.
Le combat, avons-nous dit, avait cessé de part et d'autre, mtts un autre était imminent, plus solennel, cette fois, non point contfe des hommes, mais contre la soufihoioe et contre les éléments déchaînés. On sait que Lacrosse avait perdu deux ancres dans la baie de Bantry. Les câbles de celles qui / restaient avaient été coupés par des boulets, de sorte qu'on ne put rien faire de mieux que de mouiller une simple ancre h jet. On la laissa tomber par un fond de douze brasses ; le vaiseaftu chassa ; il ne tarda pas à talonner, et notre capitaine ayant ordonné de couper le grelin, il évita Tavant à terre, en s*éeiiouant sur un banc de sable. On jeta parnlessus le bord les canons des gaillards et ceux de la baUeiie basse; a un deuxième coup de talon, le grand mât s'abattit; puis, enfin, le vaisseau, après plusieurs secousses aitreuses, resta dans une position fixe, sans mâts, sans canons, et la cale tellement pleine d'eau, que les vivres furent avariés en grande partie, ^ant à nos ennenns, Ils ne s'en tirèrent pas non pliis sains et saufs. VAmoion était échouée non loin des Droitsnlel'Homme, et sir Edouard Pellew ne sauva VJndtfaUgabLe qu'en manœuviaut très-habilement.
Pendant le combat qui avait duré 43 heures, nous avions tiré 1 700 coups de cauoo, iOO hommes avaient été tués ou blessés*
Le 44 janvieri la mer fut si grosse, qu*on ne put rien faire; deux canots furent brisés par les lames, il hA impossible d'établir un va-et-vient, et l'on réussit seulement à lancer
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un radeau sur lequel quelques hommes de bonne volonté essayèrent de i^a^ner le rivage. Ils y arrivèrent sains et saufs, après avoir coupé le grelin qui \e& teoail au vaisaeaUi parce qu'ils craignirent de sombrer.
Le maltre-voilier Le Maodé} exoellenl nageur, ayant eseafè de porter à terre une ligne de loch, fUi obligé de renoncer 1sa noble entreprise.
La cale se remplit d eau, les vivres manquèrent.
Le 4 5 janvier, plusieurs radeaux furent encore lancés, cliicun fut libre de gagner le rivage de son mieux; mais, si quelques hommes réussirent, plusieurs autres se noyèrent ' dans le trajet périlleux. Le grand canot ayant été mis à ia mer, Cous ceu qui s'y embarquèrent furent aasM heureux pour arriver sains et saufs. On réussit même à débarquer la chaloupe dans laquelle furent placés les blessés, deux hommes et six enfants. Malheureusement, malgré les ordres des officiers présents, 80 hommes s'élancèrent, une houle remplit la chaloupe beaucoup trop encombrée, tout hit englouti...
Ce hit dans cette malheureuse ciroonstance que las officiels Cihatelain, Joubert, Huiler, le maître d'équipage Tonnerre perdirent la vie.
Le 46 janvier, le vent soufQait encore avec une grande violence. Le Mandé finit pnr se noyer en tentant une deuxième fois de porter u no ligne de ioch à terre, etie chef de bataillon Heyniers, jeune héros qui s'était distingué pendant le siège de GranviUe, ayant tenté la méineairentiire, mourut deméme, glorieusamenti «a se dévouant pour ses camarades.
Belle mort, en vérité, dont le récit doit trouver place dans VHisUnre d88 fnarins français.
Lu nuit fut affreuse; on souifiil du froid, de la flèvre, de la faim, de la soif, et pourtant la discipline se maintenait si parfaite, que quelques-uns ayant osé dire, dans un momeot de découragement, qu'ils regrettaient de ne pas être prisonniers des Anglais, mille cris de dénégation se firent entendre, Lacrosse fût acclamé; heureusement, il y eut, pendant la nuit, une variation sensible dans la dhreetion du vent, et la mer s'embellit.
La 17 janvier, le cotre F Aiguille el cinq chaloupée d'Au-
«iieroe, ayant pu s approcher, 300 hommes purent cHre débarqu< s du vaisseau, mais 400 autres infortunés eurent à lutter, peiidaut une cinquième nuit, contre des souffrances de toute espèce. On distinguait, dans leur nombre, Lacrosse, Prévost- Lacroix, l'enseigne Héiouin, le capitaine d'artillerie Bourliot» Chacun était ei épuisé de fatigue, de faim, de soif, que l'on s'en fera une idée quand on apprendra que 60 honunes suc^ oombèrent pendaul celle dernière nuit.
Enfin, le 18 janvier, l'Aiguille, la chaloupe de l'Arrogante, d autres canots du pays sauvèrent les derniers naufragés.
On raoonte que Prévost>Lacroix ne quitta les ûroit8-de«r rflomme qu'après avoir fait rendre lea derniers devoirs aux vioUmes des jours précédents, et s'être assuré par luiHnéme que personne n'avait été abandonné.
Lacrosse, dans son rapport, fait les plus grands éloges de. 1 enseii-'ne Lahalle, capitaine de l'Aiguiiie, qui rendit des services signalés. Cet officier, parti de Brest, d'après les ordres du commandant des armes, ayant fait la plus grande diligsnee pour porter des seooa», commença rembarquement des uns, donna des vivres et de Teau à ceux qu'il ne put sauver le 47 janvier, prit le plus grand soin de ceux qu'il avait recueillis, et les mil à terre à Audicrne, dans ia soirée du même jour. Lahalle, déployant la plus Lrandu activité, appareilla de nouveau pendant ia nuit, revint près du vaisseau, suivi de plusieurs barques du pays et des canots de la corvette rArroganle, et sauva, cette fois, le reste de l'équipage.
900 hommes ftirent encore débarqués à Audieme; les
autres gagnèrent Brest à lx)rd do TAipuille.
Par l'intelligence avec laquelle Lahalle renipiii cette mis- >\<m, il eut le bonheur de sauver 950 Français, qui seraient iakiiliblenient morts de misère, sî le mauvais temps avait repris, et s'il y avait eu le moindre retard à leur sauvetage.
Lacrosse recommanda très-inslamment au miiiislre de la marine son aeoond, Prévost^Lacroiz ; les UeulenaDts Descormiers, Séguin; les enseignes Delcambre, Hélouin, Gouîn, Pauibson, Léonce, i udpiiaiilLa liaslide. Ce dernici rcuipla^a
plusieurs fols le pavillon pendant le combat, et doima jus*
qu'au dernier moment des preuves de courage.
Aussi le Directoire décréta que sa vieille mère, qui n'avait pas de fortune, recevrait une gratification de 300 francs. En même temps on décréta que tous les marins sauvés recevraient uD habillement complet et deux mois de solde extraordinaire.
Enfin Lacrosse se loua, particulièrement, de ses prisonniers
anglais, notamment de deux capitaines marchands. L'un, nommé Pliilippe Bcaid, s'étant jeté quatorze fois à la mer, eut le bonheur d'aborder chaque fois avec des radeaux; le second, faisant construire des radeaux par ses matelots, ne voulut point qu'ils en profitassent avant les Français*
Chacun dç ces capitaines reçut une gratification extraordinaire ; tous les prisonniers furent mis en liberté.
Quant au brave Lacrosse, recevant aussi la recompense de sa belle conduite, il fut promu un î^rade de contre-amiral.
« Enfin, mon cher commandant, j'apprends que vous « vivez, » lui écrivit le général Hoche, quand il lui fit compliment sur la bravoure, l'énergie, toutes les vertus dont il avait donné Téclatant témoignage.
Oïl a ( alculé que 400 hommes périrent à bord desDroitede-l iionmie, soit pendant le combat, .soit jiendant le naufrage, et ce chittre est exact, puisque, sur un efi^ectif de i 350 hommes, on en sauva 950.
Dans le cours de cette expédition d'Irlande, si mal conduite, si étalement terminée, il y eut encore d'autres malheurs à déplorer.
L Impatiente se perdit corps et biens sur les cfttes d'Angleterre, de telle favuii que six matelots échappèreal seuls à la mort par un bonheur provideuliel.
La Surveillante se jeta aussi sur une roche; mais ses marins, plus heureux que ceux de T Impatiente, ayant gagoc le rivage, sauvèrentdumoins leur vie, sans pourtantéchapper à Taffireuse captivité des pontons.
La Tartu fui capturée par le Polyphémus, de 74, aprt^san court combat dans lequel nous eûmes W hommes tués ou blessés.
L*Atalante, les transporte le SuSreo, rÂllègre, la Jostiiief la Vîlle^e-Lorieiit ^ tombèrent également au pouvoir de l'ennemi.
brick la Fiilc-Uniquo sombra.
En ajoutant à ces pertes les naufrages du Séduisant, de7i , des Droits-de4'Uomme, de 74, du Scévola racé, on voit que la liste des bâtiments peidus est lengae»
Telle fui cette désastreuse eiqpédition qni n'aboutit qa'à des revers, parce qu'on Tentreprit en plein hiver, dans la saison des tempêtes, qu'on précipita le départ, qu'on formula trèsincoini»! élément les instructions, que le vice-amiral Morard de Galles montra de l'irrésolution au moment du départ, mais non point, comme l'on dit et redit si souvent sans approfondir les faits, parce que les capitaines et officiers de la marine furent ou inhabiles ou indisciplinés*
Voici quels furent, pendant le cours de cette expédition dlrlande, les mouvements de nos ennemis.
Le vice-amiral Golpoys, qui croisait au lurge de l'Ile d'Oucssant avec 13 vaisseaux, donna la chasse à Villeneuve, quand ce dernier atterrit sur Brest, à son retour de Toulon.
Ensuite, pour senu t ti e à l'abri des coups de vent (jui nous furent si funestes dans les derniers jours de décembre, il alla jeter Tancre à Spithead.
Lorsque la nouvelle du départ de notre escadre parvint à Londres, Tamiral Bridport reçut Tordre de gagner le large, ce qu'il fit le 3 janvier 1797, si tardivement, qu'il ne put s'opposer au retour de nos bâtiments.
Il res:ac:na la r<Ste d'Angleterre, après avoir exp« die le roi iti e-amirai Parker à Gibraltar, avec une division de 5 vaisseaux.
LES ALLIÉS D£ LÂ RÉPUBLIQUE faAliC;AIS£. Les Espagnols. — Combat du cap Saint- Vincent.
Nous avons vu que le Directoire si^iia avec l'Espagne un traité d'alliance, par lequel les deux Etats se donnaient mu-
tuelleineAt un secours de 94 000 hommes ei de 10 vaisseaux. Nos alliés, bien dégénérés à cette époque» sous le gouverne* meut du feible Charles IV, et de son favori Godoî, surnommé le
prince de la paix, ne gagnèrent à notre amitié que de se voir enlever, au bout de peu do temps, l'ile de la Trinité, î une de leur f colonies, ot de livrer la mal heureuse bataille du cap Saint-Vincent, où ils perdirent plusieurs vaisseaux.
Le Directoire avait aussi signé un traité d'allianoe avec la Hollande, divisée alors eu plusieurs partis acbamés qui re^ tardèrent rachèvement de la Constitution, et dont les dis* cordes ruinèrent les ressources du pays.
Par suite de leur alliance, les Hollandais perdirent trois de leurs plus belles colonies, l'ile de Ceylan, le Cap, les Moluques, et, comme nous le raconterons plus loin, ils livrèrent à nos ennemis une bataille sanglante qui fut vivement soute^ nue par le oontre-amiral de Winter*
Dans le courant de 4797, par des taisons qu*i1 est dSffidIe d'apprécier, nos escadres ne se réunirent pas à celles de l'Kspagne et de la llullaïuie. Elles ^est^rent immobiles surles rades de Touloa et de Brest, alors que les marins des deux nations amies, prenant le large, se portant au-devant de nos ennemis, succombèrent en défendant le grand principe de la liberté des mers.
L'amiral lord Jervis commandait, devant l'embouchure du Tage, a la fm de 1796, une escadre de 14 vaisseaux. Deux autres se trouvaient a la veille de partir pour l'Angleterre; un troisième était en réparation dans le port.
Cet amiral prit la mer le 48 janvier de l'année suivante, escorta, pendant quelques jours, un important convm de bé« timents marchands, puis se dirigea sur le cap Saint* Vincent, où il fut rejoint parle contre-amiral Farker, qui commandait une division navale de 5 vaisseaux.
Comme le Saint-Georges fut dirige sur GibraU;u- pour y élre radoubé, lord Jervis a eut plus à sa dispositiou qu'une force de 45 vaisseaux, 4 frégates, 3 corvettes.
A peu près à la même époque, l'amiral espagnol don Joseph de Cordova partit de Carthagène à la téte d'une imposante armée navale de 97 vaisseaux, 12 frégates, 4 oorvette. Il pana
Je détroit, mit à i^rre, à Algésiras, les troupes qui avaient pris passage sur 70 transports, à la suite de son armée, puis se dirigea sur Cadix. Malheureusement, 41 fui jeté sous le teai par de fortes brises d*est, elle brait se répandit tout d*abord qu'il se rendait à Brest pour rallier l'année navalede la République, et de là se porter au devant de l'escadre de la Hollande.
Nous verrons qu'il n'en fut pas ainsi.
Don Joseph de Gordova rencontra lord Jcrvis le 13 février 4797, à 3 lieues environ dans l'ouest du cap Saint- Vineent.
Le vent soufflait du sud-ouest, et les vaisseaux espagnols naviguant tribord amures, le cap an sud-est, formaient deux groupes sans ordre, quand les vigies signalèrent les ennemis
dans le nord-est, faisant route, sur deux, colonnes, vers le nord.
Lord Jervis n'hésita pas un instant à attaquor ceUe armée navale, si supérieure à la sienne par le nombre des bâtiments, parce qu'il avait la conviction qu'un vaisseau anglais valait, à lui seul, trois vaisseaux espagnols, et qu'il ne doutait nnllemsnl, dil^il, de rhabileté, du courage et de Vaudnce de ses capitaines.
Changeant d'amures, il gouverna vers le sud-est, signala de former rapidenunit une ligne de bataille, et manœuvra clo manière à passer entre les deux groupes que formaient les Espagnols.
Don Joseph de Gordova, plein de confiance dans le succès, voulait envelopper ses ennemis qu'il ne croyait pas devoir éire bi redoutables» el ayant hissé le signal , pour œuz de ses vaisseaux placés dans l'est, de eontinuer à courir tribord amures, il fit virer de bord à 1 autre groupe pour courir i\M nord avec l'intention apparente de doubler l'escadre de lord Jervis, de la contourner et do rallior le premier m uupe. Malheureusement, cette joDctioo ne put être eti'ectuée : • — Confiant, dit lord Jervis, dans Thabileté, la valeur, « la disoi(>line des officiers que j'avais l'honneur de com- « mander, jugeant que rhonneur des armes de 6a Majesté, et < les drconsUmces de la guerre dans ces mers, nécessitaient
. « un degr<^ considérable d'eoUepriseï jeiueseniais ju6lilie en < me départissant de rancien aystème d'attaque, et passai à « travers la flotte ennemie en une ligne formée avec rapidité.
m Je virai ensuite de bord et séparai un tiere des vaisseaux « ennemis du corps de bataille, après une canonnade par- « Lieiie qui empêcha leur jonction jusqu'au soit . -
Ce fut en ce jour que Nelson, qui commaudail le Captain^ de 74, se porta au milieu des vaisseaux espagnols massés sans ordre, en coupa six et continua jusqu'à la nuit une lutte acharnée. Les Anglais, qui tiraient à coups sûrs sur ces groupes, réduisirent en peu de temps le San-Salvador, le San-lsidor, le San Joseph, le San-Nicholas.
James ne considère pas cette victoire comme un haut fait d'armes, et firenton trouve également qu'il n'y eut pas ud grand mérite à battre de semblables adversaires.
D*après les chroniques du temps, on eût à peine trouvé 60 matelots d*élite à bord de chacun des vaisseaux espagnols, et Ton dit que certains hommes, plutôt que de monter dai» la mâture, se jelaii iil à genoux devant les officiers, assurant qu'ils préféraient la mort à un pareil métier.
Pourtant, comme les officiers espagnols sont braves, ajoute Jam^, comme nul ne peut amener le pavillon à moins de se mettre en révolte ouverte, les pertes furent cruelles.
Les Espagnols perdirent plus de 4 000 hommes, et à bord des seuls vaisseaux capturés, il y eut S64 hommes lilés, 342 blessés.
De leur côté, les Âogiais comptèrent 300 des leurs tués ou blessés.
Lord JerviSr en cinglant au nord bâbord amures, cbaaffii jusqu'à la nuit les vaisseaux espagnols. Les vainqueurs allèrent jeter Tancre dans la baie de LagQSi
en Portugal, ei don Joseph de Gordova se réfogk dans celle
de Cadix.
Nos ennemis firent grand bruitde leur victoire, et leschefe de leur escadre furent, à l'envi, comblés d homu-urs.
Lord Jervis, nommé pair, baron, comte de Saint-Vincent, reçut , en outre , une pension de 3 000 livres par lo (75000 francs).
Nelson, qui avait fail preuve de ce coura^^e de iion dont il devait donner plus tard les plus éclatants témoignage, fut nonimé chevalier du Bain. On raconte qu'il sauta, le premier^ à bord du San-Joseph par une des fenêtres de la galerie, et qu'il se rendit maître de ce vaisseau, à la tète de quelques matelots dévoues.
En Espagne, l'opinion publique fut très-s(^v^ro à l't^gard des amiraux et conunandants. On leur fit payer cher 1^ honte de leur défaite dans cette rencontre, où la supériorité fut plus apparente que réelle.
Ainsi, don Joseph de Gordova Ait destitué, déclaré incapable de servir, condamné à séjourner loin de la cour et des grandes villes du littoral. I) auUcs aniiraux et coniriiandanls furent également suspendus de leurs louclious, ou renvoyés du service.
Quant aux forces navales espagnoles, elles furent ultérieurement bloquées, dans le port de Cadix, par lord Jervis, qui reçut des renforts importants.