L£S HOLLANDAIS
Gonuliat naval de Campar-Down.
A la fin de cette même année 1797, les Hollandais ne furent pas plus heureux sur mer que les Ëspagnols.
Leoontre-amiraldeWînter.aprèsavoirdébarqttélestnrapw dont ses bâtiments étaient encombrés, appareilla de Tembouchure du Texel, sans autre but que de joindre l'escadre anglaise des dunes et de lui Wwcr bataille.
On dît qui' la faction qui dumiiiait à celte époque dans les conseils du i:ou\ crfiofiient de la Hollande, espérant aflfennîi: son influence par le prestige de gloire dont l'environnerait un combat naval, sacrifia, par le fait| les vaisseaux qu'il aurait fallu ménager pour une occasion meilleure.
L'escadre se composait de 4 vaisseaux de 74, 7 vaisseaux de 64, 4 vaisseaux de 50, 4 frégates, 8 corvettes ou avisos.
De Wînter mit boua voiles le 8 octobre 4797, par une jolie brise d est, et le bruit courut, pendant quelques jours, qu'il allait renforcer notre armée navale en rade de Brest.
Dans l'après-midi, les vents passèrent au sudHmest et Isa vigies aperçurent, dans cette direction, Tescadre légère du capitaine anglais Trollope que nos aUiés chassèrent toutes voiles dehore. Ne pouvant le rejdodre, ils se dirigèrent vçrs rembouchure de la Meuse.
Le M octobre 1797, dès laube, ils se trouvaient à 9 lieues du village de Schewenningen, les vaisseaux un peu riiipofKli quand les frégates en reconnaissance furent aperçues, aiu rivant toutes voiles dehors, avec le signal que l'ennemi était en vue.
C'était Fescadre de ramiral Duncan, lequel, renseigné par Trollope, était sorti de Yarmoutb et reciierchait son adversaire.
L'amiral hollandais signala de former, sans retard, la ligna de bataille sur les vaisseaux les plus souventés, et ses ca*
pitaincs se mirent bâbord amures, suivant une ligne qui allait du nord-est au sud-ouest.
n fit mettre en panne pour attendre los Anulais que Ton apercevait déjà distioctement dans le nord- ouest au vent.
Duncan s'aperçut que les vaisseaux hollandais s'en allaient en dérive du côté de la terre, et prescrivant à ses capitaines de choisir chacun un adversaire dans la ligne, leur donna Tordre de courir largue, d'engager la bataille sans perdre un instant, de traverser la ligne de rennerai et d'attaquer sous le vent.
C'était la tactique que Howe avait employée au coml)at du 43 prairial, celle que Nelson employa contre Villeneuve à Trafalgari tactique qui fàt toujours fomilière aux hommes d'audace et qui consistait à tomber sur les ennemis vent arrière ou largue, à les ranger, à l'honneur, à portée de pistolet, à plus faible distance encore, à couper la ligne, à se placer sous le vent tout en servant un feu d'enfer.
A midi et demi, le vice-amiral anglais Onslow passait le premier» en envoyant deux bordées aux deux vaisseaux entre lesquels il défila. Duncan ne réussit pas, comme il l'aurait désiré,' à passer à poupe du vaisseau de de Winter, parce que le matelot de ce dernier gouverna beaupré sur poupe, mais il traversa ia ligne sur l'arrière de ce matelot, puis, serrant le vent, parvint à engager le vaisseau amiral hollandais. L'héroïque de Winter, entouré de toutes parts, opposa une défense héroïque, mais vit son vaisseau dém&té de tous ses mâts, et fut réduit à amener son pavillon.
9 autres vaisseaux et % frégates furent amarinés successivement par nos ennemis, cl Duncan remporta une victoire complète, ce qu'il était facile de prévoir, car il avait une grande supériorité de forces.
James dit que les Hollandais tirèrent du canon autrement que nous ne le tirions, c'est-à-dire qu'ils négligèrent la mâture pour tirer en plein bois.
Aussi les pertes des Anglais furentp-elles très-sérieoses. Ib ue comptèrcul pas moins de 218 tués, 812 blessés.
Ge sont le» <£Mffre8officieb.
Nos alliés, de leur o6té, eurent 540 tués, 680 blessés.
De Win ter, blessé grièvement, iuouiut, peu de junrs après, à Londres, des suites de ses blessures. Oq dit qu'il énuméra lui-même les causes de sa défaite :
4* La supériorité numérique des Anglais;
L'arantage qu'ils avaient de tenir la mer depuis cinq mois, d'avoir des capitaines et des officiers qui s'accordaient parfaitement, d'être venus attaquer son escadre ;
3* La retraite prématurée de 6 vaisseaux hollandais, la œarrho inférieure des autres.
Cet amiral ajouta que, si l'on avait bien exécuté ses ordres, plusieurs vaisseaux anglais auraient été* conduits dans les eaux du Texel.
Brueys prit le cr>mmandement de l'escadre de Toulon lt>rr,que Martin fut nommé chef de la luai iiie à Rocliefoi i, et, dans le printemps de 1797, il promena le pavillon de la Hepublique sur les côtes d'Italie.
Ayant pris de nouveau la mer, le 27 juin 4798, il alla jeter l'ancre à Oorioo, après une heureuse traversée.
Déjà, dans la mer Adriatique, le capitaine Bourdé avait pris possession de la marine vénitienne, composée de 6 vaisseaux et 3 frégates, de sorte que Brueys se trouva commandant d'une force respe< table.
A son arrivée à Venise, il se mît en rapport avec le j^énéral Bonaparte, et l'on assure que ce dernier l'apprécia beaucoup, lui fit des éloges mérités sur la belle tenue des vais- .seaux et adressa aux marins une prxlamation dans laquelle
CROISIÈRE DAMS LADRIATIQUE.
Le contre-amiral Brueys.
OD peut voir qu'il projetait une grande eipédilioo d'oitre* mer.
• ^ Camaniies^ » di0ailr-il| > dès que qmib aurons pedfié
• le continent, noos noos réunkons è vous pour cofM|aérir ta
• liberté des mers ! Chacun de vous aura présent à la pensée
• le spectacle horrible de Toulon en cendres, de notre arsenal,
• de treize vaisseaux de guerre en leu, et la victoire seœndera « vos efforts. Sans voos, nous ne pouvons porter la gk»ira dt « nom français que dans un pelit coin du oonClneoi. Am « vous, nous traverserons les nie»| et kglom du nom Irui- « çais verre les nations les plus ékHgnéesï — • »
Brueys se t eiidiL a Uaguse pour assurer le pn^ident de cette République de l'intérêt que la France portait à son iadépendance.
Bonaparte écrivit au Directoire qu*il n'avait jamais vu pins belle escadre, fit distribuer aux marins de Fargent et des effets, et donna en cadeau à Brueys une longue-vue de prix.
Cet amiral regagna le port de Toulon le 31 mai 1798, ramenant de Venise 5 vaisseaux et 5 frégates» et ce fut à la suite de cette campagne que Bonaparte jeta les yeux sur lui pour lui donner le commandement de la flotte qui devait transporter l'armée d'Égypte.
A la même époque, le capitaine Ferrée apporta les fiimeax chevaux de Saint4larc.
EXPÉDITION D'ÉGTPTE.
Aboukir. ^ La vioe-aniral >raiyi.
On s*e9t demandé souvent, on ignorera toujours peut-être quel fut le vrai but de i expédition d'Égypte. Le secret n'esi- 11 pas desoeiidu dans la tombe avec ceux qui en conçwenl le projet?
Nous ne chercherons pas à le pénétrer. Nous reslefoss
dus le domahie dés hits et ne ferons aucune hypothèse snr
ce fait iinporlanl de l'histoire de la France.
James raconte que Bonaparte se trouvant à Milan dans l'été de 4797, pendant les négociations du traité de Campo-Formio, prit, dans une bibliothèque publique, tous les livres qui traitaient sur rOrîenti et mit en marge plusieurs notes sur rÉgypte.
En janvier 1798, des négociations ayant été entamées avec le grand maître de Tordre de Malte, on s'informa des vaissiviux pourraient relàclier dans le pui i de cette île . et quand Brueys , revenant de l'Adriatique à Toulon avec son escadre, y jeta Tancre, il prolongea son séjour assez longtemps pour opérer des sondes et reconnaître les lienx.
Dans le courant de mai 1798, Bonaparte fut investi du commandement d'une armée que Ton destinait à l'invasion de 1 Anizletcrrr ; {)ii!s, peu de temps après, les chefs du gouverneiiu ni urdumièrent les préparatifs de 1 expédition d'Égypte, dont le secret fut gardé d'une façon absolue.
On peut donc penser que cette expédition était résolue depuis longtemps ou qu^on s*y décida soudainement. Il est certain qu'on en poussa les préparatifs avec une activité extraordinaire.
L âiaiée navale qui se réunit à Toulon comprenait, suivant le Moniteur tmiversel :
43 vaisseaux, 7 frégates, 8 brigs ou avisos, 42 felouqueS| 4 bombardes, È frégates et 2 vaisseaux armés en flûte et 444 transports.
Et, d'après le commissaire Najac :
43 vaisseaux, 7 frégates, 6 brigs, 4 bombardes, 42 felouques, î frégates et 2 vaisseaux armes en dùte et 4 49 transports.
D après le Moniteur ^ c'était 494 voiles devant porter 4 9 000 hommes et % 000 non combattants. D'après Najac, c'était 470 voiles portant SO 080 hôromes de troupe, 4 S 907 d'équipage, 959 chevaux.
On voitqueces états ne diffèrent pas beaucoup, et nuus pensons que le général Bertrand, dans ses mémoires surl expéditiond Egypte, doit faire erreur quand il dit que le nombre des
transport*? était de 233. que 1 elfectif du corps expedilionoaire se montait à 3^ iOU hoaimes (4).
Âccf/fiUm le chifire de Najac et payons un jusle tribut de reconoftissaDce à œt admimstroteur distingué conune à tous ceux qui Taidèrent poar mener à bonne fin cet immense armement.
Il dit, dans ses lettres au luinistre, que les levées de marins se firent avec quelques difficultés et ne rialLnii pas de df![iiander rembarquement de beaucoup de soldats en coniplément d'équipage. 11 rappela que le Ça-ira, qui fît une magnifique défense, avait à bord 487 matelots et 496 soldats.
On suivit ce funeste conseil, et ce fut le motif principal pour lequel nos marins se battirent au mouillage d'Aboukir et non sous voiles*
Brueys, choisi pour commander la flotte, montait, avec Bonaparte, le vaiâseau l'Orient | de 420 canons (ci-devant le Sans-culotte).
Le chef de division Ganteaume (2) était chef d'élat-major; les contre-amiraux Villeneuve, Blanquey-Duchayla, Decrés servaient en 80us«ordre. Ce d^ier avait le commandement de Teacadre légèroi et le chef de division DumanoirlePelley la conduite du convoi. Mais, chose bizarre entre toutes. Tingénieur-constructeur Joubert remplissait les fonctions de commissaire-ordonnateur.
Des savants, dos littérateurs, des artistes suivirent ^a^mée, et dans Tentourage du jeune général en ciief on distinguait les généraux qui s'étaient rendus fiiimeax dsns les
(I) U p^ait, cftpeniiarir, que des porlH de l'Italie et de la Corse partirent d'auU ub u oupi^ qui iurmaitiul ie total donné par le géiiénU Bertrand, savoir :
Toulon, 132 voiles. . . 20,500
Marseille, 32 voUes. . . 3,200
Corse, 21 voiles.. . , • 1,200
Italie, 80 voiles 7,400
Total 32,300
Çi) Gantmame lut nommé coatre-amiral apré» la journée d'Aboa kir.
* guerres de la Hépnblique : Kletieri DesâiZi Beithier, Lennas» Marat, Junot, Gafarelli| Beauharnaie, Dtvonst, Lefebvre.
Bonaparte se rendit à Toulon peu de temps après sa mninatîon, elle 19 mai 1798, à la faveur d une belle brise de nord-ouest, tous les bàiiments ga émirent le large.
L'appareillage se fit en temps opportun, r<ir un coup de vent ayant dispersé la flotte anglaise et rendu la mer libre, Nelson, qui sonreillait les mouvements de notre rade avec 3 vaiveaux» n'eut pas le moindre rensaignemént sur la rente que notre flotte suivit.
On mit le cap sur Gènes pour rallier les transports partis de cette ville, et lo 23 mai les vigies reconnurent le cap Corse. Pendant une beuiaine, l'amiral so tint en vuedes côtes orientales de la Sardaigne, afin d'attendre un important convoi qu on savait être parti de Givita-Yeochia.
Nous peindrons par un trait peu connu le caractère du jeune et illustre général en ctief de Texpédition.
Un capitaine de bétiment génois, qui s'était ftdt attendre, donnait des explications à Brueys et prétextait le vent ou diverses circonstances de mei pour excuser son retard ; Brueys, l ayaiit écouté patiemment, se contenta de lui donner une sévère adrnuniiion; mais Bonaparte, qui entendait tout de sa cabine située dans la grande chambre du vaisseau l Orient, en sortit précipiumroent , et s'adressent au capitaine avec l'accent de la colère :
• « Vous êtes heureux, monsieuri de ne pas avoir alhire • à moi, car je vous auraia Idt fusiller. >
A cette violence de caractère, il joignait , comme chaeuu sait, une vmie grandeur d'âme et un sentiment profond de justice.
On lit, dans le Moniteur^ qu'un matelot de 1 Orient se jeta à la mer et sauva d'une mort certaine, au péril de aes jours, on de ses camarades; Bonaparte lui donna un Imvetd'olficter, le mit à Tordre du jour de Tarméa et lui fit don d'une somme de 60 louis.
Cest ainsi que le héros jetait les fondements de cette popularité à laquelle il a dû d être élevé sur le pavois de 60 millions d'hommes.