‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 49 sur 71 · MO · texte numérisé non relu

MO

Depuis le commencement du combat, 3 canots amarres le ioog da bord avaieift pris Imi «t ftireat largués. Vers 9 h. 30 ipio., an inoondle se déclara de nouveatt sur la daBelte» el on jeti par-dessus le bord quelques débris enflanmiés. Pèa après, le

feu prit une troisième fois dans les porte-haubans d'artimon, et, dès ce moment, il augmenta vite. Les haches, les seaux manquèrent; les pompes étaieot brisées; 5 vaisseaux anglais tirèrent sans cesse.

L1iieeiidîea*éleiiditrapidein6Dt. Le grand mât et le mài d'animon tombèrent embrasés. Il gagna la deoxièM batterie, et alors seolement, par suite d'ordrss réîtéréSi on cessa de tirer du cauon dans la première.

Bientôt la peinture fraîche des f)arois donnant un aliment aux flammes, celles-ci devinrent immenses. Nos marins firent de leur mieux pour sauver la vie des malheureux blessés, et ceux qui furent acteurs dans ce drame durent assister, comme on pense« à des scènes déchirantes.

Le jeune Casablanca, âgé de 40 ans, courut à la caleoè gisait son père blesse. ( lumnie il ne restait pas une chance rie salut pour le niai heureux commandant, uo matelot voulut emmener l'enfant.

« ^ Non, non, dit-il, ma place est ici ; mon père, je veux « mourir avec toi. »

Le matelot s*enfuit, et, quelques minutes après, l'Orient sautait dans les airs avec un bruit épouvantable, couvianl la mer de débris embrasés ! î

Casablanca père et fils, l'ordonnateur Joubert rlisparurenl au même moment, tandis que, plus heureux, le chef d'état* major Ganteaume, s'embarquantdans un canot par un sabord de l'arrière, put gagner le rivage (1). James dit que les Anglais sauvèrent 70 hominns et que tous les autres périfcnl.

Nelson ^^rièvi incnt blesse, s etant fait porter siii" le pont de son vaisseau pour contempler le lugubre spectacle, fit redoubler la canonnade, alors que, guidés par les lueurs de rîncendie, les canonnîers du Swiftiure, de ÏAiexander^ da

(1) On dit que Tordonnateur Jouberl ewaya de w sauf erà la lUf^t mais qu'il se noya.

VM^mrd poaviieiil meure dans leur Ur uœ plus grande

prédsien. . . ,

A rexploflioa «ocoéda le plus grand siteiice, et lecomUt

cessa pendant plus d'un quart d'heure. ^ , . ,

Ain<i finit roheiu, ci -devant le SauB-Culotte. Celui-là, du moins, ne tomba pas au pouvoir des Anglais, non plus que le Yei^r, rAkide, les Droits-de-r Homme, non plus qu'aucun autre vai^eau amiral de la République.

Bn oemomeui, il était 40 heures iO minutes. Après un temps d*arrèt d'uo quart d'heure, le veut fraichit un peu, l'ardeur de teueae ranima, et Ton dit que le FranckUn recommença le feu. * , . u* j Le Tonnant ( omhaltil le Belleropkon, l'accablant 81 bien de se» bordées nu urliières, qu il y eut bientôt 200 hommeehora de combat, à bord de ce vaisseau anglais, dont tous les mâts tombèrent. Le capitaine amena son pavillon et coupa ses câbles pour ne pas être détruit. Nos bèUments de la droite le canonnèrent encore, à mesure qu'U passa devant eux en dérivant, jusqu'au moment où Villeneuve fit cesser le feu. Malheureusement cet amiral ne l'amarina pas.

Le Majestic engagea son bout-dehors de foc dans les grands haubans du Tonnant dont les coups en enfilade mirent encore 200 hommes hors de combat à bord de ce dernier vaisseau anglais et tuèrent le capitaine.

Ainsi, n'eùtété l'incendie de 1 Orient, la victoire se déclarait pour nous, au centre de la ligne.

Après d«ix heures de combat, Dupctit-Thouara, ayant eu un pied emporté, la deuxième jambe fracturée, remit le com* mandement au lieutenant Bréard. Le feu continua de si près que les boulets enûammés des Anglais allumèrent des iur cendies.

On avait abandonné successivement In !>atterie des gaiU lanis et celle de 94 ; on se battit avec acbarnement, dans la seule batterie basse, contre de nouveaux vaisseaux, jusqu'à 3 heures 30 minutes du matin.

Le THinnnt, démâté de tous ses mâts, restait ras comme un ponton, mais non réduit. Bréard, au moment où, l'Orient menaçait de sombrer, ordonna de couper les câbles.

l*flmifm, son matèlot de l'arriéré, combatiit un vaisseau anglais qui vint engager son boutrdehorsde foc dans lës hauha«a de inieai8eè Mbord. Les hommea dHdK>rdage montèraii

et firent plusieurs déchar^res de mousqueterie.

Vers 40 heures 30 m^'nutrs, Etienne, grièveinéiU blesse, remit ie commandemaot au lieutenant Foucauld, qni ordonna de oMpsr le câMe, parce que le Tonnant dérivait en travers sur eux. Ayant appareillé les voflee, il alla échouer le vaisseau «SBez loifi du champ de Itotrille.

Le Mercure combattit ce même vaisseau anglais qui, dérî* vant le lon^ de la ligne, n'était autre, pTobablemcnt, que le Bellrrophun. Le îieutenntiî Gambon nppe^la ses hommes d'abordage parce qu'il s'approcha fort près. Les enseignes i^ng, Murât, Je capitaine d'armes Coulomb firent bien lenr devoir dans oatca isirosManee. OsiaiNm IniHOséme reçut «ne halle à la cuisse, maia ne quitta point sen peele. Pour ne pas recevoir fabordage de l'Heureux qui dérivait, il fit couper le câble et orienter quelques voiles.

Ëûsuite il se ûl porter au poste des blessés, en laissant le commandement au lieutenant Guichard, avec ordre d'aller jeier rancit auprès du GuîUaume^TelK Le Mercure s'échoua sur ravant de lUeureux.

Les autres vaisseaux de la droite ne participèrent pas au combat !

« Entin, dit Villeneuve, le jour parut et nous eûmes le « spectacle horrible des pertes de la nuit. Le vaisseau in- « cendié était POrient. Tous les vaisseaux de l'avant à lui « étaient démdtés de tons mftts et att pouvoir de l'ennemi.

• Le Guerrier et le Peuple-Souverain paraissaient entre

• doux eaux. Le Tonnant, dcmàlé de tous méts et conlsat « bas d'can, était au milieu de nous. L'Heureux ci le Mercure t étaient échoués dans le nord-ouest. La frégate l'Artémise

• «lait échouée, la Sérieuse coulée bas ! >

On Toitf par cette description, que le désastre était effectif venient considérable.

Mais allons plus loin. Mempllssons ce dernier devoir à ré- ^rd de.ceux qui succombèrent et dont plusieurs se sont im* mortaliséb dans cette nuit funeste.

Ym i heimiét malin , k Isa ivaii cessé. Nos emieiiiis, mskras da Ta^ftal-ganl» et 4u ^um^ iMrofitèmi d'an ind* mtùi deiépit pom' se néposer <ei llire ua fopas léger.

Le lendemain, i août 4798, au point du jour, six vaisseaux portaient encore le pavillon de la Republique. C'étaient le Guiliaume- rell, ie£î^Miéreux, le Timoléon, tous trois en ligne» i Meu«6aX| k Mercure, le Toonant, tous trois échoués*

Yen 5 haares, le Isu lepriu A tiordderUaiireux, on fiieo wêkk \m pins gianda eAwts pear remettre ce vaisseau à flot. Decréss'y rendit 4e sa personne pour diriger les travaux, et la chaloupe de la Diane élongea une ancre, mais il fallut y renoncer. Les oliicierî^, jugeant qu'une plus longue résistance asraii inatiki aatenèreai ie pavilioui vers 7 heures du mtin.

11 y avait 19 luanflMB tnéa, l&d blasséSi sur on effectif qui avait été réduit, depuis rarrlvéOi au chifi^ de 498 hommes.

A bord du Mercure, le pavillon fut amené peu de temps après, quaud on eut do même reconnu rimpossibilité do reuilouer.

Des barques égyptiennes avaient apporté des matelots «lu convoi d'Aleiaadriei et ViUeesuve Jaa avait répartis sur les vaisseaux qui luttaîent aocore.

€e cootie-amîral jugea k luttedésormais impossibk.

Ayant appris, d'une manière certaine, qu'à bord du ToiiiiaiiL 300 hommes étaient tués ou blesses, que Dupetit- Tbouars avait perdu la vie» et prenant k résolution de gagner iekrge, en kissant chaque capitaine lihra de kirece qn'il jagerait aonveDia>k pour k sakt da son vaisseau» il fit le signal d'appareilkr les voiks, de couper fes câbles et d'abattre sur tribord, afin que les Anglais ne vinssent pascuujx r sa rouiu avec cinq de leurs vaisseaux qui semblaient peu avariés.

« 11 craigoiu dit-il, sans ce parti extrême, d'être obligé « de se rendre ou ^ se jeter à k oéte sur cette ^age où « les hommes n'auraient pu aauver leur vie, parce que, en « coDtîmaat kluttOt ses vaisaeaux, bientèt démétés ou dé

« semparés, seraient devenus inévitablement la |>iuie des « Anglais. »

— St4 ^

En conséquence, vers 44 heures 50 minutes du malin, ie GuUlMUDe-Teli, le Généreux, la Diane, laJuatioe, metunt sous voîlea , gjt^hirmA le laige. Trois vaiiwyn anglais les poorsiiivireiii peodant quelque temps , puis les abandonn^wnC»

On raconte que Villeneuve ayant fait demander à TruUet, en lui communiquant son plan do retraite, quelles étaient ses intentions , ce dernier lui répondit qu'il se battraîl tant qu'il eu aarail les moyens, puis qu'il irait debout au rivage avec son vaisseau le TimoIéon« le ferait évacuer, le livrerait aux flammes.

L'amiral se contenta de répondre^ • bravo; fmis , pen

aprte, rayant appelé, par signal, abord du Guillaume-Tell, Trullclût expliquer, par un de sl& ufficiersqu'il ne pouvait en réalité prendre la nier, parce queson mat deiuisainene tenait pltts. A midi, il coupa son câble, échoua le vaisseau, piii& y mit le feu, après avoir débarqué ses hommes avec armea et ' bagages. L'évacuation se fit le lendemaini et il n*eet pas vrai, suivant le témoignage de Frégier, que ce capitaine ait parle* monté avec les ennemis, comme on Ta prétendu.

L'Artémise eut le même sort que le ïimoléon.

Kniin le Tonnant restait seul sur ce champ de balaille où la victoire avait si bien trahi le courage de nos marins. Nous n'en avons pas parié depuis ce moment où le feu reprit avec fureur vers 5 beures du matin.

Le lieutenant Bréard, qui avait remplacé- Dupetit-Thouars grièvement blessé, s'étant laissé dértvér pour parer à Texplosion de l'Orient, avait mouillé une autre ancre à côté du <iui)laume-Tell. Il eut une conférence avec Villeneuve, qui lui pronut de lui faire passer 200 honunes de renfort. Mais quelle ne fut pas la douleur de ce brave officier, de ses compagnons d'armes quand ils virent tous les vaisseaux mettre sous voiles pour gagner le large, ou pour se jeter à la c6te*

Us restèrent seuls, iSusant lloller encore le pavillon de la France, ne pouvant même évacuer le vaisseau pour le livrer !iux llaniines, puisqu'il ne restait pas un canot en état d'être Uiis a la uier.

Le 3 août, un pariementaire de Nelson étant venu leur de-

mimler vonlaieDl se rendre, ils réponHireot non, peice

que 1 ou refusa de les rapatrier. Le mène oanot revint, etcette fois ils furent sommés deserendreàdi8Crétîoo.CIOB«ne deux vaisseaux vinrent s'embosser à petite distance et qu'il ne,restaitpîus une seule chance de salut, Breard tii aim iiei le pavillon. Il y avait 440 hommes tués, 450 blessés, i t i on raconte que les olBcien refusèrent de jurer ou même de promettre qu'ite ne aervimieni phiacontn l'Angleterre.

On dit que DupetitrThooaTB, an moment où un bonlet lui fractura la jambe gMicfae, avait i«é: — • Viv« laBépublique. » —

On ajoute que, pour pouvoir conserver le comman<temént sur le pont, il se serait fait placer dans un baquc t i empli de flOO, et qu'avant de rendre sa belle âme à Dieu, ayant mandé près de lui son lieutenant, il aurait dit à ce brave omcier, oomme aux marins qui l'entouraient :

, Braves amis , jurez de ne pas amener mon pavillon,

• de couler plutôt que de vous rendre , de jeter mon corps à « la mer si les Anglais se rendent maîtres du vaisseau. — •

Il mourut en criant :

• Vive la tïancel »

Dans le rapport du lieutenant Marette, ces faits ne sont point consignés, mais Ils sont vraisemblables, et nous les mproduisons pour honorer la mémoire du brave Dupetit-

Thouars dont le nom e^i devenu et restera légendaire.

On a fait des reproches h Villeneuve pour n'avoir pas appareillé dès le commencement du combat (4).

Il a voulu, dans ses rapports, prouver que la chose était impossible, qu'il n'en eut même pas l'idée.

Cependant les vaisseaux de droite auraient gagné quelques encablures dans le vent s'ils avaient louvoyé dès 6 ou 7 heures du soir . La nuit n'était pas faite , .nul ennemi nMn-

(l) Le capitaine du Timoléon, mécontent de cette inaction, hissa MB huniers vers 8 heures 15 minutes, pour indiquer qu il désirait coinliattre.

quietait cette partie de Tescadu . Il fallait couper ou filer les cAble» (opération irès-simple), appareiller les voiles , courir dtteftiédu large, lasamnm à bâbord » revenir le jeter en milieu de k mêlée.

Il IdleîleB meine le taeter, et qui peeten caloriler leee» séqaenoeKT Far quelle ieeeneeiahle tolilé Bwoe7& luMnéoie n'avait-il pas prévu le cas où NelaoD aurait attaqué sa gauche et donné des oidre& du çjommandaai de ma arrière* garde?

Dans cette bypolbàie, lee eafitaioee aurai«ni toot dispoaé pour mettre sous Toiles; ils auraient été prêts e» quelques miDntae,eieeeanieiit postés sur lee aanfiiiis nesaés sans ordre* au œom et à le fpuebe»

Brueys commit une Isato eu n'ayant paa mm taite prévoyant. Un pareil oubli est grave; mais Villeneuve cuL de plus grands torts. Tout valait mieux que son ioactioiiy comuoe le dit Jurien de la Gravière , lequel cherche pourtant h l'excuser en faisant remarquer qu^ieacQurenta^UùontiOuatraires et les brises faibles.

Bonaparte ne jugea pas sévèrement œ contreremical^ puisqu'il lui donna plus tard le commandement de son armée navale Impériale ; mais ce grand capitaine ne eonnaissaît pas le métier de marin ; il ne savait pas qu'un vaisseau de guerre, en filant ses câbles, peut être saus voiles eo 5 minuties. Autrement, il eût Pie plus sévère.

Plus tard, à tort cette fois, il a dit :

« — Ce a'eafc pas la peiae d'evoir une marine. — « •

En effet, ce ne ser«ii pas la peine d*avoir des vaieseeos, si nos amiranx jugeaient uu appareillage impossible en pareil cas; si, louvoyant en mer libre pendant 2 beurea» en uapou* vait s'élever de quelques encablures au vent.

GrâceàDicu, il d'cu c^l pasainsil De Dunkcrque à Buyoiine, il n'est pas un marin qui ne sache qu'un vaisseau armé pour la guerre peut, en quelques miimles, être sous voiles. Quelles merveilles n'a-t-on pas vu faire en ce genre? Que ne doitron pas entreprendre, quand il s'agit d'aller au secours de ses frères d'armes , quand la voix du canon parle , quand Tbon*

neur du pavilloo est engagé, quand un devoir impérieux ooiuputode d'agir, quand ou a l'espèr^uca d'acfiw à (emps pour fixer la vicloiiiey quand oq a l'hoiincMir de aornoMaéir une diviaioD de vaiaaeaux fxBOçaiat

Jeao-BoaSaint-AiidréyaiieaBbBtdii 4** îuin 4791» a 4té aocosé d'avoir perdu la iMlaille pour n'étie paaaUé poriM* secours aux vaisseaux désemparés. On dit, en effet, qu'il a.s- ^uma cette respunsabililé. Mais il eut uu but : celui de sauver le convoi, de le couvrir de suii ai niée navale , iiU|toaauUà eocore, et) pour cela, il sacrifia ^ vaiâseaux. *

iittl, le conventionnel , il ne comtwuaii pea pw» Kb^msar de gagner une bataille, mais pour tenir les ennemia m mpecL A tout prendre, il léuaatl à remplir aamianioft,

A Abouldr, rien de semblable. Là noua n'avions ni vaisseaux a coDscivci pour le lendemain, ni convoi a proléger. La vicloit e du moment était ujoe impérieuse aé4;eaBilé;cba^u devait donner ce qu'il pouvait.

Jean-Boa Saint-Aodré sacrifia 6 vaia&eaux dans l'intérêt de la France; Villeneuve^an aa^va % qu'il aucaii mm Sait de sacrifier la veille.

Bmeya monrot en héros sur le banc de quart da l'Orient, dont les ruinée fumantes emportèrent ses restes. Respectons sa mémoire! Avouons qu il lut [jlus malheureux qu'inhabile.

On a dit qu'il aurait dù faire couler des carcasses entre l'ilot et le chef de file, qu'il aurait pu mettre son pavillon sur une frégate pour mieux ^u^ de la position critiqua et donner des ordres en temps opportun à ses rifitaiaefl

AjoutcDs que l'incendie de l'Orienti fiit une des eaaaes principales des malheure de ceue afteiue nuit Les Anglais soufiHrent tellement eui-mémes, que la fortune aurait pu leur ètie contraire, si notre vaisseau aiuiial u'avait pas brille (4).

Rendons hommage au\ vainqueurs! Admirons ii^ur belle mangâuvre : cea vaisseaux pia^ sur deux oolonuea» 1^ bifr-

(1) On dit que Nelson dirigea sout la paapada Itlitoal vaa barque tiùiiiiachur^cc de natièroa îBcendialisa.

iiim à iiii*iiiét , se laiemni dériver, dragum deux ancra à jet qei ofaeetaieiit fur A finid, écraMiil de leur supériorité omérique dmcwi des bètlraento de notre STenl-garde f

Le chef d'étal- majoi Gaiitcaurne, après avoir (]ui lté l'Orient, coniniit une faute en ne prévenant pas immediatmoent les auties amiraux de la mort de Brueys.

Lorsque la nouvelle du oombal d'Aboukir penrint à Bonaparte, on dit qa'ii fit entendre ces belles paroles ^ qui resteront consignées dans Thistoire-de la France :

m ^ Nous n'avons plus de flotte? Bh bien, il faut res- « ter dans ces contrées , ou en soi tir grands comme les an*

ciens I — »

Mai renseigné sur la conduite dcBlanquey-Ducheyla, il publia contre cet amiral un ordre du jour très-sévère. Gaa* teaume écrivit au ministre de la marine pour le justifier. Le capitaine Pérrée, le plus bonorable des bommes, rendit

compte également que le général en chef avait eu sous les yeux un rapport infidèle, de sorte que Blanquey-Ducheyla obtint ultérieurement une réhabilitation.

Quant à Nelson, il fut comblé d'honneurs dans sa patrie.

L'empereur de Russie, le sultan, les rois de Sardaigneet de Naples, les insulaires des Iles Ioniennes, la dté de Loodres, la compagnie des Indes, celle de Tnrquie, la société ptr ti iuiique le comblèrent à l'envi de décorations , d'houuLurs, de cadeaux. Il fut nominé pair, baron du Nil , avec une ptnision de 50UU0 livres sterling réversible sur la téte de âeà deux enfants mâles.

Ajoutons aussi que, dès cette époque, les escadres de fat Russie et de la Turquie envabirent la Méditerranée. Des troupes débarquèrent sur les côtes d'Italie. L'Espagne, unique alliée de la République, peidiL i ile de Minorque, que les Auglais lui enlevèrent

Nelson offrit à Ganteaume de faire la remise des prisonniers parce qu'il était à court de vivres, et, le clief d'éiat-oa* • jor ayant agréé cette proposition» S 300 prisonniers et 800 blessés furent débarqués.

Nos ennemis, par des travaux incroyables , remirent à

et réparèrent le Tonnant, le Franklin . l'Aquilon, ie Conquérant, le Peuple^uveraiD et le Spartiate; ils incendièrent les autres vaiBseaux.

8ir iames Saumarez appareilla pour Malte et Gibraltar avec ces prises et 7 vaisseaux anglais.

Nelson partit pour Naples avec le Vanguard^ le Culhden, VAlexandei\, cL le capitaine Hoixl i psta sur les eûtes de l'Égypte avec 3 vaisseaux, 4 frégates et quelques avisos.

Les contre-amiranx Decrés et VilleneuTa. — Le chef do division Le Joillo.

Nous avons vu que les contre-amiraux Villeneuve, Decrés, le chef de division Le Joille prirent le lar^^e, dans la journée du i août, vers midi , avec les seuls bâtiments de guerre qui échappèrent au désastre d'Aboukir.

Lee deux premiers gagnèrent l'Ile de Malte avec le Guillaume-Tell, la Diaœ, la Justice; mais Le Joille, qui commandait le Généreux , ayant perdu de vue les autres bâtiments, eut rheureuse cbance de rencontrer le Leander, capitaine Thompson, qui cinglait vers l'Angleterre pour y porter la nouvelle du trioiiiphe de Nelson.

Le 18 août 1798, s en allant bâbord amures, il trouvait près de Candie, quand les vigies signalèrent un grand bâtiment dans le nord-ouest.

Le Joille, se couvrant de voiles et s*en rapprochant sensi-* blement, ne tarda pas à reconnaître un vaisseau anglais. Vers 9 heures du matin, le Généreux, les amures à bâbord, se rangeait au vent, et le feu commença.

James raconte que notre capitaine, ayant essayé d'aborder, en fut empêché par un violent feu de mousqueterie ; la brise mollit, la mer était unie comme une glace; la canonnade continua, sans interruption , jusqu'à 3 heures de l'aprèsmidi.

Le Leander perdit successivement son mât d'artimon , ses

deux mâts de hune, ses deux basses vergues; h s deux vaisseaux, gouvernant à peine, prirent diverses positions, et en-

fin le Généreux dériva en tmren snr Tavant du lean-

der (1).

Ce fut alors que !e cafiiiaino anglais consentit à se rendre, sur la sommation de Le Joiiie, et, comme il De dous restait pas un seul canot en état, un aspirant, se jetant à la nageen compagnie d'un maître, opéra Tamarinage.

Nos ennemis, suivant James, eurent 35 bommes tués, 57 blessés; mais nous n'osons reproduire le chîfilre de nos pertes d'après le même historien, tant Texagératioa semble grande.

Le brave Le Joille était heureux dans sa carrière. Capitaine du commerce, chaudement recommandé par la municipalité de Saint-Vast, véritable officier républicain, il avait prouvé brillamment ce dontil était capable. Il était second du Tonnant, quand ce vaisseau fit amener YÀkeHe, Plus lard, ca|)itaiiir de cette frégate, il réduisit le Berwick^ de 74, en l'attaquant seul, audarieiisement, avant l'arrivée des autres vaisseaux. Ëolin il captura le Leander. (Combien de célèbres amiraux n'en firent pas autant 1 Les victoires sur les vaîsrseaux anglais sont rares dans notre histoire maritime. On peut fodlement les énumérer.

Plus tard , après d*autres services éminents, ce capitaine rnuurra sur son banc de quart, emporté par un boulet anglais, et ia 1 rance perdra un de ses meilleurs officiers, dout le nom est à peine connu.

Même on a voulu ternir sa gloire. I^os ennmnis, à propos de la prise du Leander, formulèrent contre lui les râsrimî* nations les plus violentes. Ils dirent qu'il déshonorait son corps, sa patrie ; qu'il était digne de servir dans les r aii^s des barba resqu es.

Disiins vite qu'il fut coupable, semblc-t-il, de laisser ses marins prendre, après 1 amarinage, les effets particuliers des officiera anglais ; de façon, dit James, que le capitaine Tbomp*

(1) Nous n'avons pas trouvé le rapport de Le JoUIe aux archhres

de la marine.

D'aprèâ James, le Leander était armé de 22 canons de 24; 22 canons de 12» 6 de 6, 2 caronades de 12} total, 52 pièces.

80n ne conserva que trois chemises qu'il ramassa dans un mouciioir. 11 s'appropria les pistoleta de ce capitaine, auquel • il dil, ea les prenant :

• — Je vous en donnerai d'autres pour voyager en AUe«magne. »

Il obligea les marins anglais à réparer les avaries des deux vaisseaux apii b le combat, ne leur duuiiaaL de vivres qu'à cette setile condition.

Tels sont les griefs : ne pallions rien , ne cherchons même pas à les excuser.

On ne comprendra pin» dèsonnals de quelle haitie implacable an Le JoiHe devait délester les Anglais, qu'il avait vus, pendant sa jeunesse, incendiant l'arsenal de Toulon, assassinant nos marins à Gènes, à la Spezzia, tirant sur le vaisseau amiral en flammes pendant l'horrible nuit d'Aboukir !

Qu'on lise les Mémoires d'un amiral^ par Jurien la Gra* vière ; on verra comment les minemis traitèrent son père, qui ftit attaqué, feit prisonnier avant la déclaration de la guerre.

Qu'on se rappelle les cruautés déloyales de Nelson à Naples, et Ton sera confondu de la passion avec laquelle Jamei» insulte un de nos braves officiers.

« il est inutile, dit-il, d'ajouter que Joille ne donna > pas au capitaine Thompson les pistolets qu'il lui avait < promis. •

Ajoutons qu*il eut des devoirs autrement sérieux à remplir, des soucis d'une autre fanporlaoce, avant d'étro tué sur

son vaisseau le Généreux !

Cependant, il eut un noble sentiment, car il donna la liberté, sur parole, au commandant anglais, et lui permit de cooti* nuer immédiatement sa route à travers T Allemagne. #

Le consul deTrieste démentit énergiquementles calomnies publiées dans la Gautie auliquc de Vienne contre Le Joille et ses officiers; il assura même qu 'ils se conduisirent trèfr*

bien à l'égajd de leurs prisonniers.

Uaiis ce coiiibat, nos marins eurent une supériorité d'artillerie qui n'est pas contestable.

Le Joille, ayant atteint Gorfou, rendit de grands services au général Chabot, qui commandait les iles ioniennes.

Nous a\ ons terminé le récit des événements qui précédèrent et sui\ irent le combat d'Aboukir; mais nuus devons à ia vérité de l'histoire de dire aussi ce qui coQcenie le vaioqaeor.

Nelson se rendit à Naples avec 3 vaisseaux, et là> se délassant de ses fatigues, jmiissant de son triomphe, il se jeta dans

les bras d une indigne maîtresse qu'il adorait, lady Hamillon.

Hélas! il oublia ses principes d'honneur, se montra le plus cruel, le plus injuste, le plus sanguinaire des hommes.

Nos soldats avaient pris Naples et le Piémont. Le Direotoiis crèi les Républiques cisalpine et parthénopéenne ; le contre* amiral Garacdoli ne refusa pas le commandement de ia marine

de cette dernière.

Or nous fûmes obligés de céder à des forces supérieures, en évacuant précipitamment le territoire de Naples, de sorte que laRépubliqueeutuoe existence éphémère* Le commodore Ford, qui représentait 1* Angleterre, signa un armistice d'après lequel les personnes* compromises obtenaient leur pardon.

Mais Nelson ai riva peu de temps après. 11 déclara que cet armistice était nul, que lui seul avait les pouvoirs nécessaires pour résoudre la question pendante. 11 ht arrêter, condamner à mort et pendre à la grande vergue de son vaisseau le vieai C!araccioli,âgéde70 ans, son ancien compagnon d*armes dans l'armée de l'amiral Hood, et dont le seul crime était d'avoir commandé la marine parthénopéenne.

En vain, l'infortuné vieillard supplia, non point de lui faire grâce, mais de le fusiller comme un honnête homme.

L'Anglais barbare fut insensible : il le fit pendre.

D'autres personnes, graciées par le oomaiodore Ford, par* tagèrent le même sert, et désormais Nelson, le glorieux amiral, l'implacable ennemi des marins fran^-ais, coiuju seulement par sa bravoure, son audace, sa haine contre nos oftjciers, sa cruauté dans les péripéties sanglantes des combats, portera cette tachp inefiaçable jusqu'au moment où un matelot français rétendra mort sur la dunette du Ftclory, à Tralslgiir J

BZrtninoRs bn iruhde.

Le capitaine de Taiaseau Savary.

Dans l'été de 098, à cette même époque où Bonaparte soumettait l'Ég) pie a nos armes, le Directoire essaya de faire passer des troupes en Irlande, pour soutenir l'insurrection des catholiques de ce pays. Savary prit la mer avec uoe division de frégates portant un corps de i 500 hommes sous les ordres du général Humbert.

La Concorde, 40 canons; cap. Savary.

I^a Franchise, 30 canons ; cap. GuilloUn. La Médte, 38 eanons; cap. Goadein.

La Vfoiis, 38 canons; cap. Senez.

Nos bâtiments se présentèrent devant la baie dn Killnln, le pavillon anglais en tête de mât, et jetèrent i ancre, le '±2 août, à la poiote ouest de cette baie. Toutes les troupes, 4 pièces de campagne, les munitions, les efléts d'èqutpenient, fiirent mis à terre sans tarder.

Savary, ayaiu repris le large, atteignit heureusement le port de Rochi fort.

Le 10 octobre 4798, le capitaine appareilla une deuxième fois avec ses quatre frégates sur lesquelles de nouvelles troupes prirent passage,

Le 96 ootobre, il jeta Fancre devant la baie de Killala*

Conformément à ses instructions, ii prît des renseignements sur le général Humbert, qu'il avait mis à terre à son premier voyage, et sur le chef de division BiHupart, qui avait dû partir de Brest. 11 apprit d un ofûcier anglais que Ton tit prisonnier dans ûn canot de plaisance, que le général avait été défiaiti dans plusieurs renconlres, par le lieutenant général Lake, puis réduit à mettre bas les armes; que, d*autre part, Bompart aviut soutenu un combat désastreux, de sorte que ces avis, conformes à la vérité, le décidèrent à reprendre la

mer sans débarquer ses troupes. Il mit sous voiles le soir même de son arrivée.

Le 27 octobre, la division se trouvait près de llle Mulel,et faisait route, tribord amures, par des vents de sud-sud-ouest : la Vénus marchait mal à la remorque de la Franchise, lorsque les vigies aperçurent trois voiles dans le nord-ouest. II était 6 heures du soir et, comme on se rapprochait de la terre, Savary ordonna de prendre les amures à bâbord pour courir au large* En ce moment, la remorque de la Vénus vint

à rompre.

Les bâtiments ennemis que Ton avait aperçus fui entreconnus pour être deux vaisseaux auglaiâ et me frégate :

Le César, 80 canons; cap. sir James Saumarez; Le Terrible, 74 csnons; cap. sir Richard Bickerton; Le Melpomène, 38 canons; cap. sir (Uiarles Hamilton.

On voit (|ue la position de nos marins était critique, èl qu'ils devaient manœuvrer avec iiabiieté pour échapper à d aussi redoutables adversaires.

Dans la nuit« comme les frégates couraient bâbord amures, les Anglais les canonnèreot en défilant à contre-bord.

Heureusement que vers 14 heures du soir, le Gesar démâta de son petit mât de hune* parce que le vent était frais et la rncr grosse.

Savai y n'eut d'autre souci que de 9Vloip:nf r dos vaisseaux anglais, et, pendant les jours suivants, chaque c apiuine manœuvra de son mieux pour éviter un combat qui aurait été fatal.

Savary jeta, parnlessus le bord, deux pièces de canon des gaillards, afin d'augmenter la marche desa frégate poursuivie

par le Terrible. Il changea plusieurs fois de route, et parvînt ainsi h se faire abandonner de son ennemi. Le 16 octobrei il atteignit File d'Aix.

Coudein, pour alléger la Médée, sacrifia deux ancres de bossoir, des caisses de fusil, des canots, des cages à volaille.

Le fi novembre, Guillotin jeta Tancre en rade de rBguilloo, et, dans la nuit suivante, une tenlpéke de sud^mest ayant lût

chawer rapidement la Franchise sur la pointe de Plomb, quoiqa'on eèt filé §90 brasses de chaînes sur la grande ancre, le capitaine ordonna de couper sa mâture. Gomme la frégate

chassait toujours, il coupa son cèble et manœuvra pour se jeter sur les vases de la cAte.

James raconte que, le 30 octobre, de violentes rafales causèrent de sérieuses avaries au Terrible, ce qui força ce vaisseau à lever la chasse qu'il donnait à nos frégates.

Dana cette deuxième aortie, Savary amarina trois bâtiments.

IiS chef de diîiaion Bompart.

Bonipart, iioniiiic au i;uiiiiiian<]oment d'une escadre de 8 frégates et 4 vaisseau, reçut la mission de débarquer, en Irlande, un corps de 3 000 hommes, dans oe même dessein dont nous avons déjà parlé, de porter aecoura aux catholiques de ce pays, révoltés contre le gouvernement anglais.

Les bétîments furent chargés de munitions, de vivres et d'approvisionncmeaU de toute espèce. C elaicut :

Le Hoche, 74 canons; cap. Bomport, chef de division.

L'Immortalité, 40 canons; cap. Logrand.

La Romaine, 40 canons; cap. Bcrgevin.

La Loirs, 40 canons; cap. Segond.

La BeUone, 36 oanons; cap. Jaoob.

La GoquiUe, 36 canons; cap. Oéperonne.

L'BmbuKade, 36 canons; cap. Clément la Roncière.

La Résolue, 36 canons; cap. Batifeau.

La Sémillante, 36 canons; cap. Lacouture.

Les troupes étaient placées sous le commandement des généraux Ménage et Hardy.

Bompart pai Lit do Brest le 14 septembre 1798, au point du jour, mais ayant jeté l'ancre à Bertheaume, avant le coucher du soleil, il ne put gagner le large que le lendemain^en pas- 6snl par le Raz, pour dérouter l'ennemi.

Le 47 septembre, les vigies a[>erçurent deux frégates dans Touast, et, comme en ce moment} la brise prit faveur, en

soufiflani du nord-est^BoDipart ordoDna de gouverner au sué-

sud-ouest, fMHir perdre de yne ces frégates, dont les capitaines rnanœuvi creiiL daDS le double but de suivre et de donner avis dii départ à l amiral Bridporl, chargé du blocus des côtes de fi retagne.

Malgré tout ce que noe marins tentèrent pour les dérouter, ils se maintinrent à distance. On aperoevait encore les cèles de France, tellement la brise avait été faible.

Le 48 septembre, cinq de nos frégates poursuivirent en vaîn les ennemis, et H( impart donna la route au sud ouest y4sud, afin de laisser i roirc qu'il se rendait aux Antilles.

Le âO septembre, une troisième frégate anglaise parut à l'horizon.

Les ennemis, voyant que nous gouvernions principalement à Touest, eurent la conviction que Tlrlande était le but de

l'expédition, et en donnèrent avis à l'amiral Bridport.

Le 2I> septembre, nos vigies aperçurent un immense convoi de bàtimt'ets marchands, et l'oceasion se trouva belle j>our porter un coup sensible au commerce de l 'ennemi, mais Hompart no voulut pas poursuivre le convoi, soit qu'il en fût empêché par ses instructions,, soit qu*il craignit, en perdant un temps précieux, de compromettre sa mission.

Le 26 septembre, la division tout entière chassa les trois Wî^ates qui suivaient, avec une persistance fàdicuse, mais dut les abandonner vers midi, parce qu elles a%''aient une marche supérieure, ce qui prouve que nos ennemis détachaient, pour les reconnaissances, leurs plus fins voiliers.

Le 29 septembre, la chasse fut reprise : la Loire, Tlmoiprtalité, la Romaine, s'approchent cette fois, purent commencer le feu.

Malheureusement, peu de temps après, le Hoche ayant démâté de son grand mât de hune, Bompart signala de cesser le comlMt, parce que les instructions lui défendaient expressément d'attaquer, et ce fut dans cette circonstance que Segood brisa, dit^n, aon porte-voix dans un accès de colère, quand on le prévint du signal qui flottait à bord du commandant ea chef.

Comme il était impossible de se débarrasser de ces [regate>

qui auraient suivi jusqu'aux Aiililics, BompaH prit enfin la résolution de gouverner au oord-ouest &ur llrlaude, el doaua des ordres dans ce sens*

Malheureusement, à bord du Hoche, on ne pul guinder un mài de hune de rechange d'une feçon convenable, parce que les élongis et le côté de tribord de la huae avaient été brisés la veillo.

Dans les premiers jours d octobre, il y eut d^ calmes et des bromes épaisses, et le H octobre on était encore en mer, quand, vers midi, les vigies signalèrent une forte escadre anglaise.

On cinglait, en ce moment, au sud-sud-eet, par une jolie brise de nord-nord-ouest, et Bompart ayant donné l'ordre de serrer le vent, on fit route à i'est-Qord-ouest, toutes voiles dessus, les amures à bâbord.

Depuis peu de jours, on avait perdu de vue les frégates dont il a été déjà question, mais maintenant on avait devant sol Tescaidre entière de sir John Borlace Warren :

Le Canada, 74.

he Foudroyant, 80.

Le Hobust, 74.

Le Magnanime.

L'Elhiilion, 38.

L'AiibOii, il.

Le Mclampus, 36.

L'Amelia, 38.

Pour comble de malheur, le Hoche démâta encore de son grand mét de hune et de son mât de perruche, vers 3 heures de l'après-midi, ce qui retarda la marche de toute ia division.

Au coucher du soleil, par ordre de Bompart, la Biche transmit Tordre à la Résolue de brûler des moines et des fusées, en courant vers la tarre, afin de dérouter les Anglais, puis las autres bétiments cinglèrent an sud-ouest vers un point de

la côte où Ton aurait pu débarquer les troupes.

I 2 octobre, dès raubo, lèvent soufflait faihlemonl du nord- nord-ouest, la mer était houleuse, et l'on était à 6 lieues au nord de l'ile de Torry, lorsque Bompart signala de former l'ordre de front, en disposant les ancres pour le mouillage. Gomme les vaisseaux anglais, qu'on voyait dans le vent.

arrivaient vent arri^^c sur les nAtres, et que la mer n elait libre que dans le sud-oueat,oo ciogla daus cette directioo, les amures à trilxird.

L ordre de front ne dura qae peu de teropa » car» vers 7 b. 45 min., Bomptrt ayant signalé de ae mettre en ligne de bataille, sans avoir égard aux poètes, rimmortalité, forçant de voiles, doubla le Hoche par tribord, iii feu sans en avoir reçu l'ordre, et se piara devant le vaisseau. La Coquille, la Loire, l'Embuscade se placèrent d'abord eo ligne derrière ce dernier, mais n'y restèrent pas longtemps. Segond dit ifiie Bompart lui ayant hélé de sa galerie de laisser porter, il patina aoos le vent du Hoche, oà il se tronva mêlé à nn pdoton de frégates qui recevaient les boulets sans pottvoirles rendre. Il se mît en ligne derrière Tlmmortalitc, et fut suivi de I Kmbuscade et de la Coquille, tandis que les autres frégates restèrent pèle-méle, tirant de temps en temps des coupsdecauoo à peu près inutiles.

Vers lOh. 45min., Bompart, cerné par des forces écrasantes, signala de serrer au feu.

Segond força de voiles, prit les amures à bébord, se plaça

sur l'avant et tout près du chef de file ennemi, diminua la vitesse de sa frégate, et se battit jusqu'au moment de la reddition de son commandant eu chef. Alors il prit chasse, conformément au signal de sauve-qui-peut, qui flottait à bord de la Romaine.

Clément la Ronclère se porta, comme Segond, au seooors de Bompart; puis, peu de temps après, serrant le vent tribord amures, il força de voiles pour s'éloigner, quand la Hatnaine donna le sif^îial de la retraite.

> — La division, dit ce capitaine, cherchait à se former et

• s'éloignait du vaiaeeau qui ne marchait pas* parce qu'il

• état! démété de aon grand mât de hune. > Voici ce qui s'était passé du cété des ennemis.

Lorsque sir John Warren avait fait le signal de commencer le feu vers 7 heures du matin, le fiobust et le Macinamme^ se dirigeant sur notiearrière-gaide, caiiuiuu renL ies fre^^atesqui s'y trouvaient, puis se rangeant au plus prè^du vent, se placèrent à bébord du Hoche par son travers.

Borapari vmiiait abonier le Magmmhne qui, pour éviter le choc, vht sur bâbord, et paisa wub le vent dalMuff. Après que dos frégates eoreot cessé le feOi ce vaisseau se

mit de nouveau dans une bonne position sur l*avaiit da nôtre

Le MelampuSy VEthahon^ VAmelia se portèrent également à petite distance, pour l écraser de Irurs volée s, tandis que nos bâtiments s'éloignaient, en forçant de voiles, du théâtre du cambet.

La détense de Bompert fui héroïque, et l'oti ne vit jamais plitf effroyable scène de carnage. La lutte dora pins de quatre heures contre deux vaisseaux et trois frégates ennemies. Les

manœuvres furent hachées, les mâts criblés, les vergues brisées, 25 canons déiiH^tcs ! lo faux pont encombré de morts et de mourants, la cale pleine d'eau. Â trois reprises différentes, les boolete anglais balayèrent les gaillards ; les sa* bords de la deuxième batterie se rejoignaient çà et là formant dlmmenses ouvertures; la manœuvre du gouvernail devînt impossible, par suite de la chute d'un canon, dont la bragae roiMpit. lue bravo Maistral, second du Hoche, ayant été blessé à rf'panlo, n iMi idniinua pas moins d animer Ips marins de son poste qu il ne voulut pasquitter; 300 hommes furenttués ou blessés, et enfin le pavillon de la République fut amené è lah. ftO min.

Les détracteurs n*ont pas manqué è la marine de la révolution, et, quand nous avons entrepris d'écrire cette histoire dramatique, on nous a dit que nous avions une tâche ingrate.

N'est-il pas vrai pourtent que jamais on ne vit plus beaux dits d'armes, et, si l'on nesidt que trop que nos divisions et nosbétimeDte isolés ont été vaincus, ne fliut*ll pas savoir aussi dans quelles circonstances graves, après quelles héroïques luttes qui, suivant l'expression du capitaine Condé, rendant compte de son combat à bord du Ui-ira, ne dépareront jamais les annales de la marine ?

Nous avons raconté la vérité tout entière et nous ne trouvons pas que notre tâche soit ingrate.

On a beaucoup discuté sur la position des bâtimente dans ce combat. Cependant il est oertein que les nétres éteient

tribord amures, les venls au nord-ouest, et (|uc les ennemis, le doublant sous le veut, attaquèrent le Uocbe [>ar bâbord.

Noua avons déjà vu que Bergevia^ qui prit le commandement aprèa la reddiiioD da Hochet aignala de battre eo letimite, de aorte que chaque capitaine forçant de voiles prit chasse devant les forces écrasantes des Anglais.

L Lml)u.scade, rejointe par \e Magnanime, le Foudroyant^ le Melmnpus^ reçut, en pleine carène, une volée par suite de laquelle la cale se remplit teilement d'eau, que le capitaine dut amener aoa pavillon vers midi et quart. Il fut acquitté honorablement par le conseil de guerre qui le jugea. A boid de cette frégate, il y eut 4 hommes tués ^ 46 blessés.

La Bellone combattit le Foiulroyaiit que Jacob trouva sur son passage et qu'il lui fallut doubler au veiU 11 reçut également Ja poursuite du Melampus et de ÏMtàalion^ lequel le caoonna de ses pièces de chasse, et le gagna si bien, qu'Use trouva par son travers, vers S heures de l'aprèsHnidi. Jacob se battit vaillamment pendant deux heures; un boulet qui passa dans la hune d'artimon de la Bellone enflamma les grenades et mit le feu aux voiles; on parvint à éteindre ml incendie. 30 hommes étaient tués ou blessés au moment où le pavillon fut amené. Le lendemain, la frégate démâta de tous ses mâts qui tenaient à peine. Le capitaine Jacob fut acquitté honorablement par le conseil de guerre qui le jugea.

La Coquille ayant été entourée par quatre vaisseaux è portée de pistolet, Déperoiuie ne cessa son feu que vers il heures, et fut honorablement acquitté comme les autres capitaines: U hommes furent tués» S7 blessés. Le lieutenant Bienvenue, seeond de la frégate, mourut de ses blessures^

Telle fot, comme action générale, la rencontre du 49 odo* bre 1798, pendant laquelle le Hoche, l'Embuscade, la Bellooep la Coquille lonibèrent au pouvoir de. 1 ennemi.

II est superflu de parler de la supériorité de ces derniers. Pourtant, mentionnons que VEthaiianj que James appelle une frégate de 38, portait réellement 50 pièoes, dont 10 car»* nades de 3i.

Le RobusL prit le Hoche à la remorque, et ces deux vais-

seaux fui êfii assaillis, pendant la nuit, par une violente tempête. La remorque cassa ; les mâts du Hoche toinbèreot ; cteiuL d'entre eux, en frappant, par suite du roulis, contre les murailles du vaisseau, fusaient craiodre de le voir sombrer ; le troisièiiie s*abatlit sur le pont, mettant les canots en pièeee. Le feu prit à i)ord, les pompes ne franehtrent plus; enfin 1 on raconte que les Aûglais s euivrereat, pour noyer leurs chagrins.

Dans cette position critique, Maistral ayant ranimé le courage de ses matelotBi eeedâmiera travaillèrenide leur mieux et sauvèrent d'une perte immiaente le vaisseau qu'ils avaient si vaillaniinent défisndu.

Cest avec tristesse que nous mentionnerons que lee deux envoyés irlandais embarqués sur le Hoche furent fusillés par les Anglais, qui ne voulurent pas les considérer ( ounne prisonniers de guerre et restèrent sourds à la voix de la pitié.

Sans douta que le noble Bompart, eu prolongeant une lutte héroïque st désespérée, avait eu une pensée pour eux.

Gootiouons à raoonter les péripéties par lesquellea pussfe* rent ceux de noa marins qui échappèreol à cette fatale rena)ntie (1 ).

Le capitaine Segond rencunti a, dans l'après-midi du 12 octobre, le vaisseau rasé l'Anson près duquel il était obligé de passer. Il diminua sa voilure pour laisser approcher les frégates qui le suivaient et par ruse de guerre arbora le pavillon anglais au-dessus du pavillon françaiSi puis* lorsque les ennemis le hélèrent pour savoir le nom de sa frégate, il rehissa pour toutes régonses les couleurs nationales, en les saluant d'une volée entière. 11 eut le bonheur de s éloigner eubuite de son redoutable adversaire et s'occupa trè&-activ&* ment de réparer les avaries de son bâtiment.

Le 43 octobre y ce même capitaine, ayant ranoontré la Sémillante, se rangea sous les ordres de Laoouture» son ancien de grade. Le vent de sud-ouest soufflait avec force ,

(1) Les officiers du Hocbe reçurent deux mois de solde eomine indemnité.

6l les deux frégates dnglèreot, pendant k nuit, tes amiim à

i>àbord.

Le lendemain, les vigies aperçureati à l'horizon, deux vaisseaux et deux frégates.

Le {b ociobre, les capitaines fonnèrent le projet de débarquer les soldats pasaagers dans la baie de Gallowaye, mais ces derniers se récrièrent contre cette proposition ; des cris de révolte se tirent entendre et Ton adopta le parti de gagner au plus lùl un port de France (1).

Dans l'après-midi y les vigies ayant signalé deux frégates et uns flsnpetia anglaises, nos bàtiiaeats prirent cbasse ea ^^f^fftt ^ ^"^pfliMi ^*lléff*w<l<iF diraotiOBa»

La Révi^Honmdrê^ Mgata anglaise, poaMMlk Sémillante; la Mermaid et le Kang(mroo chassèrent la Loire.

Le 16 octobre, dès l'aube, pendant qu'il courait tribord amures par une jolie brise d'ouest-nord -ouest, Segond aperçut encore dans ses eaux ces deux bâtiments ennemis. Même, dans raprfeS4ttidi, le K(ui^amw> sa rapprocha si bien, qu'il commença le feu, auquel on répondit vivement La Jfsrmatd ne cessa de se maintenir épleraent I petite distance, suivant toujours u\ et une si grande habileté la Luiie, qu il lui impossible de la dérouter.

Le 47 octobre, cette frégate ennemie, que nos marins pr^ naient pour un vaisseau, se trouvait encore sur l'arrièrei cinglfint toutes voiles dehors et gagnant sensîMemenL

Le brave Segond, obligé de combattre, disposa tout pour une lutte sanglante, entoura le mât d'artimon du pavillon de la République, l'y fit clouer, encouragea ses marins et ses soldats. Les Anglais commencèrent le feu dès qu ils furent à portés et mancBuvrèrent de façon à se rapprocher de plus en plus.

Segond reçut pluBÎeurs volées sans riposter, puis, è son

tour, les salua d une volée meurtrière à petite distance.

Après plus d'une beure de combat, la Loire fut démâtée de son petit mât de buue; les autres étaient fort eodomioagéâi

(1) Journal de Begond.

sans que la Mennaidj que dci^uis longtemps on reconnaissait bien pour une frégate, eût éprouvé des avaries sérieuses. En ce momeat, notre capitaine, donnant Tordre de charger les canons jusqu'à la bouche» laissa perler pour faire croire qu'il pliait, puis les Anglais ayant serré aa leu, il revint an vent en les menaçant d'vn abordage ; l'Anglais manœuvra de même pour réviter , mais Segond laissa porter plat et put envoyer une telle \ olée dans la poupe de la frégate anglaise, que, dans le même moment, le màt d'artimon et le grand mât de hune tombèrent.

Les ennemis s'éloignèrent en forçant de voiles, elles nôtres, Iflor doonani la chasse, lescfaaaiièreiit aussi loBgterops quils le parent, jusqu'à 3 heures de Taprèe-midi.

Alors ils les abandonnèrent parce que la Loire était, suivant le rapport de Segond, dans un i UL affreux, n'ayant que sa misaine et sa i^iando voile criblée par In mitraille.

James s'étonne que uos marins n aient pas amarinéla Mermaidj mais ceUe frégate se sauva veac arrière d'autant plus facilement que la Loire avait seemAts de hune brisée ou hors de service.

Peu après, la Mermaid démâta de son mât de misaine, et ce fut à grande peine qu'elle atteignit le port de Longhswilly.

Segond n'était pas à la iin de ses aventures. Le 48 octobre, au point du jour, il aperçut, dans le vent, le vaisseau rasé VAmon et la corvette U KimgoiMroê de > l6caronadesde 3â. llfsiHait accepter un cinquième combat et

il ne pouvait ne point se terminer fatalement, en raison de la supériorité de l'ennemi.

Pourtant, après une canonnade de deux heures, la Loire et VAnso7i se trouvaient hors d'état de manœuvrer, sans que rien ne fût (ait encore.

Halheureusemeiiti le jt^M^roOi s'iqppiochaot du jthéâtre du combat, rendit la position de nos marins extrêmement cri* tique. Ils raccueilliranl puurlant par une bonne volée ; puis, peu de temps après, la Loire démâtant de son màt d'artimon, le pavillon de la République tomba du mémo coup.

Nous comptions 46 hommes tués, 74 biessés.

C'en était fait de la pauvre frégate!

Od raconte que Segond avait attendu VAnson sans tirer un seul ooap de caooD, qu'il avait tenté de l'aborder par l'avaDt et que, ne pouvant réaseir dans cette entreprîae, il loi avait envoyé trote volées en enfilade.

Plus tard, cette frégate ennemie s*étaii mise au vent ptr le travers, ei en même temps la Lor\'ette avait pris position par la hanche, ( anonnant si bien que la Loire fut démâtée successivement de soa grand màt et de son mât d'artimon.

Aux sommations des Anglais» notre brave capitaine n'avait répondu qu'é coups de canon et de fosiL

On dit aussi qu*un olBcierde troupe, qui avait bieo combattu depuis le commencement, étant vwu près de lui le mbn à la main, le menaçant de le tuer, s'iln'amt iuiil pas le pavillon, reçut cette réponse de Segond qui lui mit le pistolet sur la gorge.

• — Betoume à ton poste, ou tu es morti — » Notre capitaine avait pris dans les mains d'un artilleor un bout de mèebe allumée. Il avait voulu descendre avec Tin-

tenlioii de mettre le feu aux poudres, et on ne l'en avait dissuadé qu'en lui donnant Fassurance que la Loire allait couler bas.

Ainsi se termina cette odyssée de combats béroïques que les marins de la Loire soutinrent pendant sept jours.

Les lùstoriens anglais eux-mêmes ont attesté la bmvoure et rhabîleté du captoine Segpnd , qui se couvrit d'une gloire éclatante.

L'Immortalité, la Résolue, la ScmilUnite se réfugièrent dans une baie d'Irlande, où les capitaines apprirent, par l'intermédiaire de pécbeurs, que le général Humbert était prisonnier des Anglais , que ses troupes élaient mises en dé* route; nouvelles importantes, à la réception desquelles le général Ménage dédda que le parti le plus sage était de renoncer au débarquement et do faire route pour la France.

Dans la soirée, les vigies ayani aperçu un vaisseau a i lïurizon, cbaque capitaine gagna le large avec tant de précipitation, que les câbles furent coiq^ et les canols des pécheurs anglais coulés. Nos frégates arborèrent le pavillon anglais.

Le capitaine de la Résolue fit condamner les sabords de la batterie pour ne pas recevoir des coups de mer, ce qu'il crai» goait d'autant plus que sa frégate était très-vieille.

Il naviguait, de nuit, par un temps couvert, lorsqu'on aperçut, à l'arrière, un L^and bâtiment qu'on crut tout d'abord être français. Malheureusement, c'était une frégate anglaise, qui s'approcha rapidement en filant au moins 40 noeuds à l'heure.

Rien n'était disposé pour le combat, et le capitaine amena

son pavillon après avoir tiré (luelqucs coups de canon.

L'immoi lalite rencontra, le 20 octobre, le Fisgard, de 38 canons, qu'on aperçut sous le vent et qui se rapprocha rapidement; on lui tira plus de 50 coups de canon avec les pièces de retraite sans lui faire des avaries.

Plus tard, les Anglais envoyèrent leurs bordées en passant de l'avant, masquèrent leur grand hunier, et manœuvrèrent sî bien, qu'ils se maintinrent toujours par la hanche. Nos pertes furent cruelles. Le capitaine Legraod perdit la vie; le général Ménage fut blessé.

De plus, beaucoup de manœuvres fùrent coupées parles projectiles, ce qui rendit la position d'autant plus critique que le lieutenant Andouard dîîi qu'il n'y avait pas une corde de rechange pour remplacer celles qui [disaient défaut.

Nos ennemis, cessant leur feu de temps en temps, réparaienti au contraire, leurs avaries, revenaient se poster par la hanche I lofaient ou arrivaient- en temps opportun pour con-tinner leur Au.

Deux boulets ayant atteint la mèche du gouvernail , notre frégate se trouva déscnipan c ; la cale se remplissait d'eau; les IjDulets, frappant eu poupe, démolissaient l'arcasse ; 100 hommes étaient tués ou blessés, et la position devint si dés^pérée, qu' Andouard amena le pavillon vers 3 heures 30 minutes.

Le général Ménage mourut de ses blessures; les Anglais,

suivant James, comptèrent 40 hommes tués, 26 blessés.

D('»jà. dans la journée du 12 oct>obre, l'Immortalité avait soutenu le Hoche en compagnie de la Loire; puis, dans la soirée, livré un deuxième combat contre le vaisseau l'Ansan.

Il n'est pas hors de piopos de signaler ici l' importance de réparer prompteuienl des avaries, même légères, lorsquoo se trouve en présence de l'ennemi. Un capitaine habile ne doit rien négliger pour arriver à oe but important.

Il faut rendre cette justice aux marins aurais, qu'ils ont excellé dans ce genre si bien, que, dans presque tous les combats qu'ils noub oui livies, oji a vu (ju'ils n'ont dû la victoire, ou leur >aliit dans une position critique, qu'à la promptitude avec laquelle ils se mirent en état de poursuivre la lutte.

Il n'est point, quand on en est là , de détails insignifiants. Une manoeuvre que passera rapidement un bon gabier , une épissure qu'il fera dans la mâture , avec d'autant plus d'adresse et de san.^-^loid qu'il sera sur une vergue eu équilibre et exposé à mille projectiles ; tout travail de ce genre est du ressort d'un fin matelot, et peut avoir pour résultat de sauver le vaisseau, en assurant la gloire des armes» puisque le commandant pourra tenir le veut, manceuTrer suivant ses désirs, augmenter de voilurei etc., etc

Les exemples en sont innombrables, et, si f ai dit que nous avions eu tant de mâts de hune rompus , je pourrais ajouter que, bien souvent, nos marins ont été primés par leurs camaradee d'outre-Manche en fait de réparations dans le gréement.

Mais le temps a marché. Aujourd'hui la vapeur a tout

changé I II ne 8*agira plus de la brise, du courant, de la houle! Le noble métier de marin ne consistt la plus à lutter contie les éléments, à diriger avec un admirable iustinct, ou suivant des lois savantes, l'imposant vaisseau qu'il uMmle, à tirer le meilleur parti des forces mystérieuses de la naturel

Autre chose sera de manœuvrer un bâtiment à vapeur.

Là aussi des avaries se présenteront. H fendra les prévoir, les prévenir, les diminuer avant qu'elles ne devieaucai graves; les réparer vite, s'il le faut.

Plaise à Dieu que des lîiecanicieitô nombreux, habiles, dévoués, infatigables ne fassent jamais défaut à bord de nos bâtiments de guerre quand arrivera le jour du oombtt; qu'ils aient, depuis longtemps^ une connaissance parfaite de toutes

les parties do leur machine , qu'il.*; soient familiers avec tous les détails de sa cuiiduile , et (jue Uml soit prévu pour parer, sans retard aucun, à toutes lesôveotualités.

Nous avons raconté les tristes et parfois glorieuses destinées des bâtiments de TexpéditioD qui tombèrent au pouvoir des ennemis.

La Roniairie jeta 1 ancre à Brest, le 21 octobre;

La Sémillante atteignit Lorient , le 26 du même mois; la Bkhc par vint également à s échapper.

Ainsi, à l'exception de S frégates et de 4 aviso, la division de Bompari devint la proie des Anglais I

Nous perdîmes, en définitive, 1 vaisseau, 6 frégates.

Lu recherchant les causes du ce désastre , on reconnaîtra que no6 niiirins furent obligés delutter dans les circonstances les plus fâcheuses : Bompart n'amena son pavillon sur le Hoche qu'après avoir opposé la défense la plus héroïque à des forces quadruples. Les capitaines Jacob, Clément la Roncière se trouvèrent dans des positions semblables.

Le capitaine Segond, après avoir combattu à trois reprises différentes, eut la jiloirc de poursuivre en vainqueur une frégate anglaise de force égale, sinon supérieure, et enfin succomba lui-même dans un cinquième combat, amenant le pavillon national dans le sang de ses braves marias I

La Résolue, frégate vieille et déliée, ne pouvait lutter à chances égales contreun adversaire qui l'approcha de nuit par une brise fraîche el une uicr si i^rosse, que le capitaine avait dû iaiie condamner les sabords de la batterie, de peur de sombrer.

Nous avons vu également que le Uoche démâta de son grand mât de hune à deux reprises différentes, ce qui mit tous les bâtiments de la division dans la nécessité d'accepter une

lutte qui devait nécessairement être fatale.

Ainsi les causes du désastre sont faciles à spécifier : les bâtiments étaient mal gréés, mal approvisionnés; le matériel de médiocre qualité, insuffisant. Nos ennemis, outre qu'à ce point de vue ils eurent un avantage notable, purent combattre avec une écrasante supériorité.

Pourtant l'histoire gardera le souvenir des héroïques ré-

sîstanceB de nos marins vaincus, notamment à bord du Hodie, et celui du mémorable combat de la Loire contre la Mermaid.

Là, du moins, 1 habile el valeureux Second chdiiia de>aaL lui un enoemi vaincu I

Le Tice-amiral Bniiz.

Bruix, ministre de la marine, laissant le soin de son di'^parlement à 1 un de ses t ullè*^ues, se rendit à Brest pour preudre le commandement d'une belle armée navale qu'il fît armer et équiper avec un grand soin. U prodigua l'argent, les grades, les faveurs; fit valoir les beaux faits d'armes de la Charente el de la Bayonnaise. Le Directoire promit de payer les familles des marins pendant l'absence de ces derniers , et du })ai Uiger entre les ayants droit le tiers de la valeur des prises, sans aucun retard.

Ces divers moyens eurent pour résultat d'attirer au service les bons matelots, qui préféraient, en général, embarquer à bord des navires armés pour la course.

On arma donc avec une grande activité. Des capitaines de vaisseau demandèrent à servir comme seconds; tous les ( in mniers des demi-brigades de marine s'offrirent comme volontaires ; on embarqua 1 600 hommes de troupe, des vivres pour six mois ; les équipages reçurent trois mois de solde, et bientôt l'armée navale fut prête à prendre la mer.

L'Océan, 120; cap. Bmiihac, v. a. Bruix.

L'Invincible, 110; caj). L'Héritier.

Lo Terrible, 110; cap. Saint-Aouen.

Le iii juil licain, 110; cap. Béranger.

Le Foi !i!nlal)1o, 80; cap. Tréliouarl.

L'Iiiiiuniptuble, 80; cap. Gliambon.

Le Jemmapes, 74; cap. Cosmao-Kurjulien.

Le Mont-Blanc, 74, cap, Maialral.

Le Tyraxmicide, 74 ; cap. ÂUemand.

Le Batftve; 74; cap. Daugier.

La Gonfltitution, 74; cap. Le Ray.

Le Duqueme, 74; cap. Kérangal.

Le Fougueux, 74; cap. fieacond.

Le Censeur, 74; cap. Paye.

Le Zélé, 74; cap. Dulby.

Le Redoutable, 74; cap. Moncousu.

Le Wattigny, 74; cap. Gourdon.

Le TourviUe, 74 ; cap. Henry.

Le Gisidpm, 74 ; cap. Borgevin.

Le Jean-Bart, 74 ; cap.

Le Gaoloia, 74; cap. Biméon.

La Gonvention, 74; cap. Le Boiec.

La Révolution, 74 ; cap. Rolland.

Le Jean-Jacquefr'Roneseau» 74; cap. Bigot. Le Dix-Août, 74; cap. Bergeret.

La Romaine, 44.

* La Circé, 40.

La Bravoure, 36.

La Cocarde, 36. La Fraternité, 36.

Le oontre-amiral Linoîs était chef d'état-major. Les contre^mirauxDelmotte» Bedout, Gcmrand, Dordelin servaienten soQg-ordre.

On n'a jamais connu exactement quel fut le vrai but de 1 expédition. Comme Bonaparte était en Kgypte et qu'on avait intérêt à lui faire passer des renforts, on [mhh rail croire que Bruix eut cette mission à remplir. Pourtant ni les instructions qa'oD lui donna» ni la ligne de conduite qu'il suivit n'en donnent aucune preuve.

Le capitaine de vaisseau Moras, son adjudant particulier, dit (juc le but de l'expédition fut de rallier à nniie armée navale celle des Espat;nol6, tout en secondant les opérations de nos généraux en Italie.

11 faut se rappeler qu'à cette époque le gouvernement avait d'autres soucis que d'envoyer des renforts à Tarmée d'Egypte; cette dernière avait une importance peut>-être moins grande que flous ne le pensons aujourd huî, et nous verrons que, pendant sa longue croisière, Hi s'en préoccupa fort {teu, qu'il est à peine fait mention de Bonaparte dans les lettres adressées de Paris à l'amiral.

A cette époque, nous n'avions que peu de vaisseaux dans les eaux de la Méditerranée :

A M;iU.<', le Guillauine-lell d i vaisseaux véaitieus,

A Toulon, 3 vaisseaux de 64;

AAncène, 4 de 64.

Au contraire, de grandes forces anglaises tenaient 1» mer.

9 vaisseaux blui^uaient Brest, sous les urdres de Berkeley, et une armée navale de iti vaisseaux, sous les ordres de lord Bridport , se mit en croisière au large du cap CleaTi dès que ie départ de dos marins fui ébruité. A la même époque, une escadre de 15 vaisseaux bloquait Cadix sous les ordres de lord Keith, successeur de lord Jervîs.

Notre armée navale, en quiltaiU Brest, le 26 avril 1799, ne fut ralliée dans le goulet qu au dernier moment pai la Gonvenlion, dont le capitaine Le Bozec déploya, dans cette circonstanoey une merveilleuse activité.

Avant de gagner le large, Braix employa, pour tromper les Anglais, une ruse de guerre qui réussit, et qui consisu simplement à laisser prendre un chasse-marée que fflonlait un officier porteur de dépêches pour l'Irlande.

Comme tous les journaux de la République avaient accrédité le bruit que 25 000 hommes éuieat embarqués sur les vaisseaux, lord Bridport fut induit en erreur et se porta sur rirlande. Aussi nos marins, trouvant la mer libre» pureolrils gagner le large sans en être inquiétés.

Le contre-amiral Lacrosse avait élc envoyé en nussion à CadiiLpour prévenir Mazarédo de se tenir prêt à sortir, quand nos vaisseaux paraîtraient devant la côte.

Nous n'avons pu découvrir, aux archives de la marine» ks instructions données à Brutx avant son départ de Brest, mab cet amiral rappelle que, locsqu*on discuta le plan de la croisière au sein du Directoire, on lui recommanda de ne pas relâcher, autant que possible, dan^ un porl espagnol.

il est certain aussi que nos vaisseaux devaient gagner Toulon, car ce port dut être approvisionné de vivres et de rechanges.

Bruix, dans les nombreuses lettres qu'il écrivit de Brest

avant son départ, ue dit pas un mot de l'Lg^pte ou de nos soldats.

Le 4 mai, à 8 heures du matin, les vigies sigoalèreiit 14 vaisseaux et 4 frégates ennemis» et Ton reconnut 1 escadre de lord Keith chargée du blocus de Cadix. Les vents étaient très-frais du sud-ouest, et nos ennemb^, acculés lo

fond do la baie de Cadix, forçaleat de voiles pour i> élever do la côte.

Bniix lear donna la chasse, pais, le temps devenant de plus en plus mauvais, en trompant ses espéranoes, le mit dans ^obligation, non-seulement de différer le moment du combat,

niais encore de manœuvrer pour s'éloigner des côtes. Ponrtant on ne s'écarta point de cette proie, que chacun considéra comme certaine. Les équipages étaient pleins d'ardeur, et Tamiral, prolongeant, à bord d'une frégate, les deux lignes de sa belle armée navale, ordonna de iàire les préparatifodu combat et de prendre deux ris aux huniers.

Malheureusement le temps devint, dans la nuit, tout à fait mauvais; plusieurs vaisseaux eurent leurs voiles comportées; on ne put exécuter avec ensemble les diverses évolutions; les fanaux de signaux s'éteignirent constanmient ; la voix du canon fut même impuissante et plusieurs vaisseaux se dispersèrent.

Nos ennemie pratiques de ces parages, habitués à s*observer au milieu des bourrasques, éprouvèrent moins de contrariétés.

Le lendemain matin, le Toui ville, le Wattigny, le Jean- Bart se trouvèrent absents, et Bruix, ralliant le-^ autres vaisseaux, faisant prendre les amures à tribord, en ligne de bataille pour les rechercher^ ne tarda pas à les retrouver, chassés par ceux de rennemi et cinglant vers le détroit de Gibraltar.

On ne pouvait, par ce temps forcé, songer à Itvrei bataille, etraniiral; formant son armée en lÎL'ne de convoi, passa le détroit de Gibraltar, et jeta i'aucre en rade de iouion, le 13 mai.

lise loua particulièremcntdescapitainesLeBozecetSiméon, officiers pleins de modestie, mais très-capables, dit-Il dans son

rapport. Il se plaignit du capitaine du Wattigny, qui faillît aborder son \ i isseau amiral, peiidanl la nuit, en traveisant les trois colonnes de l'armée.

Gefutdaos cette circonstance que, sortant précipitamment de sa chambre pour le héler, Bruix contracta un mauvais rhume qui le conduisit, peu de temps après, au tombeau.

Lorsque la nouvelle de Tarrivée de notre armée navale

se répandit, les An^^lais déployèrent une grande activité.

f^rd Jervis, sortant de Port-MahoQ avec 20 vaisseaux, se porta 8ur les côtes de la Provence.

Lord Keith leva le blocus de Cadix, prit activement de l'eau et des vivres à Gibraltar, et entra dans la Méditer* mnée.

Nelson, qui se trouvait à Païenne, sortit de sa torpeur et

prouva, dit James, qu'il était bien encore le lion du Nil, par l'activité dont il donna des preuves. Il reçut de lord Jervis un renfort de 5 vaisseaux, en réunit 46 en tout sous ses ordres, et s'établit eù croisière au large des o6tes de la Sicile, pour attendre les événements.

Enfin lord Keith lut joint par 43 autres vaisseaux de Tar» mée navale de la Manche, do sorte qu'à cette épocjue nos ennemis n'avaient pas moins de 45 vaisseaux dans les eaux de la Méditerranée.

Le 3 juin, lord Jervis, malade, résigna son commandement entre les mains de lord Keith, et partit pour Port-Mahon.

Bruix, en annonçant au Directoire son arrivée à Toulon, rendit compte que 3 de ses vaisseaux avaient éprouvé de fortes avaries par suite des abordages de la nuit fdu 6 au 7 mai), et qu'il était prêt à exécuter les ordres qu'on voudrait lui donner.

Le ministre des affaires étrangères chargé de l'intérim de la marine lui fit passer ses instructions.

« On regrettait, y dit-on, que dos vaisseaux n*aieDt pas « combattu ceux de lord Jervis, et en effet, si une victoire

• eût été remportée sur cet aiiural anglais, nous eussions etc « maîtres de la Méditerranée ; notre armée navale aurait c écrasé plus tard les flottes de la Russie et de la Turquie. < 11 eût été même possible de prendre Gonstantinople et de

• délivrer ensuite le général Bonaparte. Tel foi, sans doule, t ajoutait le ministre intérinuiire, le plan sublime conçu par « l'amiral et Ton devait regretter qu'il n'ait pu être lais a « exécution. »

Kn attendant, Bruix rerut i ordre de se rendre sur les côtes d iuUe, d'appuyer les opérations du général Moreau, qui as*

siégeait Gènes, puis ultérieuremoni celles de Maodooald dans ]e royaume de Naplcs.

On le prévint que Gîviita-Vecchia, Livourne, Napies* Ân o6ne devaient être évacuées» et de veiller à ne pas se laisser tromper par les coalisée, qui, peut-être, auraient remplacé nos soldats.

En conséquence, Bruix, nvnnt quitté Toulon le 26 mai, débarcjua près do Gôncs f OOi) honniies de troupe qu'il avait sur ses vaisseaux; en même temps, arriva devant ce port ua important convoi de bâtiments marchands chargés de vivres et de munitions pour Tannée de Moreau.

Notre amiral eut une entrevue avec ce général, puis il regagna tout à coup la pleine mer, déjoua fort habilement les grandes forces de lord Keith, et regagna le port de Toulon.

D'après le rapf»ort de Moras, Bruix n'opéra si préripitamment son retour que parce qu'il craignait d'être attaqué dans la baie ouverte où il était au mouillage, et jde subir un désastre dans le genre de celui d*Aboukir.

Ici doit trouver place une lettre importante où Ton devine le plan de la campagne.

L'amiral écrivit, le 10 juin, au président du Directoire *

« .l'élais au mouillage de \'ado près de Savone, lorstjue jc « reçus la dépêche par laquelle le Directoire m'ordonnait - d'opérer d'abord ma jonction avec les ËspagnoiSi de battre « Feonemi et d'aller prendre B aprèst »

Il est évident qu*il s'agit, dans cette lettre, du général en chef de l'armée d'Égypte.

Après (juelques jours de relâcha à Toulon, Bruix se rendit à Carlhagène, où il rallia Mazarédo qui, sorti de Cadix, avait été obligé de relâcher, à cause des vents contraii es.

L'armée navale espagnole se composait de 47 vaisseaux qui se joignirent aux nôtres. Les deux amiraux se concertèrent.

Bruix proposa de se diri^rer vers la Toscane, d'expédier des avisos en re<()iiii;iis-;uRe sur Toulon, Gènes, l.ivounu', la £Hcile, aûn de reconnaître exactement les forces anglaises ; il voulait tomber sur elles, les écraser ou les chasser de la Méditerranée, si elles étaient dispersées, ou bien il consentait à

faire repasser dans l'Océan les armées alliées, si les Anglais ct.iirnt sur leurs j;arclos.

Mazarédo fit valoir les incertitudes et les dangers d*uA pareil pian. 11 ne voulut jamais ooasenUr à suivre noa aariDs sans des ordres précis du cabinet de Madrid; or, comme on loi laissa la liberté pleine et entière de ses actes, il désira renoocer à toute entreprise dans les eaux de la Méditerranée.

Mais ce qui est pa^ti^llli^rement bizarre, c'est que Bruix quitta Carthagène inopinément, comme il avait quitté Savonc. tl craignait la trahison de nos alliés, mit à la voile le 30 juin, au milieu des apprêts d'une ffftte, passa le détroit et jeta l'ancre à Cadix, le 49 juillet.

Là, îl lui fallut encore insister fortement pour décider les Espagnols à sortir. 11 leur proposa d'aller croiser près de Madère, afin d'attirer les Aniilais hors de la Méditen anre, d'y rentrer, de prendre Maiion ou de faire une tentative âur la Sicile.

Par ses habiles intrigues, voulant surtoui assurer Talliance de FËspagne à la République, il obtint finalement que les vaia-

seaux de celle nation le suivraient à Brest.

On dit que Mazarédo le fil seul réussir dans cette importante démarche, parce que les autres officiers espagnols suscitèrent mille difficultés.

Ce fut à tel point qu'un capitaine manœuvra de manière à échouer son vaisseau, au moment de Tappareillage ; an autre prétexta des avaries, et Mazarédo seul , obéissant aux instniclions du priiico de la Paix, sembla partir volontiers pour Brest, sans pourtant vouloir ni débloquer le Fcrrol ou Rochefort, ni se diriger sur Plymouth dégarni de forces navales.

Notre amiral, ne voulant point se séparer de lui, cingla sur Brest, où il opéra son entrée, le 9 août, avec cette imposante flotte franco^spagnole de 44 vaisseaux*

Lord Keith, ayant appris ces faits, se lança dans l'Océan à la poursuite de nos marins, et se présenta bientôt aussi devaat Brest, avec une armée de 3i vaissi aux.

Telle fut cette croisière, qui n eut d auti c it;>u liât apparent que de promener sur la mer 41 vaisseaux, français et espa gnols.

Noua avons en vain cherché quelle fiii la pensée de ceux

qui gouvernaient alors la Kepublique, quel bul on poursuivit.

Il est certain qu'on ne s'occupa point partioûh>rement de fiooa parle, quoique ToccasioD fût belle pour lui donner des renforts.

La flotte franco-espagnole ne Bortit point de Brest avant la fin de la guerre, et nos alliés ne rentrèrent dans leurs ports

qu'après la signature de la paix.

S'il est vrai (|ue Bruix eut pour mission d'attirer leurs vaisseaux chez nous, comme gages certains d une alliance douteuse, il faut avouer qu'il réussit admirablement, et rendit le plus éminent service.

Un trait prouvera que nul ne comprit, à cette époque, la mission de notre amiral-ministre. A son arrivée à Toulon, comme ce dernier causait avec Vence, conmiaiulant des armes, celui-ci, Inyal et franc républicinn. ne déguisant point sa pensée, se permit de dire qu'il ne concevait pas que nos vaisseaux n'eussent pas écrasé ceux de lord Jervis, que c'était une armée navale qui allait fondre, etc., etc.

Bruix, blessé dans son amour-propre, écrivit au Directoire que 'Vence tenait des propos inconsidérés sans connaître les faits dont il s'a^rissait, et, peu de jours après, celui qui avait parlé si lénrren^ont rialL remplace daoâ ses fonctions par le contre-amiral Aeuaudin.

Le capitaine de vaisseau Landolphe.

Ce capitaine partit de llochefuiL daub ic muib cl avril 17U9, avec une divisiou de frégate :

La Concorde, cap. Landolphe ^ La Médée, cap. Ck>ttdein; La Pnochiie, cap. Juriea.

Il suivît la côte occidentale de l'Afrique, s empara de plusieurs luiiiiiienis uiuiihands, reconnut Tilc du Priiàce, et tie rendit dans la Plata^ ou il séjourna pendaut Iroiâ mois.

Le 7 juillet 4800, ayant repris la mer, il captura 3 bàtimeots américains et 2 pat lugais.

Le a août, au matin, les frégates couraient tribord amures par une belle brise d'est» quand les vigies sigoalèreot 8 voiles dans le vent. Landolphe vira de bord pour les recoooattre ei leur donner la chasse, quand il soupçonna qu'il avait devant lui des forces très-supérieures. Aussi ne Iafda-i41 pas à reprendre les amures à tribord pom forcer de voiles et s éloigner. A 2 lu'uivs, il hissa le signal de sauve-qui-peut.

Les bùiinieiils en vue étaient le Belliqueux^ de 74, 5 vaisseaux de compagnie armés chacun de 30 canons de 4S et de 450 hommes d'équipage, et deux autres dont Tun portait Ucaronadesde48.

La croisière se termina d'une façon désastreuse.

Landolphe amena son pavillon pour le Belliqueux, apr^s avoir échangé queli}(i('s coups de canon et tenté tous les moyens connus pour ne pas être rejoint. 11 jeta à la mer les canons des gaillards, la drome, les canots.

Goudein amena pour deux vaisseaux de compagnie.

Jurien seul eut le bonheur de s'échapper, grâce à la marche supérieure de sa frégate.

Laiidoijdie, pendant cette croisière, avait amarioé 49 bâtiments, portait 243 caooas et i 4 obuslers.

Le contre-amiral YilleiiauTe à Malte.

Nous avons vu que Bonaparte donna le commandement de File de Malte au général Yaubois, qui avait sous ses ordres un corps de 4 000 hommes, et que Villeneuve et Decrés s*y rendirent avec le Guillaume-Tell et la Diane, après la désastreuse journée d'AbouIdr.

Les Anglais ne tardèrent pas à convoiter la possession de ccLlc ile. SauitKirez, parti d'Al)oiikir avec une division de 7 vaisseaux anglais et 6 des nôtres, s'arrêta devant l'île pendant quelques jours, et somma le général de mettre bas les armes, mais ce dernier ayant répondu dédaigneusement à ces ouvertures, le contre-amiral continua paisiblement sa route

SÛT Gibraltar, après avoir donné des armes et des munitions aux Maltais qui nous faisaient la guerre.

Plu.n tard, une division de 5 vaisseaux portugais vint bloquer la place; mais, malgré leur présence. Villeneuve et Decrés se réfugièrent dans le port, et donuèrcnt au général leurs équipages comme renforts.

Lorsque Nelson jeta l'ancre à Naples, il chargea le capitaine Troubridge de croiser au large de Tile avec une division de 3 vaisseaux ; puis, s'y étant rendu de sa personne, le \ 2 octobre 4798, il maintint, à dater de ce jour, un blocus si serré, que les communications avec la France devinrent tout à fait impossibles.

Les Maltais» nos ennemis, étaient maîtres de la cité Lavalette, et nous verrons, dans le livre suivant, quelle héroïque défense opposa le général Vaubois.

Quant à Villeneuve, il écrivait, le 20 avril 1799. qu'il lui restait des vivres jusqu au 20 décembre 1799, que ses nmrins étaient tous animés du meilleur esprit, et que des felouques armées en course sortaient de temps en temps et faisaient de bonnes prises sur les ennemis.

Le chef de division Le Joille à Corfou.

11 est nécessairedc donner en peu de mots riiisloire de nos établissement maritimes dans la mer Adriatique, avant de dire quels services rendit l'intrépide Le Joille à Gorfou et comment il finit par succomber sur le pont du Généreux.

Le 46 mai 1797, Augereau s'étant emparé de Venise, Tingénieur Forfait reçut l'ordre de s*y rendre pour prendre possession d(3 la marine de cette ancienne République.

11 y avait en tout neuf vaisseaux et huit frégates auxquels fionaparte donna les noms des généraux ou colonels qui s'é« talent distingués pendant la campagne d'Italie ou des noms de victoire.

Le Dubois, La Mantoue,

Le Gausse, La Léoben,

Le Robert, La Tonato,

Le Banel, La Moatenotte,

Le Sandos, Le FroDlm,

Le Leharpe, Le Stengel,

La Lodi, La Rivoli, La Muiron, La Carrère.

Le Berrand,

Bnieys, prenant possession des lies Ioniennes» Gorfoa, Zante, Céphalonle, Cérigo, le 47 octobre 4797, y transporta sur les \ aisseaux de son escadre les troupes, le matériel, tes

autorités civiles et militaires.

Après le désastre d Aboukir, les tlottes de la i urquie, de la Russie, de l'ADgleterre se répandireni dans la Méditerranée.

AH*Pacha chassa dos soldats des dépendances Ioniennes, et le général Chabot ne conserva quePUe de Gorftm, où il prit

toutes les dispositions d*usage pour se défendre énergique-

meut,

LeJoille, qui s y rendit après le combat d Aboukir, commandait le Généreux, le Leander qu'il avait capturé, la frégate la Brave, une bomiMtrde, un brig, quatre galères, et ne manqua pas de prêter au général soo concours le plus dévoué.

Le 4 octobre 4798, les vaisseaux turcs et rosses vinrent

prendre positiorulans le chenal de File, et les soldats ennemis, ayant mis pied à terre , établirent des batteries qui ne lardèrent pas à ouvrir ie feu, auquel on riposta très-énergiquement.

Dans les sorties, Le Joille se mettait toujours à la tôle de ses marins et marchait avec les troupes de la garnison.

11 prit aussi la mer avec ses vaisseaux et quelques autres bâtiments, se rendit à Ancône, puis regagna Coi tuu .i\er un renfort de 3000 hoomieiiqu il avait répartis sur les vaiiiseaux vénitiens.

Un jour, les nobles ayant fomenté une sérieuse insurrection, les habitants de la campagne et des faubourgs se portèrent en masse sur les hauteurs du fort Abraham.

Tour l(!s en débusquer, le général Chabot demanda l'appui de nos marins, et Le Joille, ayant mis sous voiles, enil)os^a son vaisseau de mauière à canunuor le fort Neuf. 11 aida ainsi les

troupes à ft'emparer de la position, et l'insoirection fut vaincue.

Feu de tempe après, les vaisseaux ennemis vinrent jeter Tancre dans le chenal même : il mît en faite deux frégates

russes qui croisaient au large, contra ip;n il à la retraite un vaisseau et trois corvettes, puis (oiubattit ultérieurement, à leur mouillage, le vaisseau amiral russe et deux frégates.

Comme les vivres et les munitions faisaient défaut, Chabot, voulant prolonger sa résistance, expédia une deuxième fois les hAtiments à Anoène peur y prendre ce qui lui manquait.

LeJoîIle traversa heureusement la mer, embarqua 1 OUO humliits et se mit en route pour revenir, mais il voulut d'abord s'assurer que le général tenait encore et chargea le capitaine d'un bâtiment neutre de lui donner des nouvelles certaines; puis, en attendant que son émissaire fût de retour, il résolut d'entrer, de vive force^ dans le port de Brindisi, pour y mouiller en sûreté les bâtiments de la petite division qu'il commiiiKlait.

Ce lut alors qu'un pilote maladroit échoua le Généreux flous les murs d*une forteresse que Le Joille canonna de front et dont il se rendit maître, après H heures de combat.

Par une triste fatalité un des derniers boulets le frappa mortellement, en lui enlevant les deux cuisses, et Ton raconte que le noble capitaine tomba en disant à ceux qui voulaient le relever.

^ « Laissez-moi, mes enfants, courage. • —

Ses dernières paroles furent des vœux pour la République, des encouragements à son équipage*

Ainsi mourut, à la fleur de Tâge, le 9 avril 4799, lechef de division Le Joille, un des meilleurs officiers de la révolution, celui qui fit le plus de mal aux Aui^lais, jiuisqu'il Icjui enleva, persouueiiement , deux vaisseaux, une frégate, un brig (\).

Sa bravoure, ses talents militaires étaient rehaussés, d'après les rapports du temps, par une extrême modestie.

0) La \euvc Le JuiUe reçut uu secours de lOOOfkiacs.

A i'atlaque du fort de Brind'usi, nous eûmes 8 toès, 45 blessés :

Le général Chabot, réduilaux dernières extrémités, capitola le 3 mar» ei obtint le rapatriement des troupes.

Dans le mois de mai de cette même année, Teacadre rusaaturque vint ]irendre position devant Ano6ne que défendaient

a 000 iit>mn\cs sous les ordres du général Monnier.

Le 43 novembre 1799, ce dernier capitula, après avoir épuisé ses dernières ressources, cerne dune part parité troupes autrichiennes et de l'autre par les Husses et les

Turcs. , * ^. , ^

Le Laharpeetle StengeU bien embossés, défendirent le port;

Berrand sombra sous le feu de Tennemî. ta Cisalpine, le Hoche, risis, l Osiris et d'autres bâtimeiiU armés formèrant une ligne d'embossage ju^qu au Lazaret.

Le capitaine de vaisseau Sybille à ramée dltaUe.

Ce capitaine servait sous les ordres du général en chef de l'armée d'Italie, auquel il rendit les services les plus signalés, comme directeur de toulce qui était relatif à la marine.

Dans de longs rapports au ministre, il raconta la retraite de nos marins au milieu des insurgés de la Suisse, du Fiémont, de nulie. De 500 hommes placés sous ses ordres, il ne put en ramener que 260 à Gènes, car tous les aulP» furent masbacrés en chemin, ou périrent dans les souffrances.

Le capitaine Sybille reçut un sabre d'honneur.

EXPÉDITION D*fi6m£. (Suite.)

Eeportonsr-nous aux plages de l'Égypte, à ceux de nos marins qui y rendaient des services, en souffrant ïeb plus grandes privations.

On n^apprendra passao/s étoDnemeDt que, depuis le départ de TouloD, aueim matelot ne. reçut un aou de solde, que la ration ne se coii4x>8ait que de 45oneeederiz, etqueles boissons firent toujours défaut. Ce ne fut qu'après beaucoup de réclaiiit] lions, que l'on parvint à obtenir de radniinistration 4 livre de pain. Les maladies de toutes sortes éclaircirent si bien les rangs des officiers et marins, qu'on s'en fera une idée en apprenant qu'en moins d*un an 22 médecius moururent à Alexandrie, victimes de leur dévouement.

L huaoï able Perrée, quand il revînt en France après sa captivité chez les Anglais, écrivit lui-même que ses marins ne reçurent qu'un mois et demi de solde après dix-huit mois, que oe fut la seule récompense de tant de maux et de privations ; que la misère et le découragement fùrent au comble, que les matelots avaient été si souvent trompés, qu'ils étaient dorénavant sourds à la voix de lu patrie.

Nous avons dit que cet officier fiit chargé du commandement d'une flottille qui remonta le Nil, à la même époque où Bonaparte marchait sur le Caire, à travers le désert. Il arriva devant Rosette, le 6 juillet 1798, en même temps que le général Dugua, qui avait suivi le rivage, rassenibla toutes les barques disponibles, embarqua deux brigades de cavaliers, avec vivres, armes et bagages, et suivit sa destination.

Le lendemain de son arrivée à Raniu fiiez, où se trouvait déjà l'année, nos marins rencontrèrent 60 bateaux, dont 25 armés en guerre. C'était la flottille de Mourad-Bey, qui descendait au devant de la nôtre. Des fellahs embusqués sur les berges parvinrent à capturer deux de nos bateaux» et chacun put voir les Éi^yptiens décapiter les prisonniers.

Perree, qui montait le < hol)uck le Cerf, donna dans le plus fort de la mêlée, et les passagers, les membres de la commission setenitflque bataillèrent tous^ sans exception, comme de simples soldats. Le général Andréossy débarqua ses troupes qui se formèrent en carrés, et pendant ce temps Bonaparte cuinbaLiail dans la plaine. BientùL nos soldaLSj se déployant en tirailleurs sur les bords duNïl, firent un feiLsieiiicace, que Mourad-Bcy se hâta de fuir.

Nous eûmes 400 hommes hors de combat, dont rintendant en chcl, Sacy, qui eut la main droite emportée.

Le 45 juillet, Perrée atteigoait Koumchérick, et, six jours après, nos soldats remportaient la fameuse bataille des Pyramides*

Notre capitaine, profitant d*ufie crée des eam, ayant re-

niuiiU' ullfTieurement, malgré des nvu'os d'Arab^'s. jvisqu'à Boulak, les bateaux servirent aux soldats de l arniee pour franchir le NiK

Hentioniions un triste éi^soda : renseigne Garibon, capitaine de l'a viao F Anémone, fitoôte à 8 lieuasd^Aleiandrîe» le 9 flq>tembre 4 798, pour échapper aux poursinles d*une frégate anglaise. Le général Ganun, pa&sager, d autres officiers, des marins, voulurent gagner la ville à pied; niais, tout à coup, des Arabes coururent en jetant des cris de mort. Malheureusement, les fusils mouillés ne purent servir; noe pauvres compatriotes, cernés de toutes parts, fùrent mis à no, maasa^ créa sans pitié I A peine si quelques-uns, seulement, gagnèrent, à la nage, les canots de la frégate anglaise, à l'aide de barils do galère que nos ennemis lilèrent dans les i-écUs. Le générai Gamin fut tué en se défendant vaillamment.

Perrée partit d'Alexandrie le 8 avril 4799,avec une divisioo qui se composait de deux frégates, d'une corvette etd'ua brtg.

Juiion, cap. i^ûurquier. I La Courageuse, cap. Trullet L'Àlceste, cap. Barré. | La Salanuae.

11 eut le bonheur de tromper les eioi.^eurs ennemis, mit ii terre le matériel d'artillerie embarqué sur ses bâtiments, en un point convenu, non loin de iaffa, et captura 5 bétîiDents chargés de munitions.

Les instructions qu'il avait reçues en partant d'Alexandrie lui permettaient de faire route pour la France, après avoir accompli sa mission^ de sorte qu il cingla vers Toulon, après une longue et pénible croisière au fond du golfe de Syrie. Malheureusement, la petite division fut enveloppée par tes vaisseMix de Tarmée navale de loid Kaith, et Panée tanla vainement de battre en retraite devant ces foms^ en foiçBat

de voiles. Comme on doit le présumer, il fui acquitté par le conseil de guerre qui le jugea.

Bonaparte prit la résolution de rentrer eu France à la fin de 4799, et, dans ce but, il donna des ordres pour doubler en cuivre une firégate égyptienne qui marchait fort bien, la Maînm.

Ganteeumc en prit lui-même le commandement ; les généraux Berthier, Andréossy; les savants Mooge, BerthoUet, embarquèrent commme passagers.

Se même temps, Dumanoir le Pelley équipa la Garrère, autre frégate vénitienne sur laquelle passèrent LanneSi Muiit,]larmonL Deux flûtes, la Bevandie, Tlndépendante, suivirent.

L appareillage eut lieu le 9 octobre 1799, et Gantcaume, longeant les cAtes de l'Afrique, louvoyant contre des veotsde nord-est, atteignit Ajaccio >a[js mésaventure.

Là Bonaparte, aussi prudent qu'il était audacieux et iotelligent, prit à la remorque une felouque armée des plus robustes rameurs de k viliOi et s'assura ainsi un moyen de salut, dans le cas où la Muîron e(tt été arrêtée par le calme. Chacun sait qu il débarqua, peu après, à Cannes.

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