‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 50 sur 71 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

BinSIONS LÉGÈRES. — CROiSIÈRKi;. — COUBATS PAaTlCULlfiRi^.

La Variante, 36 ^ cap» Dnnuiid,

Ce capitaine, parti de I.orieiit le 15 avril 1796, lencoiilra, dans la journée du lendemain, la frégate anglaise la Hévolu^ tûmmire. U courut au sud toutes voiles dehors, par une belle brise d'est, mais n'en fut pas moins rejoint par les ennemis, vers 44 heures 80 minutes du soir ; quatre autres frégates de la divibion de sir Edouard Pellew se trouvaient également en vue, et, après quelque^ Ixjrdées qui tu^rontmi blessèrent 30 hommes, Durand aoiena sou pavillon, li dit, dans son rapport, que ses meilleurs hommes avaient été débarqués à Lorient, que son équipage ne se composait que de recrues qu'on n'avait même pas eu le temps d'habiller.

Traduit devant un conseil de guerre, il fut déclaré coupable pour avoir ameiié son pavillon avant l'arrivée d'une deuxième frégate, mais excusable, en considération de la faibiesde ùe l'équipage.

Les chaloupes canonnières de Muskein.

Le Commodore Sidney-Smith avait jeté l'ancre devant \^ Havre avec sa frégate le Diamanl^ et capturé, par le moyen ce SCS canots, le Corsaire, le Vengeur, dont le capitaine avait

une grande réputalioD d'hajDiieté» et qu'il avait en vaia chaise plusieurs fois.-

Gomme les marins du Vengeur avaient filé leur cAble avant de se laisser amariner, la prise dérivait du côté de la te^-re, et ce fut inutileœent que nos enn^s eherchèreiit de quoi mouiller de nouveau; ce fut môme inutilement qu'ils tentèreot de remorquer au large leur prise, que le courant du flot portait rapidement vers Honlleur. Du reste, des chaloupes caoonnières sortirent bientôt de la rivière pour les attaquer.

Déjà Sidney-Smith était reparti dans son canot pour s*en retourner à bord de aa frégate, quand, s'apercevant de la position critique des marins de son équipage restés à bord du Vengeur, il n'hésita pas à revenir pour organiser la défense.

Bientôt les nôtres s'étant approchés dans leurs chaloupes commencèrent un terrible feu de mousqueteriCt si efficace qae les Anglais, dont 4 4 furent tués ou blessés, se rendirent à discrétion.

C'était une capture importante, car on n'ignore pas que le

Commodore était tristement célèbre pour avoir incendie notre air^t'iial (ie Toulon en 1793; en raison de ce fait, le Directoire, ne voulant p^s le considérer comme prisonnier de guerre, donna des ordres ppur qu'il fût détenu au Temple.

Nous verrons pWbas parquelle ruse machiavélique il reconquit sa liberté, après une captivité de deux années.

La Virginie, 40; cap. Bergeret.

Ce capitaine, parti de Brest le 47 avril 4796 pour croi-* ser dans la Manche, se trouvait, le SO avril, sur les cdies

de la Cornouaillc, ( tarant tribord amures par une belle brise dp sud-est, lorsque les vigies signalèrent plusieurs voiles dans l est.

Ayant pris chasse vent arrière, il fut poursuivi de près par un vaisseau et une frégate. Dans la soirée, le vent mollit, un oombàt devint inévitable, et, .effectivement, les premiers coups furent tirés vers minuit un quart.

Sir Édooârd Pellew, qui montait le vaoseau rasé l' Inde fa- UgabUf essaya conalamineDt de se placer par la hanche de nette finAgate; mJ» Bergeret, le maintenant par eon traTcn, le força de oonbattre bord à bcfd.

Le feu fut d'autant plus terrible, que parfois les vergues des dem bâtiments se louchaient. Apn'^s quelques vol(^es, le vaisseau angiais ayant été démâté de son mât do perroquet de foogoe, nos ennemb se oonTrirent de voiles et manœuvrèrent poor a'éleigner.

Bn ce moment notre capitaine vonlat venir au lof pour le ranger à poupe et le canonner en enûlade. Malheureasement le grand mât de la Virginie tomba, et les deux bétimeots s'éloignèrent.

La position devenait d'autant plus critique, que deux frégates anglaises rsoemmencàreni la hittCi sans compter que d'antres bâtiments se rapprodiaient rapidement.

Vers 3 heures M mlnntee, Befgereti sommé de se rendrai

comprit qu'il n'avait aucune chance d'échapper à des enneroâ si supérieurs en force. Il y avait 5 pieds d'eau dans la cale, \ \ liommes étaient tués, 25 blessés, le grand màt de hune et le mât d'artimon avaient été coupés.

JBn eonsèqnence, ayant réoni sesettdersfl) sur le gaiilsrd d'arrière, il prit avee douleur le parti d'amener.

Lorsque sir Édonard Feliew le somma de se rendre» il

lui dit :

« — Ck)mbien êtes -vous ?

€ — Cinq, répondit l'Aqglais.

« — Vous êtes cinq contre un, j'amène. •

Nos ennemis rendirent pleine justice â la hraveore de Bergeret»

Lni ayant donné la liberté sur parole, ils l'envoyèrent è

Paris demander qu'on voulût l'échanger contre Sidney-Saiith, mais le Directoire n'y consentit point, et Bergeret, revenant en Angleterre, se constitua de nouveau prisonnier.

(!) T.'S iitliriors Henry, Labardf», Linant, Gallois, Dnperré formaionl l'éiat-major de \n Virginie; le capitaine Bisson coipiqandait l'artillerie. {France nuirUini€f III* vol.)

Le ooBUnodore fat détenu pendant deux aosi comme nous ravôns dit. Un jour, des gens armée) 8*élai)t présentés à la

conciergerie du Temple, le réclamèrent sous le prétexte de le transférer à la pi ison de Mekin. Ils montraient un arrêté du Directoire, une lettre du ministre de la marine. Le trop crédule concierge donna dans ce pl^ nouyeaUi et remît Sidney- Smîth à dee amia, car on apprit plus tard que tous les papiers qui avaient été exhibés étaient faux.

Le Commodore gagna Londres, où le peuple le reçut avec des hourras de joie.

À la même époque, Bergeret fut remis en liberté, et nous ne savons quelle confiance attacher à ce bruit, d'aprèa lequel le cabinet de Londres aurait payé fi millions de francs pour la réussite du coup de maître dont nous avons parlé.

La Dattgerenae, cap. AUbert.

Ce capitaine, qui protégeait des convois sur les côtes H'iinliei fut poursuivi par ÏAgamemnim et 3 frégates. 11 se retira au port de Lano, demanda des troupes au isommandant de cette place, et les répartit sur ses bâtiments. '

Attaqué par les Anglais, il les repoussai en leur faisant éprouver des pertes considérables.

Ce brave officier s'était déjà distingué, dans une occasion semblable» de même que les enseignée Saunier, Supply.

Le capitaine de vaisseau Moultsoa.

Ce capitaine croisait en Manche avec une division de 3 frégates, 4 corvette.

La Tamise, 36; oap. Fradin.

lAlkibune, 36; cap. lloultaon.

La Proaerpine» 40 ; cap. Pévrieux.

La Légère, 16; cap. Carpantier.

Après avoir capturé (Quelques bàtimentà, U termina la croisière d'une foçon désastreuse.

Le 4 jtiin 1776, peu de temps après s'élre séparé de la Proserpioe, il rencontra deux ùrégales anglaises : VUnkom^ de 32, capîtame Thomas William ; làSanta-Margarita, de 96» capitaine Byam Martin. Les vents de Fouest étaient f^ts, et

ces ennemis fui eut aperçus dans le vent vers 8 heures 30 minutes du matin, à 17 lieues des îles Soriingiies. Moultson, qui ne désirait pas se mesurer contre ces frégates, qu'il jugeait devoir être supérieures en forces, donna l'ordre de prendre chasse bâbord amures, toutes voiles dehors. Mais, malgré tout ce que tentèrent nos capitaines laissés libres dans leurs manœuvres, il leur fellut accepter une lutte qui se termina mal.

La T;iiiiise amena la première avec son gréement haché, 32 hnniiiies tues, 17 blessés, la cale pleine d'eau (t).

La i ribune fut rejointe, vers iO heures 30 minutes du soir, par VUnicomf et les marins anglais, dit James, commencèrent le feu avec des hourras. Moultson amena son pavillon après un combat d*une heure; 37 hommes étaient toés^ 15 blessés; la fréj^atc coulait bas d'eau; les trois-màts di hune étaient brisés (2).

Ce n'était encore que la moitié de nos malheurs ;

La Légère amena pour deux frégates, dans la journée du S2 juin.

Peu après, le capitaine Pévrieux, à la recherche de ses oodserves, fut obligé d'accepter également, contre la Ih^yade^ de

36, capitaine Amelius Beauelerck, un rombat qu'il aurail ài*siré ne pas livrer. Far une belle brise de nord-ouest, il pu. chasse les amures à bâbord, mais rejoint vers 8 heures du matin, le 13 juin 4796, il commença le feu contre son adversaire, placé sous le vent. On se battit à portée de pis* tolet. Notre brave capitaine, blessé par une balle qui Fatteignit au cou, dut remettre le commandement au lieuteuaot Legro8,qui, t aiiiiuant l'ardeur de ses marins, continua, vergue à vergue, une lutte acharnée.

(1) La Tamise portait 26 canons do t2, tO de 6, 4 caronarlGs^

La Santd-Margaritay 26 canons do 18, 10 de 9, 4 caronades «le 32.

(2) L;i Tribune portait 26 canon? du 12, 10 de 6, 4 caroBades; Hlnicorny 26 de 18, 6 de 6, 4 caroaade8 de 32.

li ordonna d'évacuer ia batterie des gaillards pour coiii]»ioter l'anucmcnt de l'autre, et n'amena son pavillon qu'après d(>^ pertes saDglantes, puisque 40 hommes furent lués. 53 blessés.

Les Anglais, dit JameSt n*eurentque 45 hommes hors de combat. Tout ceci prouve que les frégates anglaises étaient

bien supérieures aux mHrcs sous tous les rapports. Non-seu- Irnient nos capitaines n'avaient pas la satisfaction d'éviter des luttes inégales en forçant de voiles, mais ils étaient écrasés par un feu admirablement servi, bien dirigé, plus efficace que le nôtre, en raison de la supériorité du GaJibre(4}.

Cet officier reçut le cDiiuuandementd'unc division de3 frégates, 2 corvettes, et partit de la rade de 1 île d Aix.

Après avoir battu la mer pendant plus de quatre mois, il a marina 1 4 bâtiments marchands.

La Néréide et la Décade revinrent au port le 25 septembre 4796, les corvettes un peu plus tard; mais le capilaîneMorel, qui perdit de vue ses collègues, fut poursuivi par la division de sir John Borlase Warren, et ne vit pas de meilleur parti à prendre que de jeter sa frégate à la cùte pour sauver les hommes de son équipage.

La Naïade, capitaine l.eopard, et leFestin, capitaine Dehin, croisèrent dans la mer du ^ord dans le courant de 1796. Elles rentrèrent chacune avec 52 prisonniers. La Naïade soutint les 21 et 27 février, près des côtes d^Éoosse, plusieurs engage-

(1) Lft Proserpine portait 28 canons de 18, 12 de 8, 4 caronadoii

de U.

La Dryade portait 26 canons de 18» 10 de 9, 6 caronades de 92.

Le capitaine Michaud.

lifi NAi ^^ide, cap. Papin.

La Dû( adc, cap. Mîchaud.

L'Androuàaquu, oup. Morel.

La Hayonuai^t', cap. Frailin.

La PriLtcesse-Uoyale, cap. Samson.

— ito —

mentB irès-vifa contre une forte corveUe qui (ui dèmàlée de ses mâts de hune. Ces deux cftpitftîoes prirent 44 bâtiments*

Le Gourageuzy cap. Défraya.

Ce brave ofûciçr, enseigne de vaisseau» i)C des croisières merveilleuses.

Depuis le oommenceroent de la guerre jusqu'à 4796« il ne captura pas moins de SO bâtiments ennemis et soutint plusieurs oorobats. Ayant pris la mer une dernière fois,

il s'empara encore de 9 bâtimeots, mais mourut glorieusement parce que son loup:rc le Courageux prit feu et sauta dan? les airs, apri'S un conilnit rt^riiaïquable. Tout prurit sauf trois niateiots, et 1 enseigne Audibert, officier en second.

Défraye, que le Qontre«niral Vanatabel avait ohaudemeot recommandé, joignait une modestie rare au courage le plus brillant. Il croisait ordinairement dans les mers du nonl et dans la Baltique.

Le capitaine 4e misaaaa Papin.

Cet officier commandait une division légère de deux frégates, une corvette.

La Cionoorde, cap. Papin. I La Légère. La NérSide, cap. Gsnon. |

i^rès une croisière de 78 jouis il regagna le rnooillage de rile d'Aix, n ayant capturé que 4 bâtiments.

Canon, étant parti de nouveau le 7 décembre 4797, fut assailli par des tempêtes.

• 1^ 24 décembre, il cinglait à Voues L-sud-ouest, vent arrière, quand les vigies signalèrent . sur l'avant, un grand bâtiment qui n'était autre que la frégate ennemie la Pha^é. Cette dernière, aux amures de bâbord comme la Néréide, la gagna sibiep^ que Canon ordonna de décoincer lea mâts, de

lever \m épontilles, de jeter les canots à la mer, de lécher les rides des haubans, de pomper 95 tonneaux d*eau.

Malgré tout, vers 8 heures du soir, les ennemis étaient à portée et le combat fut bientôt chaudement engagé, les Anglais sous le vent, bâbord amures, le vent frais. Nos pertes furent bientôt sensibles; la Néréide fit de grandes avaries, et Canon amena son pavillon vers II heures, après avoir eu 90 hommes tués, 45 blessés, ne pouvant plus ni combattre ni manoeuvrer de manière à s^éloigna* de son adversaire (I).

ta ChartoUi c«9. SrviUiftç.

Ce capitaine mit à la voile» de la rade de Tlle d'AiXi dans la soirée du 91 mars I79S, pour se rendre à Gayenne, où il avait à transporter des bannis.

Le lendemain, comme il cinglait sous Timpulsion d'une jolie brise de nord-nord -est, les vîgies aperçurent, dans le sud-ouest, trois gnmds bâtiments qui couraient tribord amures, et prenant le plus sage parti, se mettant aux amures de bèbordi il prit chasse vers Temboucbure de la Gironde. Le vent qui faiblit varia de fàçon que les Anglais en tirèrent avantage, et, vers 6 heures 50 minutes du soir, un vaisseau rasé se trouvait déjà près de la corvette.

Bruilhac, se faisant remorquer par tous ses canots, jeta l'ancre près de terre, h 9 heures. Chacun se croyait sauvé, lorsque Ton aperçut les bâtiments ennemis qui longeaient la eéte à la Imar d'une légère brise d'ouest; on s'empressa de couper le câble, d'appareiller les voilea et de iàire route» de nouveau, pour gagner au plus vite la Gironde.

A minuit, notre capitaine ouvrit son feu contre une frégate qui s'éloigna en forçant de voiles, parce qu'elle était menacée d'un incendie. Peu de temps après, il Sf3 battait, fi portée de pistolet, contre le Canada^ de 74 canons ; le vaisseau rasé

(1) La Néréide portait 26 canons de 1'^, 6 de 6;

La Pluebéf 26 canons de 18, 8 de 9, 10 caronados de 32.

l'Anson^ ffuî tonU de couper la roule par tribord^ prit également une part effective à Ja bataille, puisque ses boulets coulèrent le grand canot de la Charente, amarré le long da iiord*

Malgré tout, nos marins, ne cessant d'opposer une défense héroïque, finirent par se faire abandonner, après avoir tiré 312 coups de canon pendant plus de 2 heures.

Le brave capitaine Bruilhac jeta TaDcre à VerdoDy- dans la journée du 83 mars, et le contre-amiral sir John Borlase Warren put à grande peine renflouer son vaisseau /e Canada qui s'était échoué dans le chenal de Graves.

La Clia rente ne débarqua plus tard à Gayennc que 20 passagers sur 194.

L'Hercule, de 74; cap. L'Héritier.

Ce capitaine partit de Lorient le 20 avril 4798, pour se rendre à Brest, et le lendemain, après avoir double les I^eninarcks, il luttait contre des vents nord-est pour donner dans le Aaz, lorsque les vigies signalèrent plusieurs vaisseaux anglais.

Son intention fut d*abord de courir vent arrière pour, leur

échapper, mais, prenant ultérieurement le parti de suivre st destination, il manœuvra de manière à donner dans les passes du Haz.

Dans la soirée, le vent mollit beaucoup en variant; le courant de jusant s'établit avec tant de force, que,; ne pov* vant le refouler, il jeta Fancre, toutés voiles dehors, vers

9 heures du soir. Le temps était couvert; la lune paraissait à peine et Ton avait perdu de vue les ennemis. L'Héritier, se tenant prêt à appareiller, dès que la brise reprendrait faveur, donna l'ordre d'éteindre tous les feux. ,

Tout à coup, vers 40 heures, on' vit un vaisseau aoghiis, le Mars, de 74, capitaine Hood, qui, s'approchant toutes voiles dehors, vint audacieu sèment mouiller une ancre à petite distance, cette ancre chassa, le vaisseau dériva sihlen, qu i!

aborda l'Hercule de long <mi iuiig. L'Héritier commanda de sauter à l 'abordage, mais ses ordres, dit-il, ne (unaut pas exécutés. Le feu amiinença.

Od dit que par uoe chaace fatale, lorsque l'on tira le» pr^ miers coups de canon, tous les fianauz de combat s'éteignirent à bord de notre vaisseau. On les remplaça par des fanaux de signaux, mais ceux-ci s'éteignireni également, et par cette nuit obscure il n'y eut dauâ les batteries qu une épouvantable confusion !I

Ën vain L'Héritier criait-il de monter à Tabordage, ce fût à peine si 40 hommes se présentèrent sur les gaillards. Les Anglais, qui étalent munis de fanaux suspendus pour Féclairage des batteries, continuaient avec régularité une meurtrière canonnade, à bout j)ortant. Des incendies s'allumèrent dans les perte-baubans du grand mât et du màt d'artimon, et à grande peine parvint-on à les éteindre.

Vers 4 4 heures SOminutes notre capitaine sedisposait à faire oouperson càbleaflnde s'éloignerdu Jfor« (4 ), lorsqu'un second vaisseau ennemi parut par la hanche de bâbord. On riposta immédiatement à ses coups, mais un troisième ne se trouvait pas loin, de sorte qup nos marins n'avaient pas la moindre chance de sortir à leur avantage de cette lutte inégale.

Tout le gréement de l'Hercule était haché; 90 hommes étaient tués, SS5 blessés 1 Le côté de tribord, par lequel on s'était battu, oiïmt aux regards un aspect indescriptible : 46 canons étaient démontés 111 Ce làl dans cette affreuse position que L ilciiLici t iia qu'il se leudaiL, cequuuos ennemis ne comprirent que tardivement.

Le conseil de guerre qui jugea notre capitaine l'acquitta honorablement, parce qu'on prouva qu'il avait essayé luimême de monter à l'abordage et reçu deux coups dépique

(1) Le Ifort portait 28 canons de 32» 30 de 24» 16 de 9, 8 caronades de 21 et de 32;

L'Hercule, 28 canons de 36, 32 de 24, 16 de 8, 4 carocades. L'Héritier et M. Gaboureau, capitaine de frégate, second, reçurent toits deux vn^ mdemmté d^ 4 moi» de sokie.

qui trihireoi soo iiitfé|ûdité; maïs Topii^on publique se montra sévère à son égard, parce qu'on assurait que nulle disposition n'avait été prise pour le combat. Les canons de la bailerie basse étaient amarrés à la serre, et ce ne fut qu'au dernier monieDt qu'oa peaaa qu'une lutte eanglanle était ioM-

La capitaine Hood, fik deramiril anglaia de oe nom^ tet tué i bord du Mmr$^ qu'il oonmandiit.

Les autres vaisseaux ennemis qui combattirent TUercule s'appelaient le Bamilies^ 74, et la Jason.

Ge capitaine, opérant son retour de Ttle^e France avec des troupes qu'il avait mission de rapali ici , se trouvait Je 9 juillet 4798, au inatiu, à environ 20 lieues dans l'ouest des Penmarcks et courait à Teat-sud-est sous toutes voiles t par une belle brisa de sud^oueut, un temps à grains , pour rseonnaitre Ja terra sTantda se diriger sur Bochefinrti quand les vigies »gnalàrant 4 grands bâtiments par bâbord.

Bigot serra immédiatement le vent, tribord amures, eu prenant 1 allure la plus favorable pour sa frégate.

Vers 7 heures du matin, les Anglais, c^uraut le même bord, lui donoèrent la cbasse tout en répondant à ses signaux de reosnnaissaaoe et arborant le pavillon français.

Vers 5 hanras 80 minutas éa boêt^ On aperçut File Dieu où trois bâtiments de guerre se trouvaient à Tancre. Ces demien mirent sous voilesd'après les signaux des chasseurs euiiemiâ et cherchèrent à couper à nos marins la route du PerUus- Breton.

Le feu commeoça peu de temps après le coucher du soleii, et les nôtres y répondirent avec entrain. Bigot, parvenu vers 40 heuies 30 minutes en dedans des barges d'Olonne sans avoir éprouvé de sérieuses avaries» cingla vers le sud-est

puur donner dans le Pertuis-Bi eton.

Peu de temps après, il était joint par la Pique g qu il salua

tabla.

La Seine, 38; cap. Bigot.

de bordées mettitrîères; il i'obligea même de s'éloigner après J'âVDîr démâtée de son grand mât de hune.

Vers minuit, îl eut à combattre la Jawn et la Mermatâ, auxquelles il ne cessa d'opposer une énergique résistance.

Cerné par des ennemis si supérieurs, notre vaillant capitaine, ne voulant pas amener son pavillon, prenant le parti jeter sa frégate à la o6te, Téchoua sur la pointe de la Tranche» vers 4 heure du matin, après avoir perdu tous ses mâts. Le combat dnra encore jusqu'à S heures 30 minutes, parce que les frégates anglaises elles-mêmes étaient échouées.

Nos pertes furent cruelles, puisque nous eûmes 1 80 hommes tués ou blessés. Les ennemis, suivant William James, n'eurent que SUS hommes hors de combat, et, si ces chiffires ne sont pas mensongers, la disproportion est affligeante.

Les vainqueurs renflouèrent la Seine , qu'ils remorquèrent à Plymouth, mais ils abandonnèrent la Piqtieen la livrant aux flammes.

Plus de 300 Français, qui gagnèrent le rivage , ne furent pas faits prisonniers, et le brave Bigot, qui n'avait que le grade de lieutenant de vaisseau, fut promU| par une faveur spéciale, au grade de capitaine dé vaisseau.

VAventnrler, cap. Ra(B.

Ge capitaine se trouvait au mouillage dans hi baie de Car* rèjoa, près de Pontusval, et , d'après ses ordres, Téquipag^ couraH la grande bordée comme à la mer, lorsque dans la

nuit du 3 août 1798, vers H heures du soii , par une nuit obscure, une pluie battante, un temps d'orage, six canots, niontt's par une centaine de marins, accostèrent son brig par 1 avant et par les deux bossoirs.

L'enseigne Feuillet, qui était de quart, ne s'en aperçut qu'au dernier moment; mais, malgré cela, nos marins se défendirent si bien, qu'ils luttaient encore à S heures 30 minutes du matin.

Raffi, réveillé en sursaul, a^ani voulu niontfM- sur le p< ul, reçut, en s'y préseutaat, un coup de sabre sur la léte , poil lut renversé par ud matelot qu'on jeta sur lui. Lorsqu'O essaya de nouveau de prendre part au combat, il trouva tous les panneaux condamnés.

Les Anglais^ suivant James, eurent 3 tués, 13 blessés; nous eûmes de notre côté 42 hommes tués ou blessés sur 25 hommes de quart.

Raffi fut acquitté par le conseil de guerre qui le jugea, parce que Tinstruction prouva qu'il avait donné des ordres précis à ses maîtres et officiers.

La Bayonnaise, 22; cap. Richer.

Ce capitaine revenait de Caycnne è Rochefort quand, se trouvant près des côtes de France, dans la matinée du U dé*

cernhre 1798, les vigies signalèrent un fort bùtiinenl dans j'esL. Pensant que c'était une frégate française ou un liéliment de la force de sa corvettOi U manœuvra pour s'en np> prêcher.

Orc*était la frégate anglaise VBmbmcade^ dont le capi*' taîne, prenant lui-même la Bayonnaise pour un navire de si

nation, avait gouverné sur elle.

Lorsque Richer eut apprécié avec certitude quel ennemi redoutable il avait devant lui, il se couvrit de voiles, serra le vent| bâbord amures^ et prit chasse vers le nord-ouest, il jeta même à la mer ses ancres de bossoir et un canot.

VEwbuMoade^ qui faisait la même route et marchait mieui, se rapprocha rapidement.

Nos marins, auxquels Richer adressa un discours énergique pour les engager à soutenir dignement Thonneur du pavillon, disposèrent tout pour une lutte sanglante qu'ils w pouvaient éviter; et le combat^ ayant été engagé vers 1 4 heures du matin, se continua pendant deux heures avec un grand acharnement. On se canonnatt à petite portée, XEmbuscoài sous le vent, les amures à tribord.

Bî6nt6t DOS homines, prévoyant qu'ils sticooinberaieDt inévitablement dans un combat d'artillerie parce que les Anglais avaient une grande supériorité, demandèrent, à grands cris,

l'aborda^o. et Riche r prit résolûrnent son parti.

Il orildfiiia de mettre la barre à tribord, arriva mv la frégate anglaise et Taborda par son travers avec une telle vioieoce, que le mât de misaine de la corvette tomba en travers m son pont; le beaupré, s'engegeant dans les haubans d'artimon, se brisa de même ; le grand mât et le mAt d'artimon ne tardèrent pas à tomber és:aloment. En ce moment, nos enneiiiii», lâchant une bordée a iiutruiiie, tuèrent ou blessèrent plusieurs des nôtres.

fiicher, blessé lui-même, exhorta ses hommes à monter à Tabordage.

Le citoyen Le Danseur, enseigne de vaisseau, passager, se

présenta, dit-on, le premier sur le pont de V Embuscade , où il to/iiba iVappé mortellement, après une résistance héroïque; un iiiuusse, en le voyant blet^se, saisit un pistolet et le vengea en brûlant la cervelle au matelot qui l'avait ajusté.

Le chef de bataillon Lerch, du 53* de ligne, passager comme ce dernier, passa Tun des premiers , tua cinq Anglais de sa main, revînt à bord de la Bayonnaise, y recruta plusieurs de nos [iinriiis et, sautant de nouveau sur la frégate, continua de se battre comme un vaillant soldat.

Les enseignes de vaisseau Frouin et Lahoussaye, seuls officiers de la Bayonnaise qui ne fussent pas blessés, passèrent également à bord de YBmbuscade pour prendre part à la lutte. Le chef de batterie Gantois fit tirer dans la poupe deux coups de canon chargés à mitraille, qui décidèrent, dit-un, du succès.

Enfin la victoire nous restai La Bayonnaise, remorquée par la frégate anglaise, entra triomphalement dans le port de Rochefort.

Nous eûmes 30 hommes tués, 36 blessés, dont les enseignes de vaisseau Gorbie, Gui^nct. Nos ennemis eurent iO tués, 36 blessés.

Aicher avait reçu un coup de teu à la téte, un deuxième au bras gauche, un troisième à la jambe.

Le capitaine Jeckins et plusieurs de ses joffideis 6imt blessés dès le connnencementdu ooiobat.

James raconte qu'une pièce éclata sur le pont de VEmèm-

cade, que cet accident tua ou blessa 13 hommes, que Je feu prit dans le faux pont, et que lo niaître-c^nonnier ayant appelé des hommes pour Téteiodrei les gaillards furent abandonnés.

Quoi qu'il en soit, une corvette française enleva la frégate V Embuscade. Nos marins et soldats, obéissant à

la voix de quelques braves oflicicrs, se montrèrent héroïques.

Les Anglais nous ont causé des dommages considérables; mais combien de fois n'eurent-ils pas les plua belles chances de vaincre. Jamais ils ne nous ont vaincus avec une inoontes* table infériorité de forces.

Dans cette histoire des marins français, on Ht avecdoch leur une longue nomenclature de défaites, naufrages, captures, înifiidies; mais on trouve aussi, de loin en loin, un beau fait d armes , une éclatante victoirei une héroïque défense, une admirable abnégatiooi un courage tel que nos ennemis, habitués à vaincre, ont eu rarement occasion de dè* ployer.

Le Directoire décida que tous les officiers et marins de la Ba\ onnaise auraient de l'avancement. Ils reçurent une somme de ! 47 UOO francs pour parts de pri^e (soit 3 500 fraii.\' par canon), et, sur la demande générale des ofticiers, le ché de bataillon Lerch reçut sa part, à laquelle, suivant les règlements en vigueur, il n*avait aucun droit en qualité de passager.

On assure que le oral Touvenin et le mousse Guichoo rendirent le dernier soupir en criant : « Vive la Hr{uilili(jue! • et, en raison de leur bravoure, leurs familles reçurent \m gratification de 300 francs.

Le mousse qui avait si bien vengé la mort de Le Baoaear fui £ait aspirant de deuxième dasae.

On raconte que Lerch et Le Danseur avaient tous deux juré de se distinguer à roccagion, si un renc-ontraii rciincmi. \h se mêlèrent souvent aux groupes des matelots, leur conuuu-

nouèrent leuf ardeur, leur lire ni ftioiueiUe de seconder leur résolution de vaincre uu de mourir. " * Voici quel était rôtat-majgr de la Bayonnaise (4 ) :

Hicher (Édouard)) lieutenant du vaisseau, capitaine.

Corltie (François), enseigne, second.

l'rouia, enseigne.

Potier- Lalioussaye, enseigne.

Onignet, enseigne.

Le JDtaBdar, Enseigne, passager.

Aimô-Maitio, lieutenant d*infaaterie, passager.

Lerch, chef de bataillon, passager.

Gantois, lieutenant d'aHillet ie, passager.

Viaud, sergent, passager.

Kinselboo, sergê&t*msjor, passager.

Maiilardf annurier, pasasger.

Presque tous les marins étaient de Rochefort et des districts environnants, d'âprès une lettre de Tamiral Martin.

Le capitaine de Taisaeau Caro.

Ce capitaine commandait une division composée des frégattt la Gomélie, la Sémillante, la Vengeance, à bord de laqaelle floMett aon pavillon de commandement.

Le48avril 1799, il se trouvait au niuuillagedu Palais, devant Belle lie, quand les vigies .signalèrent, dans le nord, i gi ajids navires, dont l'un était démâté de son grand mât de hune. Garo signala à ses capitainea d'appareiller en filant les câbles, et de courir au nord, les amures à bâbord, ce qui fut eiécuté rafddeiiieiil. Plus tard, ohangeani d'amuresi tenant le plus près du vent, il manœuvra de aumière à rejoindre les en*

(t) h'Bmbmeade portait 25 aanons de 12, 6 de S, 7 caronades de 21;

La Bayonnaise, 20 canons de 8. (James.)

L'Embuscade, 26 canons de 16, 8 de 8, G obiisiersde 36;

La fiayoonaise, 20 canons de 8. {MmUeur.)

Le feu oammença vers 9 heom 90 miimtes do maUiif I

luute Tolée, cl, peu après, la Cornélie présentait le Iràvcrsà la frégate anglaise i Ame lia, en même temps que la Vengeance combattait le San-Piorenzo.

LebraveCaro ayant été frappé mortellement, ce fut à Villemandrin, capitaine de la Gornéliey que revint le commande* ment. Il jugea qu'il ne pouvait serrerau feu ses adversaires, excellents voUicrs, et, de plus, apercevant d'autres bâliioents en vue, il ordonna de cesser le feu vers midi et demi.

A bord de la Vengeance 60 hommes furent tués ou blessas: à bord de la Cornélie il n'y en eut que 40, et sur la troisième frégate il n'y en eut que 20.

Nos ennemis, suivant James, eurent 38 hommes hors de combat. Le fils du contre-amiral Nielly, embarqué sur la Cornélie, eut une jambe emportée par un boulet.

Les frégates se retirèrent, après cette affaire, à Tembouchure de la Loire.

La ïeatale, 36; cap, Gaspard.

Cet officier revenait des Antilles et, après avoir relâché au portdu Passage, sur la côte d'Espagne, faisait de nouveau route

vers la France, lorsque, le 48 août 4799, il rencontra la frégate anglaise de premier raiiLz, la Clyde, 38, capitaine Chark- Cunningham, à laquelle il se rendit, après un combat <k deux heures, dans lequel nous eûmes 3i hommes tués ou blessés.

Nos «uiemis eurent, dans cette cîroonstancet une 8upérii>rité d'artillerie incontestable (1 ).

C'est cette même Vestale qui s'était battue contre la Terfh sichore en 1796, avait succombé, fut enlevée par sou eijui-

(1) La Vestale portait 26 canons de .12, 10 de 6, 4 caroDadea

de 30,

Lu Vlyde portait 2S oonons de IS, 4 de 14 caroiiades .de ^1

pag^y puis expédiée de Cadix dans la mer des AotîHes, sous Je commandement du capitaine Tréhouart.

Quelques autres bAtiments furent capturés par les Anglais, qui se trouvèrent tr^s-sup•' i irurs en force.

Ce furent les frégates l'Arothuse, la Décade, la Résistance, la Confiante, et 1i corvettes , brigs ou transports.

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