DE L INDE
Ce (ontre-amiral, nommé commandant en chef de la station des mers de l'Inde, partit de Rochefori le 4 mars 1796, avec une division de 4 Agates et 3 corvettes.
La Forte, W; cap. BeauUeule Loup.
La Régëiiéivc, 3G; c;i|>.
]ji Seine, 38; cap. La Tour.
La Vertu, 38; cap. L'Hermittn.
Li Bonnc-Citoyonm?, ' Labourdonnayo.
La Mutine, cap. Pomiés.
Les instruclLODs du Directoire lui proscrivirent de renvoyer en France les bâtiments de l'ancienne station en se conformant aux ordres du gouverneur de Tile de France, de se rendre directement à destination, sans poursuivre des bâtiments qui l'auraient écarté de sa route, de ruiner le commerce de rAngleterre autant qu'il seiaii en son pouvoir delà luire, et d'éviter les rencontres des bâtiments de guerre de cette nation.
Deux agents du Directoirei le général Magallon, 4 200 hommes de troupes embarquèrent sur les frégates. La Mutine, qui devait rallier la Division, partit de Brest le
7 avril 4796, et un agent de la République balave, chargé
d'âne importante mission, y prît passage pour se rendre à
Java.
Nos iiiarins furent assaillis par des coiijis de vent dans le golfe de Gascogne, où la Gitoyeaae lut amariaée par le contre-amiral Stopford.
La Mutine démâta de ses deux mâts de hune, dans une violente rafale de sud-est, et Pomiés se trouva dans robligation de se réfugier au Ferrol, puis à Sainte-Croix de Ténéri fie, port neutre, où, contre les lois de l iionncur, il fut attaqué au milieu d'une nuit obscure par les canots armés en guerre de deux frégates anglaises.
Nos ennemis, suivant leur coutume, débutèrent par une décharge de mousqueterie, assaillirent le bâtiment, coupèrent le cable , larguèrent les voiles et cinglèrent vers le large.
Pomiés se trouvait à terre sur le môle, en compagnie de l'agent batave son passager, et ne put obtenir des Espagnols une chaloupe pour regagner son bord. 30 hommes de l'équipage étaient é^lement absents, et ce furent ces marins qui, l'année suivante, conUibuèrent d'une façon efficace à la défense de la ville, quand Nelson vint l'attaquer et reçut un sanglant échec. Des équii)ugesdc corsaires prêtèrent aussi main-forte, et ces braves ollrirent ainsi la vengeance la plus éclatante aux mânes de leurs infortunés camarades surpris et massacrés sur une rade neutre, où ils se croyaient en sûreté.
De Sercey relâcha dans ce même port de Sainte-Croix pour attendre la Vénus, dont le départ avait eu lieu après celui des autres frégates.
La Division, après une heureuse traversée, atteignit Port- Louis avec trois bâtiments marchands capturés sur le banc des Aiguilles.
Ce fut à grande peine que la corvette anglaise le Sphinx
put échapper, dans ces para^^cs, a nos bons voiliers, et nos enncuris durent jeter par-dessus le bord leurs ancres, leurs chaînes, leurs canons, leurs chaloupes.
De Sercey trouva, dans le port, à son arrivée, les frégates la Prudente, capitaine Hagon; la Gybèle, capitaine Tréhouart. Il s'occupa d» réparer, d'approvisionner ses bâtiments, afin
ô'Hre en mesure de commencer ses croisières dans le plus
bref délai.
Les agents du Directoire fiacoel Burnel, embarqués sur la Porte, éUnl descendus à terre avec une escorie d'honneur de 500 hommes, reçurent d*abord od trèfrèon accneU. On lira pour eux un salut de 21 coupe de oanon ; ils oe rendirent, en
t^rando pompe, dans la salle des séances de rassemblée coloniale. Mais, d^s qu'on apprit qu'ils avau nt missioti de proclamer I abolition de l'esclavage, d orageux débats s'élevèrent, et, par crainte des guerres civiles qui avaient fait de Saint-Domingae un théâtre d'horreur, on prit la grave résolution de les éloigner de nie. La milice força la garde de leur hAtel, on 8*empara de leurs personnes, on les eonduisît sous biinne escorU' à bord de la corvette le Mcuneau, dont le capitaine lut soiuniéde les conduire à Batavia.
C'est ainsi que Baco et Burnel furent econduits.
On raconie qu'en mer ils montèrent sur le peut en grande ternie, donnant Tordre au capitaine de les rapatrier, et ce dernier, accédant à leurs désirs, les conduisit à bon port i Rochefort.
Le Diret toire félicits les marine du Moineau de leur belle conduite à l'égard de ses aeents.
Quant à l'amiral, il garda une stride neutralité dans cette affaire.
PREMIÈRE CROISIÈRE OE Là RIVISIOH.
De Sercey ayant repris la mer le 15 juillet 4796, avec sa division composée de 6 frégates, se rendit à la Héunion pour y prendre des vivres frais, avant d'aller croiser dans le golfe du Bengale.
11 cx)mmit la fefite d'expédier en connaissance art corsaire,
car la frégate la Carybforl i amarina, et ce fait donna 1 éveil aux Anglais.
Dans la journée du U auùt, en vue de Tiie de Geylan, uo6
marfaift s'^mperèrent de 4 bâtimentè marebiinds. De Sercey
passa devant Pondichér^-, traversa le golfe du Bengale, et se rendit à Achem, d'où il détacha la Prudente et la RégéDéréc pour explorer les côtes de l ile de Sumatra.
Pendant ces diverses croisières, on captura plusieurs bâtiments, dont un vaisseau de compagnie chargé d'une quantité considérable de riz et de 60 pipes de rhum.
Les frégates détachées lalUèrent sans tarder.
Le 9 septembre 4795, on se trouvait à 8 lieues dans l'est de nie Pedro, les vents variables de l'ouest, quand, dès l'aube, les vigieâ sigoalèrent, dans le nord-est, 2 vaisseaux de haut bord (1).
L'amiral ordonna d'abord à ses capitaines de chasser en ligne de convoi; mais, quand il eut acquis l'assurance qu'il avait devant lui des vaisseaux de ligne, il prit chasse, en forçant de voiles, vers la pointe Pedro.
Nous avons vu que ses instructions lui enjoignaient d'éviter la rencontre des bàlinuMits de guerre, h moins que la supériorité de ses forces ne fût évidente, pour que les frégates conservées en bon état pussent courir sus aux vaisseaux de la compagnie. 11 faut déplorer l'effet moral, surles.équipages, d'instructions conçues dans un tel esprit. C'était jeter d'à» vance le découragèment dans les cœurs, et, dans cette circonstance en particulier, nos G frégates auraient dû prendre 1 olTefJsive contre 2 vaisseaux. Les chances eussent été belles, et, si la victoire eût couronné nos efforts, sous quels brillants auspices se fût ouverte la campagne! 11 en fut autement. Pour débuter dans leurs longues croisières, les derniers des matelots virent sans doute avec étonnement que l'amiral prenait chasse devant des forces peu redoutables.
Les capiliiines anclais, dit James, se concertèrent, et prenant lu reboluliui] de tuinhattre, ils forci'renl de voiles f>our se rapprocher de nos frégates qui fuyaieul en ligue de ba-
(1) Nos eoneiiiiB avaient à oalte époque, dans m nm, S valtiaaiut
ie 74, 2 de 50, 2 f)régates, 5 corvettes : de plus, la station du cap de Boiirii'-Espéraoce se composait d*un vaisseau de 74, de 4 vaisseaux de 04, d un vaisseau de 50, de 3 frégates ou corvettes. (William James.)
taiUe. Vers 8 heures du soir, Us étaient près de notre serrefiloy les feux allumés, les pavillons haut. On cbangetdV mures parce que la terre n'était pas éloignée ; la nuit se passa
va observations.
COMBAT DE MADRÂS.
Dans la matinée du 40 septembre 1796, nos fiiég^tes coururent bâbord amures en ligne de bataille, et les vaisseaux
QFi^'Iais sur le même bord se trouvaient un peu au vent.
De Sn cey donna l'ordre de virer de bord, vent devant, par un niouveiiîciit successif, de sorte que, lorsque chacun se fut conformé au signal, nos frégates, en ordre renversé, défilèrent à contre-bord des vaisseaux ennemis, qui continuèrent pendant quelque temps leurs bordées. Lorsque ces derniers eurent viré à leur tour, voici quelle fut la position de chaque bâtiment (i) :
La Vertu, 3S; cap. L*Hennitte.
La Beine, 38; cap. La Tour.
La Forte, 40; cap. Beaulieu le Loup.
La Cybële, 32 ; cap. Tréhouart.
La Prudente, 32; cap. Magon.
La Régénérée, 32 ; cap. Willaumez.
Le Victorious, 80; c William Glarkes.
L'Arrogant, 74; cap.
Richard Lucaa.
Dès que les Anglais eurent dépassé la Vertu, ï Arrogant, laissant porter, passa sur son avant et lui envoya une volée d'enfilade; en même temps le Victeriom^ se maintenant au
vent, foudroya noire frégnte de très-près.
Garneray ra( t»iiie que la liirnc fut rompue en ce moiiteiit, mais que le eontre-amiral ayant signalé à tous ses capitaines de virer vent devant, pour aller au secours de son arrièregarde, l'action ne tarda pas à devenir générale.
Elle dura pendant toute la matinée, et ce ne fut même que
(!) Los Anglais étaient au vent, les amures à .l>tti>ord; la Vertu était eu scrre-Ulo.
iF«rs éem heures de l'après-midi que le féo ém AngMs fit!-
blil sensiblement. Dès lors, nos matelots commencèrent à pousser des cris de victoire, et rien a avait été beau, dit-on, coaune la résistance de la YerUi qui, réduite à un déplorable étai| n'eo avait pas moins continué son féo avec autant de vigueur qu'au début de l'action.
Vers 3 heures, le ventfeiblît tellement, que, pour se maintenir en bonne position, les capitaines durent faire jouer les avirons de galère. Malheureusement la Prudente et la Régénérée ne purent donner d'une manière efficace^ en sorte que les Anglais, après avoir échangé des signaux, laissèrent arriver, se couvrirent de voiles et s'éloignèrent.
Un immense hourra de joie retentit dans nos batteries, dit Garneray, et nous pûmes croire que les 2 vaibâeaux étaient à nous.
Ge fut L'Hermitte qui signala la joyeuse nouvelle eu faisant connaître qu'il était prêt à poursuivre l'ennemi; les autres capitaines hissèrent les mêmes signaux, et l'on u'atteodait plus que l'ordre du commandant en chef, lorsqu'à la conster^
nation générale il dunna rordre de ralliement.
Garucray ajoute qu'il fallut aux matelots louLle respect que leur inspirait M. de Sercey, toute la force de la discipline, pour les empêcher de manifester hautement, énergiquement le profond et douloureux désappointement que leur causa la mesure qu'il prenait.
Le Victor tous jCaLiioimé en poupe et prenant beaucoup d'eau, ne sortit qu avec peine d'une position très-critique, grâce à un léger souffle de vent qui se leva vers midL
De Sercey assure, dans son rapport, que ce vaisseau eût été amariné, si la Prudente et la Hégénérée avaient pu donner.
11 ne voulut pas poursuivre les ennemis, parce que ces derniers jwuvaient gagner le port de Poulo-Pinang dans la journée, tandis que lui n'avait pas un seul point de relâche.
£n donnant des éloges à ses officiers et marins, il cita par* ticulièrement l'enseigne de vaisseau Fourré, qui perdit un bras en commandant la manoeuvre. Nos pertes, assez sensibles» se répartirent ainsi :
U Verio, f4 homoMS hors de combat; la Seine, 63; la
Forte, §3; la Cybùle, 47; la Prudente, 12; total, W tuée,
Wos ennemis, d après James, eurent 24 tués, 8? blessés. Le caiHtaine La Tour fut tué sur bod banc da quart. Les chiffres précédents sont donnés par Janos; naos les reproduisons, parce que mms n*avoiis pu noua procurer
d'autres nMiseigncnienls, mais nous pensons qu'ils sool trèsexagérés (liin> un >t'ns comme daiib 1 autre.
Après ce combat, de Sercey relâcha pendant (jain?:e jour^ à l'ile du Roy, près de Merguy, puis il traversa de nouveau le golfe du Bengale, passa devant Tringnemale et jeta l'ancre à Batavia, dans la journée du 45 décembre 4796 (4).
11 y prit des vivres, de l'eau, des rechanges de toutes sortes, obtint de la Régence ime somme d'un million de fraucs, en échange des bâtiments qu il avait amarinés, et se servit de cet argent pour expédier dans dos colonies» par des bâtiments neutres, dn ris, des agrès, des approvisionnements.
Enfin, après m séjour de deux moîa devant Batavia, il reprit la mer et fit «neheareuse entrée à P«rt44)iii8» le 7 mais
Il y trouva la Freneuse de 36, et la corvette la Rrùlegueule qui revenait de croiser sur les cAies de Muzaiiibique.
Le capitaine Marqués | qui commandait la première et avait capturé un navire diargé de vin de Madère et de 480000 piastreai s'était permis de partager immédiatemeot ces fonds entre tousses marins; de Sercey le destitua poar cet acte illégal, puis ultérieurement, picnaDt tu t >Il^i^itMation que cet officier n'avait pas eu connai5>ance d une convention en vertu de laquelle la moitié de la valeur des prises devait revenir à l'administration de la colonie, il le remit eo possession de son commandement, parce qu'il le savait trèsbon officier.
11 recommanda paiùcuiièremcnt au ministre le capitaine Trébouart.
(if De Serct'N , dans .ses l apiJorls, prodigua lus éloges les yiuè ritéa à son ctiirurgicQ-major Tlivainl.
OIYSam AUTRES CROISi£R£S«
A cette époque, les habitants de la colonie élaîciit trîs di visés. Un parti puissant, appuyé par les nnlilaires et marins, reprochait à l'assemblée coloniale le renvoi des agents du Uirecloiro ; si bien qu'on chercha , par tous les moyens posstblesy à se débarrasser des turbulents.
La Oybèle fut expédiée en France; deux autres frégates piinMit le lar^c pour croiser et poursuivre les baUUicnls do 1 eiineuii.
Le contre-amiral lui-inéiue fut pressé de partir, et, comme il craignait une tentative des Anglais sur File, îl se rendit^ avec les frégates la Forte et la Vertu (I) , au mouillage des Seychelles, d*oii il expédia la Seine et la Vertu à Batavia
avec 300 honnnos de troupe que le gouverneur i^eiiéral de cette coltiiiic iivaii demandés.
Régénérée se rendit sur les cotes de Malabar pour sauver l'équipage d'un corsaire français naufragé, et la Brûle- Gueule fit route pour le golfe de Bengale, afin de connaître les OMmveine&ts des ennemis.
Lorscfue l'amiral opéra son retour à Port-Louis le 20 septembre 1797, avec la Forte, i^ui kiiuit sou pavillon, la Preneuse, la Brùlc-Gueulô, il retrouva sur rade la Prudente et la fiôgénérée
Quant aux deux frégates qui avaient foii le voyage de Batavia, elles apportèrent de cette ville beaucoup de vivras^ mais point de prises, parce qu'elles n'avaient pas croisé en
raison de leurs malades.
Les marins et soldats devenant le prétexte de nouvel h ^ plaintes , l'assemblée coloniale insista de uouveausur le renvoi (16 ceux qui inquiétaient les colons par leurs menées. £n vain Pamiral représenta que Tile ne pouvait rester sans
(t) Les deux fr/*jfates partie» en croisuîr'' lit^vaifiit rejoiiuire l'ami» ml aux ilub Ô<;ych«iitid il liuuua cumuiy puiui de rL-udez-\ uus.
troupes à la disposition des Anglais; le gouverneur, qui n'était que rinstrument des volontés de Tafifiembiée, lui doQUi Vordre d'éloigner les frégates.
Quant à de Sercey , il prit la résolntion de rester dans l'Ile» i parce que le bruit courut que son remplaçant ne devait pu tarder à arriver de France.
Confiant le cujiiiiiandemonl de la Forte au capitaine liavenel, il l'expédia en croisière sur les côtes de Malabar, et il donna une mission pareille à la Prudente, avec ordre de se raviuiller à Batavia. En même temps il renvoya en France la Régénéré, capitaine Willaumez, et la Vertu, capitaine Ma^un , avec ordre d'escorter deux galions des Ues Philippines. Ces capitaines arrivèrent à bon port à Rochefort a?ec les galions, n'ayant eu qu'un engagement de courte durée contre une frégate anglaise dans la baie de Loss, sur la câle occidentale de l'Afrique.
Si Magon, accusé d*avoir activement participé au renvoi des agents du Directoire , ne fiit pas destitué, ce ne lut qw grâce à ses talents reconnus, à sa bravoure, à la faveur dOBl le vire-amiral Bruix le couvrit.
Knûn de Sercey expédia le capitaine de la Brûle-Gueule pour changer les missions de la Prudente et de la Forte, et fl chargea L'Uermitte, qui commandait la Preneuse, de rapatrier les ambassadeurs de Tippoo-Saheb, qui éuirat vernis deouDder du secours contre les Anglais.
Restait a Pui L Louis la seule frégate iaSeîne, à bord de hquelle le gouverneur ordonna d'embarquer encore 300 soldais, dont il voulait débarrasser la colonie, et qu'il renvoya en France sous le commandement du capitaine Bigot. Nous avons raconté le brillant combat que ces militaires , en ooi»' pagnie des marins, soutinrent contre 3 frégates anglais».
De Sercey, après ces départs successifs, n*avait plus môme un aviso sur lequel il pût faire tlotter son pavillon de co»mandeuient. Il resta à Port-Louis, attendant toujours son successeur.
Dans ses lettres au ministre, il se plaignit amèrement de la façon dont les affiiires de la marine étaient dirigées. Us bôtiments capturés se vendaient généralement fort cher, sios
que les marins en eussent jamais profiU^, alors que l'adminislration trouvait le OK>yen de remplir les caisses de la colonie. On les mettait aux enchères en Tabsence des capteurs quand la piastre valait 500 francs en assignats, puis on ne soldait les hommes que quand cette même piastre valait
3 000 francs en papier-monnaie, de sorte que nos pauvres laalelots recevaient ainsi six fois moins que ce qui leur était dû. De plus, on ne leur paya jamais un mois de solde. Aussi, de Sercey trouvait-il que cétait miracle qu'ils eussent encore bien servi (4).
U demandait que tons les bâtiments eussent le droit de participer également aux parts de prise, afin d'éviter des discussions fâcheuses; il rendait compte que les soldats
• ta ieiU payés régulièrement, alors que les marins ne Tétaient jamais.
Les plaintes légitimes de l'honorable contre-amiral trouvèrent de Tècho à la tribune des assemblées qui représenlaieni la France.
« L'entretien des troupes en garnison dans Tile de « France avait coûté, disait-on, des sommes énormes, qui se « soldaient en traites sur le trésor; on fit ressortir avec élo- « quence les impudentes présomptions de ces colons d outre-
• mer, qui) redevables de tout à la mère patrie, n'avaient « pas même le mérite de mettre à exécution les lois votées. « Les habitants de Tile de Franee avaient armé 42 corsaires* « Ces derniers causèrent un tort de 450 millions au commerce « anglais dans les mers de l'Inde. C oniiiK iit donc la colonie
• rédamaitrelle encore des sommes énormes à Paris? Les adm mioistrateurs auraient dû payer les dettes avec le produit « des prises. Mais non I chacun n'avait pensé qu'à s'enrichir,
4 tout en continuant d'obérer le trésor de la République.» > Le Directoire décréta que les décrets de l'assemblée coloniale de l'ile de France seraient nuls et non avenus.
RcvcFions a nos marins; suivons dans leurs pérégrinations ceux d entre eux qui partirent pour de nouvelles croisières.
(1) Le oapiiaiDe de valatesu Perréo ttt los mèmM réfleiions quand il revint d'Égypte.
f/HrM iiiith^ partit, en avril 4798, avec la Rrcncuâe, pour rapatrier le» ambassadeurs de Tippoo-Saheb.
A la hauteur de Telliu-Cbery, en vue de deux vaisseaux de compagnie, survint tout à coup un orage violent. Le tonnerre brisa le grand mât de hune, S5 matelots furent grièvement blessés , cl même un incendie se déclara par suite du coup de toiinorre.
Après cet accident, notre capitaine ayant alt<iqué les deu\ vaisseaux de compagnie, qui étaient armés de 26 canons de 1 2 chacun, les réiduisit et s'en rendit maître.
Ce fut un début brillant et de grande importanoe , car il y avait là 400 matelots et 500 soldats passagers. L'Hci mittf expédia .-.es deux prises à l'île de Fratice, se débarrassa de ses nombreux prisonniers on les envoyant sur cartel dV*change a Tellil-Ghery, puis, poursuivant sa mission, il dé barqua près de Mangalore les ambassadeurs de Tippoo-Saheb et une centaine de soldats volontaires qui désiraient s'engager au service du nabah. Enfin, se dirigeant sur Batavia, il y jeta Tancre en juin 4798.
J.<i 1 orte et la PrucK iiU^ ne tirent rien de remanjuahle dans le cours de leurs croisières. A bord de la première, une violente insurrection éclata parmi les soldats, qui demandèrent, à grands cris, qu'on les renvoyât en France; et le capitaîoe Ravenel ne rétablit Tordre qu'en donnant les preuves d'une grande énergie. 11 rendit compte à deSercey que l'état de sa santé ne lui permettait pas de continuer ses fonctions , el qu'il avait capturé une dizaine de bâtiments marchands.
L'amiral, à la réception de c^s nouvelles, se hâta de prendre la mer avec la corvette la Brùie-Gueule, qui était revenue de sa croisière et cinglant vers Batavia, dans respéranced'yFal' lier toutes ses frégates, il jeta l'ancre devant cette ville ea juin 4798.
Il y trouva la Preneuse et apprit, avec une grande contrariété, que la Forte et la Prudente étaient reparties pour i ilc de France.
Pendant le séjour de nos marins, à iiatavia, une triste affaire les mit en émoi. L'Hermitte ayant donné ordre de porter, à bord de la Br6le«-Gueule, les drapeaux anglais dont il
était possesseur, depuis son dernier combaly ce transbonlemani des emUèiim qai témoigiiaient de leur victoire iomirrectkiDiia les hommeB de Téquipage. Les olfidere ne rétablirent l'ordre qn'en tombaiitàeDiips de etbfe mr les nratms,
et à la suite de scènes de désordre, un conseil de i^uerre sétant rassemblé, cinq matelots de la Preneuse, déclarés coupables, furent condamnés à mort et fusillés.
De Sercsey fit croiser ses deux bâtiments pendant uq rnoîe, sur les efttes de Bornéo^ afin de ne pas lamaer lea hommes dans rinaetion; puis il donna l'cffdre an capitaine UHermitte de se rendre à Manille poar réparer sa frégate, se ravitailler, lâcher de se joindre aux Espagnols, et coum sus au cunvoi do Chine, lors de son passage ; quant a lui, il s'établit de sa personne à boura-baya.
Nos marins trouvé rent^ dans le port de Manille, le repos dont ils avalMit besoin» après tant de pénibles croisièrss.
Lors<)a'ilfl revinrent, de 8ercey, qui avait en vain compté sur le retour de la Forte et de la Pmdenle, arbora son pavillon à bord de la i'reaeuso, et mit en roule pour I dcde France.
A son arrivée devant cette lie, il trouva des forces ennemies très-supérieures auxquelles il eut le bonheur d'échapper en se réfugiant dans la baie de la rivière Noire, à l'aide . de chaloupes qui lui donnèrent la remorque.
Il embossa ses bâtiments dans une bonne position, débarqua 7 canons de 48, dont il forma une batterie, et tint les Anglais en rosppct pendant vingt jours. Lorsqu'ils s éloignèrent, il gagna le large et jeta 1 ancre à Port-Louis, aux aooUmatioas des habitants.
De graves événements s'étaient passés en son absence. L'assemblée coloniale avait été dissoute; M* le gouverneur
de Maîarctit' a\'ait pi is sous sa responsabilité ic parti (i exj)!'dier en ( ruisière la Forte et la Prudente, dont les ennemis s étaient emparés.
L'amiral écrivit au ministre que, s'il avait été présent au moment de leur départ, il n'eût pas laissé le commandement de la Forte au brave Beauli^u le Loup, parce que Fâgc, les tetigues, les infirmités avaient affaibli ses facultés.
MaUMnreuMmeDi, Mtrqoés, capitaine de la Prudente, était mort» et M* de Malarctic Tavait romplacé par lin simple capi* taine au long coiira, incapable d'exercer de telles fonctions.
Nous devons dire que la Prudente fut cédée au commerce pour être armée en corsaire.
On aura une idée du désordre avec lequel étaient dirigées les diverses branches du service maritime» quand co aaïui que» d'après le rôle du bureau de la ooloniey cette frégate n*avaitque 1 55bomnie8 d'équipage, tandis que 3SS personnes, blancs, mulâtres ou nègres, embarquèrent réellement à bord.
Elle fut prise après un combat peu sérieux dans les parages du cap de BonDe-£q>érance, par le IMaku^ de 32, capitaine Henri Dell» et James assure que nous eûmes 9i bommes tués, SA blessés.
La Forte, avant de tomber au pouvoir des Anglais, opposa, au moinSj une resistanoi qui mérite d'être menliorinee.
Le capitaine Beaulieu le Loup avait déjà capturé doux bâtiments ricbement chargés, dans le golfe du Bengale, lorsque, dans la soirée du S8 juin 4799, les vigies signalèrent une troisième voile qui sembla suspecte. Plusieurs officiers le firent remarquer au capitaine, mais il ne voulut pas y croire; 1^ feux furent éteints dans les batteries, les bommes se couchèrent.
Cependant lo navire s approchait : on orienta bâbord amures au plus près, par une faible brise de sud-est, et peo* dant ce temps l'ennemi vint s'établir à portée de fusil, par la hanche du vent.
Beaulieu le Loup ordonna de commencer le feu, puis le fit cesser, parce que les coups ne fùrent pas rendus :
Tout à coup les Anglais envoyèrent une vnlee entière a doubles projectiles, et le ronibal s'engagea (imudrment. La frégate ennemie, qui n'était autre que la Sibylkf de 38, doublant la nôtre par l'avant, puis s'arrétant par la hanche de tribord, sous le vent| s'y maintint si bien, que nos canonniers purent rarement la découvrir.
Notre batterie des gaillards était incoroplétem^it armée ; dans la baltene basse, 13 pièces seules pouvaient faire feu,
parce que le câble, dool la bittare était coupée par un boulet,
géna le service des pièces de 1 avant. Aussi un désastre était-il imminent.
Beauliea le Loup, ayant été frappé mortellement sur son banc de quart, fut remplacé, vers 2 beurea 40 minutes du malin, par le lieutenant Vigoureux, qui encouragea lea bommes, mais fut tué lui-même.
Le lieutenant Luco, iiiii prit sa place, ne vit pas de meilleur parti à prendre que de faire monter tout ie monde sur le pont, pour manœuvrer de manière à s'éloigner.
Malbeoreuaement, tous les màta tombèrent en ce moment; la frégate, rase comme un ponton, devint inévitablement la proie de nos ennemis, après un combat dans lequel 60 de nos hommes furent lues, 75 blessés, et qui avait duré plus do quatre heures. Les capitaines des prises, qui n'avaient cessé d*observer les deux adversaires, forcèrent de voiles pour s'éloigner, quand ils se doutèrent du dénoùment, et arri^ vèrent tous deux à bon port (4 ),
Plusieurs causes, les unes fùtiles, les autres sérieuses, sont énumérées dans le procès- verbal du combat, pour expli* quer la défaite.
11 paraît que Beaulieu le Loup avait ordonné, peu de jours avant le combat, à ses canonniers, de diminuer les coussins, parce qu'on lui avait assuré que tous les coups portaient trop bas» et on les diminua peut-être trop sans les essayer avant le combat. En effet, nos coups portèrent si haut, que la frégate anglaise ne reçut que 4 boulets dans sa coque, tandis qu'en revanche son gréemenl fut haché.
On assure aussi que des altercations vives s'élevaient sou* vent entre Beaulieu le Loup et son second, lequel quitta ses arrêts, le jour même du combat.
Enfin le réle de combat n'avait pas été mis à jour, depuis l'amarinage des prises ; les fanaux s'éteignirent ; la poudre
(1) La Forte portait 28 canons de 24, 14 de 8, 4 caronades de 36. La Sibylle portait 26 canons de 18, 6 de 9, 14 caronades de S2. Le capitaine Cork, qui commandait la Sibylle, rtit tué.
se trouva irès-tramide ; la boisson manqua pour les hommes qui se battirent pendant quatre heures.
Il parait que Ravenel, l'ancien commandant de la Fort^, »iui tniilla la fr(^<rate pour des raisons de santé, reeuniin uKla chaleureusement, à M. d»» Malarctic, d'expédier les deux ivcgâtes à Batavia, aux ordres de l'amiral; que le gouverneur avait donné sa parole d'honneur à oe dernier qu'il les loi expédierait; que même il avait pris des engagemenls avec la Régence de Java, de sorte qu'il eut incontestablement le plas grand tort, en les envoyant en (Toisière, et que m(^me on peut lui reprocher la perte dos deux lueilleures frégates de la station.
De Sercey rendit compte au ministre qu'il ne lui restait plus que la Brùle-Oueule et la Preneuse; qu'il était enchamé de leurs équipages, et qu'il «tvait à se louer, tout particulièrement, des capitaines L*Hermitte, Bruneau la Jonchai etMau-
sin, auquel il dev.Til donner le commandement de la Forte s'il I eût trouvée n son relour.
L llermitte reprit la mer, le 2 septembre 4797, avec la mission de porter des secours aux ooIods hollandais de Graap- Reynet, et de croiser au cap de Bonne-Espérance.
Un soir, ayant mis en panne devint labaied'Algoa, où les Anglais possédaient des établissements, et qu'il savait être un lieu de relâche pour les baleiniers, il aperçut 5bàUmeQts au mou il la ^^e.
Nos marins, surpris par le calme devant cette baie d'Al* goa, se trouvaient dans une situation critique, et Ton raconte que, dans cette circonstance, L*Hermit!e, croyant devoir tenir
un conseil, nppeln, sur le gaillard d'arrière, les hommes de
tous les grades désignés par le règlement. Ils se réunirent dans la salle de la dunette, dite sille du conseil, et là, après une délibération longue et aounce dans laquelle les avis furent longtemps partagés, on déoida qu'on continuerait à se diriger vers le mouillage en se déguisant, autant que possible, on bâtiment marchand.
A cet effet, les canons furent halés en dedans, les sabords fermés, le pavillon suédois bissé à la poupe.
Le capitaine Allemand consulta égalemeni ses officiers réunis en conseil avant de donner dans la baie de Bull, sur
les c6tes do Labrador ; on sait que les capitaines de commerce consullent également le.^ principaux de î'équipapi*, ronfuniKMiicnt auv prescription? du ' Mie Napoléon. 11 nous souvient que, dans notre jeuue Iciupâ, nous trouvant nous les ordres d'un vieil officier, nous avons vu suivre les mômes errements, mais nous tenons à constater que cette coutume, bonne ou mauvaise peut-être, mais respectable parce qu'elle vient de nos p^res, tend à disparaître. N'est-il pas Mai, pi)uilant, qu il peut en r(^sulter un ijrnnd bien, (juc la confiance s'établit, que les moins expérimenU^s trouvent ainsi une occasion de s iostruire, que le sentiment de la discipline ne peut que s affermir, et que les résolutions, une fois prises, suivant une volonté souveraine, le commandant peut communiquer à ses officiers ses ordres les plus minutieux ?
Napoleoii el Nelson, qui tr()U\>rent chez leurs subordonnés un aveugle devoueuicnt, manquaient rarement de réunir en , c(mseil de guerre leurs lieutenants.
L Hermitte, ayant pris la résolution d'entrer en baie, y jeta Tancre vers 7 heures du soir.
Une goëlette passa près de la Preneuse un peu plus tard, en se diri;^eanl vers le fond do la baie, et hiefïtùl i on pensa qu elle avait donné Téveil h nos ennemis. En effet, vers 9 heures, un canot accosta la ïrégate, puis s éloigna rapidement (]uand ceux qui le montaient reconnurent qu'ils avaient affaire à des Français.
Nos marins firent le branle-bas de combat et se couchèrent à leurs postes. Bientôt le fond de la beîe s'illumina de feux, un éclair brilla, puis un boulot passa au-dessus de la Preneuse.
L'Uermitte bondit dur son banc de quart, et le combats engagea chaudement.
Les Anglais remplacèrent leur pavillon par des fanaux sus*pendus à la corne.
Vers minuit, un den bâtiments mouillés pr^s de la Preneuse amena, et L iiei uiitte donnait des ordres pour l amari-
ner, quand une corvette anglaise qui ae trouvait à petila distance lui envoya dea bouleta pour le forcer à oontettra
encore. Peu aprës, par l'effet d une saule de vent, cette corveiie tomba pî! travers sur 1 avant de notre frégate, qu'elle put canonner en eoûiade*
L'Uemutte pensa que le combat pouvait avoir des suites funestes contre un ennemi dont il ne pouvait apprécier la force ; un boulet avait déjà coupé l'embossure, le gréement était haché; 40 hommes étaient tués ou blessés, et il jugea prudent d'appareiller ses voiles p'>ur s'éloigiier et eagner le large. Le combat avait duré six heures sans interruption, on avait tiré 4 200 coups de canon.
Il y avait dans la baie, d'après James ;