CHAPITRE IV
DiTISiONS LtGÈltES. — CROISIÈRES. — COMBATS PAiiTlCtLlliHS.
La Failas, 38; cap. Jacques Epron.
Ce capitaine, parti de Gancale dans 1t nuit du 8 au i
vrier 4801, se trouvait par le Uaver» d"F>rciui , quai»d les vigies sig:nalèrent, dans le nord-ouest, deux bâtiments qui couraient bâbord amures, par une jolie brise de sud -es t. C'étaient les <:onrettes Pairy et Harpy qui s'étaient approchées de la côte en reconnaissance.
Les ennemis, en apercevant notre frégate, virèrent de bord et cinglèrent au nord-ouest.
Epron, faisant ses préparatifs de combat, se couvrit de voiles pour h ui donner la chasse, les rejoignit et les canonna pendant une heure.
Bans l*aprèfr4nidi» comme les vents passèrent an sud» oneat, et qu'on aperçai trois grands bâtiments de gaerre dans le nord-est, notre capitaine se bâta de courir vers la terre de France, abandonnant les deux corveltee qu'il considérait déjà comme une proii^ assurru. Les bâtiments en vue n'étaient autres que les frégates la Loire, h Ihivae Pt !a corvette le Bailleur^ qui chassèrent la PailaS| toutes voiles dehors.
La brise faiblit ; fipron, après avoir vainement essayé de doubler les Septriles, ee vil obligé d'accepter une lutte sanglante contre un ennemi si supérieur en forées, qu'après un cotiibaL dans lequel nous eûmes 40 hommes tués ou blessés, ii be vit dans la dure nécessité d ameuersou pavillon.
— 5ti —
Ce capitaine fut honorablement acquitté par le conseil de gnerre qui le jugea.
Les Anglais perdirent le même nombre d'hommes que
nous.
Cette rencontre eut Heu le 4 février 4800.
La frégate la Désiréa.
Il y avait dans le port de Duiikerque une division de 4 frégates : la Poursuivante , Tïncorruptiblo, la Carmagnole, la Désirée, qui étaient bloquées depuis longtemps et qui furent attaquées, dans la nuit du 7 juillet 4800 , par plusieurs bâtiments ennemis, la corvette le Ihrk^ capitaine Patrick Camp . bell, a canonnières, 4 bombardes et plusieurs chaloupes os canots armés en guerre.
Voici comment James raconte cette affaire :
Ou héla les Anglais, dit-il, de la frég^ite la Désirée :
— « D'où venez-vous? » —
— « Nous venons de Bordeaux* » —
— « Quels sont les bâtiments qui viennent après vou^ *~ « Je ne sais pas. • —
Peu après, le Dark aborda la Désirée. Les ennemis saatèrent résolûment sur son pont, et s'en rendirent mai ires. Le$ capitaines des autres frégates coupèrent leurs cables sous It feu des Anglais, cinglèrent hors de la rade et h'7 rentrèrent que dans la journée du lendemain.
Il ressortit d*uoe enquête qui fut ouverte, après cette triste afibire, qu'à bord de la Désirée les canons étaient chargés, mais non amorcés, que les AnL;luis envahireiU le pont, qu'aucune disjiûsition n avait été prise, que tous les hommes oe montèrent pas au son de la cloche.
Le capitaine fut tué, le lieutenant blessé) Ce dernier, a^fant demandé, dit-on, s'il follait couper le céble, le capitaine lui aurait répondu : • Non; > et roU raconte que, perdant b téte, il s'écriait, en désespéré :
— « Que faire, que fane / » —
Le toig le Cerbère, cap. Ménage.
Ce brig, mouillé en rade de Lorieat, près de Port-Louis, fut attaqué, pendant une nuit sombre, par les canota de l'escadre de sîrâdoiianl Pellew.
Nos ennemis, suivant leur baUtnde^ âccoslèrent par les
hanchcb, en criant :
— « Hourra! hourra! » —
£t les marins, surpris, ne purent opposer qu une vaine ré* sistaooe. L'enseigne Ménage, qai oommandaiti et les antres officiers forent blessés.
La canenniére la CbiHbnne, cap. Le Sage.
LesAnglaîs, qui ùtaîent maîtres de l'île Saint-Marcouff, résolurent d'eulever, pendant la nuit, cette canonnière qui était mouillée près du village d'Issigny, et dans la nuit du 47 janvier 4801 , vers 40 heures dn soir, huit grandes péniches portant 900 honunes s'avancèrent pour mettre ce plan à exécution.
Le temps était calme. Nos ennemis avaient garni leurs avirons d'étoupe, et on ne les entendit venir que quand ils furent proches. L'enseigne de quart Marion prit rapidement les dernièree diq^sitions pour le combat, et Ton se trouva prél fort hmeafleamt.
On dit qu'il héla lui-même :
« — Oh du canot, où alle2^vous? »
Les Anglais répondirent :
• — A bord de la canonnière. »
Et rUstorien James raconte que l'un de ses compatriotes eut l'impudence d'ajouter :
« — Nous sommes républicains. »
Marion cria : • Mouille. »
Et comme les Anglais firent deux décharges de mousqneterie, il répondit inmiédiatement par deux coups de canon chargés à mitraille. Les canots s'engagèrent dans les amarres
de poste à tribord. On leur tira deux sBlres coupe de canoi
ijui lireiil leur effet, car des gémissements succédèreaUiu hourras.
La ChiûûDoe éuii ipunie de ses filets d abordage, et une latte corps à coipe s'engegee pour ne pas dum mollis d'as heure et demie. Il parait qu'une décbaiga à Imi portai coula Tune des péniches, atteignit moptellement tous tm
qui s'y IrouvaieiiL, et décida les Anglais à battre en retraite On se battit à coups de sabres, de piques, de haches, Je
pistolets, et Ton assure que Le Sage, quoique ayant eaii
poitrioe traversée par une halloi n*en resta fm moins aarle
pont pour encourager ses hommes. Le lieutenant Bernier, trois fois Uessé, rçsta de même àM
poste.
L'enseigne Marion, l'aspirant Langevin, le second maître Paimpané, le quartier-maitre Le Parc, les matelots Guillein«o, ft*étot, Lando, Bertauti Guérin, Hédoux, Vautter, LehloBÉ, se disUnguèient partteulièFament. Le chirurgien -Vén^ l'agent comptable Gamier chargèrent contkmallement des fusils et des pistolets pour ceux qui combattaient.
En somaie, nos marins taillèrent une rude besogne, ctr, quoiqu'ils ne fussent que 26 présents à bord, 57 Anglais furent tuéa ou blessés. .
Vers 4 heure du mstini un peu après la fin da combil,li garde nationale dlssigny aooounit au pas de course sur h plage.
C'est ici qu on peut placer cette réflexion de Voltairejï propos de notre marine :
€ — Pourquoi donC| dit ce grand écrivain, les Angliii m nous ont-ils tovyours battus sur mer depuis ploaiflais « siècles, puisqu'il est avéré que, de Dunkerque à Bayonoe, « il est une race d'hommes d'\in travail infatigable, iespre- « miers marins et les premiers soldats du monde. »
La Dédaigneuse, cap. Prévost-Lacroix.
Ce capitaine, parti de l'Ile d'Aix, le 20 novembre 4800,
pour porter à la Guyane des déportés politiques, jeta l'ancre devant Cayenne, le 19 décembre 4800. Après dix jours de relâche, ayant reçu Tordire de se reixire àSinnamary, il ren« contra la frégate anglaifle la Thamar, qui Tavait poursuivi la vaille, et un grand lirig de guerre. Ne voyant rien de mieux èlrire, il manœuvra posr revenir à Cayenne, lorsque, malheureusement, la Dédaigneuse fit des avaries graves. La ?uibrepritdu jeu, lesjuLlereaux de bâbord cédèrent, le beaupré oe tenait plus, et I^évost-L^croix prit la résolution de cingler immédiatement vers la Fïanoe*
La â7. janvier 1804 , les vigies aperçurent une frégate ennemie qu'il fût impossible de dérouter, malgré toutes les mesures prises pour augmenter ]e village.
Le 28 janvier au matin, nos marins se trouvaient poursuivis par six frégates aDgiaiseSi et celles-ci gagnèrent si bien que, dans la nuit, le Sirius se trouvait par le travers, tandis 9^eïOi9eau, VÀmethffitj VImmrUMté se rapprochaient rapidement.
Prévost-Lacroix ordonna de commencer le feu, qui ne tarda ji.is à devenir très- vif de part et d'autre. Au bout de quelque temps, atteint par un biscaïen à la poitrine, il remit le coni« mandement à son second. Le combat n'en continua pas moins ichamé; le pavillon ne fut amené qu'à S heures du matin.
Piévosl*tacrmx dit; dans son rapport, que Victor HugheS| gouvemeor de la Guyane, Savait envoyé à SInnarmary pour y prendre quelques prêtres, ce qui était d'autant inopportun qu il eût pu les embarquer à Cayenne. L^s Anglais, devenus maîtres de ces prêtres paasageiSi les débarquèrent ultérieu* nmeot à Mm^laix.
La Chamtta, cap» caMsaériau.
Cette corvette était mouillée dans la baie de Gamaret, et on canot que montaient S hommes et un aspirant se tenait
ordinairement, chaque nuit, en grande garde, à peu de
distance.
Nos ennemis ayant entrepria de l'enlever, trois frégates de
rarmée du vice-amirol Gorawallis yinreat jeter Vm» à ]'<Nie8t de la bafe.
Dans la nuit du 20 juillet 1804, plusieurs canota partirai, sou> la diiecliun du lieutenant Lozach, pour faire cette exp^ dition, mais ils se dispersèrent, les uns revinrent du côté da frégates, les autres restèrent à rentrée de la baie, de sorte que la partie dut être remise au leodemaio.
Le lieutenant Lozacb partisane deuxième fois, yers 9hflOKs du soir, avec 45 canots qui portaient 280 hommes. Ii nuit i tait noire, le temps brumeux, et la lune devait secottcher vers minuit. En ce moment, le quart venait d'être relevé à bord de la corvette.
L'aspirant de garde dans le canot héla les ennemis, àks qu'il les aperçut, et, comme ils se trouvaient raiqpnK:lié8,il« replia rapidement vers le rivage qu'il atteignit, sans avdr combattu, poursuivi par plusieurs canots.
Les Anglais, suivant leur liabiludc, envahirent le pont 4e la Chevrette, en poussant des hourras, puis se partagèrent la besogne ; les uns montèrent pour larguer les voiles, tandis que d'autres coupèrent les câbles ou se portèrent à la larre du gouvernail.
Ceux qui ne s'occupèrent pas de ces détaito se battiiMt contre nos hommes, et la lutte fut longue et sanglante. Gène fut qu'après plusieurs heures que la résistance cessa, quifld les nôtres virent, non sans étonnement, que la Chevrette cioglaît vent arrière au large.
Le capitaine Ghassériaux monté l'un des premiers, dès qtr les cris d'alarme eurent été poussés par les sentinelles, U tué, en combattant sur le gaillard d'arrière. Le maître k quart Steetz continua de se défendre, malgré une blessmen bras, et ne cessa que quand sou bras gauche eut été coapé d'un coup de hache. Le capitaine d'armes tua, dit-on, sept Anglais, reçut onze blessures et ne se rendit que quand forces furent épuisées par la perte de son sang ; un aspinoi en punition dans la grande hune se défendit à coups d'épisWi et les Anglais, s'en étant rendus maîtres, l'attachèrent i we manœuvre et le firent descendre sur le pont. Les ofSdende troupes Baron, Chesnau se défendirent aussi vaillaoïoieot.
En somme, sur un effectif de 4T7 hommes d'équipage et de iâO passagers, nous perdioies 3 officiers, 3 aspiraais, 1 lieu* leiuuQt de troupes, 86 soldats ou marios ; de plus, 6S bommes inreDl blessés, tandis que les Anglais, suiyant James, o'eamt que 69 honuDes tués ou blessés.
Ce fut, comme on le voit, une affaire grave et sanglante.
Une enquête sévère fut ouverte pour rechercher toutes les causes d'une défaite difficile à evpliiiuer, puisqiîi^ nous avions la supériorité du nombre, et le conseil de guerre, après avoir jugé ceux qae Von aocusaii de s'être battus mollement, condauBnèrent deux enaeigues et le chef de timonerie.
Les deux premiers teent cassés et dégradés* Le troisième reçut la bouline.
Les enseignes déclarés coupables donnèrent les raisons pour 11 squeiles ils s'étaient abstenus pendant la lutte. L'un n'avait pas eu, disait-il, un poste de combat ; l'autre, le plus ancien des officiers dn boni, ne voulut pas paraître sur le pont, parce que le capitaine, contrairement aux règlements, ne lut ayant pas confié les fonctions de second, il avait été blessé dans son an^our-propre.
Les infortunés oublièrent que l'honneur leur commandait, en toutes circonstances, de verser leur sa nu pour le pavillon de la France, et ils en lurent punis par une condamnation.
Deox antres enseignes, un lieutenant de tnmpe forent déchargés des aocnsations qn'on avait fût peser sur eux (1).
Les premiers s'étaient, de parti pris, abstenus de toute participation à la lutte el s'étaient tenus dans le carré, pour le service des blessés.
Les capitaines Guéguen et Boiee.
Guéguen rendit d'éminents services» pendant la durée de la guerre, en protégeant avec habileté les convois de caboteurs
qui longeaient jusqu a Bi csl la côte nord de Bretagne.
(1) On mura que 70 bommes fiirent tués ou blessés. Abisi James oiagèrs eacoral
5rs ^
. Né à Tile de Bas, pratique expert des parages qu il fréquentait depuis son enfance, il s'acquitta de ses fcmoûofisde convoyeur avec un rare talent.
Le 1" septembre 4SÛÛ, s étant réfugié daus la baie deloquirec avec son convoiy la corveUe la Proleetrioe, qtt*il ooomandait, et la Salamandre, oapiuiiie Cooaeîl, il ae faattiibnvemeni contre deta corvattea anglalaea qui ftnireat fa prendre le large.
Le capitaine de vaisseau Bozec rendit des se i \ ices du méiM genre, en protégeant les convois de Nantes a Brest. Le ministre lui aoGonla un secours de 6 000 francs, en raison de ses booa services et pour venir en aide à sa nombreuse faaiiik.
Les Drégates la Bravonret la Garrère» le Suocis.
A repoqueoù le général Wattrin investissait Porto-Ferrajo, capitole de Tile d'£lbe, ces trois frégates bloquaientrUeixiiir coopérer au siège.
Le l** août 4801) sir John BorlaseWanren ayant put I
rhorison avec son escadre de 7 vaisseaux, 2 frégates^ obligea, comme on le pense bien, nos capitaines à quitter ces parages pour se réfugier dans le port de Legorn.
Nos ennemis, désirant faire cesser l'investissemeot de U ville» débarquèrent» peu après, 3000 hommes qui InrrènH bataille à nos soldats ; mais ceuxHsi les accueillirent avec 11» telle intrépidité et soutinrent, pendant six heures, un cwBbrt si acharné, qu'ils forcèrent les Anglais à la retraite.
Bien plus, 1 200 d'entre eux furent tués, blessés ou noyés î 7 canots furent coulés, trois enlevés par nos soldats.
Cette éclatante victoire eut pour contre-partie les rêver» qu'il nous reste à raconter.
Morel-Beaulleu» qui commandait la Carrère, ayant portéd» approvisionnements au général Wattrîn, revenait a[wè«tv«ir accompli cette impui taule mission, quand il aperçut, dans te nord-ouest, quatre era iids bâtiments. Les vents étaient ouest; U frégate cinglait au nord, toutes voiles dehors. On n'était plu' qu'à trois heures de LongonOi et Ton pouvait espérer dat-
fteiodrtiGe por^ quand» malheareusement, ie vent moUit, puis pma au nord.
Lea bàlimenla du convoi^ qiû avaient 4e Tavanee sur la Garrère, eurent le temps d'arriver, mais les «snemis se rap-
prochèrcnL si rapidement de la frégate^ que nos marins commencèrent ie feu, vers 7 heures du soir, contre la PomonSf qoî se tenait h petite distance. On dit qu'ils se battirent avec enthoosiasmei que les cris de
« — Vive la République! • retentirent dans la batterie.
Du reste» vers 8 heures 15 minutes, la frégate anglaise (ut démâtée de son grand mât de hune^
Peu après» Morel-Beaulieu» renversé de son ixinc de quart par un biscaTen qui l'atteignit à la tétCi dut rendre le commandement au citoyen Malingre, par rintennédiaire de l'enseigne Duburquois.
Bientôt, deux autres frt^gates, le Phœnix, la Perle^ ayant pris part à la lutte, les nôtres, encore une fois écrasés par des forces triples, durent se rendre. Le pavillon fut amené à d heures 15 minutes du soîTi particulièrement parce qu'un incmdie se déclara dans la batterie encombrée de munitions.
Le cai)itaiiie Morel-Beaulieu fut honorablement acquilté.
Les frégates le Succès, la Bravoure appareillèrent de Livoume le 30 août pour combattre une frégate anglaise qui cioisaitdevant l'Ue d'Elbe, et gênait les opérations du général Wattrin, et le surlendemain les vigies ayant signalé une escadre entière, nos capitaines forcèrent de voiles pour revenir au port.
Les vents étaient à lest, le temps si brumeux, que, vers 2 heures du soir, le Succès, dont le pilote avait déserté, toucha sur des roches. Le capitaine, employant en vain tous les moyens qu'on met en usage dans ces circonstances, ne put réussir à remettre à flot sa frégate, que les Anglais renflouèrent, pourtant, après quelques jours de travaux.
La plupart de nos marins se sauvèrent à la nage.
Dordelin, qui commandait la Bravoure, louvoya poiur s'élever de la côte, ce qui le rapprocha de l'ennemi. Malheureu-
sèment, le vent mollit, le calme se fit à midi; la fréjrate, jeènée par la houle, manqua deux fois son évolution, et l'on îuL obligé de laisser porter veat arrière pour s'embosser sons m iort qui était proche.
Le bâtiment tploDna, ee Ait en vain que Donielin iianlii sa mAtnre peur essayer de venir en traverSi et il se vH éam la cnielle nécessité d'ordonner l'évacuation. Presque tous nos homiaes se sauvèrent à ia nage.