TOULON
les premiers troubles, sinistres avant-coureurs de ia révoluUoo, éclalèrent à Toulon, à loccasion de la cherté des vivres, et le peuple se rua sur rbôiel cie ville, sur les magaans de blés, sur le trésor. Od ne pervîai à calmer cette efferittoeoce qtt'eo mettant le pain à 2 sous la livre. L'évéebé lit même piUé, le carrosse de l'évéque Gléon de Gastellane traîné dans les rues et fiiialemciil Jclc dans la mer.
Le parlement de Provence condamna quelques coupables à la prison, au fouet, au gibet, puis des lettres du roi {)[ ononcèrent une amnistie généralei parce qu'on jugea prudent d'arrêter les poursuites.
Le S3 août 4789, kstnmpes, les aaloiitèi civiles etmili» liires se réunirent sur le dumip de bataille, et aumiliea d'un immense concours de peuple, avec la plus grande solennité, eut lieu la prestation du serment civique.
Dans le mois d octobre, quand ie conseil municipal invita les habitants à ne porter que la cocarde tricolore, les enthousiastes se prévalant de cette mesure persécutèrent ceux qui afiectaient de ne pas s'y soumettre, et plusieurs riies écla<tèient entre les miliciens et les mUitairee «pii eurent le tort de déposer une déclaration provocatrice à rhôtel de ville.
Lea miliciens demandèrent, au comte Albert de Rioms que
cette déclaration f6t retirée ; mais il les reçut ma), et ce fut là une cause préBumée de la haine que les bourgeois de Toulon témoignèrent ultérieurement au commandant de la
marine.
L'occasion ne tarda pas à se présenter belle, et pour assouvir leur vengeance ils dépassèrent toutes les bornes.
Albert de Rioms ne voulait pas que les ouvriers du port fissent partie de la milice, et deux maîtres n'ayant pas tenu compte de cet ordre furent destitués. Ce fut une affaire grave, car le maire, les membres du conseU permanent, les chefs de la milice se rendirent près du commandant de la marine qui, malgré leurs prières» naintfnt la décision qu*i! avait prise relativement aux deux maîtres. Il réunit ensuite cent canonniers sur la place d'armes, de sorte que la ville fut en émoi et que les mivrif rs se réunirent en groupes hostiles.
Le maire se rendit de nouveau à la porte de l'arsenal, et, comme il fit demander s'il pouvait parler à Albert de Rioms, celui-ci le laissa libre de choisir un lieu de rendee-vouB. On choisit l'hdtel de li marine où se rendirent bienlôt les autorités que suivait un nombreux cortège d*oflDders de toutes
armes.
Le comte ne se laissant point hii- et refusant la grâce des deux maîtres, le procureur Barthélémy prit la parole.
« Messieurs, il ne noua reste qu'à nous retirer, puisque « nous ne pouvons rien obtenir du commandant de la marine. ^ RendonsHious à l'hôtel de ville et donnons des ordres pou r « assurer la tranquillité publique. >
Albert de liioms répoudii eu ces termes :
« Messieurs, si vous me promettez que les ouvriers tle « Farsenal ne feront plus à l'avenir partie de la milice, je • ferai grâce aux maîtres. »
On lui répliqua que sa demande était iooonsidéiée, parce qu'on ne pouvait exclure les ouvriers de la milice.
Il pensa, sans doute, que le mieux était de céder, se rendit aux instances de la députation et termina en disant :
« Je suis content de vous, monsieur le uuuie, mais M. le
« procureur Barthélémy est trop exalté dans ses paroles. • U<wdoQiiade faire rentrer dans leur casetne les cent eanoD-
m qu'il avait fiiit réunir sur la place d'armes, liîs de graves événements devaient surgir; M. de Brèves,
aijor de vaisseau^ qui commandait ces canonniers, avait déjà
^té insulté par le peuple. Comme il ordonnait de porter les
annes, on l'accusa d'avoir voulu faire feu sur la ioule. (iC ne
^ pas sans peine qu'il traversa des groupes hostiles en se
niant à l'hôtel de la marine où il voulait rendre compte de
ttqoi s'était passé au comte lui-même.
&hii-ci réclama la loi martîalei et le conseil munidpal, iifjetant cette demande) se contenta de convoquer sur la place (firmes les canonniers de la milice.
Albert de Rioms, apprenant que le conseil municipal ne ^ïjulait pas proclamer la loi martiale, requit un piquet du légiment de Barrois. Malheureusement, il le renvoya plus t^rd, parce que le chef de la milice lui donna Tassurance qu'il répondait de tout et qu'il était plus dangereux qu'utile ^troir recours aux troupes.
Cependant la foule devenait de plus en plus hostile; des dfciers reçurent des coups de sabre sur la tôte; d autres îwent lapidés dans les rues : le major Saint-Julien, chargé porter un ordre, arrêté par des gens armés qui brisèrent ^ epée, n'eut que le temps de rallier un poste de soldats <ie marine à la porte de l'arsenal :
• — J'espère, dit-il, que vous ne laisserez pas massacrer * on officier »
Os l'assurèrent de leur dévouement et le défendirent. Deux Iwves habitants, MM. Doude et Vaquier, lui sauvèrent la vie
le ramenèrent en un état pitoyable à l'hùtei de la marine. ^*'me il fallut qu'Albert de Hioms, apprenant ce qui se passait, se rendit à son secours, suivi de plusieurs officiers.
Vers trois heures de l'après-midi, le chef de la milice vint Clamer le major de Brèves, accusé d'avoir ordonné de faire la foule. Il ne s'agissait de rien moins que de le contre aux prisons du palais avec la promesse dérisoire de le Wter avec égards, et cet officier voulait se livrer génércu- ^meot quand Albert de Rioms, mettant, dit-on, l'épée à la
^ ÎO —
main, s'adressa en ces termes à ceux qui l'entouraient :
• Messieurs, le moment est venu : Mourons eu officiers « français pluU^t que de livrer un de nos camarades. •
M. de Broves insista pour se laisser enmener et partit sous la protection de MM* Doude et Vaquier qui firent respecter sa personne.
L'émeute allait grandissant d'heure en heure.
Bientôt des forcenés envahissant l'hôtel de la marine demandèrent cette fois le commandeur de Villages ; Albert de Rioms lui ordonna de rester et se livra lui-mâme parce qu'il croyait calmer ainsi reffervescence de la foule.
On dit qu'en ce moment le père du comte, respectable vieillard de 80 ans, entendant tout le bruit qui se faisait, descendit précipitauiuient et se jela au-devant des ennemis de son fils pour les repousser. On écarta ce vieillard et on entraîna loin de sa demeure, avec des huées et des imprécations, le chef de la marine désarmé, vilipendé.
Après mille scènes d'une tristesse indicible, on le jeta dans une des prisons du palais, non loin d'un criminel.
En vain les officiers léclamèrcnt-ils la loi martiale, en vain un brave officier de troupes se jeta-t-il sur les émeutiers pour leur faire lâcher prise ; en vain le maire, suivi du conseil municipal, accourutr-il de l'hôtel de ville pour arrêter cet attentat. Rien n'y fit.
AlbertdeRioms, le marquis de Gastellet» neveu de SoiTrea, le commandeur de Villages, le major de Broves furent abreuvés d'outrages et conduits en prison.
Pourtant, par une amèie ironie, le conseil municipal décida que le commandant de la marine ne cesserait point d'exercer ses fonctions en attendant que l'Assemblée nationale eût statué sur son compte.
Une enquête (ut ouverte sur ces foits regrettables; le rapport (ùt envoyé à Paris, et sur les instances de l'intendant Malouet, non sans de vives discussions, l'Assemblée ordonna de mettre le comLe en liberté.
Lorsqu'il se rendit à Paris pour se justifier lui-même, les députés de la gauche : Ricard, Robespierre, Charles de La* meth et autres voulurent faire peser sur lui de graves accusa-
U'oos. Ils demandèrent même que la cause fût soumise au Châtelet, avant-coureur du tribunal rt^volutionnaire, mais noUiorent pas gain de cause, car Albert de lUoins fut Mputté, grâce à la défense énergique de Maleueti aux gêné- Roses inspirations de Nompbre de Champagny, à la douce ftqneooe de Tabbé Mauiy.
l'Assemblée décréta finalement que les officiers, les milî- KDS, et toutes personnes impliquées dans Témeute de Toula, se trouvaient dîsculpc^s.
Cette allaire puria un coup sensible à la discipline. Ëlle fut k signal de la révolte des équipages, de la désorganisation foélals-majors*
la haine était dans les cœurs, elle feisaii oublier le senti* Besl do devoir, la tradition , le dévouement aux chefs.
De même à Paris, mais sur uac plus grande scène, la révolution allait bientôt sacrilier le roi, la reine, tous leurs serviteurs dévoués .
Et maintenant» s'il nous est permis de juger la conduite du wnmandant de la marine, nous dinms qu'il commit une innde bute en croyant sur parole le chef de la milice, quand ohii-cî lui assurait qu'il répondait de tout.
Oui donc, dans une circonslance si grave, peut répondre ^tout, et quel amiral n'est pas plus apte à juger les choses de ce genre qu un chef de milite.
Le commandant de la marine aurait dù ne compter abeo* Iment que sur luinnéme et sur ses officiers» rassembler en mies les troupes et les hommes disponibles des vaisseaux, 8e relranchei fortement soit dans son iiùlel, soit dans cet arsenal que le roi avait commis à sa garde, repousser la force par la force, et ruiner la ville de Toulon de fond en comble, plutôt que de transiger avec l'émeute, ou de permettre à ses anemis de violer sa demeure privée ou le terrain de Tar* «oil.
Le commandeiu: de Glandivés fut nommé commandant de !a marine, après un court intérim de M. de Flottes, et Albert ^Hioms fut nommé commandant en chef de TeBcadre de Brest.
Bans le cahier de doléances, on avait demandé que les
Uavaux de l'arsenal ne pussent cire donnés à des entrepreneurs, afin que 11 > ouvriers fussent assnrï^s d'avoir de l'ouvrage, mais cette demande souvent renouvelée fut toujours rejetée comme opposée aux intérêts du trésor.
Le ministre ayant dooné des instructions pour congédier des ouvriers, les désordres se renouvelèrent.
Le 3 mai 1790, les émeutiers réunis en foule sur It place d'armes entourèrent le commandant de la marine, lorsque celui-ci voulut leur parier, le violentèrent et le condtiisirent à l'hôtel de ville.
Là, le procureur Barthélémy, que l'on accuse d'avoir été, à cetteépoque néfaste, rinstigateur des passions mauvaises, luterrogea le commandeur sur les griefs que les ouvriers faisaient valoir. Il répondit qu'il n'avait feit que suivre les instructions qu'il avait reçues de Paris; puis, afin d apaiser les troubles, il consentit à recevoir dans le port les ouvriers qui seraient possesseurs de bons certificats délivrés par la municipalité. Dès lors, tout s'apaisa, on le ramena comme en triompl^ à son hôtel, la milice entière lui servit d'escorte, et on lui rendit les honneurs militaires qui lui étaient dus.
Le ministre ayant prescrit de fàire une enquête sévère sur ces faits, les Toulonnais invoquèrent la générosité de M. de Glandivés, et ce dcniicr fut dssez bon pour demander que raffaire n'eût aucune suite.
Dans le mois de juin 1790, le club des amisde la société patriotique (I), s'étantmis en relation avec celui des jacohins, devint le foyer de toutes les menées.
Le 19 décembre 4790, les nouvelles couleurs nationales furent inaugurées avec pompe.
Au coinnuîiicement de 1791, le conseil municipal, cédant à de funestes influences, donna l'autorisation de fouder le nou* veau club Saint-Pierre, afin de contre-bal ancer le premier, . composé uniquement de démagogues outrés. Plusieurs conseillers municipaux protestèrent, mais comme les citoyens avaient le droit de se réunir, conformément à la déclaratSoD
(1) Ou club SaintJean.
ém DrtflSi le oonsefl mmit' Taffoire i ràiitorité dépaite- MBlale» el le neavetu ohib fai fMidé.
En juillet 1799, les désordres recommencèrent; le club SnntrleaB, se déclarant en permanence, sons prétexte qae la pùie était en danger, fit un appel général à ses séides, aux ■fieiens des districts ruraux, qui accoururent en grand
ymbre et commirent plusieurs assassinats: l'ordre ne se rptablit qu'aprte la mort du citoyen Gaateaurne, presifieiit du tribunal de commerce, celle de Denans, accusateur public, et 4e plusieurs autres personnes honorables.
Les oonseillers municipaux qui se vantèrent, devant l'Assemblée l^slative, d'avoir apaisé les fureurs populaires par la seule persuasion, sans avoir recouru à la loi martiale, rev^urcDt des éloges, et, chose triste à mentionner, les assassins restèrent impunis.
Le brait de ces attentats se perdit à Paris dans celui de la journée du 40 août 1792, et l'on a prétendu que les clubistea profitèrent à dessein de ces troubles pour se déliire de leurs oHieaiiB.
A cette occasion, le club Sîiint»Pierre fut dissous, de sorte foe celui des démagogues devint encore plus puissant,
£n septembre 4792, le sang coula de nouveau. On raconte qie le major général de la marine eut rimpnidence de laisser échapper, dans un moment d*indignation , des propos insultants à l'adresse d'un paysan. On l'en punit cruellement , rar l'inforiuné, conduit d'abord à 1 iiùtel de \ille, puis emprisonne, fut ultérieurement pendu à un réverbère.
Dans la même matinée, M. de Flottes, arraché de son domicile, fut accablé de coupa de plat de sabre et pendu de même i la porte de Tarsenal. Cet officier avait repris les (Sonetions éb commandant de la marine qu*il avait déjà remplies par intérim et périt victime d'une effervescence que les honoétes gens furent iiii])UÉSsanls a réprimer.
A grand peine 1 ordonnateur Fossel eut-il la vie sauve.
— Si ~
Gomme la marine était sans chefs, le conseil municipal institua, pour Texpédîtion des affoireSi on comité provisoire.
Le 5 septembre 4792^ trois commissaires de l'Assemblée législative, les citoyens Lacombe-Saint-Michel, Ronyer, Gasparin , arrivèrent à Toulon avec la mission d'apporter aux troupes de terre et de mer la nouvelle des graves évé^ nemcnts qui venaient de se dérouloi à Paris.
Dès lors, chacun eut le pressentiment d'une guerre prochaine et sanglante. Les patriotes excitèrent Tenthousiasme dans tous les rangs de la société, et l'on raconte que les travaux de tenassements du fort Lamalgue furent poussés, par tous les habitants, avec une merveilleuse activité.