BR£ST
A Brest , comme dans les autres villes de France» les dé*
putés des états et corporatiuns formulèrent les doléances debtinees à être présentées à l'Assemblée du tiers état. Ils demandèrent en substance :
Le maintien des deux ordres de nobles et de roturiers, tme représentation double pour tses derniers, le vote par téte ; La vente des biens du clergé au profit du trésor et dans le
but de racheter la dette publique ;
Le maintien d'un gouvernement monarchique et héréditaire ;
L entretien des prêtres, sans qu'ils pussent jamais ezeroer de fonctions publiques;
Le droit pour tout citoyen d'être anobli , non point pour de l'argent, mais pour services rendus à la patrie et pour mérites personnels;
Enfin régalité des impôts pour tous, sans distinction de classes et proportionnellement aux fortunes.
Les sentiments les plus vifs de l'égalité devant la loi res* sortent de la lecture de ces doléances, desquelles on peut conclure que les bourgeois de Brest n'avaient pas, en 4789, des idées démocratiques très-avanoées, sans doute parce que les nobles ne furent pas antipathiques aux populations dans
les districts voisins. Pourtant il est à remarquer que les irâis du deifié farooi sacrifiés poor payer la dette oat^^
£a juillet 1789, à Toccasioa de la prise des cocardes triobree, une grande effervescence fit craindre des désordres, les soldats de marine se mirent en état d'insurrection , et le «omte d'Hector, commandant des armes, écrivit au ministre i|Q*y établissait sa demeure dans Tenceintedu port, afin de pouvoir parer à toutes les éventualités. Par ordre de la municipalité, des miliciens durent même composer une partie de sa garde.
 cette même époque, des malveillants accréditèrent le Ivoit absurde qu'un complot était ourdi pour incendier l'arsenal on le livrer aux Anglais.
Le duc de Doroet, ambassadeur à Paris, prétendit même que son souverain avait repoussé des propositions qui lui avaient Hé faites à ce sujet; niais on soupçonna nos rivaux de vouloir rendre suspects au peuple les officiers de marine qui sortaient presque tous des rangs de la noblesse, et les gentilshoauDes bretons protestèrent énergiqnement contre les assertions du duc*
Dans le mois d'août 1789, tous les corps, en grande céréruofiie, prêtèrent le serment civique prescrit par le décret. Les autorités civiles et militaires, le conseil général des villes et des sénécliaassées, le conseil municipal, les électeurs, un député de chaque corps, corporation on commUf> sauté, des délégués de chacun des bataillons de Beauce, de Normandie, de chacune des cinq divisions, du corps royal des canonniers-matelots, se réunirent sur le champ de bataille. Enfin la garde nationale ou milice , composée de plus de 6,000 hommes, s'y réunit tout entière, el chacun jura fidélité
« A la nation, à la loi, au roi. >
Après cette cérémonie, la confiance se rétablit et le comte d'Hector obtint le retrait des gardes nationaux qui montaient la garde à sa porte.
Le 5 janvier 4700, les jeunes gens de Brest, à la tète desquels se trouvait M. Guilhemi proiestèroat de leur dévooement à T Assemblée nationale , parce que le parlement de Rennes avait refusé d'enregistrer ses actes. Ils se rendirent à Paris à cette occasion.
Lorsque, dans le mois d'août 1700, fut décrété l'armement des i*) vaisseaux de ligne, des ordres furent donnés en conséquence dans chaque port, et le comte Albert de Rioms, nommé commandant en cbef de l'escadre de Brest, après ses mésaventures de Toulon, arbora son pavillon à bord du vaisseau le Majestueux.
A cette époque, plusieurs officiers généraux de la marine offraient dija leurs démissions, se retiraient du service on partaient pour les pays étrangers. Le comte d'Hector fut Ptin des premiers à suivre cette ligne de conduitei qui devait être si funeste à beaucoup d*égards.
Malheureusement parut dans le même temps ce code pénal dont nous avons déjà parlé, lequel eut de graves conséquences, puisque les équipages des vaisseaux de l'escadre de Brest se mirent en pleine insurrection.
Le comte Albert de Rioms vit encore se reproduire de tristes scènes d'indiscipline.
Le vaissrau le Léopard, à bord duquel se trouvaient les révolutionnaires de i'Assr'mblpn aénérale de Tile de Saint-Domingue, venait de jeter Tancre en rade de Brest, et un matelot de ce vafsseaut se trouvant un jour à bord du Patriote, insulta gravement le major Hoon de Kermadec L'amiral, informé du fait et apprenant que le matelot était ivre, doona des ordres pour le faire renvoyer à son bord; mais le patron du canot osa dire à Albert de Rioms lui-même qu il ne serait fait aucun mal à son camarade sans le consentement des hommes de son bord.
D'Ëntrecasteaux, commandant du Patriote, fut ioterpelléi à cette occasion, par ses marins attroupés, et oonune il leur demandait pourquoi ils se plaignaient :
« Nous ne voulons plus de nos ofBciers , > lui répondit-on.
t A terre, à terre les officiers I Les aristocrates è la lantcrae! »
AJbert de Rioms se rendit à bord de ce vaisseau. Il fit réo* air, sur le gaillard d'arrière, les matelots, les maîtres, le» «ffieiers, îl leur adressa un discours paternel, expliqua qu'il ne s'était pas montré sévère à l'égard du matelot ivre et flonna des ordres pour qu'on mît aux fers le patrmi du canot, ^ avait eu 1 audace de le meuacer lui-même.
> 11 n'ira pos, il n'ira pas! » murmurèrent cent voix.
« Vous ne voulez donc pas m'obéir, dit le noble amiral; — < que ceux qui veulent m'obéir lèvent la main. >
P<ersonne ne la leva. Le comte , profondément affactéi demandai .^1 (jiielqu uîi avail à se plaindre de lui.
• Non, non, » répondirent cent voix.
• Avez-vous à vous plaindre de vos ofUciers? » « Non, non, » répondit-on de nouveau.
Ainsi, sur le gaillard d'arrière du Patriote, fût jugée la question des olfiders nobles. Ils eurent la satisfiction d*ap* prendre que, si leurs ordres n'étaient pas exécutés, on ne les en estimait pas moins. Leur seul tort était d'être nobles I
On a dit, et nous pensons que c'est un prop dn peu d imponanoOi que, si l'amiral avait demandé de lever la main à ceoz qui voulaient lui désobéir, il eût agi plus sagmnent. Il est vrai que souvent de petites causes amènent de grands effets, mais il ne mit pas en doute le dévouement des hommes de son équipage et se tiompa.
Albert de Rioms (juitla le Patriote, et l'air retentit des cris, mille fois répétés, de
« Vive la nation »
L'insurrection s'étendit rapidement de vaisseau à vaisseau; les matelots s'emparèrent des chaloupes pour descendre à terre, refusèrent de manœuvrer, déclarèrent hautement qu'ils
(t) Buttelin des lois. Rapport sur l'iasurroction. Lotlres d olliciurs d6 marine à œ sij^et Rapport d'Albert de Rioms. Bulletin des Uns^ V m. Rapporte, extraits des commissaires de rAseemblée. Lettres de Brest (29 mai, SI septembre, 18, 20, 22, 23 octobre 1790).
ne prendndent pas la mer el menacèraol certains officiers de
les jeter par-dessus le buid.
La lecture de oe code pénal, où il avait été décidé que chaque maitre serait muni d'une liane pour frapper les maielûtSy la peine de la boucle avec une chaîne traînante, dans le genre de celle des forçats, avait exaspéré les équipages et
provoqué ceUe grave insurrection, la pénurie d'argent et les excitations des démagogues outrés augmeotèrent l'effervescence.
Un rapport détaillé sur les faits précédents ayant été soumis à l'Assemblée nationalef des ordres furent donnés pour poursuivre et juger les coupables, désarmer le vaisseau le Léopard, éloigner de Brest les soldats que ce vaisseau avait
rapatriés de nos colonies des Antilks et traduire devant une ( OUI martiale le lieutenant Santo-Domingo, qui le commandait depuis i insurrection de 1 Assemblée générale de Saint- Marc.
Des commissaires de l'Assemblée nationale se hâtèrent de venir à Brest; ils reçurent des équipages plusieurs réclamations concernant le code pénal ; de plus, on lear demanda la
destitution d* Albert de Rioms , ainsi que celle de plusieurs capitaines et officiers.
L'amiral donna sa démission le 45 octobre 4790 et fut remplacé» dans son commandemeot, par le chef d*esGadre vicomte de Souilhac.
Comme les équipages, toujours en pleine insurrection, proposaient des transactions, les coiuinibsaires, consentant à leur ser\nr d'intermédiaires, écrivirent à Paris et demandèrent Tannulation pure et simple des arlicies du code relatifs à l'usage de la liane et de la chaînette.
« Alors, » disaient-ils, < à l'aide de la société des amis de la « constitution de Brest, nous rétablirons Tordre, et les marins « sauront mériter des éloges. »