‹ Histoire des martyrs de la libertéChapitre 10 sur 49 · ATHÈNES. — SOLON · texte numérisé non relu

ATHÈNES. — SOLON

La population de la Grèce n'était pas formée d'une race unique, dont les progrès eussent successivement couvert toutle sol; c'était une aggrégation de races diverses; ces colonies venues d'Orient, en mêlant leurs caractères au type indigène, accrurent encore celte variété. La configuration morcelée du pays tendait à maintenir les traces d'une telle diversité d'origine par certains obstacles géographiques, — les montagnes, la mer. Cette différence de races explique l'antagonisme d'Athènes et de Sparte.

Sparte, c'est le progrès dans la discipline.

Athènes, c'est le progrès avec ses écarts, ses fluctuations, ses conflits, ses vertus, ses vices, ses richesses, ses misères, ses divisions, ses ombres, ses splendeurs : c'est le progrès dans la liberté.

Les nations s'organisent instinctivement, nécessairement, sur le modèle de leurs croyances religieuses. Les Grecs reconnaissaient trois divinités principales : Jupiter, Neptune, Saturne. Les habitants de l'Attique se trouvaient partagés en trois classes, — les nobles, les commerçants et les laboureurs,— divisées d'intérêt, de caractère, et qui, ne pouvant s'entendre sur le choix d'un gouvernement, étaient sans cesse en rivalité.

On découvre ici le lien de la mythologie et de la politique des Grecs. Jupiter, roi du ciel, est une image de l'aristocratie; Neptune représente le commerce qui s'alimente surtout des communications maritimes; Saturne est une figure de la classe la plus pauvre et la plus laborieuse, qui s'adonne aux travaux de la terre.

Malgré ces divisions, le gouvernement populaire s'était établi à Athènes.

Plutarque fait observer qu'Homère, dans le dénombiement des vaisseaux, ne donne le nom de Peuple qu'aux seuls Athéniens : d'oii il semble que la principale autorité résidait déjà, chez eux, dans la nation.

Les races qui se laissent gouverner par un homme, ne sont pas des peuples : ce sont des troupeaux.

Les Athéniens tolérèrent néanmoins, dans l'origine, le gouvernement monarchique; mais l'occasion s'étant ott'erte d'abolir la royauté, ils la saisirent avec empressement. Le

peuple ne voulut plus dépendre que de la justice et de la raison. On déclara Jupiter seul roi d'Athènes.

L'époque de la guerre de Troie avait vu l'autorité des rois fleurir dans toute la Grèce ; l'époque suivante la vit, au contraire, décroître.

Des magistrats, nommés archontes, furent chargés du gouvernement d'Athènes. Leur magistrature perpétuelle et héréditaire pendant trois siècles ressemblait trop î'i la puissance royale, on en réduisit la durée d'abord à dix ans, ensuite à un.

La mobilité des magistratures est une des conditions essentielles de la démocratie : le pouvoir, en séjournant dan^ les mêmes mains, court risque de s'y personnifier et de s'y corrompre.

Il faut laisser au principe monarchique l'hérédité et la perpétuité.

Changer souvent, dans les républiques, la figure du pouvoir, c'est couper la racine des ambitions qui veulent s'approprier l'exercice de la volonté nationale, en leur enlevant le temps nécessaire pour s'implanter dans les masses.

Cependant Athènes était livrée à cette confusion qui précède toutes les réformes. Le chaos est le germe de toutes les créations dans l'ordre naturel et dans l'ordre social. La division des partis était extrême. Les riches , qui étaient distribués dans la plaine, tenaient pour l'oligarchie; les habitants des côtes, qui s'appliquaient à la marine ou au commerce, pour un gouvernement mixte; les plus pauvres relégués sur les montagnes voisines, pour la démocratie.

Tout le monde invoquait un sauveur : Dracon parut.

Ses lois' empreintes d'un caractère stoïque durèrent, à Athènes, ce que durent les choses violentes, — peu. Elles étaient écrites, dit un ancien, plutôt avec du sang qu'avec de l'encre. A travers une sévérité excessive, il fit souvent apparaître la justice. Nous rendons hommage à l'intention de ce décret, qui prononçait la peine de mort contre l'oisiveté.

Une vertu si austère n'était pas faite pour la mollesse des Athéniens : il échoua.

Cependant les esprits étaient plus agités que jamais. On ne s'accordait ni sur la religion, ni sur le gouvernement. C'était unde ces moments ou lesfondements de l'ordre moral et t}e l'ordre politique s'ébranlent. Ces maladies sont, dans la vie de l'humanité, ce que sont les changements de peau dans la vie du serpent ou dtf ver-à-soie. Toute transformation est précédée d'un état critique.

Un Epiménidc vint de Crète , entouré des prestiges du merveilleux. 11 passait pour avoir dormi quarante ans dans une caverne. 11 était versé dans l'art d'expliquer les songes et les présages les plus obscurs. Venant à la suite d'un sacrilège et d'une épidémie qui avait désolé la ville, il se trouvait dans les circonstances les plus favorables pour dominer les hommes au nom de la divinité; mais rien n'était moins préparé à la théocratie que le génie sceptique et mobile des Athéniens. Ce n'était pas avec des visions qu'on pouvait guérir les maux d'une ville tourmentée par des discordes intestines. Epiménidc dut se contenter d'introduire dans le culte quelques réformes utiles Ceci fait, il partit couvert de gloire et chargé d'un rameau d'olivier, mais il partit.

Sous lesquerellespolitiques s'agitaient les éléments d'une guerre sociale. La haine invétérée des pauvres contre les liches croissait de moment en moment. Les factions ap-

puyaient leurs griefs sur la division des intérêts. Les citoyens obscurs, accablés de dettes, dépouillés de tout, accusaient de leur détresse l'avarice et l'opulence des grands. Leur mécontentement n'attendait qu'un chef pour bouleverser l'État.

Ce qu'il importe de remarquer, c'est la concomitance de ces deux principes : la liberté et la propriété.

Dans toute l'histoire ancienne, nous voyons la liberté s'accroître et se fortifier avec la propriété qui s'accroît et se fortifie; nous voyons la liberté diminuer ou s'évanouir avei; la propriété qui diminue ou qui s'évanouit.

Au dernier degré de l'échelle sociale, nous trouvons l'absence plus ou moins absolue de propriété : la misère.

Au dernier degré de l'échelle politique, nous trouvons l'absence plus ou moins absolue de liberté : l'esclavage. •

Misère et esclavage , deux faits éternellement connexes que le progrès des sociétés doit effacer.

A Athènes , le lien entre ces deux faits était particulièrement sensible. Tout citoyen dépouillé de ses biens , obligé de céder à des créanciers impitoyables son coin de terre et ses instruments de travail , n'avait d'autre ressource que d'aliéner la propriété de lui-même ou celle de ses enfants. L'espèce humaine était alors matière à spéculation; les riches s'ingéniaient à enlacer les pauvres dans des obligations légales , dont ces derniers ne pouvaient sortir que par la vente de leur personne. Ainsi la misère amenait pour le citoyen la perte de tous ses droits , pour l'homme la perte de sa liberté.

La société vivait alors, comme maintenant, sur les suites d'une ancienne guerre entre le fait et le droit; mais cette guerre étant alors plus récente, les conséquences en étaient beaucoup plus terribles pour les vaincus.

Nous pouvons nous faire quelque idée de cette lutte : les anciennes traditions delà Grèce nous représentent,;! l'origine, l'empire du monde disputé par des êtres d'une nature diftérente : terrassés par les dieux dans ces combats formidables, les hommes furent pour toujours soumis à leurs vainqueurs. Cette fable est transparente : elle perpétue le souvenir d'un ancien combat entre deux races, dont l'une, supérieure à l'autre, s'était établie , quoique moins nombreuse, sur les ruines de sa rivale et avait réuni dans sa main les pouvoirs, les dignités, les privilèges.

Cette suprématie commençait i'i fatiguer la classe des vaincus. Le parti des montagnards ( c'est le nom que l'on donnait aux démocrates d'Athènes, à cause de leur posilioii géogi-aphique et par opposition aux l'iches qui habitaient la plaine) réclamait au nom des droits de l'Iiumanilé. On voit que ce glorieux litre de montagnard est ancien dans l'iiistoire : il s'attache dans tous les temps à ceux qui des hauteurs de leur exil ont voulu faire descendre la justice sur la terre.

Les riches , de leur côté, ne craignaient rien tant que d'être confondus avec la multitude par des lois qui établiraient, comme à Sparte, le partage des biens. La peur les rattachait obstinément à leurs [iriviléges menacés. Au milieu de oelle division et de cette tempête des intérêts, l'fttat touchait visiblement à quelque catastrophe. Les riches ne voyaient de salut que dans la résistance; les pauvres ne voyaient de solution que dans la révolte.

Les vieux disaient que rinteiveiition d'une diviniti' serait nécessaire pour mettre d'accord les Athéniens, au point de

division et de désordre oii en étaient arrivées leuisaflaires; on jeta les yeux sur Solon.

La dictature sort quelquefois , sans qu'on s'y attende , de la tyrannie et de la complication des choses ; les Athéniens se jetèrent alors dans les bras d'un homme, pour échapper aux horreurs d'une situation pleine de ténèbres. Ce qui distingue les temps anciens des temps modernes, c'est qu'alors les masses populaires n'avaient pas confiance en ellesmêmes; elles doutaient de leur inspiration et de leur souveraineté.

Solon, génie moins radical que Lycurgue, n'osa point changer les bases de la société; il se contenta de quelques réformes politiques.

Ses premiers talents avaient été pour la poésie. Il avait, dit-on, entrepris de décrire envers les révolutions arrivées sur notre globe; l'ordre dans la société est une suite de l'ordre dans l'univers. Les mêmes principes qui entretiennent l'harmonie dans le monde physique l'établissent dans le monde politique. Une étude des lois de la nature est donc une excellente préparation aux travaux et aux fonctions d'un législateur.

Le commerce et les voyages achevèrent de former son esprit.

Prendre aux riches pour donner aux pauvres, c'est la solution qui se présente tout d'abord aux esprits de bonne foi , mais peu éclairés , que les excès de la misère révoltent. Dans l'état d'imperfection oii se trouvaient alors les éléments du droit et de la science, le partage était le moyen qui semblait le plus propre à ramener le bonheur sur la terre en y ramenant la justice.

Solon ne voulut point consentir à cette extrémité. Il prit un moyen terme qui s'accordait mieux avec la modération de son caractère. Né d'une ancienne famille de rois, Solon était un esprit conservateur quoique dans 'le progrès. Cependant les circonstances étaient impérieuses : il abolit les dettes particulières et annula tous les actes qui engageaient la liberté des citoyens. « Nul ne devait plus prêter argent à usure sous obligation du corps. » Celte mesure , qui chez nous serait regardée comme très hardie ( témoin la proposition de Proudlion à l'Assemblée constituante) , fut regardée comme timide par les Athéniens. • Cette entreprise avait en outre contre elle la sainteté des contrats. Que deviendra, disaient les riches, la sécurité des transactions? Qui pourra jamais rétablir la confiance publique? Les pauvres de leur côté blâmaient cette ordonnance comme entachée de faiblesse ou de Iraliison. Solon croyait avoir apaisé tous les partis : il ne fit qu'augmenter celui des mécontents.

Cependant la propriété resta dans les mains qui l'occupaient, et le travail, affranchi de la crainte de l'esclavage, regarda comme un soulagement le peu qu'il avait obtenu; alors les murmures cessèrent. Les pouvoirs furent continués;! Solon.

Evidemment la racine du mal n'était pas détruite ; les Athéniens le savaient; mais toute autre solution aurait alors entraîné une guerre civile entre les riches et les pauvres

Il ne tenait qu'au nouveau légi.slateur de se faire roi. Le pouvoir souverain, que d'autres poursuivent si longtemps sans l'atteindre, vint trouver Solon : ce pouvoir, Solon le refusa. Les Athéniens, las de discordes et accablés du sentiment de leurs maux, n'étaient pas éloignés de confier le

gouvernement à un seul : Lycui'gue leur évita cette faute. Grand exemple! II résista même aux conseils d'officieux amis qui le pressaient de rendre ce service à la nation. En homme sage, il comprit que l'honneur de donner des lois à un peuple libre est très supérieur à celui de lui donner un maître.

Solon établit une division des citoyens, basée sur leurs revenus : il distribua les citoyens de l'Attique en trois classes, selon l'estimation des biens de chaque particulier. Le reste qui ne possédait rien ou presque rien, fut rangé dans la vile multitude. On voit d'ici l'origine du pays légal. Ces citoyens, qui se trouvaient au-dessous du revenu officiel, étaient rejetés comme incapables des magistratures. Ils étaient sans charges dans l'État, mais non sans droits politiques. La puissance souveraine résidait dans des assemblées où tous les citoyens avaient le droit d'assister, sans condition de cens ni de revenu : on y statuait sur la paix, sur la guerre, sur les alliances, sur les lois, sur les impositions, en un mot, sur tous les grands intérêts de l'État.

Cette exclusion, quoique motivée, en Grèce, par l'ignorance des classes pauvres, n'en est pas moins un outrage au droit et à l'égalité. Habituer les hommes à s'estimer entre eux par ce qu'ils possèdent, c'est jeter les bases d'une détestable politique. Solon est l'inventeur de l'homme -terre, de l'homme-revenu; triste et humiliante fiction qui s'est perpétuée de chartre en chartre , de constitution en constitution, et qui a empreint jusqu'au génie moderne des sociétés.

Solon, ainsi que tous les législateurs qui l'ont suivi, invoquait, sans doute pour excuse, le besoin de donner à l'Etat une garantie. Comme si la valeur des hommes s'augmentait par la valeur des objets étrangers dont ils s'entourent, et comme si le plus ou le moins de matière qu'ils ajoutent à leur existence pouvait, en aucun cas, créer un droit!

Esprit mixte et timide, Solon se montrait fort préoccupé des dangers du gouvernement populaire, le seul qui pût convenir au caractère des Athéniens. Il recourut à l'aréopage et au sénat des quatre cents, comme à deux ancres de salut, pour maintenir l'Etat. Ce fut là son erreur : le moyen de sauver les Etats n'est point de les fixer au repos par un système de résistance; c'est de calmer les tempêtes, en mettant la justice dans la société.

Malgré ces deux institutions aristocratiques, le gouvernement d'Athènes ne laissa pas que de rester populaire. Les jugements et les affaires revenaient, en définitive, à la multitude qui , dans les assemblées , décidait souverainement. On peut conjecturer sur divers témoignages que l'œuvre de Solon fut blâmée par les sages de la Grèce, comme trop démocratique. C'est l'éternelle mélancolie des philosophes et des savants que de se méfier du peuple et de ne croire qu'à l'autorité.

Solon avait compris que la tranquillité des citoyens et la grandeur d'Athènes étaient liées au maintien de la République : il fil une loi qui condamnait à mort tout citoyen convaincu d'avoir voulu s'emparer de l'autorité souveraine. D'autres lois appuyaient celle-ci : la constitution pouvait être attaquée par des ambitions et des intrigues personnelles; le sang des anciens rois pouvait se ranimer dans les ■ veines d'un usurpateur. Solon déclara infftmes, condamna au bannissement et à la perte de tous leurs biens les citoyens

I qui, dans un temps de trouble, ne se déclaraient pas ouvertement pour un des partis. C'était un moyen d'empêcher ces changements de masque dont s'indigne la moralité politique, de prévenir l'abus des citoyens qui attendent le succès pour se déterminer, de secouer l'indifférence des hommes de bien et de combattre par une résistance organisée les entreprises subites des prétendants à la couronne. Il ne suffit pas dans une démocratie de réprimer les insurrections contre le Souverain, il faut encore prévenir les surprises, en dévoilant les ambitions dangereuses: delà les facilités que Solon donna aux accusations publiques contre les hommes dont la naissance, les entreprises et les mœurs menaçaient la liberté.

Enfin , pour le cas oii un autre gouvernement s'élèverait sur les ruines du gouvernement populaire , Solon lance ce décret foudroyant : « Il sera permis à chaque citoyen d'arracher la vie, non seulement à un tyran et à ses complices, mais encore au magistrat qui continuera ses fonctions après la destruction de la République. »

Solon avait proposé ses lois à l'examen de ses concitoyens; il n'avait pu les imposer en quelque sorte d'autorité divine, comme avait fait Lycurgue à Sparte. C'était les asseoir sur un terrain mouvant que de les confier à la critique des Athéniens. A peine furent-elles connues et méditées que Solon se vit assailli par une foule d'importuns qui lui demandaient des explications, des changements, des modifications. Dégoûté, Solon résolut de se dérober à son œuvre. Croyant que son absence, le temps et la réflexion consolideraient ses lois, il s'imposa un exil de dix années. A l'exemple de Lycurgue, il fit à son pays le sacrifice de l'abandonner, mais après avoir engagé les Athéniens par un serment solennel à ne point rétracter ses lois jusqu'à son retour.

Il voyagea. En Egypte, il fréquenta les prêtres qui croyaient avoir entre leurs mains les annales dumonde.Commcunjour il étalait à leurs yeux les anciennes traditions de la Grèce ; « Solon! Solon! dit gravement un de ces prêtres, vous autres Grecs, vous êtes bien jeunes, le temps n"a pas encore blanchi vos connaissances. « L'orgueil des théocraties est dans leur antiquité. Les prêtres d'Egypte regardaient les Grecs comme des modernes. C'était le catholicisme disant aux philosophes : Vous êtes d'hier !

A son retour, Solon trouva la ville tout en mouvement et en trouble. N'ayant touché dans ses lois qu'à la forme du gouvernement et aux mœurs , n'ayant point renouvelé les bases du travail et de la propriété, ce sage n'avait nullement arrraché de l'Attique la racine des divisions. Lui absent, les trois factions ou pour mieux dire les trois groupes d'intérêts qu'il croyait endormis se réveillèrent. Un Lycurgue était à la tête des habitants de la plaine; Mégaclès était chef de ceux delà côte; Pisistrate s'était déclaré pour les montagnards, auxquels se joignirent les ouvriers qui vivaient de leurs bras et qui en voulaient le plus aux riches.

Le problème de la répartition des richesses est, à commencer d'Athènes, le motif et l'origine de tous les soulèvements. Ce problème, bien ou mal, Lycurgue l'avait résolu; sa République fut calme. Solon l'évita : ses institutions, après quehjues années, semblaient à la veille de se bouleverser par la base.

Le travail, source de toute prospérité, s'indignait de servir de matière au luxe et à l'oi-siveté des grands : tout près de l'esclavage qui l'attirait par une loi de gravitation fatale.

luttant sans relâche et sans succès contre l'écrasante domination des riches, privé du bien-être et des jouissances qu'il enfantait pour les heureux du monde, asservi aux libertés des autres, l'artisan d'Athènes voyait d'un œil sombre et envieux ces courses, ces jeux, ces tournois, ces festins magnifiques, ces vieillards aux cheveux relevés par des cigales d'or, en un mot toutes ces figures du luxe et de la mollesse qui irritaient encore le contraste de sa misère.

Les partis divisés sur tout le reste ne se réunissaient que sur ce point : un changement dans la constitution. C'est une preuve que cette constitution si savante laissait en dehors de ses calculs et de ses dispositions écrites les besoins de la masse.

Le parti le plus fort était celui des nionta- , gnards : au nombre il ajoutait le poids de ses soufl'rances et de sa haine. Il était visible qu'il ferait pencher de son côté les destinées del'État. Pisistrates'en empara.C'était un homme de belles manières :

il avait une figure imposante, une voix fertile en séductions, et une éloquence persuasive. Au fond , le plus ambitieux et le plus hypocrite des hommes.

Le peuple se laissa gagner par ce masqiu' de démocratie ; faut-il le dire ? le i)euple adore jusque dans les siens les privilèges qui riiumilii'nt : Pisislrale était d'une naissance illustre.

Zélé défenseur, en apparence, de réi,'alité entre les citoyens, il jurait d'ailleurs de sa

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