‹ Histoire des martyrs de la libertéChapitre 11 sur 49 · LÉO · texte numérisé non relu

LÉO

hdclite a la cause populaire. Rien n'était

plus éloigné de sa pensée qu'un changement dans la forme de l'État. C'est ainsi qu'il voilait sous beaucoup de dissi- UJuiation la scélératesse de ses desseins.

Solon pénétra le caractère de Pisistrate; mais c'est l'éternelle impuissance des honmies habiles que de donner aux ennemis du bien public, en les ménageant, le temps et les moyens de développer leurs projets. Faut-il tout dire? le motif de cette faiblesse et de cette hésitation était dans un infâme amour dont ne rougissaient pas les anciens. « Y eut du commencement amitié grande entre eulx, partie à cause de leur parenté et partie aussi à cause de la gentillesse et beauté de Pisistratus, duquel on dit que Solon fut un temps amoureux, d'oii vient que depuis étant tombez en diflérents

l'un contre l'autre, pour raison du gouvernement de la chose publique , leur débat ne produisit aucun trop aigre ny trop violent accident, ains demourèrent tous jours en leur esprit les devoirs et les obligations réciproques du passé , qui conservèrent la mémoire de leur amour ne plus ne moins que d'un bien grand feu la flamme encore ardente. » (Plutarque, traduction d'Amiot.)

On voit par quelles indignes attaches le cœur des hommes libres est quelquefois empêché. Combien dans les temps modernes sont restés neutres entre les partis ou ont même

.été reteims à la cause monarchique par des liens aussi vils, quoique moins contre nature!

Cependant Pisistrate marchait ténébreusement àsonbut. S'étant lui-même blessé et ensanglanté par tout le corps, il se fait porter dans un charriot sur la place publique. Là tout le peuple de s'émouvoir. Pisistrate déclare que ce sont ses ennemis qui l'ont sur- [)ris par trahison et qui l'ont mis dans cet état.

C'est une suite de son zèle et de son dévoùment à la cause des jKiuvres. A ce discours la multitude frémit.

Un seul homme n'est pas dupe de cette douleur arrangée : c'est Solon. Il s'approche :

'< 0 fils d'Hip|)ocratcsI s'écrie-l-il , tu contrefais et joues mal le personnage de l'Ulysse d'Homère ; car tu t'es blessé toi-même pour ei Meitaii • tromper les citoyens,

et lui se blessa pour abuser les ennemis. »

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