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Pisistrate, homme dissimulé , ne se déconcerta point.
Le |)eu[)lecst frmme, plehs ; il se laisse aisément prendre aux séductions de raltcn<lrisscment. Ces blessures feintes, ces larmes le louchaient le cœur. Il était tout près de prendre les armes pour Pisistrate.
On assemble le conseil , urr Ariston propose qu'on accorde cinquante hommes de garde à Pisistrate. Solon monte à la ti-ibune et combat vertueusement celte motion. Il remontre au peuple qu'il se laissait prendre aux discours d'un homme fourbe sans regarder à ses actes. Vaines paroles ! Voyant à la fin que les pauvres s'agitaient et tenaient pour Pisistrate, que les riches pris de frayeur s'enfuyaient, il se retira.
Les uns manquaient de sens, les autres de cœur : de sens, ceux qui ne voyaient pas le but où tendait Pisistrate; de cœur, ceux qui, tout en voyant qu'il tendait à la tyrannie, n'osaient pas lui résister.
On lui accorda des gardes. Ce fut un aclieminement vers l'aulorité souveraine. Toute force publique est ennemie de la liberté. Les gouvernements fondes sur le droit n'ont que faire du secours des soldats. 11 faut choisir: ou la liberté sans les armes ou les armes sans la liberté.
Le lendemain, la ville se réveilla, ayant une tyrannie sur la têle. Pisistrate avait saisi la forteresse du château.
Solon, qui était déjà fort vieux et qui n'avait personne qui le secondât, s'en alla néanmoins, encore une fois, sur la place. Seul de son avis, il parla aux citoyens qu'il y trouva, leur reprochant leur bêtise et leur lâcheté de cœur et les encourageant à ne pas laisser prendre leur liberté. « Auparavant, dit-il , il vous était plus facile d'empôcher que cette tyrannie ne se formât; mais, maintenant qu'elle est toute formée, ce vous sera plus de gloire de la détruire et de l'exterminer.» Raisonnements, prières, exhortations, tout fut inutile. Personne ne l'écouta. Les citoyens étaient tous frappés de stupeur et de vertige.
Il y a dans les foules des entraînements qui résistent h tous les conseils de la justice et de la raison. Il n'y a plus alors qu'à se voiler la tête. C'est ce que Solon fit : il se retira dans sa maison ; là il pris les armes et les mit devant sa porte, disant : « Quant à moi, j'ai fait tout ce qui m'a été possible pour défendre les lois et la liberté de mon pays. »
Non, timide grand homme, tu n'as pas fait tout ce que tu devais faire; il te restait à te servir de ces mêmes armes, pour résistera l'usurpation ou pour mourir!
Solon n'en fut pas moins à Athènes le dernier républicain.
Il ne s'occupa plus des affaires du gouvernement. Triste, vieux, amer, il s'enveloppa dans ses regrets. Tête blanche et pure, il allait semant çà et là ses discours, ses reproches. Il cherchait à faire honte aux' Athéniens de leur inconstance et de leur goût pour la servitude. Ses amis l'avertirent de veillei- sur sa langue, lui insinuant qu'il y avait pour lui péril de la vie, si le tyran entendait de tels propos par l'oreille de ses espions. Ils ajoutèrent une demande : Jmi quoi il se confiait pour |)arler aussi audacieusement? Il lépondil : En ma vieillesse.
Cependant, il ne devait pas même conserver sa dignité , ni sa vertu, dans ce grand naufrage des libertés publiques. Pisistrate lui fit tant d'avances qu'à la fin Solon se laissa g.igner. Il fut du conseil de l'usurpateur.
Il était arrive ce qui arrive toujours en pareil cas. Ceux qui avaient attendu, sans se mettre en danger, que l'un des deux partis sortît victorieux de la lutte, se rangèrent tous du côté de Pisistrate. Il n'y eut plus guère alors qu'un seul parti , celui du succès.
O éternelle et incurable bassesse du cœur humain qui court au devant de toutes les servitudes ! Pisistrate avait été acclamé. Solon jugea sans doute qu'il perdrait son temps s'il s'obstinait à ôterà des insensés les chaînes qu'ils révéraient.
Il survécut deux ans à la liberté 'de son pays. Il mourut, emportant dans sa tombe le deuil des liberté-s nationales et sans doute aussi le douloureux sentiment de sa faili!(!sse.
Ses mœurs n'étaient point irréprochables , elles e\(Mcèrcnt sur ses opinions une fâcheuse influence. Voici le portrait qu'en tiace Plutarque : « Solon excessif en dépen-
ses, délicat en bon vivre et dissolu à parler des voluptés en ses poèmes un peu plus licencieusement qu'il ne convient à un philosophe. » Solon avait les vertus, les vices, les faiblesses des Athéniens : c'est à ce titre qu'il fut choisi pour leur donner des lois.
Sa grande faute fut de n'opposer par l'abolition des contrats qu'un remède inefficace et superficiel aux maux des classes ouvrières. Il laissa tomber la révolution politique, faute d'avoir osé entreprendre la révolution sociale.
Plutarque dit que le seul moyen de maintenir longtemps une cité en paix, c'est de faire qu'il n'y ait ni riches, ni pauvres entre les citoyens. Ce n'est point tout à fait ainsi que la science moderne pose le problème; elle ne cherche pas l'union d-es citoyens dans ie morcellement des biens, mais dans la solidarité des intérêts. Toutefois Plutarque a raison de signaler la mauvaise distribution des richesses comme la source de toutes les divisions et de tous les changements politiques. Les peuples s'agitent vers l'inconnu , tant que les hommes d'État n'ont pas donné pour base à ».> leur constitution la justice et le bien-être de tous.
Lycurgue avait attribué à ses lois l'éternité; Solon avait déterminé la durée des siennes à un siècle.
On voit d'ici le contraste entre Sparte et Athènes.
Lycurgue avait jugé que ses institutions et ses doctrines devaient faire peu de prosélytes en dehors de sa race; comme Moïse, il mit son peuple à l'écart des autres peuples. Se séparer de la communion humaine, c'est se séparer du progrès; mais le progrès n'était pas l'àme des institutions de Lycurgue ; la base, le fondement de son système , c'était au contraire l'autorité.
Le caractère des peuples modernes commence îi se dessiner dans celui des Athéniens. La religion, le gouvernement, les mœurs, tout chez eux est soumis au changement.L'humanité a franchi dans l'Altique cettezône des peuples stationnaires qui représentent la civilisation de l'Orient. A Athènes le mouvement se produit; l'esprit national fait quelquefois des faux pas, il marche çà et là en dehors de la voie, mais il marche. La personnalité humaine se dégage.
Il y a chez l'homme deux forces. Tune qui le porte sans cesse sur ses semblables, l'autre qui le refoule sur lui-même. De l'équilibre do ces deux forces naît l'ordre.
A Sparte, ce qui dominait c'était le sentiment de sociabilité par lequel l'homme s'identifie aux autres hommes, le non-moi, fondement de la vie commune.
A Athènes, c'était le sentiment du moi, élément moral et physiologique de la liberté.
Les .\lhéniens se jetaient quelquefois tête baissée dans une tyrannie de leur choix; mais, l'examen et la critique finissaient toujours chez eux par dissoudre toutes les usurpations. Chacun des citoyens d'Athènes se regardait non seulement comme dépositaire d'une partie du souverain, mais encore comme un souverain lui-même. Avec de telles dispositions à l'indépendance et à l'individualité , .\thènes, on le comprend, n'était pas facile à manier. Le peuple de l'Attique était une de ces races ingouvernables, protestation vivante dans l'histoire contre ce qu'a d'excessif et de contraire au droit le principe de l'autorité.
HAUMoniis ET ARisroorroN.
Pisistrate mort, Hippias et Hipparque ses fils lui succédèrent. Ces tyrans afi'ectèrent la sagesse : contents de lever
Imp. Lacour