‹ Histoire des martyrs de la libertéChapitre 37 sur 49 · JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC

En ce temps-là (1428) , la France fut sauvée par deux femmes.

« Nous avons , raconte Brantôme , un très bel exemple de la belle Agnès, laquelle voyant le roi Charles VII amouraché d'elle, lui dit un jour que, lorsqu'elle était encore fille, un astrologue lui avait prédit qu'elle serait aimée et servie d'un des plus vaillants et courageux rois de la chrétienté; que quand le roi lui fit cet honneur de l'aimer elle pensait que ce fût ce roi valeureux qui lui avait été prédit; mais, le voyant si mol, avec si peu de soin de ses affaires, elle voyait bien qu'elle s'était trompée, et que ce roi si courageux n'estait pas lui , mais le roi d'Angleterre qui faisait de si belles armes et lui prenait tant de belles villes à sa barbe. « Je m'en vais le trouver, car c'est ccluy duquel entendait parlerl'astrololîMeet gue. » Ces paroles pi-

HEGESiPE MOREAu. q^èreut si fort le roi

qu'il se mit à pleurer.

Et de là en avant, prenant courage , et quittant la chasse et les jardins, prit le frein aux dents, si bien que, par son bonheur et vaillance , il chassa les Anglais de son royaume. »

Un autre chroniqueur dit : « En icelui an (li28), le jour dudit mois de mars, une pucelle de l'âge de dix-huit ans ou environ, des marches de Lorraine et de Barroiz, vint devers le roi à Chinon. Laquelle était de gens de simple élal et de labour; laquelle disait de moult merveilleuses choses, toujours en parlant de Dieu et de ses sainis, et disait que Dieu l'avait envoyée à l'aide du gentil roi Charles.... Elle se mit en habits d'hommes et requit au roy qu'il lui fît faire armure pour soy armer, telles tomme elle les deviserait, et lui baillât chevaux pour elle et ses gens ; et

ainsi fut fait. Et la tint le roi devers lui, jusques au mois de niay, sans qu'elle allât nulle part. El avant sa venue, le roi ni les seigneurs de son sang ne savaient quel conseil prendre. Et depuis, par son aide et conseil, vint toujours de bien en mieux. »

Le contraste de ces deux femmes, l'une maîtresse d'un roi, l'autre vierge, l'une perdue voluptueusement dans toutes les délicatesses de la cour, l'autre bardée de vertu et de fer, qui toutes les deux se sauvent et sauvent la France par l'amour, me rappellent celte chanson deBéranger : Les deux Sœurs de charité.

Il y a longtemps que tout a été dit sur Jeanne d'Arc. L'histoire, la chronique, la légende, le roman, le poème épique, la tragédie, l'ode, toutes les formes de la pensée humaine ont consacré cette figure héroïque; elle a été célébrée par le bronze, par le pinceau, par la musique; grâce à cette intervention de tous les arts, il y a deux Jeanne d'Arc, la Jeanne d'Arc historique, réelle, dont la vie, déjà très ornée de merveilleux, prêtait à la fiction, et une Jeanne d'Arc idéale, qui est devenue la personnification du sentiment national en France.

L'état de notre pays était déplorable. Il serait trop long de remonter aux causes qui avaient amené les victoires des Anglais et l'affaiblissement de la France. La détresse du royaume, tel est le fait important L'invasion désolait nos campagnes, la France était menacée de disparaître de la carte des nations, si quelqu'un ne se fût présenté, dans ces temps de dissolution et de ruine, pour ressusciter la force nationale, qui s'évanouissaitdemoment en moment. Jeanne d'Arc parut.

Les commencements de sa vie sont obscurs. Le village de Domremy au xv" siècle, une église, une chaumière habitée par la famille de Jeanne: une fontaine entre des touffes de groseilliers, un vieux hêtre, à quelque distance un bois; c'est au milieu de tels confidents de ses rêves que s'écoula l'enfance de la Pucelle. On n'est pas d'accord sur les premières années de sa vie : les uns écrivent qu'elle était chambrière dans une hôtellerie, hardie à chevaucher chevaux cl a les mener boire : d'autres rectifient celte version, disant que toute sa vie elle fut bergère et qu'elle garda les brebis, jusqu'à ce qu'elle fût menée vers le roi. « Elle n'avait jamais vu cheval, ajoute-t-on naïvement, au moins pour monter dessus. » Ce qui est' certain, c'est que du sein des campagnes et des habitudes de la vie rustique, sortit celle qui devait rendre la France à elle-même. L'amour de la patrie est fait du parfum des champs, des influences de la terre et des harmonies de notre cœur avec la nature.

Jeanne, quand elle alla trouver le roi, était petite de taille, bien compassée de membres et forte; elle avait la figure agreste, les cheveux noirs; au demeurant belle, mais de cette beauté âpre et robuste que la terre des Gaules imprime à ses enfants. Une fille du peuple, une paysanne, voilà par quelles mains l'épée de la France va repousser les Anglais! Le génie moderne de noire histoire se dessine dans les circonstances au milieu desquelles apparut celte femme. Toutes les fois que l'existence nationale, que l'intégrilé du territoire, seront mises en daiiger, nous verrons la défense jaillir du sein des classes agricoles. Jeanne d'Arc a une sœur dans noire histoire; cette sœur est la Convention.

Quand, menacée par l'invasion étrangère, mutilée par les intrigues royalistes, par les soulèvements de l'ouest et du

midi, la France fit appel, en 83, aux forces nationales, qui vint pour sauver le pays? Les paysans.

Sortie, en majorité, des énergies rustiques, elle avait gardé le souvenir de son origine, cette fière Convention qui, comme Jeanne d'Arc, sauvegarda, dans la défense du territoire, toutes les libertés nationales; au milieu de ses fureurs, elle avait des retours d'attendrissement vers les champs, vers les fuseaux, vers la volupté de la cabane; une main sur la hache, elle appuyait l'autre sur la charrue.

Les circonstances au milieu desquelles le patriotisme des races agricoles se manifesta en 93, ressemblent si bien aux circonstances où l'on vit paraître Jeanne d'Arc, que je ne puis me défendre de faire ce rapprochement. Aux deux époques, l'aristocratie militaire avait donné sa démission; les hommes de l'art désespéraient de l'indépendance du pays ; les chefs étaient découragés et sans force ; la division était dans les rangs de l'armée ; il fallut toute la foi populaire en l'avenir de la France pour dégager notre territoire des mains de l'ennemi La première fois, le pays fut sauvé par une femme, la seconde par la révolution.

Les Celtes, nos ancêtres, attribuaient au caractère de la femme quelque chose de divin ; ils personnifiaient en elle l'inspiration nationale; Jeanne d'Arc fut un reflet de ces croyances druidiques; la terre de France, si l'on ose ainsi dire, s'incarna dans cette jeune fille, bercée au bruit des vents, des sources et des autres voix de la nature.

Jeanne d'Arc alla donc trouver Charles VII Ce roi, comme tous les rois de France, vivait défiant et seul. Un de ses conseillers, se plaignant à lui , lui écrivait un jour : « Vous voulez toujours être caché en châteaux, méchantes places et manières de petites chambrettes, sans vous montrer et ouïr les plaintes de votre pauvre peuple. »

Le moyen delever des consignes si étroites? Jeanned'Arc s'annonça comme envoyée de Dieu pour remettre le roi en possession de son royaume. Si une pauvre fille du peuple s'annonçait ainsi de nos jours à la porte des chefs du gouvernement, dans ces temps de calamité publique, au lieu de lui donner audience, on laconduiiait pour toute réponse aux Petites-Maisons. A la vérité, les chroniqueurs nous apprennent que le rai ni son conseil n'ajoutèrent pas d'abord grande foi aux déclarations de la Pucelle : ils la tenaient une folle dévoyée de sa santé.

La vie de Jeanne d'Arc nous apparaît sous une double face : pour les âges de foi, c'esl une ins|urée ; pour les âges de science et de critique, c'est tout simplement une hallucinée.

Ce n'est point le lieu de faire, à l'aide des documents que nous posséilons, une analyse psychologique du caractère de la Pucelle. El pourtant il y a ici un point délicat sur lequel la lumière n'a point encore été portée. Jeanne d'Arc était sous la dépendance de scsvuix. Pour quicoiujue a fréquenté des asiles d'aliénés, rien de plus ordinaire que la présence de ce phénomène dans les cas de folie.

Généralement cet étal pathologique est la conséquence d'une tension di l'esprit, d'une idée (ixe , qui , après avoir envahi les facultés inlellcctueilcs, finit par envahir les organes des sens. Chez de tels malades; les conce|)tions du cerveau se traduisent en bruits extérieurs. Ils ne pensent plus li'ur|)ensce, si l'on peutainsi dire, ils renteiidenl; quelquefois mémo ils la voient, ils la touchent.

Les circonstances au milieu des(iuelles se forment l'esprit et le caraclèie d'une personne no sont pas étrangères à celle

maladie. Il est reconnu que la solitude, en donnant aux idées de prédilection, une fixité, une intensi é particulière, doit nécessairement prédis|)0ser les sens à ces erreurs, dont la science a retrouvé dans ces derniers temps la trace chez les plus grandes natures historiques.

Qui de nous dans son enfance ne s'est entretenu avec les arl)res, avec les nuages, avec le son des cloches? Qui n'a versé son àme dans lame de la nature? Aux jours d'automne, quand le vent arrache des branches mortes aux arbres dépouillés, qui de nous ne s'est écouté lui-même dans les bruits tristes et plaintifs du monde extérieur? Jeanne d'Arc, nature rêveuse, élevée au milieu du silence de la vie rustique, devait lecevoii- plus qu'une auli-e ces influences inévitables Presque toujours seule, à l'église ou aux champs, « elle s'absorbait dans une communication profonde de sa pensée avec les saints dont elle contemplait les images, avec le ciel où on la voyait tenir ses yeux cloués. ■ Celle fontaine, cet arbre, ces bois sanctifiés par une superstition vieille comme le monde, elle leur transmettait sa sublime inquiétude, et dans leur- murmure elle cherchait à démêler les accents de son cœur(lj. »

Jusqu'ici rien d'anormal ; mais, peu à peu, à force de s'isoler dans la contemplation de la nature et dans la prière, il lui arriva ce qui ariive à tous les extatiques : ses pensées, ses rêves, devinrent pour elle des êtres, les seuls dont le commerce lui fut agréable. Jeanne d'Arc se fil un monde invisible, peuplé des fantômes de son cerveau.

Deux oi'dres de croyances paraissent s'être imprimés aux sensations mystiques de cette jeune fille : d'une part les traditions druidiques, le culte des fées, les superstitions de la vieille Gaule; de l'autre les pratiques de la religion chr'éticnne. Ses idées, en lui appai'aissant dans un bruit, dans un allouchement, dans une vision des yeux, prir-eiU constamment la forme des saints ou des saintes dont elle avait vu les images dans l'église de Domi'emy. Celte alliance intime des idées et des sensations, cette iricar-nation rapide de l'esprit ilans les empi-einles et les figures du rTiondeextérieor, lel est le caractère du pliénomène auquel la foi donne une oi-ij;irie suinalur'clle, auquel la science inilige le soup-

I çon de folie.

* L'hallu<'.inalio'n se lie, chez les pei'sonnes qui en sont at-

teintes, à un étal ()ar'liculicr' de la sensibilité. Si un nx'dei'in pliysiologiste faisait l'analyse du caractère de Jeanne d'Aïc, il ne manquerait pas de rencontrer des indices pour conclure; envers elle comme M. Lélut l'a fait envois Socrale. Quoiqu'elle frit d'une bonne constitution physique et d'une banié rolusto, elle n'était point sujette, si l'on en croit les auteurs du temps, à l'infiimité des femmes. Ce qui confirme surtout l'analogie de son état avec celui des malades hallucinés, c'est la facilité et l'abondance des larmes. Ses contemporains témoignent l'avoir vue souvent et grandement pleurer.

Non seulement Jeanne d'Arc entendait des voix, mais ces voix étaient devenues pour elle une distraclion nécessaire; elle était li isle, elle se manquait à elle-même quand ces coix se taisaient. Sans ces bruits, qui la forliliaient , elle serait morte. Elle avait la maladie du pays de l'ànrc, la maladie du pays d'où lui venaient ces comnmnicalions or'al.s. L'inlervcniion de ses voix se liait pour elle à certains bruits du monde extérieur, par exemple au son des cloches. Dans

(1) Qiiicliorat.

un bois, quand le vent soufflait dans les feuilles, elle entendait aussi ses voix venir à elle. « Dans ces discoui's, dont le mystère bien entendu ne se déclarait qu'à elle seule, elle distinguait des intonations diverses à chacune desquelles elle altribuait son auteur. Elle nommait particulièrement saint Michel, sainte Catherine et sainte Mar-guerite. »

Quand elle se présenta devant le roi de France, elle y avait élé poussée par ses révélations. On s'explique comment ces voix, qui étaient, après tout, la voix de son esprit et de son cœur, prirent cette direction patriotique, et comment une jeune fille, qui entendait chaque jour parler' des ravages de l'.Anglais, transporta ses fantômes d'imagination à des entreprises militaires. Délivrer le pays était alors dans le cœur de tous les paysans qui avaient gardé l'amour des institutions et du sol natal : cette idée, l'idée de la France, se fit femme dans Jeanne d'Arc.

Ce qui nous surpreml et nous touche dans la mission de Jeanne d'.\rc, c'est l'harmonie entre son caractère, sa prêté, ses mœurs et l'idée qu'elle représente; à la religion des limites, il fallait une sainte; pour défendre l'inviolabilité du territoire, il fallait une vierge.

Pour ce qui est du myslèr-e pbysiologiqire, nous l'abandonnerions à la science, si Ihisloiie n'était elle-même intéressée à faire descendre la lumièi-e dans le secret de ces organisations humaines, qui ont servi de mobiles aux événements et aux liber tés nationales. Nous seriorrs au déses- [joir de verser sur celle héroïque figur'e des ombres et des soupçons qui pouri-aient en diminuer l'éclat ; mais nous ne voyons pas ce que l'admiration gagne au nieiveilleux. Il no faut pas non plus que notre impatience de tout l'amener, dans ce temps-ci, à l'ordre naturel, ru)us aveugle sur la por'tée de certaines observations scientifiques. L'hallucin.tiion est un phénomène malsain : en détachant de notre personnalité les ciéations de noire propre cerveau, elle devient ainsi la source d'erreurs que la raison réprouve, c'est un fait ; mais de ce fait nous ne tirerons pas, en ce qui regarde Sociale, Jeanne d'Arc et d'autres visionnaires fameux, des conséquences trop rigoureuses. La science est encore si peu avancée, malgré ses admirables travaux, (|u'elle n'a pas le droit de donner ses lumières pour limite à la nature. Les |)hysiolosisles je parle des plus éminenlsj me font un peu l'eflel de ces géographes de l'anliquîté qui, dans leur naïve ignor'ance du globe, écrivaient sur la cai'le : i> Jbi déficit orbi.i, ici finit le monde, » sans se douter que derrière les c.onlinenls alors connus, il y avait l'Amérique, l'Océanie et d'autres mondes encore à découvrir'.

Folie, soit; mais il est certain que les erreur-s de l'ouïe, du tact, de l'odorat, de la vue (car tous les sens de la Pu. celle, d'apr'ès ses propres témoignages, étaient alteinis pal la modification de son cerveau), devinrent pour Jeaiinf d'Arc les mobiles des grandes faculiés qu'elle manifesta dans la guerre. C'est pour avoir cru à une assistance particulière du ciel, dont l'impression pour elle était sensible à tous les moments de la vie, que Jeanne d'Arc Iriomfiha de la timidité qui lui était naturelle, et osa porter au roi ses conseils, son épée. Si jamais la France était menacée de nouveau parles armes élrangères, nous formons des vœux pour qu'il se rencontre encore une folle qui, do fond de sii chaumière, apporte, non plus au roi , mais à la nation, le secours de son bras et de son admiialile (h'iire.

Il est im|)os»ible de mieux prophétiser ia démocratie future : c'est du sexe 1» plus faible , d'une pauvre fille rus-

tique, d'une folle aux yeux de la science, que la fortune de la France se sert pour humilier la sagesse des vainqueurs et pour repousser les ravages de l'invasion. — Jeanne d'Arc élait-elle inspirée, était-elle hallucinée? Il y a peut-être moyen d'accorder ces deux opinions. Si l'on admet (et rien, selon nous, ne s'oppose à cette conjecture philosophique) que le Créateur se sert des mobiles les plus suspects aux yeux delà science, qu'il se sert de la maladie, par exemple, pour susciter chez certaines natures des forces extraordinaires, des facultés inconnues, on reconnaîtra que Jeanne d'Arc, tout en obéissant aux illusions de ses sens, aux fantômes de son imagination, était inspirée de Dieu.

L'objection est prévue ; elle nous a déjà été faite par M. Julien Rousseau (auteur des Notions de Phrénologie). Quoi, vous voulez mettre des fous à la tête du mouvement de rhumanilé 1 Mais « c'est un blasphème gratuit adressé à la divinité, une accusation contre elle, d'inintelligence, d'impuissance et de cruauté, puisque ce serait faire supposer que la découverte des grandes vérités nécessaires au genre humain n'entre pas dans la destinée directe et normale de l'homme. » Cette objection ne nous effraie pas. Nous ne voulons pas dire que les volontés divines s'accomplissent sur la terre par les égarements de l'esprit; nous disons seulement que dans quelques cas, certaines maladies nerveuses, certaines lésions de la sensibilité naturelle, deviennent chez l'homme, combinées avec les croyances de son siècle, la source d'une exaltation qui,ap[iliquée au sentiment religieux ou au sentiment national, réalise des merveilles.

Nous ne voyons pas en quoi la Providence dérogerait à la majesté de ses lois, parce que dans les âges de foi et d'ignorance elle se serait servie, pour sauver le sol de la patrie, de certains dévoùments hallucinés par leur propre enthousiasme. Les grandes découvertes, les grandes actions, exigent de grands sacrifices, quelquefois même le martyre de ce que les hommes, dans leur ignorance des rapports de l'homme avec l'infini , ont appelé la raison. — La raison n'est en eflet qu'une limite.

En déchirant le voile sur un monde de sensations nouvelles, le magnétisme devrait rendre de nos jours l'esprit de l'homme circonspect dans ses doutes et dans la nature de ses jugements. Les voix chez Jeanne d'Arc n'étaient pas toujours l'écho de sa pensée; elles étaient plus souvent encore l'écho de ses pressent i-ments, l'écho de ses intuitions , l'écho de cet ordre de phénomènes qu'on désigne vaguement de nos jours sous le nom de seconde vue. On ne peut donc nier que la maladie des sensations ne lut chez Jeanne d'Arc Vorigine d'un privilège sur les natures plus saines qui l'entouraient.

Un des charmes de la Pucelle , c'est de nous apparaître dans un demi-jour mystérieux, entre l'âge des croyances qui huit et l'âge de l'inspiration humaine qui commence. Elledul à un ordre de perceptions étonnantes ces facultés qui, sans sortir de l'ordre naturel, semblent, du premier coup d'œil, appartenir au merveilleux de l'histoire.

Parmi les contemporains de la Pucelle, si la plupart l'ont crue directement inspirée de Dieu , d'autres , avec un bon sens qui étonne dans ces âges d'ignorance, attribuent sa vertu prophétique â une i)articulaiité de nature. Un Allemand l'appelle la Sibylle de France, « (\u\ était sibylle pour lui aussi bien querErilhréenne ou celle de Cumes. »

Ou a fait observer que ces facultés singulières n'étaient

relatives chez Jeanne d'Arc qu'à l'objet de sa mission, c'està-dire à la délivrance de son pays.

Ce qui trace l'impulsion de ce caractère, servi par des facultés si étranges, c'est toujours le sentiment national. Elle fut l'inspirée du droit.

A quoi bon raconter maintenant les hauts faits militaires de la Pucelle? Tout le monde sait qu'après avoir rencontré foute défiance dans les gens de la cour, elle remporta sur les Anglais une série de victoires qui donnèrent aux éléments de la nationalité française le moyen de se reconstituer. Ce qui est moins connu, c'est la résistance quelacour, le roi lui-même ne cessèrent d'opposer aux desseins de celte fille du peuple.

Les hommes d'État contrarièrent ses vues, gênèrent ses ré.<!olutions, et finirent par la perdre.

Quel nom donnera une politique, savante sans doute , qui, par attachement aux préjugés de caste, aime mieux se priver du secours inattendu qui lui arrive, et compromettre le salut du pays, que de devoir cette délivrance â l'intervention d'une vierge plébéienne. 11 importait peu à ces favoris du roi que la France fût sauvée, si elle ne devait pas l'être par eux.

Jeanne d'Arc n'eut pas seulement à lutter contre les An glais, elle eut â lutter contre la cour. Un chroniqueur dit : « La Pucelle qui avait vu et entendu la manière que le roi et son conseil tenaienlpour le recouvrement de son royaume, très mal contente de ce, trouva manière de soi départir d'avec eux; et sans le su du roi ni prendre congé de lui, elle fit semblantd'aller en aucun ébat, et sans retourner s'en alla à la ville de Lagni-sur-Marne. » Ce que Jeanne emporta de tristesse et d'amertume dans son cœur, on le devine à cette lecture. Il ne faut plus s'étonner qu'au milieu de l'éclat des armes, aumomentdesaplus grande gloire, cette jeunefillo, abreuvée d'ennuis par l'opposition des nobles , tournât sans cesse ses yeux et ses souvenirs vers sa chaumière, vers les joiesfranquillesdela famille. « J'ai accompli, disaitelle, ce que Messire me avait commandé, qui était lever !e siège d'Orléans et faire sacrer le roi. Je voudrais qu'il 'lui plût me faire ramener à mon père et à ma mère, afin que je gardasse mes brebis, et fisse ce que je soulaisfaire. »

En lisant les intrigues, les manœuvres, les perfidies dont le parti de la cour se servit pour ruiner le prodigieux ascendanlexercéparlaPuceIle,lecœur se série d'une indéfinissable tristesse; mais souvenons-nous de 1791 , des dégoûts dont l'aristocratie abreuva Hoche, Championnet, Marceau.

Parle sentiment qu'éprouvaient les nobles, au début de notre première révolution, envoyant les fils de la roture se mettre à la tôle des armées et gagner les batailles, oa conçoit l'humiliation et le ressentiment secret des gentilshommes de Charles VII , quand ils se virent effacés par une jeune paysanne. Que Charles VII ait partagé cette malveillance cnverslaPucelle, je ne m'en étoiinepas.Ce queles rois défendent dans la guerre, c'est leur royaume, ce sont les droits que la couronne leur confère; quand ces droits leur sonimaintenus parune main plébéienne, ils éprouvent pour elle, au lieu delà reconnaissance, del'antipalhie et de la crainte. Ils redoutent que cette puissance ne s'impose à la leur, et s'irritent de devoir quelque chose à des créatures qui sont censées tout tenir de leur initiative.

La conspiration permanente des courtisans contre la Pucelle devait aboutir à un dénoùment sinistre. Tous les historiens conviennent qu'elle fut trahie devant Compiè-

gno. Quelqu'un fut-il coupable d'avoir vendu Jeanned'Arc? On l'ignore; mais tout porte à croire que si celte trahison ne fut pas vénale, elle eut du moins pour mobile une basse jalousie. La Trémouille, dit un vieux chroniqueur , « eut envie des faits que faisait la Pucelle et fut coupable de sa prise. »

Il est bon d'ajouter que, par l'indépendance de son caractère, cellejeune fille avait provoqué contre elle, de la part des gens de cour, une hostilité croissante. « Elle ne voulait, disait-on, croire conseil, ains faisait tout à son plaisir. » Il est facile de découvrir sous cet aveu les inquiétudes et les alarmes de l'autorité royale qui craignit d'être débordée par l'influence de Jeanne. L'ascendant qu'elle avait pris sur les niasses populaires la rendait miportune.

Le complot était arrêté depuis longtemps.

On se débarrassa d'elle le 23 mai lï30 , à six heures du soir, en la jetant dans les mains des Anglais.

Aucune démarche sérieuse ne fut faite par Charles VII, ni par les grands du royaume, pour tirer de sa captivité une jeune fille qui avait protégé la couronne et les biens de l'aristocratie. Il y a plus : on |)eut dire que si Jeanne d'Arc n'eût pas été alors brûlée par les Anglais , elle l'eût été un peu plus tard par les Français.

Nul, surtout quand il

est issu du peuple, ne De Moraine

se montre impuné- ^^j

ment supérieur à son siècle, aux nobles qui, ayant tous les bénéfices du territoire , devraient aussi supporter les charges de la défense, aux ministres d'un roi faible, qui , ne sachant point se servir de l'autorité , nu veulent point qu'un autre s'en empare pour les sauver eux-mêmes et |)our sauver le pays.

Jusqu'ici on n'avait vu dans le supplice de Jeanne d'Arc que la main de l'Angleterre; gn\cc à des recherches historiques plus récentes et plus approfondies on surprend aujourd'hui derrière son bûcher les mains de l'aristocratie française.

On s'explique maintenant connnent le souvenir de la Pucelle est resté dans le peuple une religion.

Tandis que toutes les forces aristocratiques avaient f:iil

défection à la cause du droit; tandis que les généraux les plus renommés de leur temps désespéraient de l'issue d'une guerre qui traînait en longueur ; tandis qu'un roi faible, cruel et voluptueux, s'abandonnait lâchement dans la retraite au découragement et à la mollesse, elle seule, traînant à sa siiile gens de basse condition, avait relevé les courages et repoussé l'invasion du cœur de la France. Elle, la Jeanne ! elle, la multitude, sous les traits d'une jeune fille 1 elle, l'âme démocratique des campagnes de la Meuse 1 Elle avait si bien effiicé son sexe sous la grandeur de sa mission et de ses entreprises militaires, que les auteurs du temps s'étonnent, avec une pieuse naïveté , de retrouver chez elle les signes de la femme ; une voix douce, des formes délicates et deux seins qui paraissaient quelquefois sous l'armure, aliquando videbat mammas ejus quœpulchrœ erant.

Ce n'était point une femme , en effet , c'était la liberté du territoire sous une figure humaine.

Faut -il s'étonner maintenant que cette figure ait été poétisée par l'admiration de ces mêmes classes agricoles et ouvrières, dévotes au culte des souveniis , qui saluent, en quelque sorte , dans Jeanne d'Arc, leur patronne et leur sœur?

Jeanne, prisonnière, fut d'abord jetée dans une cage de fer oii elle vécut liée par le corps, '""'"" les mains et les pieds.

sNAis. On la retint dans cet

état depuis son entrée dans la ville de Rouen jusqu'au commencement du procès. Sa prison s'adoucit alors , d'après les hislorieiis; elle n'eut plus que les fers aux pieds.

M. Quicherat s'attache à démontrer que toutes les règles de la procédure employée à cette époque par les tribunaux de l'Inquisition ont été rigoureusement observées; nous le croyons sans peine : l'observation de ces règles donnait si facilement accès à l'injustice, à la violation de tous les droits ! Le procès de Jésus-Christa été, lui aussi (quoi qu'en dise M. Dui)in dans une savante brochure), conforme â la loi des Juifs. L'infamie n'est point, ici, dans l'infraction des juges aux usages de la justice, elle est dans l'innocence du condamné.

Les informations furent h coup sûr, diiigécs par un es-

HISTOIRE DES M4HTYRS

prit d'hostilité : Jeanne fut jugée par ses ennemis. C'est à peu près ce qui arrive dans tous les procès politiques.

l.e cas de Jeanne avait été qualifié de ceux que dénonce le cri public. Or, la procédure inquisitoriale réduisait presque à rien l'inslruclion de ces sortes d'aliaires. Il suffisait, à la rigueur, de trois ou quatre témoins attestant la commune renommée. Il n'y eut point d'avocat au procès; la loi en refusait aux hérétiques. Ka Pucelle fut condamnée sur les témoignages sortis de sa i)ouclie.

Si déplorable que fût l'accusalion d'hérésie portée contre Jeanne d'Arc, il fallait bien un prétexte quelconque à la haine et à la mauvaise foi de ses juges. Ce prétexte, il faut le chercher dans la nature même de cette jeune fille. Là modification nerveuse, qui avait atteint chez elle toutes les manifestations de la vie, avait donné à ses pensées et à ses sentiments religieux un caractère particulier. Jeatine avait ses aulorités en elle-même ; elle avait ses voix. Que celte révélation l'emportât pour Jeanne sur tous les commandements écrits, sur tous les points de foi décidés par l'Kglise, on ne saurait en douter, quand on voit sa naïve confiance dans l'action immédiate de Dieu sur elle. C'est le propre des extatiques que de se rendre indépendants du monde extérieur et des O()inions établies. La vivacité des perceptions intérieures donne en outre à l'expression de leurs idées, de leurs sentiments, un tour individuel et pittoresque, dans lequel l'orthodoxie trouve souvent à reprendre. C'est là, et non comme le dit M. Quicherat dans l'ignorance de termes, qu'il faut chercher la cause des erreurs de foi dont Jeanne d'Arc fut accusée.

Une hérésie, plus gruve que toutes les autres aux yeux des casuistes anglais, fut sans doute cette proposition mal sonnante qui résume toute la vie de la Pucelle : « Dicil Anglicos nuUum jus habere in Franciâ, el dicil se missam a Deo lit illos inde expellal : Les Anglais n'ont aucun droit sur la France, et je suis envoyée de Dieu pour les chasser. »

La justice d'alors n'en voulait pas seulement à la vie de l'accusé, elle en voulait à sa conscience, à son honneur, à ses idées; le tuer, c'était peu : elle tenait à le faire abjurer On prépara, dans la ville de Rouen, une estrade oii monta Jeaime d'Arc; à côté d'elle se tenaient Guillaume Erard, l'appariteur, les greffiers de la cause, et autres gens de justice :un groupe sinistre! On lui fit prononcer une formule de rétractation ; on lui présenta ensuite un pa|)ier sur lequel, dune main tremblante et brisée, elle fil une croix en manière de signature. Dans ce papier, elle s'accusait ellemême d'avoir enfreint l'Écrilure-Sainte et les lois de l'Église, d'avoir sinmié ses apparitions, d'avoir porté à tort l'habit d'homme et exercé de son chef le métier des armes.

A la vue de ce pa|)ier, à la vue de cette croix, conservée dans les pièces du procès, le cœur se serre ! Cette fille de dix-neuf ans, réduite à un cachot, chargée de fers, menacée des flammes, tourmentée jour et nuit par d'insupportLd)Ies obsessions, cède d'une voix mécanique; elle dit ce qu'on lui dit de dire ; d'une main abandonnée, elle signe ce qu'on lui dit de signer. — Vous voyez bien qu'elle était coupable, conclut la justice, en triomphant de cet aveu arraché par la menace et la violence.

Jeanne ne tarda point à se repentir de cette faiblesse. Les voix de sa conscience lui reprochèrent d'avoir trahi la vérité contre elle-même. Elle relira sa rétractation el racheta sa faute par le sacrifice de sa vie.

Tandis que la cour oubliait Jeanne d'Arc dans sa prison, le peuple se souvenait. « Il n'y eut qu'une voix pou l'élever au-dessus de tous les saints. On lui dressa des statues dans les églises; des oraisons furent composées, des messes chantées en son honneur. Ce culte, peu gotiié du gouvernement, peut-être aussi du clergé, cessa, comme je l'ai dit, par sa mort (Ij. »

Aux yeux du haut clergé, Jeanne d'Arc avait été condamnée dans les formes. Qu'exigez-vousde plus? k... Lequel évêque ayant adjoint avec lui le vicaire de l'inquisiteur des erreurs et hérésies, et ayant appelé avec eux grand et notable nombre de solennels maîtres et docteurs en théologie et droit canon, commença avec la gravité qui était due le procès d'icelle Jeanne. Après que l'évêque et ledit inquisiteur, juges en cette partie, eurent par |)lusieurs et diverses journées interrogé ladite Jeanne, les confessions et assertions d'ice. le furent mûrement examinées parlesdils maîtres docteurs et généialemenl |)ar toutes les facultés de notre liés chère et très aimée fille l'Université de Paris, devers laquelle lesdites confessions ont été envoyées. Par l'opinion et la délibération de ces pièces, lesdiis juges trouvèrent icelle Jeanne superstilicuse , devineresse de diables, bUisphémeresse en Dieu, schismaiique el errant par moult de sorts en la foi do Jésus-Christ [Chroniques du temps) »

Au moyen-àge, quand on voulait se défiire d'une personne on l'accusait de sorcellerie ou d'hérésie; à celle heure, quand on veut perdre quelqu'un, on l'accuse de communisme.

C'était le 30 mai 1431, à Rouen, sur la place du marché, devant l'église Saint Michel. La justice avait choisi C€t endroit pour que l'exécution fût vue d'un très grand ()euple. La peine de mort, ce jour-là, revêtit toutes les pompes dont elle s'habillait au moyen-âge. Vers l'heure de midi, fut amenée du cliâleàu cette jeune fille sur laquelle fous les yeux se porièrent avec curiosité. Son visage élait trisie et calme. Le feu élait prêt. On lut à Jeanne dicerscs choses, selon l'usage. Ensuite elle fut liée au poteau. Sur sa tête était une mitre avec ces mois écrits : « Hérétique, relapse, afiostaie, ydohttre. » Sur un tableau devant l'échafaud où élait Jeanne, on lisait : « Jehanne qui s'est fait nommer la Pucelle, menleresse, pernicieuse, abusercsse de peuple, divineresse, superstilicuse, blasphémercsse de Dieu, présomptueuse, malcréante de la foi de Jésus-Christ, vanteresse, yddlalre, cruelle, dissolue, invocatcresse de diables, apostale, schismaiique et hérétique. »

Toute la sensibililé de Jeanne se réveilla dans ce moment suprême. Elle pleura.... Ses ennemis calomnièrent juscju'à ses larmes, qu'ils aitribuèrent méchamment au repentir de ses fautes.

Son corps fut réduit en cendres : les cendres furent jetées au vent, hors la ville.

De ce bûcher, de celle sentence, de cette cérémonie de justice, il n'est resté qu'une coupable aux yeux de l'histoire, l'Angleterre.

Nous avons vu que, derrière le bras des Anglais, élait la main de l'arisiocraiie française, qui, selon toute vraisemblance, avait 'ivre la Pucelle, qui s'abslint de toute démarche pour la tirer de pi-ison, qui, par une lâche condescendance, se dissimula daiis les embuscades de ce ténébreux procès.

Il n'est guère de martyr des temps modernes (|ui n'ait été

(1) Quicherat, aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc.

comparé à Jpsus-Christ. Il semble que toutes les grandes soufTrances de l'humanité se rapportent, avec des traits frappants de ressemblance, à la fijjure du Calvaire. M.iis il y a dans la vie de Jeanne d'Arc des analogies plus directes qui font de la vierge de Doniremy une sorte de Clirist femelle. Comme le Supplicié de Jérusalem, elle se sacrifia pour son peuple, elle fut trahie par un des siens, livrée entre les mains des princes des prêtres et des pharisiens qui la déclarèrent sédiiieusi; et digne de mort, exécutée par les chefs de l'Église, sous la surveillance des soldais étrangers.

L'incarnation de Jeanne d'.Vrc rappelle si bien celle du "Verbe fait homme, qu'elle ligure au procès comme un des chefs d'accusation: on lui reprocha d'avoir dit ; « Je suis ici e!)voyée de Dieu, le roi du ciel, corps pour corps. »

A peine Jeanne d'Arc fut-elle brûlée que « onques depuis, dit un vieil historien, les Angloysne prospérèrent en France ; ains en furent déjectez, ensemble de tous les pays ciicoiivoisins, à leur granle honte et confusion »Ce résultat est celui qu'aiiirent sur toutes les dominations injustes les forfai's et les iniquités de la compression. Nous ne vouions pas ici renouveler du vieilles querelles nationales; mais, entre l'Anyleierrc et nous, il y a un obstacle que ses entreprises militaires ne franchiront jamais: cet obstacle n'est point la .Manche, ce ne ne sont point les fortifications de nos poits: cet obstacle, c'est le bûcher de Jeanne d'Arc 1

Tous les écrivains qui ont célébré, en France, cette poétiqtie fifiure appartenaient à la classe populaire : tous ceux qui l'ont salie appaiienaient aux tendances aristocratiques. La Pucelle de Vollaire n'est, pas seulement une œuvre immorale, c'est une œuvre anii-naiionale et réactionnaire.

La gloire de Jeanne d'Arc n'est pas une personne : elle appartient à la naiion française; elleappartient surtout à ces classes ouvrières et agricoles dont la Pucelle fut la manir.sialion glorieuse. « La sainte du moyen-i'ige que le moyen- ,!:.'e a rejeiée (le moyen-i'ige ihéoci'atique et féodal) doit de- \ri)ir celle des temps modernes. Elle a confessé par sa mort bien des sentiments pour lesquels il convient qu'il y ait encore des martyrs. Sortie des derniers rangs du peuple, elle vint faire valoir, non sa personne, mais le dessein qu'elle n'osait s'attribuer à elle-même, de relever un grand peuple abattu (I). »

Celle sainle a déjà trouvé son temple et son grand-prêtre : l'ilixloire de France par AL Micheh t.

Si jamais les mêmes circonstances renaissaient, si la liberté (le nos limites élaii de nouveau menacée: si l'invasion avait d' boidé nos frontières, la démocratie française nous devrait une seconde édiiion de Jeanne d'Aïc Oui, de ce qu'il y a de plus faible et de plus humble; oui, des chaumièieset des ravins, soriiraii une résistance (pii desespérciait l'ennemi. On verrait les femmes de nosbou'gs, ins|pirées()ar la fureur divine, chas^cr les étrangers à coups de fourches. Une main m^iifiue, peut-êire même la m.iin d'une jeune iille, dirait aux llo: s courroucés de l'invasion : « V'uus u'irez pas plus l"in ! B

^1, M. Quiciierat.

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