‹ Histoire des martyrs de la libertéChapitre 6 sur 49 · L'EGYPTE · texte numérisé non relu

L'EGYPTE

moïse.

Di's liords du Gange et de l'Indus, la civilisation passa sur les bords du Nil ; mais modifiée. L'Ègyple est un pas vers le

HISTOIRE DKS MARTYRS

dégagement des dogmes religieux et des insiitutions politiques. A chaque société nouvelle qui se fonde, l'hunianité fait une étape.

L'idée de Dieu est moins confuse en Egypte que dans l'Inde; le régime des castes y est moins marqué. Toutefois c'est encore ce Dieu perdu dans toute la nature qui éclate (.à et là en personnifications terrifiantes; c'est toujoursl'Elat qui enveloppe tout.

La caste sacerdotale exerçait une puissance très étendue sur les insiitutions civiles et même sur la vie domestique. Par le moyen de ses initiés elle remplissait toutes les fonctions publiques de son esprit, de sa présence. L'ordre des initiés était une puissante confrérie, moitié civile, moitié religieuse, dont les membres étaient formés par la main des prêtres; ils s'imposaient à l'État qu'ils éclairaient de leurs lumières, qu'ils pénétraient de leur action. On a voulu trouver dans celte association secrète l'origine de la maçonnerie, aujourd'hui éteinte ou peu s'en faut , mais dont l'organisation n'a pas été sans influence sur le mouvement d'idées qui prépara la révolution française.

Les principaux mystères du culte Égyptien étaient voilés comme la déesse Isis; conservés dans les temples, on ne les découvrait qu'après des épreuves longues et sévères. Les initiations étaient des cérémonies, des exercices, au moyen desquels on faisait passer sous les yeux de l'aspirant la figure des dogmes dont le dépôt était confié aux prêtres seuls. Cette éducation, toute traditionnelle, était inaccessible au vulgaire. On dit qu'un prêtre d'Egypte voulut communiquer à ses concitoyens, malgré de solennelles défenses, quelques-unes des inspirations qu'il avait puisées dans le temple. Il est dillicile de pénétrer, à travers l'obr scurité des temps, la nature du secret qu'il avait dérol>é. Son larcin fut puni d'un supplice mémorable. On montrait, dans les épreuves qu'on faisait Subira l'initié, ce prêtre indiscret et rebelle, dont un affreux vautour mordait le foie. Un tel spectacle, ménagé avec art, était fait pour ôter l'envie de communiquer à la multitude des connaissances qui devaient constituer le privilège des seuls initiés. On voit d'ici comme les mythes se forment : ce Promélhée égyptien est passé dans l'humanité, dont il est devenu une des figures symboliques et douloureuses.

En Egypte, comme dans l'Inde, rien ne changeait. Il était absolument défendu de rien innover aux formes, ni à l'esprit de la religion. L'immobilité, la perpétuité, le mystère, telles étaient les enveloppes de la science, qui, liée au dogme, prenait un caractère sacré. L'entrée en était solennellement interdite aux profanes. L'humanité, dans sa marche à travers les ténèbres, éprouvait alors le besoin de cacher son flambeau, comme les jeunes filles qui, marchant de nuit dans l'obscurité, mettent la main devant leur lumière pour empêcher cette lumière de s'éteindre.

Lus prèties tenaient d'ailleurs à conserver, par égoïsme de caste, une science qui leur donnait la supériorité sur les autres hommes. De là ces voiles , ces ténèbres dont ils se servaient pour couvrir quelques lambeaux de tradition. Il est diflicile de se faire aujourd'hui une idée de la force et de l'étendue de ces connaissances si précieusement celées; toujours est-il qu'un tel enseignement immuable siillisait à cette civilisation endormie dans la nature, comme l'enfant sur le sein de sa mère.

Cette immobilité se réfléchissait sur les institutions. La société était un moule à compurtiments, dans lequel la tra-

dition coulait pour ainsi dire une matière figée. Le régime des castes arrêtait tout essor de l'activité humaine. Nul mouvement. Le voi d'Egypte était la première victime de cet es|irit d'ordonnance et de symétrie, qui enveloppait toute la nation. Sa vie était réglée jusque dans les détails les plus minutieux par une discipline invariable. C'est ainsi que dans les sociétés anciennes l'esclavage remonte toujours à celui qui l'impose.

Cet esclavage était, d'ailleurs, au-dessus de toute volonté humaine; il n'eût été donné à pei'sonne de le détruire; il résidait dans la force même des choses. On le retrouve gravé sur tous les monuments, sur toutes les institutions. Les bas-reliefs qui nous sont parvenus nous montrent, dans l'intérieur du ménage, des esclaves exécutant tous les travaux domestiques sous la menace du fouet.

Les vivants et les morts se confondaient, par l'immobilité. Un état social, enveloppé de bandelettes comme les momies dans leur sarcophage; un Dieu enfermé dans les éléments; quelque chose de fatal et d'immuable; des agents créateurs, auxquels l'imagination prêtait une figure, une volonté; un panthéisme nuageux; un symbolisme impénétrable; de sombres dogmes consentis par une foi aveugle ; la nation assujétie à un homme, cet homme assujéti au pouvoir ; un culte empreint de grandeur et de tristesse; je ne sais quoi d'obscur et de démesuré dans le matérialisme des croyances ; la notion de la force conçue dans ses rapports avec l'homme; un art immobile comme le dogme même ; les fonctions de la nature revêtues de formes extraordinaires et vivantes; tels étaient, en résumé, les principaux traits de la civilisation égyptienne.

Les choses en étaient là, quand une famille étrangère vint habiter en Egypte; elle avait pour ancêtre et pour tige Abraham, homme célèbre dans tout l'Orient. Cette famille, qui s'était introduite dans l'Egypte, à la suite d'une famine, portait dans ses mœurs et dans ses caractères physiologiques la trace de son origine arabe ou chaldéeiine. En vertu de cette loi de propagation rapide dont jouissent les races jeunes, elle s'était, en peu d'années, considérablement accrue. La puissance de cette famille étrangère, qui se multipliait tous les jours, et qui était devenue une petite nation dans la nation, donna des craintes au Pharaon régnant, homme dur et ombrageux.

Quand on veut afî'aiblir uhe race, on diminue son alimentation et l'on augmente ses travaux. Voyez de nos jours l'Irlande.

La race juive fut, dès son origine, une race martyre. En Egypte, on l'opprimait par les impôts, par le manque de nourriture, ])ar les fardeaux lourds et pénibles.

Quel(|ue chose étonne dans ce calcul atroce et profond , c'est que la science du mal fût alors entrée si avant dans la politique. Les hommes d'État et surtout les rois vont d'instinct à toutes les mesures d'extermination sourde,- dont l'étude des lois de la nature révèle lentement l'eflicacité.

Ainsi surchargée, la postérité de Jacob ne laissa pas que de croître et de se multiplier.

Aboyant alors l'insuccès de ses ordonnances, le roi comprit que les moyens d'affaiblissement employés contre la race maudite ne sutlisaient pas. Il résolut alors de tarir pour elle les deux sources de la vie : l'alimentation et la rejiroduetion.

Pharaon commanda aux sages-femmes de mettre à mort les enfants mâles et de ne laisser vivre oue les filles. On

DF, LA LIBERTE

apm'çoit sous cet oedrc royal rimnioralik' des civilisations ancieniies. On épargnait les filles par iiidifl'érence , par dédain et aussi parce qu'elles étaient considérées comme des objets de plaisir. Destinées à satisfaire les convoitises des grands, leur naissance était considérée dans tous les cas comme un bienfait.

Les sages-femmes, qui appartenaient à la race proscrite, éludèrent les ordres du roi. Elles mirent leur conscience à l'abri derrière une pieuse fraude : « Les femmes des Hébreux, racontèrent-elles à Pharaon, ne sont pas comme les femmes égyptiennes; car elles sont vigoureuses , et elles sont délivrées avant que la sage-femme soit arrivée cbez elles. »

Le roi renouvela la sentence de mort qu'il avait prononcée contre la postérité de Joseph, et commanda cette fois à tout son peuple de se faire le ministre de sa politique violente et cruelle : « Jetez dans le fleuve tous les fils qui naîtront ! » Cette complicité d'une race qui met sa main dans le san-ï d'une autre lace révolte nos idées de justice. En Egypte et dans tout i"Oriciit, l'immolation était passée si avant dans les mœurs que les ordres du roi ne paraissent pas avoir rencontré de résistance, tant était obscurcie au fond de ces consciences esclaves la notion du jjien et du mal.

Le meurtre en masse était une conséquence politique de ces dogmes inexorables qui soumettaient l'homme à la fatalité, et qui montraient sous mille figures la destruction comme une des propriétés divines.

Les circonstances qui sauvèrent d'une mort universelle un nouveau- né sont particulières et surprenantes. Un homme de la maison de Lévi avait pris en mariage , selon la coutume de sa race, une fille de sa tiibu. Celle femme conçut et mit au jour un fils. Voyant qu'il était beau, elle le cacha pendant trois mois. Mais comme les ordres du roi redoublaient de rigueur, reconnaissant qu'elle ne pouvait le dérober plus longtemps, elle mit l'enfant dans un coffret de jonc, enduit de bitume et de poix. Ceci fait, elle jiosa le tout parmi des roseaux sur le bord du fieuve et s'éloigna.

Par une délicatesse de mère qui se retrouve à tous, les temps et dans toutes les sociétés, la fenmie voulut suivre jusqu'à la finies traces de l'enfant abandonné. Elle char gea sa fiHe de veiller sur ce précieux dépôt. La sœur de l'enfant se tenait donc en obseivatioil pour savoir ce qui en arriverait. Or, la fille de Pharaon descendit à la rivière pour se baigner. Quelle fut sa surprise, d'apercevoir au milieu des roseaux un coffret en jonc qui surnageait! Elle envoya une des filles de sa suite pour le prendre. L'ayant ouvert, elle trouva un enfant, et cet enfant pleurait. Elh; en fut touchée de com[)assion et dit : « C'est un des enfants de ces HébreuK ! »

Alors la sœur du nouveau-né s'avança vers la fille du roi ■ « — Irai-je, lui dit-elle, appeler une femme d'entre les Hébreux qui allaite cet enfant? » Et la fille de Pharaon lui répondit : «Va !...uElle revint avec sa mère. La fille de Pharaon lui dit : Emporte cet enfant que tu nourriras et je te donnerai ton salaire. La fcnmK^ prit l'enfant qui était le sien et l'allaita. Quand il fui grand, elle l'amena à la fille de Pharaon, qui l'adopta comme son fils, et qui le nomma Moïse , parce que , dit-elle , je l'ai tiré du sein des eaux.

Moïse passa toute sa jeunesse 'i la cour du roi d'Egypte, parmi les prêtres et les savants; il fut initié à leurs connaissances mvstérieuses. Ces circonstances étaient favora-

bles pour développer un génie ardent. On suppose qu'une partie des traditions sur l'origine du monde , sur les commencements de l'humanité, sur la formation des sociétés primitives, lui furent enseignées dans les temples. 11 y apprit l'ordre et la suite des créations, les époques de la terre, l'histoire des premiers hommes, la succession des familles, les débordements di; la mer et beaucoup d'autres choses enveloppées de merveilleux et de figures.

Au milieu des délices de la cour et des révélations de la science, Moïse ne perdit poait de vue son origine. Attaché h sa race par les liens du sang et par devoir, il donna tout d'abord des preuves de cet esprit national qui lui fit entreprendre de si grands prodiges. Cet enfant trouvé se souvint de la maison d'Israël qui était captive en Egypte. 11 alla donc vers les siens et les trouva soumis aux plus durs traitements.

Or, il arriva qu'on ce temps-là, Moïse étant devenu grand , vit un Égyptien qui frappait un Hébreu d'entre ses frl'res. Son sang s'enflamma ; mu par un sentiment de patriotisme , il tua l'Egyptien et le cacha dans le sable.

Moïse est un exemple de ces caractères sensibles qui , à la vue de l'injustice et de l'oppression , frémissent : dans leur indignation mêlée de violence, ils offensent quelquefois la justice même qu'ils voudraient rétablir sur la terre.

Dès ce jour, Moïse se sentit a])pelé sans doute à prendre de l'autorité sur les siens. Étant sorti le lendemain, il vit deux enfants d'Israi'l qui se querellaient, et dit à ci^lui des deux qui otfensait l'autre : Pourquoi frappes-lu ton prochain? Celui-ci répondit: « Qui t'a établi prince et juge sur nous? Veux-tu me tuer comme tu as tué l'Égpytien ?» — Ainsi le premier sentiment que Moïse rencontre parmi ses frères, c'est de l'insubordination et de la colère contre lui. L'histoire nous apprend qu'il en fut ému. L'ennemi le moins traitable est souvent le peuple qu'on se propose de délivrer de la servitude.

il y a poui'taiit des cas où pour affranchir les hommes il faut les dominer.

Moïse jugea par ce langage que le meurtre de l'Égyptien était connu. En etl'et, le bruit en v'inl à l'oreille du roi qui entra dans une grande colère. Moïse, sachant qu'on cherchait à le faire mourir, s'enfuit de devant Pharaon et s'arrêta au pays deMadian. Il s'assit près d'un puits Or, le sacrificateur de Madian avait sept filles qui vinrent ijuiserde l'eau. Elles emplirent les auges pour abreuverle troupeau deleur père. Mais des bergers survinrent, qui les chassèrent. Moïse se leva, secourut les jeunes filles et fit i)oire leurs brebis.

C'est parle respect de la femme, par la protection du fort aux faibles, que le libérateur du peuple hébreu devait préluder à sa mission haule et difficile.

.Moïse épousa la fille du sacrificateur de Madian. Séphora.

Nous n'envisagerons la vie de Moïse que dansson rapport à l'histoire des révolutions : le point de vue religieux ne nous appartient pas. Il y a dans le monde deux ordres d'idées : la foi et la science. Tout en respectant les origines, les croyances et les monuments religieux des peuples, l'histoire réduit tout aux proportions de l'humanité.

Comme la plupart des révélateurs. Moïse fortifia son esprit par la solitude , et selon toute vraisemblance , par les voyages. Un temps de repos, de silence, de méditation précède toujours les grandes découvertes de l'esprit et les œuvres puissantes. Or, Moïse roulait dans son cerveau une en-

(reprise unique, colossale : appeler uneiialion à l'existence, faire un peuple.

Longtemps après la fuite de Moïse, le roi d'Egypte mourut. Les enfants d'Israël sur lesquels pesait toujours une insupportable servitude firent entendre des plaintes et des sanglots. Au milieu des loisirs de la vie pastorale , Moïse n'abandonnait d'ailleurs pas le projet qu'il avait conçu de ramener ses frères en Palestine. Sous latente, il ne cessait de rédéchir et de poursuivre dans toute la nature la vision de son idée. L'esprit qui était en Moïse lui découviit que le moyen d'affrancbir et de constituer un peuple, c'est de lui donner une religion.

Moïse a-t-il puisé dans son inspiration le dogme de l'unité de Dieu ou l'a-t-il trouvé tout fait dans les temples d'Egypte, oii les prêtres dépositaires du secret des secrets ne ne le communiquaient qu'aux seuls initiés? je ne sais. Toujours est-il qu'il contribua merveilleusement à la délivrance de ses frères et au développement de l'humanité, en donnant ce dogme conservateur de la raison humaine pour fondement à ses institutions politiques. D'oii que lui vînt cette lumière, il est certain qu'il la manifesta. — Là est le progrès.

De l'unité de Dieu devait émaner tout d'abord l'unité de peuple, et plus tard l'unité de l'espèce humaine.

Les deux caractères que la puissante raison de Moïse découvrit en Dieu sont l'indépendance et l'éternité. — JE SUIS CELUI QUI SUIS!

L'humanité avait connu avant Moïse le passé , le présent et l'avenir, mais elle n'avait pas lié ces trois temps dans l'unité de personne. L'éternel !

Moïse, plein de cette idée, ne songea plus qu'à délivrer ses frères. Une seule chose l'embarrassait, c'est qu'il avait la parole difficile et la langue empêchée. Pour remédiera cet inconvénient, il s'adjoignit Aaron qui devait être sa bouche. Ainsi Moïse prit sa femme et ses fils, les mit sur un àne et retourna au pays d'Egypte.

De retour en Egypte , Moïse se présenta aux anciens de •la maison d'Israël comme l'Envoyé de Dieu. Il l'était. Aurait-on d'ailleurs obéi à cet inconnu, s'il avait commandé en son propre nom ? Le peuple hébreu , ce peuple au cou raide, aurait-il plié sa volonté devant une volonté humaine? Non. Il était indispensable que Moïse fît intervenir la divinité dans sa mission. Dans ces temps oii le merveilleux jouait un si grand rôle sur des imaginations grossières et charnelles, tout homme qui ne se fût annoncé comme le délégué de Dieu et qui n'eût point appuyé sa vocation sur des signes extérieurs, n'aurait jamais acquis l'autorité nécessaire pour ramener un peuple à la liberté.

Moïse et Aaron s'en allèrent donc trouver le roi et lui représentèrent le triste état dans lequel languissait le peuple d'Israël. Aaron parla: « Ainsi a dit l'Éternel : Laisse aller mon peuple, afin qu'il me célèbre une fête solennelle dans le désert. » Mais Pharaon répondit : « Je ne connais point l'Éternel et je me moque de ce qu'il vous a dit. Je ne laisserai point aller Israël. » •

Il ajouta un reproche qu'on fait dans tous les tempsà tous les réformateurs, à ceux (jui veulent améliorer la condition souffrante des masses et affranchir les hommes de la servitude : -< Pourquoi détournez-vous le peuple de son ouvrage? »

Moïse et Aaron étaient des pcrturbatouis. Ils troublaient le commode repos des maîtres et la tranauille servitude des

ouvricis : d'oii la colère de Pharaon , qui commanda dès lors aux exacleurs établis ])ar le peuple et à ses commissaires d'appesantir leur main sur ces gens-là. On les sur- 1 chargea de travaux. 1

Éternel système des gouvernements: au lieu d'aller au-devant des mécontentements du peuple par de sages concessions , ils répondent aux réclamations des classes ouvrières qui se plaignent de l'asservissement par un asservissement plus étroit et par une oppression aggravée. Pharaon ne s'embarrasse point de remonter aux causes véritables des plaintes ni de s'enquérir des besoins du peuple pour leur donner satisfaction. Les hommes d'État croient toujours que le peuple a trop de loisir et de liberté; c'est à cette cause , mais à cette cause unique, qu'ils rapportent les fermentations de la multitude.

« Qu'ils soient accablés de travaux, s'écrie Pharaon en jetant sur les Hébreux un regard de colère, qu'ils s'occupent, et ils ne s'amuseront |)lus à des paroles de mensonge. »

Ainsi Pharaon, roi d'Egypte, pratiquait instinctivement cette doctrine qu'un grand politique a résumé parmi nous en ces mots : « Le travail est un frein ! » On fit ce que le roi avait dit.

La tâche des travailleurs fut doublée. Les commissaires des enfants d'Israël que les exacteurs de Pharaon avaient établis sur leurs frères furent battus. C'était la suite de ce système de répression qui demande toujours et qui ne dit jamais : c'est assez !

Les Hébreux étaient alors occupés à faire des briques; on leur refusa la paille nécessaire pour les cuire. En sorte qu'ils étaient obligés d'aller ramasser eux-mêmes dans les champs un peu de chaume aride. Ce qui ne les dispensait pas de fournir la même quantité de travail qu'à l'ordinaire.

On prétend que durant leur captivité en Egypte les Hébreux furent employés à construire les pyramides. Ceux qui tiennent à justifier toutes les institutions du passé et qui estiment qu'on ne saurait trop charger les classes laborieuses, pour les tenir dans le devoir, ne manquent pas de dire que la servitude avait du bon , puisqu'on lui doit ces grands ouvrages. Les gouvernements de l'antiquité n'avaient point découvert d'autres leviers de l'industrie et des travaux publics que l'esclavage, c'est-à-dire la possession de l'homme par l'Etat.

Moïse avait protesté contre les durs traitements auxquels sa nation était soumise. Cette protestation n'ayant fait que redoubler les violences du roi et qu'attirer de nouvelles charges sur Israël, les Hébreux se mirent à rendre Moïse responsable des nouvelles rigueurs qu'ils enduraient. C'est le travers des opprimés faibles et sans foi que de s'en prendre souvent à leurs propres libérateurs des maux dont les accable la servitude 1

Comme foutes les dominations inquiétées dans leurs excès, celle de Pharaon devint d'autant plus farouche qu'elle rencontrait un obstacle. Le peuple de son côté, (ju'aveuglait une fatale ignorance, fit retomber sur Moïse son mécontentement. Il ne comprenait pas que le sacrifice est la condition de tous les affranchissements, et qu'il faut user sur soi les rigueurs du pouvoir en les poussant aux extrêmes. Agitée, la chaîne se resserre, mais c'est pour se briser.

Malheureusement le résultat du dernier degré de l'esclavage c'est d'enlever à l'homme le courage d'en sortir et le sentiment de la liberté.

bre domination la couvre elle-même de sang et de plaies vives, qui lui font sentir à son tour et malgré elle son injustice.

Et les premiers nés du peuple mouraient. Enfin, le roi appela Moise et Aaron de nuit, et leur dit: « Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple ; allez servir TRlernel comme il vous conviendra. » El ils sortirent.

Malgré son intraitable amour du privilège. Pharaon aspire à se débarrasser d'un état de choses non moins fatal aux siens qu'aux enfants mêmes d'Israël.

Moïse , toujours au nom de la divinité dont il s'était, non sans motifs , constitué l'organe , recommanda aux Hébreux de marquer leursortied'Egyptepar une cérémonie. La pâque était le repas libre, le repas égalitaire, le repas fraternel qui devait servir d'avant-goùt à la liberté , à l'égalité et à la fraternité des peuples.

Pàquc signifiait pasige. L'idée de voyage e retrouve dans la plu- I art des anciennes cé- I tmonies religieuses ; m célébrait sous ce \oile les pérégrinations de l'humanité à la recherche de ses lois et de ses destinées sur la terre.

On ne saurait trop idmirer encore une fois la sagesse de Moïse qui, au lieu de déclarer la guerre k une race plus forte, évite sagement le combat et obtient de la puissance morale ce qu'il eût vainement demandé à l'époe. Aux armées de Pharaon il ojjpose une révolte passive, la cer- •litude d'une volonté maltresse (rclle-méme et une patience qui use toutes les colères.

Connaissant le caractère de son peuple. Moïse lui avait permis de butiner les Egyptiens. Les Hébreux emportèrent donc avec eux des vaisseaux d'argent, des vases d'or et des vêtements. Dans tous les renouvellements religieux ou politiques, l'idée nouvelle vole jiour ainsi dire au passé, sou or et ses vêtements, c'est-à-dire une tradition, une forme qu'elle s'acconmiode. Ainsi fit Moïse aux religions de la nature: ainsi fera plus tard le christianisme au mosaïsnic.

Que disaient les sphinx, les Anubis et tous ces monstres

de granit en voyant passer dans les ténèbres les enfants

rer aux Israélites, elle les souffre par contre-coup. Sa som- i d'Israël qui laissaient derrière eux la servitude et les dieux

Moïse, voyant que les moyens de persuasion avaient échoué auprès du roi, comprit qu'il fallait le contraindre par main forte. C'est bien la force qu'il faut appeler en pareil cas au secours du droit méprisé : mais comme Moïse n'avait pour résister à l'arbitraire qu'une poignée d'hommes sans armes, il résolut de combattre la puissance et les mauvais desseins du roi d'Egypte par la force morale.

C'est, dans tous les cas, une politique noble et louable que celle qui épargne le sang de la guerre civile.

Ici commence cette grande lutte dans laquelle Moïse déploya une véritable habileté , une fermeté de caractère inébranlable, un patriotisme sincère , une foi robuste, un courage prudent, et dont le résultat fut d'arracher à h\ servitude toute une race, sans risquer la vir des siens et sans tirei l'épée.

La conduite de Moïse est un modèle poui ceux qui , placés dans des circonstances difficiles , en face d'un pouvoir matérielle ment fort, ont pris l'obligation de soustraire le peuple aux mains de ses ennemis. Nous laissons à penser ce qu'il faut alors d'audace et de diplomatie, d'énergie et de conviction , pour éviter les pièges, pour intimidei les puissances de l'Etat, et pour sortir, s'il se peut, sans coup férir, des liens d'une politique avilissante.

Moïse opposa la terreur h la terreur. Il avertit le roi d'Egypte par des plaies et des calamités publiques.

Pharaon est une image de la tyrannie effrayée qui veut et ne veut plus. Cependant le pays était désolé par quantité de fléaux. Sous la main de Moïse, sous le coup des menaces et du merveilleux, il consentait îi laisser sortir les Hébreux de ses Etats, puis quand le danger était passé , il retirait la parole qu'il avait donnée et endurcissait son cœur.

Nous voyons dans les plaies d'Egypte un emblème des maux que, par une juste loi, la nature inflige aux races égoïstes et puissantes qui meltciil la main sur les autres races. Le glaive se retourne des opprimés vers les oppresseurs et les tyrans deviennent les premières victimes de leur tyrannie. Les tourments que l'Egypte avait fait endu-

Celustin Nanlcuil

Page 1