LA GRECE
in.
les temps fabuleux et Héroïques.
Sous le mouvement des faits et des idées qui ont exhaussé successivement le niveau de la civilisation , nous avons découvert une couche primitive, qui se retrouve chez tous les peuples anciens et qui s'étend à toute la terre : l'esclavage.
Si l'on y regarde de prés, on voit que les hommes ont tendance à se laisser dominer. Il faut que ce penchant soit Lien fort, puisqu'après tant de révolutions et d'entreprises extraordinaires, il subsiste encore dans les sociétés modernes. Plus nous nous rapprochons de l'état de nature et plus nous rencontrons la domination du fort sur le faible. C'est une erreur de croire avec J.-J. Rousseau que la liberté ait régné autrefois sur la terre, et qu'elle s'en soit exilée avec les |)rûgrès de la civilisation; ce qui a régné dans l'origine, c'est l'inégalité des forces amenant à sa suite l'inégalité des conditions sociales.
Nous voyons dans les temps anciens le monde on admiration devant les hommes ou les femmes qui consomment beaucoup, devant ces existences privilégiées dans lesquelles viennent se fondre et s'absorber plusieurs existences inférieures; toute la nature sue à leur plaire ; le travail du genre humain s'engloutit par toutes les ouvertures de leurs sens; la matière assujélie s'accumule sous leur juain ; le ciel , la terre et l'eau fouillés par leurs appétits, tourmentés par leurs caprices, asservis parleur puissance, les reconnaissent en (|uelque sorte pour les seuls habitants du globe. Le reste n'est rien (ju'une multitude sans nom dans laquelle ces existences souveraines puisent la matière et la sève de leur dominatioi) universelle.
Les hommes qui , de sii'cle en siècle, aftlrment la liberd' sur la terre elchei'chentà dégager les autres houmu^s, l'ont, il faut le reconnaître, un(^ o'uvre contraire à la nature : la nature, c'est le mouton qui détruit l'herbe; c'est le loup (|ui enfonce ses griffes au flanc du mouton; c'est l'homme qui, |)lus fort et plus intelligent , soumet tout ce qui vil à son empire violent, sans même en exceplerses semblables. Mais, la civilisation crée de siècle en siècle, au-dessus de 'a nature, un ordre de rapports nouveaux, fondés sur la justice , ((ui se dévelop|)ent peu à peu dans la conscience hinuaiiie. C'est l'origine du droit.
La liberté, tille du droit , se trouvant pour ainsi dire en antagonisme avec la nature, avec les inégalités natives qu'elle se propose il'effacer, avec les forces matérielles qu'elle doit
soumettre , avec la différence des races qu'elle réunit dans un même principe , il ne faut plus s'étonner de la lutte que tous les libérateurs ont eue à soutenir contre les préjugés de leur temps, contre les dominations établies et contre leurs propres frères qu'ils venaient appeler, malgré eux , à l'indépendance.
Le développement du sentiment de la liberté dans le genre humain correspond à tous les autres progrès, mais surtout à celui de nos connaissances. Ce qui agrandit l'espril, ce qui élève le cœur, devient un obstacle et un empêchement à la tyrannie quelle qu'elle soit
Les sociétés se reproduisent, pour ainsi dire, de bouture. A l'origine, la Grèce ne fut qu'un rameau égyptien transplanté dans le Péloponèse. L'Egypte, fdle de l'Inde, versa de son sang, de son âme dans cette civilisation naissante. Toutefois les éléments apportés à diverses époques de l'Egypte ou de laPhénicie, en se combinant avec les principes qui existaient chez les races autochtones, les Pelages et les Hellènes, se transformèrent et donnèrent naissance à une société nouvelle.
Plusieurs causes influèrent sur celte transformation; nous les réduirons à trois: le dogme, le climat et le caractère particulier des races.
Le dogme perdit chez les Grecs cette raideur, ce voile effrayant et sombre, celte sévérité farouche qu'il avait dans l'ancienne Egypte. Quoique pesant encore sur les lois et les institutions du pays, la religion se sépara mieux, avec le temps, de la politique.
Les Egyptiens avaient divinisé sous des figures confuses les phénomènes de la nature, les Grecs en donnant un corps et une ftme aux agents invisibles les dégagèrent plus nettement de la création. Ces forces aveugles devinrent des personnes douées de mouvement, dévie, de liberté.
En Egypte, le climat est, pour ainsi dire, immobile ; les vents, les accroissements du Nil et les autres phénomènes sont assujélis h un ordre constant ; les deux caractères do cette imposante nature sont la stabilité et l'uniformité. On s'explique par ces circonstances extérieures l'éternité des usages, des lois, des institutions, et cette religieuse horreur des innovations qui était chez eux le fondement même du culte et de la politique. — En Grèce au contraire, où la diversité des aspects et des saisons ofl're sans cesse des contrastes frappants, où les accidents abondent, où la nature n'est jamais semblable h elle-même, où le monde extérieur est, pour ainsi dire, en action et en mouvement, les hoinn>es se montrèrent moins attachés aux traditions, jilus disposi'S à innover L'amour du progrès alla quel(|uefois chez eux jusqu'à l'inconstance et à la légèreté.
Le caractère des Grecs tenait îi une sorte de matérialisme que relevait sans cesse l'idéal du beau. Voluptueux, ils mettaient dans leurs plaisirs une délicatesse inconnue aux attires |ieuples. N'étant i)lus dominés par des dogmes relir gii'ux <|ui enchai'naient l'activité humaine, après avoir enchaîné Dieu même, ni par un climat qui pétrifiait tout, les Grecs se tirent des dieux familiers, inhérents aux lieux qu'ils habitaient, des dieux patriotiques, chargi'S de veiller de concert avec lUx aux destinées de leurfamille et de leur race. Ici mobiles et brillants, là rigides et austères , ils ajoutèrent par le contraste d'Athènes et de Sparte, de nouveaux traits à la civilisalion, jusque-là fort peu com|iliquée. QMoi(|u'ils eussent du goût pour la liberté, la démocratie no fut jamais cliez eux qu'un combat d'inégalités qui se
balançaient; pour fonder l'égalité réelle, d'où jaillit l'indépendance, il leur manquait une notion plus élevée du droit.
Policée , la Grèce ne put se laver de cette tache originelle : l'esclavage.
Avec les Grecs apparaît néanmoins une fondation nouvelle du droit : la cité.
Il n'entre point dans notre dessein d'écrire l'histoire de la Grèce ; nous nous proposons d'écrire l'histoire de la liberté : chercher des aïeux à une idée ; monirer le genre humain se dégageant pas à pas des servitudes que l'ignorance a fait peser sur ses commencements; déterminer l'élément nouveau que les sociétés apportent, en se fondant, à la civilisation; raconter les actions mémorables par lesquelles certains hommes se sont tirés de la foule et ont résisté à l'oppression , soit en luttant contre les forces tyranniques de la nature, contre des armées puissantes, contre des hommes revêtus d'une autorité souveraine, soit en établissant des institutions et des lois, c'est là tout l'esprit et l'intention de notre travail.
La Grèce a passé , comme les sociétés modernes, par un âge d'enfance et de barbarie. Absorbés dans la nature, ses premiers habitants, véritables sauvages, ne se connaissaient point eux-mêmes. Us n'ont laissé ni traces, ni souvenirs; disputer aux animaux farouches comme eux une nourriture grossière, c'était toute leur occupation. Leurs premières découvertes furent d'apprendre à construire des cabanes, à se nourrir de glands et à se couvrir de peaux.
Chaque nation recommence dans son enfance l'enfance de l'humanité.
Les premiers héros de la Grèce furent des hommes doués d'une grande force physique : abattre un sanglier farouche qui désolait toute une contrée ; délivrer la terre d'un serpent redoutable, d'un taureau furieux ou des monstres à figure humaine, qui l'obsédaient, tels furent avec l'assainissement du sol et le déboisement des terres, les premiers travaux de la liberté.
Des étrangers jetèrent en Grèce les fondements de la vie civile. On ne fait point impunément du bien aux hommes. Il est surtout diflicile de secouer les pesantes lois de l'habitude et les immobiles instincts. Les races dégradées ont une horreur naturelle du progrès. Aussi les premiers hommes qui venaient soustraire leurs semblables à la pression des besoins matériels, en leur enseignant l'industrie et les arts utiles, furent-ils presque tous victimes de leur zèle initiateur.
Au milieu des ténèbres de l'histoire, on se sert utilement de la mythologie comme d'un tîl conducteur.
Nous avons parlé ailleurs des Titans; mais cette fable a quelque chose de local, de particulier à la Grèce. Les Grecs, par une tendance générale aux anciens peuples, ont placé dans le ciel le berceau de leurs fondateurs. Leur reâgion a conservé, en l'entourant de merveilleux, le récit d'une grande lutte entre les Géants et Jupiter. On se demande si ces enfants de la terre n'étaient pas une colonie d'agriculteurs qui était venue, dans des temps fort anciens, se fixer en Grèce, sur un pays de montagnes. L'agriculture marque le passage de l'état sauvage à la civilisation. Il est naturel de supposer que les établissements de ces premiers colons furent attaqués , et qu'accablés par la race pélasgique, ces hardis pionniers succombèrent à la suite d'un combat mémorable.
Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est l'idée de
révolte que les fables religieuses de la Grèce attachent à leur entreprise. Enveloppés dans la vie universelle, les peuples primitifs regardent comme une véritable révolte contre la nature et contre Dieu tout ce qui tend à les faire sortir de ce repos traditionnel. L'agriculture étant, dans l'origine, pour les Grecs, une innovation, une conquête sur la nature, a dû être regardée, par eux, comme une impiété. D'oii l'idée de châtiment que la tradition imprime à la chute des Titans.
Il est curieux de voir avec quel acharnement l'ignorance défend ses ténèbres, et de quelle manière l'homme se ligue contre ses propres intérêts avec ses deux plus dangereux ennemis : la routine et l'oisiveté.
Ces colonies, quoique plusieurs fois renouvelées, n'eurent point assez de puissance pour altérer le caractère des races qui couvraient primitivement le sol de la Grèce. La Phénicie, l'Egypte, peut-être même l'Inde, apportèrent à la Grèce des traditions, des lumières, et cet élément excitateur qui sollicite les peuples à sortir de la barbarie; mais ce fut tout.
Inachus, Pelasgus, Danaiis, autant de noms propres auxquels se rattachent de nouvelles colonies, plus certaines, et qui influèrent sur les premiers mouvements de la Grèce.
En ce temps-là un conquérant parut : Deucalion.
Dans l'histoire de ces temps reculés, les guerres, les immigrations, les déluges sont souvent confondus : ce sont des fléaux semblables par leurs ravages et que la mémoire du peuple distingue peu.
Quelques mouvements tardifs du globe paraissent avoir contrarié sur ces côtes l'œuvre de la civilisation commencée. Diverses révolutions physiques, déluges, tremblements déterre, auraient détaché du continent quelques îles de la mer Egée. Les fables qui se mêlent constamment à la tradition des Grecs rapportent que les dieux irrités contre les hommes avaient résolu de les faire périr par les eaux. Deucalion et Pyrrha en furent seuls préservés. Après le déluge, ils consultèrent l'oracle de Thémis, qui leur conseilla de jeter les os de leur mère derrière eux, par-dessus leur tête ; ils firent comme l'oracle avait dit ; ils ramassèrent les os delà terre, c'est-à-dire des pierres; ces pierres, en tombant de leurs mains, se métamorphosaient, celles de Deucalion en hommes, et celles de Pyrrha en femmes.
Ce déluge est une image de tous les cataclysmes historiques ou autres, qui balaient le passé. Il faut, après leuis ravages, semer une race et des idées nouvelles. Cette semence on la trouve dans la tradition. Nous autres, enfants des temps modernes, nous semons derrière nous, et comme dit l'oracle, par-dessus la tête, les os de notre mère, la Révolution française. Ces os germeront. Il en sortira un peuple d'hommes et de femmes, qui renouvellera les anciennes sociétés.
Les sociétés naissantes participent, en se l'assimilant, au progrès qui a été accompli par les sociétés anciennes. L'Egypte était alors un vaste dépôt de connaissances ; en communiant à cette civilisation vénérable, la jeune Grèce s'évita de remonter, par elle-même , à des découvertes laborieuses, qui auraient longtemps arrêté ses premiers pas.
Les colonies se succédaient. Une expédition, que les Grecs ont personnifiée dans Cécrops, fonda la ville d'Athènes. L'inceste régnait sur la terre. Les lois de l'union conjugale étaient tellement ignorées que les enfants portaient le nom
de leur mère, parce que les pères étaient rarement connus. Cécrops (l'homme n'a probablement jamais existé, mais c'est d'une époque qu'il s'agit) institua le mariage, -qui, tout en gênant sous sa règle les aveugles instincts de la nature, est pour l'homme et surtout pour la femme l'origine de la liberté.
Deux nouvelles colonies parurent, l'une dans la Béolie, l'autre dans l'Argolide. Ces colonies d'Egyptiens et de Phéniciens cultivèrent, en l'occupant, une terre qui, livrée à elle-même, ignorait sa fécondité. A la suite de ces étrangers, les indigènes découvrirent leur beau pays dont ils n'avaient connu , jusqu'alors , que les rigueurs. Les inventions, les arts, se succédèrent; enfin naquit l'écriture alpha- bétique , germe pré-;^eieux des plus vastes^ connaissances et de^ toutes les conquêtes^ politiques. En latin le = même mot liber signi- ^ fie livre ou libre; c'est en apiirenanl à lire au peuple qu'on l'affranchit.
Quoique l'histoirede ces temps soit conjecturale et qu'on coure risque d'égarer son in- =1 térèt sur des hommes qui n'ont jamais vécu, nous dirons que ces premiers civilisateurs de la Grèce eurent un sort déplorable. Une fatalité particulière s'attache à leur vie et à leur postérité. On connaît , d'après la fable , le crime et la punition des filles de Danaiis.
Cadnius, auquel on at- oe Moraine
tribue l'invention des lettres, ayant consulte l'oracle, apprit que sa famille était réservée
aux plus grands malheurs. Il se bannit lui-mAme de son pays pour ne pas voir se réaliser l'oracle. Les funestes actions de Laïus, l'un de ses successeurs, et de Jocaste sa femme, d'CCdipe leur fils, d'Etéocle et de Polynice nés ilu maiiage incestueux de Jocaste et d'Œdipeont, en effet, inspiré la Tragédie, qui a rempli le théâtre, pendant des siècles, du récit de leurs infortunes.
Les progrès de l'humanité se résument au commencement dans les progrès de l'alimentation ; les Pélasges, c'est le gland; Cécrops, c'est l'olive; Triptolème, c'est la charrue, le blé. A ces changements de nourriture correspondent des changements non moins extraordinaires dans les mœurs et dans les institutions.
Plusieurs Hercules s'étaient succédé en Grèce , avant même l'arrivée des colonies étrangères.
Hercule n'est pas un homme, c'est l'humanité. L'antiquité païenne a personnifié dans cette figure symbolique les premiers travaux de nos ancêtres et leur première victoitesur la nature.
La tradition nous présente tout d'abord un grand enseignement; cet être de raison, ce mythe. Hercule, reçoit le prix des services qu'il a rendus à la civilisation ébauchée. L'injustice des hommes s'attache à ses os. La souffrance
envenimée par la haine de ses ennemis, de- 1^ vient son vêtement, sa
plaie. Pour échapper à ce supplice intolérable, l'homme qui avait contribuéà délivrerses semblables de la pesante domination des forces physiques , se piecipite dans le suicide. Martyr de l'affranchissement matériel du globe, il finit ses jours sur un bûcher.
Nous ne rapporterons rien des actions d Hercule que son fameux combat avec Antee, fils de Neptune et de la Terre. Antée s'étiit établi dans les dései ts de la Libye. Hercule combattit ce géant, le terrassa trois fois, mais en vain ; car a chaque fois qu'Antée louchait la terre, il reprenait des forces nouvelles et se relevait indomptable. Le sens de cette fable est assez transparent. Une colonie d'agriculteurs, venant de je ne sais oii , s'était établie sur les côtesdel'.Vfrique. Hercule, le génie guerrier, l'instinct destructeur, résolut de combattre cette race. Les durs et patients travaux de la terre déplaisent aux conquérants, ces ravageurs de provinces. La force du géant Antée est une image de la force des races agricoles qui se renouvelle, toujours; car ces races puisent sans cesse dans les ressources et les produits de la terre des moyens invincibles de résistance. Il faut les élever en l'air, comme Hercule fit à Antée, c'est-à-dire les arracher du sol pour les étouffer et les détruire. — C'est ce qui arriva pour la France, après l'invasion de 1815; trois fois terrassée, la France s'est relevée plus forte des nouvell<!S énei>;ies qu'elle avait puisées dans la culture de son territoire, dans sa richesse agricole. Pour la vaincre, il faudrait lu transporter en Sybéric.
Rouget
Jusqu'ici nous n'avons vu que la force aux prises avec la force. Rapprocher des distances en brisant les obstacles matériels qui séparaient les hommes et les jjeuples; créer des rapports nouveaux et des communications plus sùrcs, en purgeant les routes des monstres ou des brigands qui les désolaient; essayer des passages difliciles; tracer sur les mers un chemin audacieux; mêler les races par la guerre: c'était préparer des instruments et des organes à la liberté des peuples.
Mais quelle est cette voix qui s'élève, au nord de la Grèce, sous le ciel de l'àpre et sévère Thessalie? J'ai reconnu la voix d'Orphée.
O poésie I d'oii viens-tu ? — Du ciel ! — Qu'enseignes-tu aux hommes ? — L'origine sacrée des choses et leur développement. — Ton but? — Instruire et civiliser les peuples, délivrer la terre des maux qui la couvrent, purifier les consciences. — Ton moyen? — L'initiation aux choses saintes et l'expiation. — Qui parle par ta bouche? — Dieu même.
Les poètes de ce tenips-là étaient des prophètes, des envoyés. Ils rendaient des oracles. La poésie, sous la forme lyrique, ne s'était pas encore dégagée du dogme dans lequel, à son origine, elle était comme enveloppée. Asservie au culte dont elle n était qu'un auxiliaire, une dépendance, elle donnait une voix aux mystères et célébrait dans un langage obscur l'obscurité des traditions religieuses.
La première forme do la poésie, chez les anciens, c'est l'inspiration.
Orphée, un de ces hommes que l'anliquité nous représente comme chantant sur la lyre, avait été attiré dans les profondeurs de l'initiation égyptienne jjar un amour malheureux. Les degrés de l'initiation étaient autant de degrés vers la connaissance. Les Égyptiens avaient , pour ainsi dire, deux religions : l'une palpable, sensible, anecdotique, dont les récits et les figures s'adressaient au vulgaire -, l'autre, occulte, abstraite, dérobée, dont les mystères et les dogmes ne se laissaient pénétrer que par un esprit attentif et patient. C'était une éducation; on communiquait à l'aspirant, avec ordre , et en quelque sorte pas à ])as , les secrets de la doctrine sacrée. Les voiles se levaient successivement un à un, selon qu'il méritait jiar son courage ou sa discrétion de franchir un des redoutables degrés. Tandis (|ue toute l'Egypte était vouée à l'iduiàlrie la plus basse, on a (|uel(|ue raison de croire que l'unité de Dieu s'était conseivée dans les temples. La notion de la trinité n'était même pas absente des mystères. Si les prêtres adoraient avec le vulgaire plusieurs divinités, c'était moins comme des êtres inilépendants que comme des attributs delà divinité réelle, ou comme des énergies de la nature. Le culte public n'était que le masque de croyances plus secrètes et plus profondes, dont l'interprétation était réservée à quelques esprits d'élite.
Orphée avait manqué une des épreuves; mais li's ])rètres d'Égyple, touchés de ses talents et de ses malheurs, loin de le punir de sa faiblesse, l'avaient chargé de connnuni- (pier à la Grèce naissante quelques parties de la doctrine sacrétî. Orphée apporta donc en Grèce les mystères. La tristesse des anciens rites se prolongea sous la mythologie souriante dont se contentait le vulgaire d'Athènes. Plus tard, les hiérophantes firent de grands changements à cette institution qui dégénéra comme toutes les autres. Avec le temps, les iniliaii'i:.»; perdireiil le car:'.i'ii'i'^ soml)rc et dur
qu'elles avaient à l'origine; les mystères où elles conduisirentne furent plus tenus si secrets, et la lumière se répandit sur le monde à travers les fentes du boisseau qui couvrait la tête do Gérés.
Orphée avait laissé dans la mémoire des Grecs d'admirables chants qui ont immortalisé son nom; il célébrait, diton, dans des hynmes aujourd'hui perdus, le débrouillement du chaos, l'incompréhensibilité de Dieu, les puissances de la nature, et quantité d'autres sujets empreints d'un caractère religieux.
A travers les fables qui obscurcissent, à celte époque reculée, les événements les plus simples, il est facile de démêler que le divin Orphée fut mal récompensé des services qu'il avait rendus aux Grecs. Exilé de ville en ville, il se réfugia, dit la légende, dans les glaces de la Scythie. Dos femmes déchirèrent son corps. L'Ebre roula sa tête. Ses membres, blancs comme la neige, furent trouvés çà et lit dans les campagnes voisines. Ainsi mourut, victime de son amour et de ses bienfaits, le plus harmonieux des Grecs.
La fable, qui prête l'intérêt du merveilleux à tous ses récils, dit que les arbres et les rochers se mouvaient au son d'une telle lyre, que les fleuves suspendaient leur cours, et que les botes féroces s'attroupaient autour d'Orphée pour -l'entendre. Différent des héros et des chasseurs qui doniplaient la nature sauvage par la violence, Orphée, image de la force morale, l'humanisait en quelque sorte par la douceur de son commerce et la supériorité de ses lumières.
Orphée est, dans ces âges primitifs, un mythe de la parole qui fonde les villes, qui civilise les hommes, qui apprivoise les animaux. Cette parole vivante succombe quelquefois sous la force brutale, mais le bruit de sa mort devient de siècle en siècle ce qu'il y a de plus immortel sur la terre.
Dans cet être fabuleux les Grecs personnifièrent une époque; celle des mystères apportés en Grèce.
Donnerons-nous une idée de !a théologie qu'on enseignait dansées mystères deCérès Eleusine? Selon les traditions orphéiques, le Chaos était le plus ancien îles dieux du second ordre; il figurait ia matière première dont tous les êtres ont été formés. Vulcain, auquel on n'assignait pas de commencement, était le feu élémentaire répandu partout. Saturne personnifiait l'action du temps dans l'arrangemeut des phénomènes de l'univers. Isis et Osiris représenlaieut les deux sexes de la nature. Typhon était le mauvais principe : c'est à lui qu'on rapportait l'origine des plantes vénéneuses, des épidémies qui désolent la terre et des animaux nuisibles. On ne s'étonnera pas de l'importance que les anciens avaient donnée au principe du mal, dans des sociétés imparfaites, au milieu d'une nature insoumise , dont les énergies éclataient (,à et là en ravages , dont les iniluences malfaisantes gênaient la domination encore incertaine de l'homme sur le globe.
Nous ne dirions de Thésée, si son histoire vraie ou fausse n'était mêlée à celle des Amazones , ces Flora Tristan de l'anliquilé.
Quoique l'union conjugale ait réglé dans l'origine les mœurs d'un état de natuie humiliant et insupportable, la femme maiiée n'en resta pas moins sous la dépendance de la force. — Dans l'Inde et en Egypte , simple élément de rejjroduclion, confondu par Moïse avec la servante, le bœuf cl les autres meubles de la maison , esclave quelquefois , inl'i vicuie toujours, la fenmu' primitive n'avait guère trouvé
;lans le mariage qu'une chaîne et dans le foyer qu'une pi ijon perpétuelle.
L'existence fies Ama/ones fut une protestation conlm la triste conflilioii fies femmes dans les sociétés anciennes.
Le difficile problème de l'atTranciiissement de leur sexe, rps femmes cssayèrentdele résouihe. A la force elles opposèrent la violence. Placée sur ce terrain , la lulle ne pouvait manquer de leur être fatale. Ce n'est pris la force que le sexe faillie doitappaler ausecoursde sa délivrance, c'est le dioil.
Impatientes, elles avaient clierclié la liberté dans la révolte. Cette révolte fut durement cliftliée. En cbercliant l'indépendance dans des aimes qui n'étaient point faites pour leurs faibles mains, elles trouvèrent la mort sanglante et un esclavage plus dur même que la mort. Faut-il les plaindre'/ Plus fortes ou plus beureuses que les protestantes des temps modernes , elles ne rencontrèrent pas du moins le ridicule.
Ce que les bisloriens rapportent de ces femmes extraordinaires est passablement mêlé de fables; peut-être même leur histoire n'esl-elle qu'un mylhe. D'où venaient-elles ? De la Scythie. Ce qui rend cette opinion probable, c'est que le plus grand nombre des filles étaient élevées chez les Scythes aux mêmes exercices que les garçons; on leur apprenait à tirer de l'arc et à lancer le javelot. Les courses, la (;hasse, les fatigues même de la guerre leur étaient communes avec les hommes, dont elles avaient le courage et la férocité.
La vengeance les poussa dans leur entreprise. Ellesrcsolurent de se soustraire à la domination des hommes, en renonçant au mariage. Leur dessein arrêté, elles ne reculèrent point devant les moyens les plus brutaux et les plus révoltants pour en assurer I exécution. Comme elles ne pouvaient reproduire l'élément de la durée des États sans le secours des hommes, elles se firent une loi d'aller tous les ans sur leurs frontières; d'inviter les hommes de leur voisinage à les venir trouver; de se livrer à eux sans prédieclion, sans attachement, et de s'en séparer dès qu'elles se ientiraient ou se croiiaient mères. Celte manière de faire 'amour pour le service de l'Ktat tenait leur cœur libre de :oule faiblesse; aussi reprenaient-elles, après l'œuvre ac- :îompiie, cette fière ceinture qui était chez les anciens le signe de la vertu indomptée.
Pour avoir le droit de travailler à la mulli[)licalion del'es- ■)èce, il fallait avoir travaille d'abord à sa destruction On ^'était digne de donner naissance à des enfants qu'après ivoir tué trois hommes.
Si de leur commerce de brutalité, il vimait des filles, elles es gardaient et les nourrissaient. On n'est pas d'accord sur c sort réservé aux garçons qu'elles mettaient au monde lar hasard et malgré elles. La haine qu'elles portaient aux lommes était si forte, que c'était un sufiplice pour elles l'en élever. Les uns disent qu'elles les étouft'aient; d'autres ioutiennent qu'elles leur tordaient les jambesetlesbras, pour es rendre inhabiles aux exercices militaires; enfin on trouve les historiens qui, démêlant encore un cieur de mèi'e sous •es dures cuirasses, veulent que les moinsféroces des Amalones aient lenvoyé les enfants màlesà leurs pères. On peut iccoriler ces contradictions : leur haine toute récente s'éant un peu calmée, et leur fureur contre notre sexe s'élant ■ah-nlie avec letemps, elles durent prendre pour le fruit de eurs entrailles des sentiments moins inhumains que ceux ]ui les animaient d'abord.
Le lait était bientôt tari dans ces mamelles guerrières ; elles y suppléaient pai- des nourritures plus fortes : la chair des oiseaux, des bêtes fauves et même des serpents qu'elles tuaient à la chasse (().
Dès que l'âge des jeunes filles le permettait, elles songeaient à les débarrasser de la mamelle droite, afin de les mettre en état de tirer l'arc avec plus de raideur. Elles songeaient en même temps à leur faire perdre la place du canir.en les associant à leur haine farouche contre un sex<! dur, dont elles les apprenaient à fuir et à détester les liens.
Elles firent, si l'on en croit quelques anciens qui ont écrit le roman de l'histoire, des entreprises audacieuses et jioussèrent très loin leurs conquêtes.
Cette société de femmes avait des institutions et des lois. Renoncer pour jamais au mariage; n'avoir de commerce avec les hommes que pour se procurer des survivantes ; n'élever aucun enfant mâle; negarderque les filles qu'elles préparaient ii la guerre dès l'enfance; vivre du fruit de leur arc; craindre par dessus tout la domination des hommes; enfin ne recevoir des ordres que de leur propre sexe, par l'entremise de celles que le choix ou la naissance aurait placées sur le trône; ce furent les seules maximes par lesquelles les Amazones résolurent de se gouverner et comme les fondements de leur Etat.
On ne vit jamais une si effroyable révolte contre le mariage et contre les lois de la nature. L'amour immolé; les sentiments de la maternité foulés aux pieds, noyés dans le sang des enfants qui avaient le malheur de venir au monde avec un sexe condamné ; tous les devoirs de la vie domestique oubliés, bravés, tel est le résultat de cet orgueil blessé qui leur avait mis les armes à la main. En se séparant d'une moitié du genre humain, elles combattaient contre elles-mêmes, contre leur propre bonheur, avec une sorte de rage. Ce qu'elles reprochaient aux hommes, cet égoïsme d'un sexe qui s'isole de l'autre sexe, par esprit de domination ou d'intérêt, elles l'imitaient dans leur vengeance. Pour éviter la servitude du mariage, elles se jetèi'ent dans le métier des armes, qui est bien le pire des esclavages, et dans cette furie des conquêtes, qui enlève au vainqueur la liberté qu'il prend aux autres.
Les femmes, qu'une faute volontaire, des torts réciproques ou l'injustice de leur mari avaient révoltées contre le mariage, entrèrent alors dans la ligue des Amazones. A ces mécontentes du vieux monde, les Scythes avaient donné le surnom d'Eorpatès, avides du sang des hommes. Celte fureur de vengeance n'était chez elles, comme toujours, qu'une tendresse aigrie, un sentiment tourné. On ne hait bien que ce qu'on a aimé.
Un Hercule thébain leur fil la guerre. Ce héros choisit, pour l'accompagner, les plus jeunes et les plus braves guerriers de la Grèce, dont le principal, selon Plularque, fut Thésée, roi d'Athènes.
Les aventures de cette guerreméritei aient peu d'être rapportées, si le dénoùment n'avait quelque chose d'insiruclif et de symbolique. Neuf gali-res conduisirent les compagnons d'Hercule et de Thésée à l'embouchure du Thermo-
(I) Nous avons cm devoir rapporter ct>s d(^lails, quoique à nos yeux l'iiisloii c (tes Amazones ne soil pas une liistoire. Qu'importe ? l'hum.inilâ existe autant par ce .qu'elle imagine, que par rc qu'elle fait.
l'Iii'i li.mt , non? avons nnmm^ Deucalion un fonqui'rant; ce n'est par d'un homme qu'il s'agit, mais d'une rac«.
don. Ils remontèrent ce fleuve jusqu'à Thémiscire. La ville fut assiégée vigoureusement et défendue de même. De brusques sorties firent connaître la bravoure et la science mililiiirc des Amazones. Ces intrépides guerrières combattirent avec désespoir. La fortune trahit leur courage; accablées par le nombre et par la force, elles rougirent de leur sang les eaux du Thermodon. Si l'on en croit les historiens, ce fut une mêlée furieuse ; ni les casques empanachés, ni les cuirasses, ni la cotle d'armes pendant jusqu'au genou, n'empêchèrent ces beaux corps d'êtreatteints par le fer cruel. Elles tombèrent, mais fières, mais la ceinture nouée au-dessous du sein, emportant au fond de l'abîme le mystère de leur haine et leur orgueil intact dans la défaite.
O ■ martyres du vieux monde, femmes au flanc meurtri , vous que l'art des anciens nous représente sous les traits de la tristesse et dans une attitude brisée, salut I vous vous êtes trompées ; un impétueux sentiment de justice vous à jetées dans une révolte insensée contre un sexe dominateur et contre des institutions imparfaites. Vous vous êtes blessées au glaive que vos douces mains n'auraient jamais dû soulever. La force ne vous sied pas. Vous n'êtes arrivées qu'à l'absurde et à l'horrible; vous avez fait gémir la nature et creusé à la place de votre cœur un vide inconsolable. Patience ! La haine cède à l'amour et la force à l'idée. Patience, mes sœurs ! cette indépendance que vous cherchez dans la solitude, la haine et la séparation des sexes, le monde la découvrira plus tard dans la solidarité de l'homme et de la femme.
Hippolyte, une de leurs reines, fut emmenée, dit-on , par Thésée. Cette fière victime trouva sans doute l'art de soumettre son vainqueur. Sa faiblesse, ses charmes, ses cha grins furent entre les mains de cette femme desarmes plus dangereuses et plus sûres que celles qui l'avaient trahie au Thermodon.
Les Amazones ne tardèrent pas à vouloir tirer vengeance de l'affront qu'elles avaient reçu. Elles revinrent avec toutes leurs forces. Laissant partout des traces de fureur, elles envoyèrent demander Hippolyte à Thésée. Ce fut l'occasion d'une nouvelle mêlée oii ces guerrières jonchèrent le champ de bataille de leurs blonds corps comme d'une moisson d'épis. Hippolyte, voyant que tout le royaume des Amazones était menacé d'une perte certaine, se fit médiatrice et obtint du cœur de Thésée ce que toutes ces armées de femmes réunies n'avaient pu gagner par la violence.
Quelques siècles après cette bataille , en fouillant la terre près de la ville deChéronée, on trouva lastatued'un soldat, tenant entre ses bras une Amazone blessée. — O femmes , l'humanité gémira tôt ou tard des blessures qu'elle vous a faites, et, comme ce soldat, elle vous soutiendra dans votre chute; mais, de grâce , quittez ces armes, cessez vos résistances hautaines; rentrez dans le foyer, rentrez dans le mariage, rentrez dans votre sexe; rentrez dans la nature! La liberté pour vous est dans le devoir. O mes fières Amazones, je n'en admire pas moins la hardiesse de voire dessein; il faut des révoltes comme la vôtre; il faut des protestantes et des martyres pour amener certain progrès. Votre flanc blessé a montré au monde la plaie dont saigne la femme: sur les débris de votre entreprise téméraire et hors nature, sur vos pâles cadavres, sur votre défaite, se développera, un jour, pour vous, pour votre sexe, le germe
d'une liberté raisonnable. Votre révolte aura préparé une réforme; votre glaive aura été le précurseur d'une idée.
Thésée, dans lequel les Grecs ont personnifié les temps héroïques de leur nation et dont les aventures ressemblent assez à celles des chevaliers errants du moyen-àge, poursuivit l'œuvre de la liberté naissante : traverser les mers, soumettre la force par la force, nouer par la guerre des rapports avec des races étrangères, jeter par quelques lois sages le fondement de la stabilité des Etats, accroître l'indépendance de l'homme en la combinant avec les droits et les devoirs de la société. II fut récompensé de ces travaux par la prison et par une vieillesse amère.
Thésée devint dans la suite un des héros les plus fêtés de la Grèce; on lui éleva des temples, des statues : la justice vient tôt ou tard pour les grands hommes, mais elle vient sur leur tombeau. Athènes, qui l'avait dédaigné faible et vieux , redemanda ses os et se fit nommer avec orgueil la ville de Thésée.
Quel est ce vieillard aveugle qui chante ses vers et qui tend la main? L'humanité répond : Homère I
Le chantre de la guerre de Troie est un être idéal, un être de raison. Les Grecs ont incarné dans cette grande figure une des formes de la poésie. Qu"il ait, oui ou non, vécu, il ne fut point l'auteur de cettelliade ni de cette Odyssée, œuvre collective, œuvre de toute une nation , dont les lambeaux épars se conservèrent dans la mémoire du peuple.
Homère ce n'est pas un poète , c'est une époque qui chante.
Comme les rapsodes (les troubadours de ce temps-là) étaient gueux et nomades, les Grecs donnèrent à leur Homère les traits de la pauvreté. Il allait de ville en ville, chantant et mendiant. Triste et admirable figure du génie qui expie , par ses propres maux, le bien qu'il fait à ses semblables !
O poésie, fille du ciel et de la liberté, toi qui donnes l'indépendance aux hommes en élevant leur esprit au-dessus de la matière, tu as voulu passer aveugle sur la terre habitée, pour ne point voir l'injustice des mortels!
Homère, c'est la forme épique qui succède à la forme lyrique et sacrée; c'est l'ère chevaleresque, conteuse, humaine de la poésie.
Lesétymologistes tirent de deux mots grecs p-/$oo?, bâton, et oyJoç, chant, l'origine des rapsodes : la poésie, cette messagère céleste, devait passer sur la terre un bâton à la main, comme pour montrer que les poètes sont étrangers aux intérêts des autres hommes et voyageurs sur la terre.
Sept villes de la Grèce se disputaient l'honneur d'avoir donné le jour à Homère. C'est assez dire qu'aucune d'elles ne le vit naître. Le combat qui s'établit entre ces cités jalouses montre seulement que chacune d'elles prétendait à la gloire d'avoir été le berceau de la poésie épique.
Homère succède à Orphée, le poème à l'ode, l'action profane à l'inspiration divine. C'est l'ordre et la marche invariable de la poésie dans l'humanité. Les Grecs désignaient les fonctions des anciens poètes religieux par le verbe yS'itv, chanter, pour indiquer qu'ils n'étaient que les organes de la divinité; ils seservirent pour lesnouveaux du verbe rotsiv, faire : ces derniers étaient, en effet, des inventeurs, des créateurs.
Cette révolution dans le langage indique un changement non moins notable dans les choses : c'est la forme passive
de la pensée humaine qui est remplacée par la forme active.
Dans toutes les anciennes théocraties la pensée humaine est, pour ainsi dire, endormie en Dieu et dans toute la nature. Elle s'éveille à Homère.
Un semblable progrès devait être marque dans son auteur par une double infortune : aveugle et mendiant.
Nous arrêterons ici nos études sur les temps religieux et héroïques de la Grèce. Nous avons parcouru, dans le passage de la civilisation égyptienne à la civilisation grecque, un giand cercle de l'esprit humain.
L'Egypte, c'est la tradition : la Grèce, c'est le progrès.
L'Egypte, c'est l'autorité : la Grèce, c'est la liberté.
L'Egypte, c'est l'Eglise : la Grèce, c'est l'Etat.