DAMA
qui n'est égalée que par celle des massacres deChio en 1821.
Le négociant maronite le plus riche de la Tille était un yieillard yénérable nommé Francis Moussabéki , dont le nom et la généreuse hospilalité sont bien connus de tous les Toyageurs européens qui ont visité Damas avant les événements de 1 860. Deux mois avant les massaorea» Moussabéki avait prêté 800 000 piastres (160000 francs) au chef des oulémas Abdallah-cl-Halébi. Celui-ci, dès le premier moment de la tuerie y envoie deux assassins fixiez son créancier. Ils entrent et proposent au vieillard rapostasie ou la mort. « Qu'Abdallah garde mon argent si cela lui plaît, répond Bloussabéki; quant à moi» je ne trahirai point mon Dieu ; il m'a enseigné à ne pas craindre ceux qui font du mal au corps , mais ceux seulement qui peuvent perdre ràme. Je suis chrétien 1 » En disant ces mots il tombe à genoux et commence une prière que le^ dei^j
bourreaus ne lui laisseut pas aobever, Un musulman damasquin , gravement ma-
lade, apprend à son lit de mort que les vrais croyatUs exterminent les infidèlsi, conformé^ ment aux préceptes du prophète, II demande à
ses pareutây comme une deruière faveur^ qu'on
BAMAS. 107
lui amène un guiaauf encbaîné. On accomplit ce YCBU. Alors h moribond se soulève avec effort sur son lit^ saisit un pistolet» le décharge sur le chrétien qui tombe mort, et expire luimême quelques instants après avoir commis ee crime*
Énumércr les variétés innombrables de supplices mis en œuvre par les exécuteurs de la boucherie de Damas, serait énumérer tous les caprices de férocité dont la nature humaine est capable alors qu'elle s'enivre de sang et que le fanatisme excite à leur fdus haute puis* sance les instincts de la barbarie. Ici un chrétien était brûlé vif, là on lui coupait successif vement les quatre membres. A un antre on déchiquetait le eorps à coups de poignard* Un quatrième était écorcbé vif. On a vu de ces malheureux pendus par les pieds au-dessus d*un brasier et r6tis ainsi à petit feu. On a vu des femmes enceintes à qui les musulmans ouvraient le ventre, puis jetaient dans le fleuve qui arrose Damas le friiit de leurs entrailles , ou bien le faisaient rôtir à la pointe d'une baïonnette. Nous nous arrêtons, car la plume se refuse à continuer une semblable énumération.
Partout avant de les égorger, les bourreaux offraient la vio à leurs victimes si elles consen-
taient à embrasser la foi de Mahomet. Nous le disons avec un cœur nayré, nombre de chrétiens de Damas apostasièrent» cédant à la terreur. Mais le plus souvent cette lâcheté ne les sauva pas. « C'est bien, disaient alors les assassins, tu as fait ce que nous avons voulu.
Maintenant tu iras en enfer, car Jésus te repoussera, et Mahomet ne veut pas de ceux qui viennent à lui par la crainte. Meurs donc. » Et le malheureux tombait percé de coups.
D'autres fois ou variait la funèbre plaisanterie : a Te voilà un vrai croyant, disait-on. Tu es sûr d'aller au paradis; vas-y donc avant que tes péchés ne te l'aient fait perdre. » Et le dénoûment de ces discours était toujours le même.
Les établissements européens excitaient surtout la rage des fanatiques. La première maison assaillie fut le consulat de Russie. Tous les autres consulats furent aussi saccadés et brûlés dans la journée du 9 juillet. Mais les consuls purent fuir. Cependant ceux de Hollande ét d'Amérique furent grièvement blessés. Seul le consulat anglais eut le honteux privilège d'être épargné. « A qui appartient cette maison? dit une bande d'égorgeurs en passant devant la porte. — A l'Angleterre. — Alors respectons-la» c'est une maison amie. »
Les pères franciscains de lerre sainte ne furent pas aussi heureux que les cousais. Le 9 juillet, à 3 heures de raprès-midi , on vint leur dire de fuir et de se réfugier chez Abd-el-Kader.
tt Que craindrions-nous? répondent lesfranciscains. Nous n'avons jamais fait que du bien aux uiiisulmans; pourquoi nous feraient-ils du mal? Leurs enfants suivent nos classes et nous regardent comme leurs pères. D'ailleurs, si la maison d'Abd-el- Kader est française, la nôtre Test aussi. On n'oserait pas nous attaquer, car qui nous touche louche à la France. »
Une heure après, une bande de musulmans brise les portes et pénètre dans le couvent.
Les franciscains courent ^ leur chapelle et se groupent autour de Tautel avec une centaine de chrétiens qui avaient cherché un refuge chez eux;
Les assassins entrent, conduits par les élèves musulmans des religieux. Un Turc monte dans le clocher. Il était convenu entre les musulmans qu'on égorgerait un franciscain à chaque coup de cloche.
Le premier coup retentit : « Première messe pour Napoléon! » vocifèrent les massacreurs, «t un religieux tombe mort.
Au second coup : « Seconde messe pour le eoitsQl de France ! » Uo second père est égorgé.
Au troisième coup : w Troisième messe pour Lanusse, chancelier du consulat de France! »
Troisième Tictime parmi les enfistnts de saint
François.
EQÛUy le quatrième et dernier coup sonne:
« Qaatrième messe pour ceux qui ont coutume
de venir dans ce lieu maudit! « A ces mots, la tête du supérieur roule sur les marches de l'Mtel.
Après avoir ainsi immolé les religieux, la horde immonde se jette sur les chrétiens réfugiés avec <0ttx dans Téglise. Deux seulement, le cuisinier du eouvent et un professeur de l'école, échappent à la mort en se cachasKt parmi les cadavres.
Après la ruine de la maison des f raneiecainsy vient colle de la maison des lazaristes et des :So&ur8 de charité, admirable établissement, fr-ani^ans encore, fondé depuis quelques années seulement par le R. P. Leroy, et dont la con- * struction avait coûté un million. Du moins les tearistes et les sœurs^ avant l'invasion de leur maison, avaient pu chercher un refuge plus sûr. Les fanatiques ne trouvèrent à détruire
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que des objets matérielâ. Mais quelques jours après y le R. P. Leroy mourait de douleur de voir anéantir Toeuvre à laquelle il avait consacré sa vie et tous les efforts de sa charité.
Quand il s'agissait des maisons religieuses 0t des églises, la rage musulmatie ne trouvait pas que l'incendie sufUt comme moyen de destruction. Trois couvents furent démolis pierre à pierre, du 9 au 13 juillet : celui des pères de terre sainte, celui du Sinai et celui du saint sépulcre. Ces deux derniers étaient aux fjïecs. Onze églises furent rasées de même, dans le même espace de temps: une aux Maronites , deux aux lazaristes, une aux i'ranciseûùSj une aux Arméniens catholiques, une atix Arméniens eutyclHefis , une aux Syriens catholiques, une aux jacobites, une aux Grecs- Unis , deux aux Grecs arthodoœei. On le voit, le fanatisme islamique ne distinguait ni les rites ni les communions; ce qu'il frappait, c'était le christianisme sous toutes ses formes.
Deux patriarches dçs deux rites grecs résidaient à Damas. Leurs palais étaient les plus splendides maisons chrétiennes de la ville. Us furent pillés et brûlés. Les spoliateurs y firent un butin immense, particulièrement dans celui des Grecs orthodoxes. Plus de dix-huit cents
personnes périrent dans ce dernier palais, où , elles avaient cherché un asile.
n est une circonstance sur laquelle on ne saurait assez insister, qa*on ne mettra jamais dans un jour assez éclatant. C'est que le massacre de Damas a été rœuvre exclusive des sectateurs de Mahomet, des musulmans de la ville même et des soldats de l'armée turque.
Au moment où commença le carnage, il n*y avait pas un seul Druse dans la ville» C'est seulement dans la soirée du 9 juillet qu'il en vint cent cinquante des villages voisins de Djérémana^ Sahnaya et Âschrafié. Pendant les jours suivants. Un* en entra pas un à Damas. Non, nous nous trompons, il en entra une troupe venant du Haouran, mats pour protéger les chrétiens et non pour massacrer, comme nous le raconterons dans le paragraphe suivant.
Quant aux Bédouins du désert, ils vinrent au nombre de six cents dans la journée du 1 1 juillet. Encore bien peu enlrcrent-ils en ville. Leur seul mobile était le pillage, et ils trouvèrent plus commode de se placer aux portes de la cité pour voler aux voleurs le butin qu'ils emportaient.
Pendant tout le temps que dura le carnage, Achmet-pacha demeura enfermé dans la cita-
délie» sans faire un mouvement, sans donner un ordre à ses troupes, sans faire autre chose que de réprimander sévèrement un officier qui avait cru devoir s'opposer aux assassins le premier jour dans le quartier du MeïdaUi qu*il avait mission de îj;arder. Comme Néron pendant l'incendie de Rome , il contemplait des fenêtres de son palais la marche de la destruction qu'il avait organisée; et pour étouffer les cris des victimes, se faisait jouer des symphonies par la musique militaire.
Il est temps de détourner les yeux de ces horreurs auxquelles l'imagination se refuse à croire» bien qu'elles ne'soient que trop vraies. Il est temps de chercher un spectacle consolant dans la conduite du dernier grand homme de l'islamisme » qui entreprit de sauyer Thonneur de sa religion en s'opposant au torrent du fanatisme, et qui du moins
pendant ces sinistres journées s'acquit une
il4 oâmâs.
gloire immortelle dans les annales de ThumaDité.
Tout le monde a dé}à nommé Témir Abd'd*
Kader.
Rendu à la liberté par un acte généreux , dont les dernières circonstances ont prouvé
toute la sagesse, notre ancien et vaillant ennemi demeurait à Damas, entouré d'une petite cour de serviteurs fidèles, sous la proteetion de la Franco, vivant de la pension que lui fait notre gouvernement.
Ësprit élevé, cœur noble, vaste intelligence, supérieure à celle de tous ses coreligiun- * naires, Abd-el-Kader, sans vouloir prendre ce vernis menteur de civilisation européenne dont les Turcs se parent, avait compris mieux (pi aucun d'eux le siècle où il vivait. L'expérience de sa propre histoire lui avait révélé la supériorité de la civilisation chrétienne. Il avait compris que lutter contre elle serait se briser, et amener la perte définitive de Tislamisme.
Ët s'il demeiirait toujours profondément attaché à la foi de Tislam, dont il était un pontife inspiré, il avait appris dans son contact avec les chrétiens à admirer et à pratiquer quelques-unes de leurs vertus, inconnues d'ordinaire aux musulmans : la charité, la généro-
si té, le dévouement, ia clémence et le respect de la parole jurée.
Auasi^dèslepremier jour où il fut question de dangerspour leschrétiens deDamas, n'hésita-t-il pas un seul instant sur ce qu'il devait faire. Il courut chez M. Lanusse,se mit lui et ses ca valie rs à la disposition du consulat de France, et offrit sa maison aux consuls et à tous les chrétiens comme un refuge qu'il saurait défendre jusqu'à la mort*
Quelque temps après, sur la demande des consuls européens, Achmet-pacha rassembla un medjlis militaire ou conseil de guerroi pour aviser aux mesures à prendre pour sauvegarder la sécurité de la ville* Des membres de ce conseil, les uns disaient qu'on ne pouvait rien, qu il n'y avait rien k faire* Les autres ne cachaient pas leur pensée que l'anéantissement des chrétiens serait une chose désirable et heureuse. Abd-el-Kader assistait à la séance; il se leva indigné : « Je suis meilleur musulman que vous, dit-il, et je l'ai prouvé en combattant si longtemps les Francis. Mais ce que vous voulez &ire est odieux, contraire à notre loi. Pour moi, je suis maintenant le serviteur de t 'empereur Napoléon et je défendrai les chrétiens. Si un massacre a lieu, je me place-
rai au milieu de leur quartier avec mes serviteurSy je les défendrai et je périrai là s'il le faut pour sauver Thonneur de rislamisme. »
Bientôt vint la lugubre journée du 9 juillet.
Abd-eUKader, qui avait été passer quelques jours 'dans les environs de Damas, prévenu à temps, rentra en ville avec ce qu'il avait pu rassembler d'Algériens au moment même ou la tuerie commençait. Il courut d'abord au consulat de France, où les consuls de Grèce et de Russie étaient réunis avec M. Lanusse, tan* dis que les autres consuls s'étaient sauvés dans . la citadelle. Emmenant avec lui les trois agetits européens, il les conduisit dans sa maison avec toutes les familles chrétiennes qu'il rencontra sur sa route. Jusqu'à la nuit il sortit sept fois et à chaque fois il escorta chez lui ou à la citadelle des milliers de chrétiens éperdus. Le soir venu, il a\ aitconsigné à la citadelle 1 1 000 hommes, femmes et enfants. Sa propre demeure en contenait plus de 3000. C'était au péril de ses jours qu'il accomplissait ces généreuses sorties. Sept hommes de son escorte furent tués à ses côtés, et dans le nombre était un schérif que son turban vert, marque distinetive des descendants du prophète, désignait cependant au respect de la populace musulmane.
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Dans la soirée, 1 émir s'occupa du salut des lazaristes et des Sœàrs de charité.
Léur maison, située dans une partie reculée du quartier chrétien, n'avait pas encore été attaquée comme celle des franciscains. Mais prêtres, soeurs, en&nts des écoles, réunis dans la chapelle avec quelques centaines de fuyards, s'attendaient à la mort d'un instant à l'autre. Enfin à onze heures du soir on frappe à leur porte. C'étaient les Algériens d'Abd-el-Kader. Une première caravane, composée des lazaristes et des chrétiens cachés chez eux, part après avoir consommé à la hâte les hosties renfermées dans le tabernacle pour éviter toute profanation. Ëlte arrive sans encombre à la maison de Témir. Les Algériens repartent encore , et au bout d'une heure ramènent au travers des rues, jonchées de cadavres et éclairées par 4'incendie, les sœurs avec les 200 jeunes filles de leur école.
Le lendemain l'œuvre de salut se continue.
M. Lanusse et M. Spartalis, consul de Orèce, vêtus en Arabes, parcourent la ville avec les cavaliers d'Abd-el-Kader et arrachent à la mort ce qu'ils rencontrent de chrétiens.
« Le mercredi i 1 juillet, troisième jour du massacre, raconte M. Baptistin Poujoulat d'à-
prèB le récit de M. Spartalis, témoia oculaire, Témir va trouver Achmet-pacha dans la citadelle. .
ce Excellence^ lui dit Abd-el-Kàder, tout ce
tf qui se passe en ce moment est infâme et <r déshonorant pour rislamisme; j'ai des hom* H mes dévoués; nommez-moi votre lieutenant,
« donnez-moi des ordres. — Bonne pensée, (f répondit le traîtrei voulex-vous des fusils? a II y en a là 400 à votre disposition. Dans f( une heure ils seront chez vous, et laites pour (f le mieux. »
<c Les fusils sont traiis[)ortés chez Témir, heureux de pouvoir mettre fin à tant d'iiorreurs. A peine est^il arrivé ciiez lui, qu'il reçoit d'Achmet^pacha une défense formelle de prendre les armes contre les musulmans. Il lui disait : Ne vous mêlez pas de celte affaire* Seulement le traître avait soin de faire remarquer dans son billet que cette décision avait été •prise par le grand conseil.
Cl Sur ces entrefaites Sidi-Kadour, qui rem<» plit auprès d'Abd-eUKader les fonctions de minisire, arrive chez l'émir. 11 lui dit qu il vient d^apprendre de bonne source qu'Abdallah-el-Halébi a oharfié 5000 bandits d'attaquer Abd-el-Kader dans sa maison.
a Nous allons voir 1 » dit l'émir d'un ton ter-
rible. £t il donna ses ordres à Sidi-Kadour.
Ces ordres, les voici : placer de petits détachements d'Algériens dans les divers quartiers de la ville ; établir dans la citadelle même quelques centaines d'Africains déguisés en musulmans de Damas; si la maison de l'émir est attaquée, les petits détachements doivent mettre le ieu à la ville; les Algériens de la citadelle tuer Ach met-pacha, enclouer les canons et tomber avec la plus vive énergie sur les soldats turcs et sur tous les assassins.
« M. Spartalis rentra chez Témir au moment où il venait de donner ces ordres. L'émir lui dit : ir Je vois que cette ville est perdue. C'est « la permission de Dieu. Nous mourrons, mais u nous ne devons pas mourir comme des ternit mes ! H faut nous battre, il faut, vous tous^ ff chrétiens, qui êtes ici autour de moi^ vous « armer et vous défendre. »
ti Les chrétiens mâles, européens ou indigè- . nés, étaient au nombre d'environ 500. Ils prirent des fusils et des sabres, attendant de mar» cher au premier signal d'Abd-el-Kader. L*un des fils de Témir était là. « Allez , lui dit son (( père avec calme, allez me préparer mes ar- <« mes. n
u Et le jeune Africain, après un signe de tête respectueux, sortit pour obéir à sou père. »
L'arrivée d*on secours imprévu empêcha la lutte suprême qui se préparait etsauvales chrétiens réfugiés chezAbd-el-Kaderetàlacitadelle,
Un scheikh druse du Haouran, nommé Assaad-Amer, était en relations très-étroites avec le consul de Grèce. Avant le 9 juillet, il lui avait écrit pour se mettre en cas de danger à sa disposition, lui et ses hommes. Dès que le sang commença à couler, M. Spartalis lui expédia en toute hâte un exprès pour lui dire : « Arrivez ; venez vous mettre sous les ordres d'Abdel-Kader. » Assaad-Amer ne se le fit pas dire deux fois, et le 11, au moment même où Témir se préparait à repousser l'agression contre sa demeure, on vit arriver le scheikh baouranien conduisant 1 500 hommes.
Un secours de cette importance donnait des chances de succès aux chrétiens et à leurs défenseurs dans le cas oii un combat s'engagerait. Aussi , plus lâches encore que féroces , les hordes des assassins renoncèrent-elles à assaillir la maison d'Abd-eUKader et à égorger les chrétiens enfermés dans la citadelle. Achever la dévastation du Harat-el-Nassara était une œuvre plus, facile et sans danger, d autant plus que le
renfort d'Assaad-Amer arrivait trop tard pour qa*on pût essayer quelque chose de ce côté. On ne pouvait que proléger les chrétiens arrachés à la mort dans. le cours des deux premiè* res journées.
Mais la présence d'un renfort pour accomplir dû moins cette tache restreinte était dautaut plus nécessaire que, le soir du même jour, on \ inLpie\enir Témir que les femmes conduites par lui dans Tenceinte de la citadelle et pla« eées sous la sauvegarde d'Achmet*pacha étaient tourmentées et menacées de violences par la garnison, et que des milliers de malheureux qu^il avait renfermés là étaient en proie aux tortures de la faim. Les consuls et Abd-el- Kader tinrent conseil. Les vivres manquaient aussi chez 1 emir. Il fut convenu que Ton ne laisserait cheis lui que le nombre de personnes qui pouvaient s y abriter et y vivre^ et que les autres allaient se rendre avec les autorités à la citadelle sous la protection des Algériens et des Dr uses. Ce qui fut fait.
Le gérant du consulat de France et le consul de Grèce allèrent à la citadelle pour Teiller à la sûreté des réfugiés : les lazaristes et les Sœurs de charité les accompagnèrent pour consoler et soigner ces malheureux. M. Lanusse
ût acheter le paiu et les denrées de toute espèce qu'on put trouver, et les lazaristes et les sœurs en firent la distribution.
C'était un spectacle lamentable que celui de ces onze mille infortunés des deux sexes et de tout âge entassés dans les vastes terrains découverts de la citadelle. Ilunimes, femmes, enfants gisaient pêle-mêle , en proie à d'indicibles terreurs : ils passèrent ainsi huit jours, huit siècles, sous les rayons d'un soleil torréfiant, huit nuits glacées par d'abondantes rosées, sans abri, sans couvertures, sur la terre nue, n'osant s'éloigner les uns des autres de dix pas, même pour satisfaire aux exigences les plus intimes de la nature, tous malades, grelottant de la lièvre, prescjue sans pain et sans eau, assistant chaque jour à l'agonie de plusieurs d'entre eux. Des femmes accouchèrent, d'autres avortèrent dans cette épouvantable position, sans soins d'aucun genre. Le plus morne silence régnait sur cette multitude désespérée, qui suivait avec effroi les bruits du dehors et croyait le moment fatal arrivé chaque fois que les cris des égorgeurs se rap- * prochaîent. L'arrivée de M. Lanusee, la présence des prêtres lazai'istes et des sœurs reudit un peu de courage à ces infortunés.
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£nÛD, le 13 juillet, les musulmans s'arrêtèrent, faute de victimes à és^oi gcr, faute de maisons à saccager encore et à brûler.
Le même jour, uu nouveau gouverneur envoyé pour remplacer Achmet, Mohammerpacha, entra dans la ville avec 3000 soldats. Peu après on y vit aussi arriver le consul de France, M. Outrey, accouru de Paris où il se trouvait en congé, au prciuier bruit des €\énements du Liban. Un ordre relatif fut rétabli à Damas.
Le carnage avait duré cinq jours entiers.
8500 chrétiens étaient tombés sous les coups des assassins. 3800 maisons avaient été brû« lées. Et les dégâts matériels, la valeur de Fargent^ des meubles, des marchandises enlevés dans. le pillage montait à plus de 100 millions.